Tous les articles par Juliette Derimay

Début de mi-août

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Chaleur et canicule, encore. Le mot de canicule entre de plus en plus dans le vocabulaire, celui de tous les jours. Ce n’est plus un mot rare qu’on écrit au tableau pour bien l’orthographier, canicule devient un mot qu’on voit partout, un mot de la météo comme nuageux, pluvieux ou bien ensoleillé. Du côté statistique, canicule devient presque un mot comme un autre mot qu’on voit dans les journaux. Et sécheresse aussi.
Alors, regarder le ciel, y chercher des nuages, et les espérer gris, bas, et tous remplis de pluie. Quand même, se permettre, le temps d’un petit accroc dans cette voile des nuages, le plaisir d’une éclaircie, de sa lumière qui se pose en flèche de Cupidon sur le massif aimé au milieu des montagnes. Et ensuite, se rendre compte que le radeau s’éloigne, que les nuages n’étaient pas si sombres que ça, que les trois pauvres gouttes n’étaient rien que des leurres qui ont duré à peine le temps de se demander où diable était la veste que l’on avait laissée au fond du sac à dos.
Alors par ces nuages et ces trois pauvres gouttes, se sentir trahie, lésée, abandonnée, comme si les nuages avaient jamais promis quoi que ce soit question pluie ! Ce serait une fois de plus confondre ce qu’on aimerait, ce qu’on aimerait vraiment, tellement que l’on se figure que ce serait presque vrai parce qu’on en a rêvé. Mais aucune promesse de la part des nuages, ils ne fonctionnent pas comme nous autres humains, les nuages sont nuages et vivent leur vie de nuages bien loin de nos calculs. J’aime leur liberté qui se fiche de nos besoins.
À regarder vers le haut, on tombe aussi parfois sur des sapins drapés avec une grande noblesse dans leurs branches déjà sèches, chevelure grisonnante qui dit la fin d’une vie et le début de la suivante, quand il tombera au sol et fera vivre les vivants. Un peu comme ces feuilles qui se flétrissent vers l’automne, se rident, se flétrissent, se sillonnent de rides avant de rejoindre la terre. D’autres arbres parfois, ont une vie différente, ils finissent en charpente, ils soutiennent les toits et protègent les humains du vent et de la pluie, eux qui ont toujours vécu les racines dans la terre et les cheveux au vent.
Les racines dans la terre ça c’est juste pour les arbres qui vivent dans leur forêt, dans un endroit tranquille. Pour ce qui est des arbres dont le chemin des racines croise le chemin des humains, ces racines, parfois, finissent à l’air libre quand la terre est tassée par des pas et des pas qui font le monde à l’envers des racines dans l’air.
Alors en se promenant, garder quand même un œil sur le bébé sapin qui essaye de pousser comme on commence un texte sans vraiment trop savoir la suite de l’histoire et encore moins savoir comment elle finira

Début août 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Retour à la montagne, mais sans grand changement de temps. Commencer la semaine par très chaud, par trop chaud, cette chaleur visqueuse qui vous happe et vous cuit à la sortie du bois ou du sombre de la maison et de ses volets fermés. Hier soir bel orage et même repenser à se vêtir un peu au-delà du fin tee-shirt. Pour la suite on verra, mais pour cette semaine, du chaud encore du chaud, la saison qui avance en butant sur chaque marche, en en manquant plusieurs. Les noisettes tombent déjà, elles ont à peine la forme, sûrement pas la taille encore moins la couleur qu’elles ont lentement acquise quand elles tombent à l’automne, au début de septembre.
Retour à la montagne. Les plantes ont bien poussé, mais pas toutes et pas toutes de la même façon. Les orages de temps en temps on permis de revoir un peu de vert dans le jaune, quelques touffes d’herbe repoussent aux endroits pas trop secs et pas trop exposés aux ardeurs du soleil. Celles qui s’en sortent le mieux, sont de loin toutes les plantes qu’on dirait mauvaises herbes, celles qui meurent et repoussent sans jamais perdre une once de leur motivation. Sous le sec, elles se plient, se couchent sur le sol, le protègent de leur ombre pour qu’il puisse rester frais le plus longtemps possible. Sagesse végétale dont elles renaîtront aux premières gouttes de pluie.
Retour à la montagne pour ramasser les mûres, en faire des confitures, et aller déguster les framboises des chemins qui poussent un peu plus haut au détour d’une balade. Elles, tout comme les myrtilles, en laisser pour les autres qui tout autant que nous, ont pris pain et fromage et ramassé sur place de quoi se faire un dessert des meilleurs qui puissent être, sans oublier, toutefois, de jeter un regard au-dessus des épilobes pour admirer, là-bas, les montagnes d’en face.
Retour à la montagne et retrouver le jardin et les tomates, espiègles qui font tout le contraire des feux qu’on trouve en ville pour essayer, un peu, de réguler , de régler les passages des voitures, des piétons et de tout ce qui peut se déplacer dans ces grandes fourmilières. Ici pour les tomates, le vert est interdit, tandis que le rouge permet le passage de la main qui viendra la cueillir. Sorte de code de couleurs qu’il faut interpréter en fonction de l’endroit et de ses conventions ou faire comme ces insectes qui adoptent les rayures et ainsi sont certains d’avoir toujours sur eux la couleur qui convient même si elle n’est présente qu’une rayure sur deux.
Retour à la montagne et retrouver le soir où on regarde le ciel, où la nuit il fait noir, une vie sans lampadaires. Une fois le soleil caché, il fait un peu plus frais, profiter du moment entre le jour et la nuit, aller lire au dehors et finalement se rendre compte, lorsque la lune se lève et éclaire la scène, que depuis un moment on ne lit plus son livre, mais on lit les étoiles

Fin juillet 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine en ville, en grande ville, à Paris. Alors une chronique, un journal de la nature autour, branche dessus, branche dessous, le pari n’est pas simple à tenir dans un endroit où depuis si longtemps le sol n’est plus terre, presque partout goudron, et quand il est sable et gravier dans les allées des parcs, les gens parlent de poussière et essuient leurs chaussures d’une moue dégoutée. Pour ce qui est du temps, un peu au-dessus du sol, il est resté bien sec et de plus en plus chaud jusqu’à faire ressortir le mot de canicule, faisant, dans la grande ville, ressentir haut et fort, dans les corps et sur toutes les peaux, le frais de l’ombre des arbres, le frais de n’importe quel sol s’il n’est pas en goudron.
Malgré le trop de goudron, on retrouve sans problème de la vie dans la ville, des marques, des envies, des souvenirs, des plantes autant que des animaux laissés par des humains, peut-être un peu nostalgiques de ces temps très anciens quand Paris abritait, pour tous les déplacements, d’innombrables chevaux, poneys, doubles poneys, de toute provenance et chevaux de trait. Au Grand Palais, exposition Matisse pour retrouver les arbres, les arabesques et les célèbres algues de toutes les couleurs. Et puis un autre jour au musée de Cluny, aller saluer bas les immenses licornes, les dames et les lions, les cinq sens tapissés de si innombrables points qu’on se prend à rêver dans cette grande salle sombre, à l’idée d’infini. Dans un coin des tentures, repérer le renard, présent non pas partout, mais deux fois sur l’une d’elles, un renard roux joyeux, tranquillement assis, attendant que les oiseaux, les autres animaux prennent vie sous les points minutieux de la broderie. Au-delà de la licorne, mythique et attendue, plus étonnant, l’oiseau, trônant parmi les chasses et les objets précieux. La colombe de la paix ? Mais ne pas se limiter aux lieux d’exposition, aux musées, aux galeries, à l’art que l’on protège en faisant payer l’entrée, chercher mieux et partout où se cache la beauté qui fait nos légèretés. Des entrelacs de pierres-lierres aux frontons des églises, un homard-mosaïque niché dans un coin de mur, ou les plumes d’un oiseau perché sur une branche, l’ombre-forgée d’un balcon projetée au plafond par la magie-lumière du reflet dans une vitre.
Pour les vrais végétaux, qui vivent davantage grâce à la chlorophylle que par nos regards d’humains, se concentrer plutôt sur les parcs et jardins sans se laisser abattre par le jaune des pelouses et se prendre à sourire quand un pied de courgettes s’invite sans questions au milieu d’un parterre de plantes ornementales.
Bien moins facile qu’ailleurs, retrouver la nature au milieu de la ville est une sorte d’exercice, de jeu d’observation pas si futile que ça, de quoi former les notes qui nourrissent les carnets de celles autant que de ceux qui font de l’écriture leur travail principal. Bien relever les détails pour décrire une ambiance et faire vivre l’endroit par les mots qu’on choisit. D’autres avant nous l’ont fait, Zola dans ses carnets ou encore le grand Balzac dont la petite maison de la rue Raynouard est ouverte au public avec depuis le jardin la vue sur la fenêtre de la pièce qui aurait pu être sa pièce à écrire, avec table tournée le dos à la lumière. Le dos à la lumière, une position étrange, même si on raconte et il raconte lui-même que Balzac n’écrivait bien souvent que la nuit et jamais sans le secours de sa précieuse cafetière, de sa boisson magique pour étirer les jours qui n’ont que bien trop peu d’heures et des heures bien trop courtes.

Fin de mi-juillet

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Commencer par les orages, comme un poing sur la table, comme une façon de siffler la fin de la canicule. De la pluie, beaucoup d’eau, même si encore trop peu pour refaire les réserves, et du vent, beaucoup de vent, beaucoup trop pour des arbres souvent très affaiblis par cette période sans eau. Les longues pluies qui allaient à la suite des orages n’ont duré finalement qu’un temps finalement court au regard de la sécheresse qui a duré des jours, un tout petit pansement sur une trop grande blessure. Et la fin de la semaine, comme si de rien n’était, qui revient à l’été en ayant oublié les semaines précédentes.
La terre devenue poussière, les feuilles devenues friables et les champs déjà jaunes, on les retrouve aussi tout le long des voies du train en allant des montagnes jusqu’à la capitale. Champs jaunes et vaches absentes.
Une fois dans la ville, guetter les animaux, aller chercher les arbres pour voir un peu comment va la nature quand elle n’est plus chez elle. Dans les parcs et jardins, le sol est fait de sable, de gravier de poussière, presque toujours bien blancs qui reflètent la lumière, nous éblouissent sûrement mais évitent quand même le brûlant de l’asphalte. La poussière soulevée par d’innombrables semelles rend l’air presque aussi trouble que les eaux d’un ruisseau juste après un orage et elle vient se poser sur le rebord des feuilles, faisant vieillir les arbres comme vieillissent les humains, leur faisant une chevelure du plus chic poivre et sel, mais avec beaucoup de sel.
Le sel, l’idée de l’eau et de son manque toujours dans un coin de la tête, penser à la mer, son sel à elle aussi, des petits cristaux blancs somme le sable des allées et en venir à l’eau à elle qui reste toujours le point clé des problèmes quand on a déblayé tout ce qui traîne autour dans ce que sa présence ou bien son manque impliquent. À Paris c’est la Seine qui nous rappelle à l’ordre, dans l’ordre des pensées pour mettre l’eau en avant, elle qui sous forme de pluie nettoie les feuilles des arbres, les abreuve, nous abreuve. Nous divertit aussi, comme pour ces pédalos qui s’ébattent sur les flots du doux canal de l’Ourq, entre ses berges policées de pierres ou de béton, mais qui abritent, joyeuses, de grand éclats de rires dans les éclaboussures. Alors pour un moment, faire une pause de sérieux, oublier une minute les feuilles déjà roussies qui tombent sur le sable des plages de Paris Plage et ne garder que ça, l’éclat de rire de l’enfant dans sa bouée orange au milieu de l’eau sombre

Mi-juillet

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Il pleut. La pluie d’un gros orage, du vent qui emmène tout, les éclairs, le tonnerre et cette fameuse odeur de la terre qui revit au moins dans son parfum. Il pleut juste au moment où je voulais écrire un texte sec et cassant. Un texte sec et cassant pour qu’écrire le monde soit au plus proche du monde, à l’image de la terre et de tant de végétaux qui vieillissent avant l’heure, font l’automne en juillet et nous font craindre le pire pour les récoltes à venir jusque dans la survie de bon nombre de grands arbres. Alors, écrire un texte qui soit sec et cassant à l’image du dehors pour que la forme et le fond soient en parfait accord, pour que les mots écrits soient ceux que le dehors aurait pu dire lui-même. Mon exaspération, que d’ordinaire ici je tempère et modère pour éviter de tomber dans un style trop pamphlet, cette exagération de voir tant de gens placer les billets verts avant le vert chlorophylle et ces feuilles dérisoires, ces simples notes de banques avant les feuilles des arbres, cette exaspération, aujourd’hui je lui laisse mon premier paragraphe.
Deuxième paragraphe et reprendre l’habitude de faire ici journal, de décrire le dehors, là juste sous nos yeux, sous nos pieds, sous nos nez et si près de nos oreilles, le dehors qu’on retrouve jusque dans nos assiettes. Chaleur et sécheresse donc, bien peu d’apparitions, plutôt et en grand nombre, de tristes disparitions. Des arbres qui jettent l’éponge, qui passent directement à la saison suivante sans finir celle en cours. Les couleurs de l’automne déjà dans les sous-bois, on serait presque tentés de vouloir s’en réjouir tant l’automne nous donne de superbes peintures. Mais les bébés châtaignes et les feuilles couleur rouille ne vont pas bien ensemble et ces dissonances-là empêchent d’apprécier la douce chaleur des teintes et les tons de réconfort qui conviennent bien mieux aux soirées un peu fraîches qu’aux trop rudes sécheresses. Parmi celles qui résistent sont à noter les ronces et les mûres qui mûrissent et teintent nos doigts de rouge autant de jus de fruits que de notre propre sang quand les doigts impatients se font prendre aux épines. Mais elles sont presque les seules parmi tant d’autres plantes qui ont pour se défendre mis en place un système qui menace notre peau fragile et délicate, à résister au chaud. Les orties quant à elles sèchent et se recroquevillent, comme sûrement plein d’autres, elles regroupent leurs forces, profond dans leurs racines parties se réfugier loin dans le frais du sol quand le sec, en surface, fait poussière de la terre dès qu’elle n’est pas couverte.
Ici d’où je vous écris, les orages ont repris, le courant n’est pas revenu, alors en prévision de la fin de la batterie, j’écourte ma conclusion avant de retourner au papier, au crayon quand il s’agit d’écrire, au livre à l’ancienne pour lire les mots des autres et à l’observation du spectacle des nuages qui prolongent leur tournée au-dessus des sommets

Guernesey #06 | Guille-Allès Library

Voyage à Guernesey du 14 au 18 avril 2026 avec C. et L. Surtout avec l'idée de se rapprocher un peu de Victor Hugo
Et un autre point de vue sur Guernesey chez Laure Humbel

La bibliothèque de St.Peter Port a un nom composé, suivi de Library, le faux-ami anglais le plus célèbre chez les gens qui aiment lire. Ne pas s’y tromper donc, dans une library, on emprunte et on lit, mais on n’achète pas. On peut aussi lire sur place, flâner dans les rayons, feuilleter des heures durant, même s’asseoir pour lire la presse ou travailler tranquille, sans toucher aucun livre sur aucune étagère. Notre première rencontre avec la Library était presque fortuite. Située sur une petite place sans voitures, terrasses de café, parasols, en plein centre-ville, juste au débouché de la grande rue commerçante, la bibliothèque est très bien située. Voir l’entrée en se promenant, se dire que oui, évidemment il faut aller voir de plus près, s’approcher de la porte dont les montants s’écartent pour nous laisser entrer. Bienvenu. Bâtiment ancien, plus en hauteur qu’en largeur à première vue, plusieurs étages, mais avec ascenseur. Lors de notre première visite, une partie de l’endroit est en travaux. Il en reste largement assez. Le rez-de-chaussée est pour l’accueil. Accueillant d’ailleurs, entrée libre évidemment, pour la lecture et aussi l’écriture, il y a même des jeux, un Fab-Lab, notre interlocutrice nous donne les horaires avec un grand sourire.
Rez-de-chaussée, on ne s’attarde pas, pour aujourd’hui, travaux et pour les autres jours, pas de livres en vue, l’impression que c’est réservé à l’administration. Les étages au-dessus sont bien plus alléchants. Une salle pour les enfants, le fameux Fab-Lab et puis les livres. Les étagères remplies de livres, rayon general fiction, des étagères peintes en bleu, bleue aussi la moquette, les nez de marches dans l’escalier et même les cheveux de la bibliothécaire assise à l’entrée de cette grande pièce. Elle parle fort sous ses cheveux bleus, pas fort, mais normalement, alors qu’il nous semblerait plutôt qu’on parle à voix basse dans ce sanctuaire des livres comme on pourrait le faire dans d’autres sanctuaires, mais l’important est de se faire comprendre, alors laisser chanter l’accent, l’impression que les mots s’arrêtent abruptement, qu’ils tombent au bout de chaque morceau de phrase comme on tomberait dans l’eau une fois au bout de la terre. Un effet île jusque dans le phrasé ? Météo et paysage joueraient sur les accents ou au moins sur la perception de ceux qui les écoutent ?

Pour les yeux et les doigts, juste pour le plaisir, fouiller les étagères y chercher une autrice et puis un autre auteur, un autre nom puis un autre et un autre, découvrir qu’en anglais les travailleurs de la mer deviennent toilers of the sea, trouver the waves de Virginia Woolf, faire la photo clin d’œil pour Christine Jeanney qui a passé tant de temps en compagnie de ce texte.

Photo Laure Humbel

Une sorte de besoin de se rassurer, de savoir que les livres sont bien là, tous les grands classiques, que c’est une bibliothèque sérieuse, à l’image des austères portraits qui trônent sur les murs dans leurs cadres d’un autre temps, d’un autre millénaire, se rassurer avec des livres qu’on ne lira pas, parce qu’on n’aura pas le temps de les lire, parce qu’en plus en anglais, la lecture est plus lente, passer d’une langue à l’autre avec des mots qui coincent, des mots qu’on ne reconnaît pas, des mots qu’on ne connaît pas. Mais les chercher quand même, ces livres qu’on ne lira pas, en trouver un autre au passage, comme on visite les lieux, comme on fait connaissance. Et puis, une fois rassasiées de titres et de noms d’auteurs, laisser les yeux aller voir un peu plus loin, quitter les couvertures et les dos de bouquins pour regarder le lieu. Tout est dans les tons bleus, endroit lumineux avec des bow-windows, partie centrale à guillotine, elles donnent sur la placette. Dans chacun de ces recoins, une banquette avec des coussins, bleus eux aussi. Des tables pour pouvoir s’installer, tournées vers dehors ou tournées vers les livres suivant l’envie de chacun et pour toutes les façons de pouvoir se concentrer. S’y asseoir un moment dans ces recoins confortables, et se laisser distraire par tous les affichages, pancartes, feuilles scotchées ou autocollants qui indiquent qu’ici, c’est breastfeeding welcome, pouvoir allaiter son enfant sereinement au milieu des livres, parce qu’il n’y a pas d’âge pour la littérature. Ceux qui ne veulent pas lire, mais apprécient l’environnement peuvent demander la enterteenment box, la boîte contenant des puzzles, des jeux, de quoi faire des origamis, des coloriages and more, pensée à destination des tiens comme son nom l’indique.
Cette grande salle principale est entourée de deux plus petites. Une dédiée aux enfants : un immense arbre en bois au milieu avec des branches jusqu’au plafond, des guirlandes de petites lampes, une peluche d’écureuil et dans les bacs et les étagères, des albums colorés, des coussins, du mobilier adapté à leur taille. La pièce de l’autre côté est réservée à la presse. Classeurs avec les archives, fauteuils confortables et grandes tables pour pourvoir étaler plusieurs journaux en même temps. Dans cette grande salle de lecture, l’histoire de la bibliothèque et des indications sur son fonctionnement. D’abord rêvée dans les années 30 par Thomas Guille et Frederick Allès, alors à New York et émerveillés par une bibliothèque de cette ville, la Guille-Allès Library ne verra le jour que bien plus tard, le 2 janvier 1882 à Guernesey alors que les deux hommes sont de retour sur leur île pour y passer leurs vieux jours. Créée et longtemps maintenue en fonction par des dons, comme en témoignent les panneaux verticaux de remerciements qui courent jusqu’en 1974 avec les noms et les sommes données. Après les difficultés financières et la période compliquée de l’occupation durant la Deuxième Guerre mondiale, la bibliothèque est désormais un service public rénové, agrandi et ouvert à tous, tous les jours sauf le dimanche et deux fois par semaine jusqu’à 20 h 30.

Photo Laure Humbel

Au dernier étage, autrefois réservé au musée consacré à l’histoire naturelle et à la géologie, se trouve désormais la salle Hayward, galerie qui fait tout le tour de la pièce, plafond dont les poutres rappellent la coque d’un bateau, un côté est réservé aux tables de quatre et l’autre à des alcôves individuelles permettant de travailler plus au calme. Et oui, on y travaille au calme, j’ai testé. De nombreux écoliers ou étudiants viennent s’asseoir ici face à un livre, un cahier ou un écran d’ordinateur, ce que nous ferons également, pour, par exemple, prendre des notes afin de garder les idées intactes au moment de rédiger le texte que vous lisez maintenant et que j’écris presque trois mois après notre passage sur l’île et à la bibliothèque.
En plus des salles, les différents paliers sont utilisés pour présenter une thématique précise (l’autisme lors de notre visite) ou des compléments historiques, comme le célèbre indicateur Cotgreave et toute son histoire, à retrouver en détail sur le site de Laure Humbel.
Pour ma part, une attirance et une tendresse particulière pour les bibliothèques, lieux toujours spéciaux où rêver, apprendre, se divertir, se cultiver, rencontrer d’autres personnes qui, elles aussi, cherchent l’OLOÉ parfait, ces endroits Où Lire, Où Écrire, et toujours un grand merci à Anne Savelli pour l’idée.
Mais vous qui lisez ces mots, connaissez-vous la bibliothèque de l’endroit où vous vivez ?
En vous attendant par ici, plus sur la library de St. Peter Port

Début juillet 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Sec. Le chaud traîne avec lui un acolyte néfaste à la vie par ici. Pas simplement néfaste à la vie sereine d’ici, mais néfaste à la vie, à la vie elle-même. Les animaux, les plantes qui vivent dans le désert, ont l’habitude d’y vivre, ils s’y sont adaptés et vivent parfaitement bien avec l’absence d’eau. Ici le sec n’est pas dans le mode de vie, pas dans les habitudes. Les arbres et les forêts restent de loin les refuges qui nous rassurent le plus et nous rassurent le mieux. Tant qu’ils résistent encore.
Dans le ciel tout là-haut, parfois quelques nuages, mais ils restent lointains, diaphanes et distants. Presque un peu hautains avec leur altitude et leur éloignement, comme un ami d’avant qui aurait trop changé et ne nous regarderait plus de la même façon. Pourtant ils restent présents, malgré cette sorte d’absence, souvent matin et soir pour poser leurs accents au sommet des montagnes et moduler finement en experts attendus de la mise en musique, le doux chant des alpages. Parce que les névés, là, devant la fenêtre, ont tous laissé la place au vert des petites herbes. Une sorte de printemps à revivre, à revoir en prenant de l’altitude. Les herbes toutefois, ne sont pas là-haut les mêmes, les petites fleurs non plus, mais le sourire des naissances qui parlent d’avenir est à revivre là-bas, bien au-dessus des forêts. Les tout derniers névés qui ne sont plus que flaques, à peine souvenirs de neige, sales et couverts de pierres, de cailloux, de poussières qui accélèrent encore la fonte de ces réserves, de cette eau si précieuse.
La peau est formée d’eau, aux trois quarts de ses lettres, alors croire ce qu’on lit et puis le vérifier en regardant les plantes qui se referment, se replient sur leurs feuilles toutes sèches qui se fripent, se flétrissent, perdent leur innocence et retrouvent les réflexes qui seuls les font survivre, d’éviter le dehors alors que c’est lui seul qui nous fait être au monde. Juillet commence à peine, mais le jaune si présent nous projette déjà vers la fin de l’été, toujours cette impression que le vert se dissocie, que le bleu va pour le ciel et que les plantes gardent le jaune sous l’effet de la chaleur et qu’il faudra attendre et l’automne et l’hiver et le printemps à venir pour qu’il se réunissent, qu’ils se réconcilient, fassent à nouveau du vert de leur bleu et de leur jaune. Pour toutes les autres couleurs, y compris pour le brun de la terre, des écorces, des pelages, le sec va s’emparer de toute intensité, ne laisser que du pâle, de la poussière pour la terre, en faire un sable sans vie qui s’enfuira, nuage, au moindre souffle de vent, nous fera fermer les yeux sur ce qui s’enfuit là.
D’après qui est monté jeter un œil là-haut, le petit lac est sec. C’est son lot en été, mais toujours, malgré tout, me reste une inquiétude pour les anoures si jeunes que j’ai vus naître là-haut il y a si peu de temps, moins de temps qu’autrefois ? Alors noter, noter, observer et noter pour fignoler, un peu, le monde par les mots, sans qu’il devienne trop sec et ne finisse par n’avoir que la peau sur les eaux

Guernesey #05 | The South

Voyage à Guernesey du 14 au 18 avril 2026 avec C. et L. Surtout avec l'idée de se rapprocher un peu de Victor Hugo
Et un autre point de vue sur Guernesey chez Laure Humbel

Saint-Martin, Jerbourg, Manoir de Sausmarez

Après the North, the South, logique. Notre temps pas si long que ça sur place ne nous a pas permis d’aller également du côté de The West, et pour The East, il est dilué dans les autres chroniques, St. Peter-Port comme Saint-Sampson, Beaucette et Jerbourg étant situés sur la côte est de l’île, la côte d’où on voit Herm et Sark. Seul l’ouest nous manquera vraiment. Une autre bonne raison de revenir à Guernsey, s’il en fallait une.
Le sud, direction géographique, au-delà de l’aiguille de la boussole, dépend de l’endroit considéré : le sud de quoi ? Mais les automatismes dans ma tête attachés à cette direction parlent de chaleur, de vacances, de pays où le temps dure longtemps, comme dans la chanson. Et aujourd’hui, ces habitudes semblent avoir raison. Beau temps, le soleil et la mer. Dès l’arrêt de bus, des touristes comme nous, une atmosphère de promenade et de découverte, de balade. Autres langues, autres habillements, autre air préoccupé, voire occupé qui diffère de celui des guernesiais affairés. Surtout, les touristes comme nous ont un plan à la main, le plan des lignes de bus tandis que les habitués n’ont pas besoin de plan, ils savent où ils vont. Pour nous, après consultation du fameux plan des bus, ce sera le 81, ou le 91 qui fait le tour de l’île. Monter dans le bus, s’enquérir de cette histoire de travaux et de trajet modifié, se dire que, rien de grave, il fait beau, on finira à pied et trouver une place assise pour pouvoir regarder par la fenêtre. Début du trajet au bord de la mer puisque le terminus est situé près du port, puis on s’éloigne rapidement dans les terres. Hameaux, quelques entreprises, mais surtout beaucoup de vert, arbres, maisons tranquilles avec jardinet, une campagne paisible, comme un air de villégiature, sûrement l’effet du ciel bleu et du fait que nous sommes, nous, en vacances. Coup d’œil aussi sur la carte pour se rassurer et pour descendre au bon arrêt à Saint-Martin. Une fois descendues du bus, s’orienter et continuer, vers le sud. Pour combattre, malgré les maisons tranquilles, l’idée qu’il n’y aurait ici que des gens en vacances, regarder de plus près les vêtements de travail, les enseignes, et les noms sur les grosses camionnettes, et aussi les panneaux déclarants route barrée. Alors suivre la carte pour trouver le sentier, fait, lui, assurément pour les gens en promenade. Au détour d’une maison balisée de nains de jardin, prendre le petit chemin qui descend vers la mer. En cas de doute, de question, demander à une passante qui promène son chien et qui connaît le coin aussi bien que le toutou qui a ses habitudes derrière une touffe de fleurs bleues.

Après une petite marche à l’ombre des grands arbres et dans le frais du vert, retrouver, pour la suite, la vue sur toute la mer par-dessus les fougères, les ronces et autres plantes n’ayant pas trop à craindre du vent et du sel. Le vrai sentier côtier comporte, d’après la dame qui promenait son chien, un très grand nombre de marches, un nombre vraiment grand, des escaliers visibles depuis la carte, de quoi justifier une variante plus douce pour les genoux fatigués. Et même par la variante, c’est vallonné, le bord de mer, mais on finit par arriver tout au bout de la pointe, la pointe sud de l’île, Jerbourg. Faire une longue pause et regarder la mer, les oiseaux et les vagues, et puis aussi le phare. Le phare de Jerbourg Point ou St. Martin’s Point est une petite tour carré, construite au bout d’une sorte de presqu’ile, un long doigt de cailloux en contrebas de la falaise d’où nous le regardons. Rien de très impressionnant, ce phare, d’autant plus qu’on le surplombe. Pas beaucoup d’informations sur son histoire, même pour sa date de construction, je n’ai trouvé qu’un décevant « unknown ». La lumière est à 15 m de hauteur, feu à secteur rouge et blanc, trois flashs toutes les 10 secondes, sa portée est de 14 milles nautiques et en cas de brume, sa corne retentit pour trois coups toutes les 30 secondes. Il est entretenu par les autorités du port de Guernesey, référencé sous le code A1574. Pas de date. Pourtant, construire un phare est toujours une affaire de dangers, souvent de naufrage, d’accident, de drame. Le phare de Jerbourg signale le sud de Guernesey, l’entrée sud du chenal du Little Russel, des cailloux tels que Grande Grune, Fourquie de Jerbourg, Longue Pierre ou encore Gabrielle Rock. Sans parler du courant qui hérisse les vaguelettes de la mer et donne la chair de poule. Aujourd’hui, rien de dramatique, il fait beau, la mer est calme, en haut de la falaise, un très grand parking, un hôtel aux tarifs non négligeables, un kiosque à sandwichs et glaces encore fermé en ce mois d’avril mais qui doit faire de belles affaires en été. D’ici on voit Sarq, Herm et on pense distinguer Jersey, les bancs sont accueillants et confortables, nous sommes seules, autant de raisons de prendre le temps d’admirer le paysage et d’imaginer la violente férocité de l’endroit un jour de tempête hivernale.
Notre projet jusqu’ici était de faire ensuite le tour de l’île en bus, en 91. Mais finalement, travaux, erreur sur l’arrêt de notre part, erreur de trajet de la part du bus, nous nous manquons et nous rentrerons finalement à Saint-Pierre Port directement, contraintes par l’horaire du ferry qui ne nous permet pas d’attendre la venue du bus suivant à un autre arrêt. Mais ce sera l’occasion de voir de plus près les jardins du manoir de Sausmarez. Peu de temps, pas de visite du manoir lui-même. Dans cet ensemble de bâtiments, la maison d’une des plus vieilles familles de l’île a beaucoup à raconter. On parle, ou plutôt on écrit à propos de la famille Sausmarez à Guernesey depuis 1117. Pou lire une mention du manoir construit sur la paroisse de Saint-Martin, attendre environ 150 à 200 ans de plus. L’histoire de la famille et du lieu est ensuite pleine de rebondissements, entre héritage discutable (des Anglais !), vente, rachat, reconstructions et extensions, liens divers, notamment avec les naissants États-Unis d’Amérique puisque c’est un membre de cette famille, gouverneur d’une grande partie de la côte est qui changea le nom de New Amsterdam pour celui de New York. Sans oublier les marchands de laine, et les armateurs, un peu pirates aussi, pardon, corsaires puis marins de la Royal Navy. De quoi nourrir également un riche répertoire d’histoires de fantômes, de celui de la nurse qui s’occupa des 28 enfants d’un des membres de la famille au neveu qui faisait visiter le château à ses conquêtes féminines de son vivant humain et continuerait actuellement de son vivant de fantôme. Histoire plus tragique également avec l’occupation allemande de la Deuxième Guerre mondiale. Le manoir n’aurait finalement pas été réquisitionné pour servir d’hôpital et/ou de caserne, car son précédent propriétaire avait refusé d’y faire installer l’électricité. En 2026, la famille de Sausmarez est toujours bien présente à Guernesey, un nom retrouvé dans le journal et les pages spéciales sur les élections en cours lors de notre passage dans la salle de lecture dédiée à la presse de la Guille-Allès Library de St. Peter Port. Mais cette bibliothèque, c’est pour une autre histoire, une histoire à part entière !

Fin juin 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Canicule. La fin des haricots, aurait dit ma grand-mère, ma chère Mémé Léone. Pas de haricots dans le jardin, mais ils auraient fini comme tant d’autres plantes avec cette chaleur. Ici dans plein d’endroits c’est le jaune avant l’heure, comme une grande fatigue qui ralentit l’élan engrangé au printemps. Partout on peut le lire et partout on le dit (on l’oubliera bien vite, tant de mauvaises nouvelles pour nourrir les journaux) le chaud et le trop chaud il va falloir s’y faire. Alors, aider les arbres pas juste pour les arbres, pour cultiver cette ombre qui devient si précieuse. Mais qui n’oubliera pas les belles paroles d’été quand, l’hiver revenu, l’ombre sera encore là, mais qu’elle ne sera plus vue comme indispensable ? Alors, soigner l’autour pour ceux qui sont autour, ne pas couper trop court ces herbes déjà jaunes, couper juste ce qu’il faut pour mettre aux pieds de ceux que l’on veut préserver, tricoter des chaussettes en paillage bien serré pour les arbres et les plantes, pour mieux garder le frais de leurs douillettes racines et de ces petites bêtes dont la vie et elle seule fait aussi vivre la terre.
S’occuper de la terre et puis scruter le ciel, se laisser entraîner dans le jeu des nuages, chérir ceux du matin qui trop vite font trop de place au vorace grand bleu, attendre ceux du soir qui parfois ne viennent pas ou seulement trop loin ou seulement trop fins, leur forme et leur texture et leur couleur un peu, mais surtout leur valeur du si clair au trop noir qui nous fait craindre le pire, un orage trop gonflé du trop de chaud de la journée, et le feu des éclairs, les pluies bien trop violentes aux eaux qui emportent tout. Dans orage il y a rage.
Orage et désespoir qui vont souvent ensemble, une immense fatigue, lassitude infinie, le chaud comme un manteau, encore un autre manteau, quand ils sont déjà trop à couvrir nos épaules. Heureusement, parfois, la pluie est raisonnable, elle hydrate, elle abreuve, elle libère les odeurs, elle efface l’ardoise de la boue craquelée pour que viennent s’y inscrire de toutes nouvelles empreintes de la vie toujours là.
Des inscriptions, des signes, des manifestations, il y en a partout, à nous de venir cueillir ce qui fait fruit et fleur dans nos pensées à nous. Sur la montagne d’en face bientôt plus de névés, à peine quelques points blancs à scruter à la loupe, finies les réserves d’eau à faire fondre pour plus tard. Dans ce calendrier des signes du dehors, se construire des repères qui ne rendent aucun compte aux autres calendriers, ceux qui restent étrangers à la vie du dehors, comme au bord de la mer on compte en heures-marée et pas en heures tout court pour ne pas rester perché tout en haut d’un caillou quand l’eau s’est retirée. Ici comme à la mer, l’eau est de haute importance, pas pour la même chose, pas de la même façon, mais lui rendre sa place sur le devant de la scène nous aidera sûrement, nous autres êtres humains, qui négligeons si bien ce qui nous constitue pour plus de la moitié. Alors, peut-être avoir une pensée pour l’eau quand on sera en extase, les pieds dans le ruisseau

Fin de mi-juin 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Il fait chaud, trop chaud. Trop chaud en cette fin de semaine, une chaleur qui écrase et qui aplatit tout, toutes les envies de bouger, même celle de se souvenir qu’au début de cette semaine ou plutôt de cette période puisque pour ce journal je n’ai pas une semaine de calendrier connu, il faisait certes chaud, mais que les nuages étaient encore un peu présents et nous avaient offert quelques gouttelettes de pluie. Des nuages en lentilles, en piles comme piles d’assiettes ou de meules de fromage. Alors ces nuages-là, les garder en mémoire comme une pile de couettes gardées dans un placard en attendant l’hiver.
Ce trop chaud qui fatigue, fatigue même les couleurs, il nous fatigue les yeux de ses lumières trois vives, de ses contrastes trop forts, les couleurs s’affadissent, se ternissent et pâlissent en même temps que les fleurs fanent. Sur la plupart des arbres, les fleurs sont déjà loin, une histoire de saison qui ne doit rien au temps, celui de la météo, elles se sont faites fruits et nous rendent nerveux à la seule pensée qu’ils finiront séchés avant d’avoir muri. Quelques fleurettes encore, mais peu de frêles, de douces, de pétales veloutés. Peut-être un phénomène un peu particulier autour de par ici où ont été broutées les tendres roses des rosiers. Plus de rose donc ici prés du mur de la maison, mais quand même des couleurs chez les dernières groseilles, les cassis, les framboises, au goût de confiture dès le moment de la cueillette. Pour le reste des couleurs, le vert a pris du bleu, les feuilles des arbres en face sont maintenant épaissies d’une certaine gravité, responsabilité, elles, garantes de l’ombre qui protège les sous-bois, elles modèlent les zones d’ombre dont on a tant besoin.
Alors, se retourner vers ce qui nous préoccupe, ce trop chaud décalé alors qu’on est à peine au début de l’été et que l’étymologie nous parle de Canicule comme d’une étoile lointaine, autre nom de Sirius, petit point qui avec d’autre nous dessine dans la nuit une constellation, celle qu’on appelle Grand Chien. Cette étoile Canicule détermine en été le moment officiel pour les fortes chaleurs, elle se lève en même temps que le brûlant soleil entre le 22 juillet et puis le 23 août. Sur la carte du ciel, pas question en juin de cette étoile Canicule, et pourtant en ce moment on ne parle que d’elle. Ironie du langage et de ses rapprochements qui ne font que souligner le décalage du temps que nous vivons en ce moment.
Alors revenir aux mots, à l’étoile Canicule et au plus frais de la nuit ou au moins du matin quand il est encore temps, regarder dans la lumière voleter les poussières pour trier l’important de ce qui ne l’est pas