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Mi-août 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

La semaine a commencé par une éclipse solaire, une disparition, mais seulement temporaire. Une disparition un peu longue du soleil, on en aurait rêvé aux jours de canicule, rêve un peu éphémère dont on se serait vite plaints, accablés de froidures. La météo souvent est sujet de discorde, au moins de discussions, trop ceci ou cela, on aimerait toujours avoir ce qu’on n’a pas, de l’eau, oui, mais pas trop, du soleil et de l’eau, du soleil et du sec, oui, mais pas trop longtemps. Les grandes questions surgissent quand tout le monde est d’accord pour décider ensemble qu’un état ou un autre a duré trop longtemps. Comme pour la canicule, aussi pour le déluge, cette unanimité montre un dérèglement, un problème, un sujet sur lequel s’interroger. Un peu comme pour un texte qui chez toutes ses lectrices et chez tous ses lecteurs ferait l’unanimité. Il serait alors temps de se poser des questions. L’humain aurait changé ?
Ici après l’éclipse, le coucher de soleil a fait revenir chacun aux vieilles habitudes et pour le lendemain, encore quelques chaleurs, mais aussi les annonces de retour de la pluie, du plus frais, d’un peu de tiède. Alors finalement oui, éclipse, disparition temporaire.
On ne dit pas éclipse pour changement de saison, la régularité ou peut-être la durée font sortir les saisons du champ fin des éclipses, même si cette année entre sécheresse et automne, on peine à démêler qui a lancé l’idée des couleurs rouille et feu. Un arbre aux feuilles sèches prend les mêmes couleurs qu’un arbre aux feuilles d’automne ? Mais l’hiver nous dira finalement qui est qui puisque les feuilles d’automne finissent par tomber tandis que les feuilles sèches restent fixées à leurs branches, elles ne sont plus concernées par l’usuel des arbres. Alors malgré le doute, se dire que chez le noyer, les nervures des feuilles commencent à jaunir, et que bientôt les noix commenceront à tomber malgré leur petite taille. Même question chez les pommes qui ont mûri avant d’avoir leur taille adulte, leur insouciance a fui avec les fortes chaleurs.
Et en fin de semaine enfin les premières pluies depuis un bon moment, des pluies qui durent longtemps et qui gardent l’humide pendant un certain temps, jusqu’à nous faire penser qu’il faudra d’ici peu aller aux champignons, parce qu’on ne sait jamais.
Quelques autres signes encore qui annoncent le changement, les salamandres grandissent, les dernières dans le bassin ont leurs peintures de grandes, les coups de pinceaux jaunes qui diront qui est qui chez ces petits animaux qui ont sûrement souffert bien plus que certains autres de toutes les canicules.
Alors les jours qui viennent observer les changements, le retour des nuages qui se donnent en spectacle jusqu’au cœur des vallées, pour les vaches en alpages profiter jusqu’au bout du grand air et des herbes, aussi du paysage, si toutefois les vaches ont la capacité d’oublier les poteaux et les câbles et les coupes trop droites faites dans les forêts pour que deux mois de l’année, les skieurs prennent leur place dans ces prairies du haut.
Éclipse du soleil et éclipse des saisons, retours et autres changements, à chaque fois chercher les termes qui conviendront, sûrement une façon de revenir sur des mots qu’on aurait oubliés faute de s’en servir, une façon d’entretenir notre vocabulaire pour qu’il reste aussi riche et aussi fascinant que dans les livres qu’on lit le soir en prenant le frais, privilège estival

Attention

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

Dans le mot attention, l’important est après, juste après les neuf lettres, dans la ponctuation. Du point qu’on y mettra, le sens en sera changé, du danger immédiat, façon alerte rouge, au nécessaire grand calme pour bien se concentrer. Le attention devant de quelqu’un qui cuisine et porte une grande plaque chaude ne se comprends qu’avec un point d’exclamation, il doit être suivi d’une action adaptée, un évitement souple, une artistique esquive. Mais pour l’autre attention, il nous faut la lenteur des points de suspension, surtout ne rien troubler, écouter, regarder, sentir ou bien goûter ou encore rechercher, doucement du bout des doigts, la petite cicatrice en haut de l’omoplate ou la poignée de la porte pour s’éclipser sans bruit. Il s’agira alors de mettre tout son cerveau dans un seul sens unique, l’empêcher de s’enfuir, ou même de s’enfouir, de jouer à l’autruche, de suivre les nuages, d’aller aux champignons quand on cherche l’oiseau. Cette deuxième acception du mot attention est une chose délicate, subtile et volatile. Trouver dans les feuilles vertes les plumes d’un oiseau ou entendre son chant au milieu des voitures qui ronflent et qui klaxonnent demande une vigilance, une concentration et une envie de voir qui accepte avec joie qu’on lui consacre du temps, qu’on le voit autrement, pourquoi pas noir et blanc. Le bourgeon nouveau-né qui se déplie et s’ouvre, tâte enfin de l’air libre, presque étonné lui-même de se voir enfin feuille, réclame lui aussi toute notre attention, autant que le lézard, immobile et patient, couleur pierre dans les pierres, il guette l’inattention de celle qui l’observe avec grande attention. Les mots, petits ou gros, devraient recevoir aussi toute notre attention quand il faut les écrire, les habiller de beau, orthographe et grammaire, tirés à quatre épingles, soigner leur voisinage pour un accord parfait, tout peaufiner chez eux, la forme autant que le fond sans négliger le son, passer et repasser en pleine concentration de celui qui va lire à celui qui écrit, offrir aux mots, enfin, toute notre attention, sans tension, sans attente, toute notre attention