Carnets de « Voyage en Irréel » #1

Il était une fois... Dans cette série "carnets", toute l'histoire de "Voyage en Irréel", livre écrit à quatre mains avec Nicolas-Orillard-Demaire. Depuis avant l'idée jusqu'à après l'objet !

Le choix des images

Une fois l’idée trouvée et le cadre précisé, l’étape suivante était le choix des images. C’est donc Nicolas qui s’est mis au travail le premier. Et ayant une petite idée des dimensions de son catalogue d’images, ça n’a pas dû être une tache des plus simples. Premier critère : des paysages. Donc pas d’animaux, l’autre volet de son travail de photographe de nature. Pas de ces oiseaux emblématiques, macareux ou fou de Bassan, pas de ces élégants sternes, coursiers infatigables dont les ailes de papier jouent dans la lumière, pas d’éléphants majestueux à la fragile peau d’écorce, pas de félins impériaux, pas de lion indétrônable s’éloignant dans le soleil couchant, pas de léopards raffinés et souverains à l’affut sur un tronc, pas même la mythique Romy, toujours attentive et sereine, y compris sous une pluie battante.

Pour le reste, le guide était l’irréel.

L’image d’un endroit qui n’existerait pas. Une image qui parle à l’imaginaire avant de s’adresser au géographe ou au voyageur. Une image paradoxe pour un photographe de nature, par exemple une de ces pauses longues qui révèlent des éléments invisibles pour nos yeux, des surprises, des détails qu’on ne peut pas voir sans l’aide du temps, inséré entre forme et couleur.

L’image d’un endroit qui existerait trop. Un endroit qui existerait partout, qui ne serait le marqueur d’aucun continent, d’aucun pays, d’aucun climat, d’aucun point particulier positionnable sur une mappemonde ou une carte. Un détail, une phrase photographique sortie de son contexte. Un arbre, un caillou, un lac, un rivage. Un jeu de focale qui viendrait tricher avec nos souvenirs de cartes postales. Un point de vue différent, une lumière, un cadrage, un pas de côté sur une molette quelconque qui viendrait tout changer, poser un nouveau regard sur un ancien cliché.

Et des nuages, évidemment. Ennemi déclaré des tempêtes de ciel bleu, Nicolas est un amoureux des nuages, de leurs formes, de leurs textures, de leurs couleurs, de leurs ambiances lourdes et de leurs ciels pesants comme de leur légèreté de voile qui se joue du moindre souffle. Sur ce point, on était faits pour s’entendre. Dans une de mes premières nouvelles écrite il y a…. bien longtemps, c’est la brume qui dénoue les fils de l’histoire. Sans oublier tout ce que l’imaginaire populaire, comme le monde littéraire, ont su entasser de poncifs, d’images et d’histoires sur cet éphémère amas naturel de fines gouttelettes d’eau.

Nuages donc, nuages à toutes les pages.

Enfin, la nature. C’est elle qui mène la danse, évidemment. Seules deux images se voient affublées d’une petite touche d’humanité, juste ce qu’il faut pour nous aider à franchir le pas et à sauter les deux pieds joints dans l’irréel du reste de la photo.

Par contre, nuages et nature sont deux étiquettes que portent quasiment toutes les images de Nicolas, donc pas vraiment une grande aide pour le tri. Ensuite sont intervenus des critères tels que la diversité des couleurs et des formes, des cadrages et des éléments présents pour permettre une plus grande variété, et pourquoi pas, surprendre le lecteur !

Une petite préférence a aussi été donnée à des images qu’il a pu faire lors de balades que nous avons faites ensemble. Pour ces images-là au moins, je n’ai pas eu à lui poser mes éternelles questions sur les éléments qu’on ne retrouve pas dans une image et qui souvent m’aident à démarrer un texte : les odeurs, les sons, les bruits, la température, la saison, la présence ou non d’animaux, l’heure de la journée, et l’ambiance générale du lieu.

Une fois la sélection des images reçue dans un appétissant fichier garni comme une boîte de marrons glacés, il ne me restait plus qu’à associer un texte à chacune d’elle, trouver la petite aspérité qui pourrait m’aider à y accrocher quelques mots…

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