Texte publié en janvier 2026 dans la revue les villes en voix, les amulettes, en très bonne compagnie

Vivre sans lui n’est pas envisageable. Il n’a aucun pouvoir, aucune magie. Mais quand même. S’il faut parler de A, alors il est A6, environ. Il passe sans problème dans les poches de pantalon, poches de veste, poches de sac, poches de pull à capuche, toutes les poches. Noir, couverture souple et d’une matière qui n’absorbe pas trop l’eau et peu sensible aux taches. Pour l’empêcher de s’ouvrir, un élastique retient ses pages et pour avoir toujours un crayon sous la main, il a sur le côté un bricolage maison, une sorte d’étui construit en ruban adhésif, noir sur celui-là pour que les couleurs soient assorties. Il est bientôt fini, lui restent quelques pages blanches, les autres sont écrites. Une sorte de journal, pas journal de ce que je vis, journal de ce que je vois, le décor sans le sujet, dehors autour de moi, le temps qu’il fait, les arbres, les animaux et les plantes, surtout les plantes. Parfois des réflexions, mais des réflexions sur ce dehors autour de moi. Parfois j’écris beaucoup sur ses pages, toujours en commençant par la date, année, mois, jour en chiffres et jour en lettres. Pour rappel. Parfois j’écris très peu, jusqu’à une semaine sans. Mais pas moyen de faire sans, sans sa présence, sans son poids dans ma poche, sans ses pages qui défilent sous mon pouce et puisqu’on est en automne, sans les feuilles glissées entre ses feuilles. L’égarer, le perdre de vue ou de toucher devient tout de suite un drame, en changer quand il n’a plus de pages blanches, un événement majeur. Il m’est indispensable, il me ramène toujours, quand l’égarement me prend, à l’essentiel d’écrire. L’eau, l’air, le petit carnet noir. Vivre sans lui n’est pas envisageable.