Texte écrit dans l'atelier du Tiers Livre de François Bon. C'est ouvert à tous, alors à vous aussi : pour écrire, lire, chercher, apprendre, essayer, découvrir, échanger... , c'est ici

Les couleurs de la nuit sont toutes en noir et blanc. Et puis aussi un peu quand la clarté nous manque, quand on plisse les yeux, quand le soleil se cache, une fois les yeux fermés. Alors, quand bien moins de lumière, moins de contraste, moins de détails, moins de séparations entre les teintes proches, moins des limites taillées comme à coups de couteau, plutôt des transitions, des passages tranquilles, des passages comme on marche, rien qui n’aie chose à voir avec le pas de course, revenir aux valeurs.
Pour avoir les couleurs, dans ces hésitations, les yeux ne suffisent plus, il faut y mettre le nez, les oreilles et les pieds et tous les souvenirs et toutes les évidences. Le ciel sera bleu ou gris, parfois rose le matin avec un peu d’orange, mais jamais il ne sera vert, sauf dans le cas extrême des aurores boréales que je n’ai jamais vues. Vert ou violet d’ailleurs pour ces feux dans le ciel.
Pour les feuilles des arbres, c’est la tête qui le dit, quand on regarde en l’air, les feuilles sont sûrement vertes et même en noir et blanc on gardera le tendre, le léger, le fragile des toutes jeunes feuilles qui viennent juste de naître. Des feuilles qui émettent presque elles-mêmes de la lumière, le vert du commencement, bien loin des feuilles d’automne, lourdes des histoires vécues durant tout un été qui sont graves et opaques, d’un vert sombre et rugueux.
Quand on regarde par terre, les couleurs des feuilles mortes, vues par le noir et blanc, ont quelque chose à voir avec les feuilles qui sont encore au bout des branches, elles ont gardé leurs formes, leurs dentelures, leurs contours. Les premières au sol ont le tendre, le fragile, souvent le jaune lumineux qui pourrait presque rappeler le jeune vert du printemps, le vert de celles qui sortent tout juste du bourgeon. Plus tard au bout de l’automne et aussi dans l’hiver, les feuilles vont prendre l’eau, elles vont devenir plus sombres, se draper peu à peu dans cette couleur de terre, elles qui composent la terre d’où elles viennent, où elles vont.
Mais quand la neige est là, les choses se compliquent. Le sol devient blanc, plus clair, plus lumineux que la cime des arbres, qui elle est au soleil, ou encore à la lune, au moins à la lumière. Négatif noir et blanc. Lorsque la neige est là, les couleurs de la nuit sont toutes en blanc et noir, ne reste que le grincement de nos pas dans la neige pour nous dire que l’on doit inverser nos valeurs pour reconstruire le monde, le monde en dégradé, depuis le noir jusqu’au blanc. Ou bien inversement



