Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Hier il faisait pluie, brume, brouillard, nuages et nuageux. Un temps qui cache, qui occulte, qui dissimule le bout de la route, le bout du champ, l’autre côté de la vallée, l’autre côté du chemin. Il a plu, presque neigé. Une fin étonnante pour une semaine de beau. Avoir oublié l’eau pendant presque six jours et reverser tout d’un coup, sur une seule journée les recommandations pour une semaine entière. Recommandations d’eau pour avoir une forêt, une montagne, des ruisseaux et des plantes, tout ça en bonne santé. Des recommandations qui vivent d’empirique, de souvenirs de sécheresses ou bien d’inondations, de récoltes fantastiques.
Les plantes en ce moment sont toutes frêles et fragiles, on tremble vite pour elles et on est rassurés quand le quota d’eau tombe comme il devrait tomber dans l’idée qu’on s’en fait, sans trop et sans trop peu et avec la douceur qui abreuve, pas la violence qui noie, qui hache et qui emporte. Bourgeons tendres, premières feuilles, nouvelles tiges et des fruits qu’on reconnait à peine comme de futurs fruits, drapés dans les pétales d’une fleur à peine éclose. Étonnant reste toujours l’échelonnement du printemps, du signal du départ pour une plante ou une autre, pour une bête ou une autre. Semaine de commencement, d’attente, d’observation. Certaines plantes n’hésitent pas et exhibent toutes leurs feuilles, leurs fleurs, leurs nouvelles branches quand pour certaines autres, tout reste encore tranquille comme au mois de janvier. Alors juste se pencher sur autre chose que sur ce qui nous semble évident, sur les liens, les relations entre les plantes elles-mêmes, question d’ensoleillement, de besoins différents, de lien aux animaux, aux insectes, aux petites bêtes qui viennent polliniser, squatter, entretenir ou manger tout ce qui sort de terre, tout ce qui sort de bois.
Le bois, l’arbre, voir un arbre coupé, les anneaux concentriques qui disent les années qui disent le temps qu’il faut pour qu’un arbre soit arbre, qu’il faut pour faire du bois qu’on dira matériau comme toute autre ferraille, composite ou plastique. Un arbre c’est du temps, un peu d’eau, de la lumière et quelques éléments qu’on trouve dans le sol, immense être vivant qui commence simplement avec une banale graine. En ce moment elles germent, même au milieu du chemin. D’abord deux feuilles toutes simples qui sont souvent bien loin de la forme de celles qui diront tout de l’espèce une fois dépliées. À ce stade de l’arbre, le tronc est une fine tige quasiment translucide qu’on peut anéantir d’un pincement de doigts. Et dans quelques années, dizaines, centaines d’années, la malingre plantule sera devenue un arbre, un chêne, un hêtre, un frêne ou un pommier. Juste lui laisser le temps et se donner le temps de se faire à son échelle, de bien garder en tête ces graduations de temps qui nous laissent le temps de voir chacun à son tour ouvrir ses fleurs, ses feuilles, une façon aussi d’étaler la saison pour que, comme les insectes, on puisse profiter de toutes les floraisons sans avoir à choisir jusqu’à en oublier, à en laisser passer sans pouvoir leur donner au moins un tout petit peu de l’attention nécessaire à connaître leur monde qui est aussi le nôtre. Ne pas manquer le petit point qui fera la différence, toute la différence, autant dans la nature que dans la littérature qui ne serait rien sans elle, et réciproquement




