Shetland#09 | Vendredi 3 mai 2024

Lerwick – Toft ferry terminal sur Mainland – Ulsta ferry terminal sur Yell – Gutcher ferry terminal sur Yell – Belmont ferry terminal sur Unst – Belmont, Chez Simone – Château de Muness – Clivocast standing stones – Lund – Baltasound Final Checkout Cafe – Baie de Haroldswick – Baie de Norwick – Saxa Vord – Haroldswick Victoria’s Vintage Tea Rooms – Belmont ferry terminal – Gutcher ferry terminal – Ulsta ferry terminal – Yell – Toft ferry terminal – Lerwick

La première fois sur Unst, c’était le 30 avril pour aller observer les oiseaux dans la réserve naturelle de Hermaness. Aujourd’hui, ce sera pour l’île elle-même, ses vestiges historiques, ses églises, son architecture et sa géologie. Y compris ses installations militaires avec la station radar de Saxa Vord dont le dôme blanc est bien visible depuis Hermaness et les cafés de l’île aussi, évidemment. 

Pour commencer, prendre la route du nord vers le terminal de Toft d’où part le ferry pour Yell. Une route déjà connue, parcourue plusieurs fois, le plaisir de reconnaître des visages aux comptoirs, de retrouver des lieux, presque de se sentir chez soi en retrouvant ses repères, les petites choses qui diffèrent, se sentir doucement pouvoir presque faire partie des habitués. Et aussi mieux pouvoir se concentrer sur d’autres choses que sur la découverte, remarquer un détail, une couleur, une odeur, peut-être une petite chose qui nous rendra l’endroit plus cher, plus familier. Un premier bateau, donc, on ne cherche plus les toilettes, on choisit la place près de la fenêtre pour mieux voir le départ ou pour avoir du calme, ou pour voir l’arrivée longtemps avant d’y être, profiter du voyage comme tous les initiés, abonnés au passage. Traversée de Yell sans regarder la carte, en se repérant à la forme de la côte, la présence d’une maison, la couleur d’une cabane, d’une porte. Et les panneaux aussi, si précieux le premier jour, que l’on voit maintenant comme de simples repères au même titre que la boîte aux lettres rouges coiffée de sa couronne. Pas d’arbres aux Shetland, enfin vraiment très peu et seulement dans des endroits protégés, donc pas de bosquets remarquables, mais des reliefs variés, petites buttes, longues plaines, vallées et lochs, de quoi se repérer sans aucune difficulté, d’autant plus si on a déjà fait le trajet à peine quelques jours auparavant.

Aujourd’hui, pas d’oiseaux qui nous attendent, pas de rendez-vous fixé, donc le temps de s’arrêter sur tout ce qui nous arrête. Comme sur le port de Belmont, à l’arrivée du ferry, quelques maisons face à la mer, et la terrasse du petit café « chez Simone ». Café, pas dans le sens où on l’entend d’habitude. Il y a bien du café, ce qui justifie le nom et l’arrêt. Ouvert à tous les vents, pas de vitres, pas de porte, mais du café et autres boissons chaudes ou froides, des gobelets en carton, on se sert et on paie. Pour le reste, compter sur l’envie de retrouver un peu de réconfort et de convivialité, un peu d’humanité à un prochain passage ou bien juste l’envie de voir fleurir plus souvent ce genre d’initiatives pour regarder la mer avec les mains et le nez dans les odeurs familières du café, la confiance en l’être humain.

©Sylvie Strangejazzy

Prochaine étape, Muness castle. Prendre la route A968, la grande route, la seule qui sort de Belmont et rapidement, obliquer à droite vers Uyeasound. Port de pêche, baie bien abritée de quasiment tous les vents, y compris ceux de sud avec l’île de Uyea, en forme de canard qui ferme la baie comme un couvercle. Un endroit idéal pour construire un château, pas trop près de la mer, mais pas trop loin quand même, juste un peu à l’écart. Encore de vieilles pierres et une très longue histoire. Des retrouvailles aussi, avec des noms connus, déjà entendus ailleurs : Bruce. Unst est l’île habitée la plus au nord des Shetland, donc une potentielle porte d’entrée pour les envahisseurs de tous horizons. Muness Castle est une maison-tour, une habitation fortifiée. Construit en 1598 pour Laurence Bruce of Cultmalindie, demi-frère de Robert Stewart, premier comte des Orcades. Le château est ensuite passé d’héritier en héritier sur quelques générations avant d’être attaqué et incendié en 1627 par des pirates-corsaires venus de Dunkerque, voleurs et pilleurs plus ou moins officialisés par le contexte d’escarmouches et de batailles principalement navales qui ont eu lieu entre la France et l’Angleterre durant la guerre de Trente Ans. Il semble que le château n’ait, par la suite, jamais été totalement réparé. Sans toiture, il est vendu par la famille Bruce en 1718. Actuellement, le château est protégé au titre des monuments historiques, les murs épais du bâtiment rectangulaire et les tourelles rondes au nord et au sud sont encore en bon état, les meurtrières sont encore bien visibles dans les murs au-dessus de l’entrée principal et des vues aériennes semblent mettre en évidence la présence possible d’un jardin au sud-ouest du château. Beau temps aujourd’hui, par l’une des ouvertures intactes, on a vue sur la lessive qui sèche au vent sur le fil de la maison voisine. Rappel bienvenu des réalités de la vie quotidienne, même si pour ce château, on imagine une vie rude et davantage tournée vers la guerre que vers les réceptions et les plaisirs de la vie de château. Mais les petites ouvertures, les murs épais et les tourelles ont permis de garder presque intact ce bâtiment vieux de plus de 400 ans. Pas sûre que le béton, même armé, puisse en dire autant dans quatre siècles.

Pas très loin du château, Clivocast et un très grand pas de plus dans le passé avec des pierres dressées à l’endroit où fût tué le fils du Viking Harald Harfager vers l’an 900. Un peu plus tard dans l’histoire, au hameau de Lund, les ruines d’une église médiévale de style celtique du douzième siècle et son cimetière, Saint Olaf’s Church. Ici aussi, pierres verticales pour rappeler le souvenir des disparus. Des monuments à la mémoire des défunts également à l’intérieur de l’église, avec des monuments commémoratifs pour la famille Mowat (ou Mouat) et une dalle de pierre hanséatique de 1573 marquant la tombe de Segebad Detkin, un riche marchand de Brême. Toute l’histoire complexe et les influences multiples qu’ont subies les Shetland se trouvent réunies dans cette église et son histoire. À commencer par le saint à qui l’église est dédiée, Olaf, prénom norvégien, ainsi que les nombreuses croix celtiques. Le serpent sculpté sur le linteau de la fenêtre sud pourrait provenir d’une sculpture picte, ici réutilisée, jusqu’au monument édifié pour le marchand de Brême qui atteste de l’importance du commerce avec l’Europe du Nord et du poids, y compris spirituel de cette activité sur la société shetlandaise de l’époque. Il semble d’ailleurs que le site de Saint Olaf’s Church fasse encore partie des sites que les historiens et les archéologues estiment comme prometteurs pour des découvertes futures.

https://portal.historicenvironment.scot/apex/f?p=1505:300:::::VIEWTYPE,VIEWREF:designation,SM2097

Sur la route, s’arrêter sur des curiosités, comme cette dépendance près d’une maison ordinaire près de Baltasound. Les murs sont tapissés de publicités, de flyers, d’affiches. Et la porte est un cercueil, pareillement décoré. Aucune indication qui puisse donner des informations sur cette déco étonnante, peut-être juste le côté excentrique que l’on prête facilement aux Britanniques.

Pause plus classique ensuite, avec un cappuccino au Final Check Out Cafe de Baltasound, sorte de commerce tous services comme il en existe souvent dans les lieux un peu éloignés : épicerie, distributeur de billets, garage, pompe à essence et café ainsi que de quoi se restaurer, et des toilettes publiques. L’accès extérieur du café se confond presque avec celui du garage, mais à l’intérieur, tout est fait pour répondre aux besoins des habitants comme des gens de passage.

Passage rapide dans les ruines de la Old Unst Kirk datant de 1764. Édifice rectangulaire qui fait penser à une halle, murs épais en grés et enceinte extérieure couronnée de cailloux verticaux comme pour les murets délimitant les champs qui empêchent les moutons et autres poneys d’aller se promener là où leur envie les mènerait. Un peu plus loin, une autre église en ruine, Hillside Free Church, datant de 1843 et reliée à un ancien presbytère, édifice assez bas dont les murs sont encore en bon état malgré son absence de toit, les deux frontons intacts, l’un portant encore la niche pour une cloche. Le long de la Beach Road vers Clibberwich, retour à un patrimoine naturel et vivant avec des phoques qui se chauffent au soleil sur les rochers au ras de l’eau, des poneys dans un champ. Les statistiques météo ne nous avaient pas préparés à tant de temps sec et de ciel bleu, mais depuis le début du séjour, nous comptons plus de jours ensoleillés qu’il n’y en a d’habitude en cette période. Et nous ne sommes pas les seuls à en profiter, avec un peu d’imagination, on pourrait presque entendre ces phoques ronronner…

Pour aller sur la plage de Norwick, tourner à droite à l’arrêt de bus. Derrière, un canoé attend qu’on le ramène dans l’eau et un tas de filets de pêche mêle ses mailles avec les herbes folles du bord de la route. Sur la plage, le soleil se reflète sur le sable blanc, sur les murs blancs passés à la chaux de la maison traditionnelle shetlandaise au bout de la route, alors baisser les yeux, les laisser se poser sur les cailloux qui racontent l’histoire géologique de ces îles. Amas de roches portées par les marées, rochers de granit issus de la collision entre les deux plaques continentales, l’histoire de ces îles est celle d’un affrontement, de plaques qui se poussent, de la zone de contact qui s’élève, de volcans, de lave, d’éruption, de terre qui tremble de forces qu’on admire, qu’on craint et qu’on vénère, qu’on essaye de comprendre sans rien pouvoir y faire. Juste maintenant que le calme est relatif depuis quelques millénaires, admettre que, depuis toujours, ces îles sont une terre de rencontre. Rencontre un peu plus loin, encore, de l’eau venue de la terre, d’un ruisseau brun de tourbe, couleur brune du whisky qui va aller rejoindre le froid bleu de la mer, caché pour aujourd’hui sous une lame de métal, légère et argentée qui reflète le soleil. 

Pour l’étape suivante, prendre un peu de hauteur et lever les yeux du sol pour admirer tout le reste, les paysages, le ciel. Il nous faut une colline ! Le point culminant de Unst est Saxa Vord, 285 m d’altitude. Une particularité qui n’a pas échappé aux autorités militaires qui y ont installé une station de radars dès 1941 avec un premier site à Skaw, doublé durant la deuxième guerre mondiale d’un autre radar à Saxa Vord. Le premier site est rapidement fermé, en 1947 au profit du deuxième, utilisé pleinement durant toute la guerre froide, notamment pour sa proximité avec la Russie. Le site tombe ensuite en désuétude pour être fermé en 2006, mais repris dès 2017 pour observer de nouveau la Russie, entre autres, même si sur place, le plus grand ennemi du radar lui-même reste le vent avec des installations qui se sont envolées lors d’une pointe mesurée à 285 km/h en janvier 1956. La colline détient le record britannique non officiel de vitesse du vent, qui a été enregistré à 317 km/h en 1992, juste avant que l’équipement de mesure ne s’envole. Pas d’arbre sur cette colline, donc, c’est un atout pour observer le ciel et l’espace sans être gêné par des obstacles terrestres (à part le dôme du radar et les quelques installations terrestres adjacentes, quand même). Une association a installé sur place un parcours avec des panneaux donnant des informations sur le système solaire et l’espace en général, ainsi que, sur la colline de Saxa Vord, un banc spécialement placé et équipé pour permettre l’observation des aurores boréales en écoutant un choix de musique. L’endroit, si désert en apparence soit-il, attire de nombreux projets : une distillerie y est implantée qui produit du gin (Shetland Reel Gin) et réalise des assemblages de whisky venus de la grande île d’Écosse. Un projet de complexe touristique et une basse de lancement pour satellites apparaissent également dans la liste des résultats lorsqu’on fait des recherches sur l’endroit. De nombreuses idées différentes qui font parfois douter de l’authenticité des panneaux d’interdiction de circulation qui menacent les extraterrestres contrevenants à être déportés sur Mars par la police de l’espace…

Histoire de se remettre de tout ça, un cappuccino s’imposait et si possible avec une jolie vue puisque le soleil est toujours bien présent. Victoria’s Vintage Tea Rooms à Haroldswick est l’endroit parfait. Cappuccino délicieux et décor vintage, comme le nom l’indique, avec profusion de bibelots et de napperons en dentelle, mais un accueil aussi chaleureux que la déco est kitsch, donc un bon moment, une pause tranquille avant de reprendre la route dans l’autre sens, enchaîner les ferries et rentrer à Lerwick. 

Nous arrivons à l’heure où la lumière s’incline avant de se coucher, idéale pour aller prendre quelques photos en ville, puis soirée tranquille, demain matin nous nous levons tôt !

N’ayez pas peur !

C'est juste une newsletter !
Abonnez-vous pour être informé•e des dernières nouveautés 🙂

Nous n’envoyons pas de messages indésirables ! Lisez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *