Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors
Il fait chaud, trop chaud. Trop chaud en cette fin de semaine, une chaleur qui écrase et qui aplatit tout, toutes les envies de bouger, même celle de se souvenir qu’au début de cette semaine ou plutôt de cette période puisque pour ce journal je n’ai pas une semaine de calendrier connu, il faisait certes chaud, mais que les nuages étaient encore un peu présents et nous avaient offert quelques gouttelettes de pluie. Des nuages en lentilles, en piles comme piles d’assiettes ou de meules de fromage. Alors ces nuages-là, les garder en mémoire comme une pile de couettes gardées dans un placard en attendant l’hiver. Ce trop chaud qui fatigue, fatigue même les couleurs, il nous fatigue les yeux de ses lumières trois vives, de ses contrastes trop forts, les couleurs s’affadissent, se ternissent et pâlissent en même temps que les fleurs fanent. Sur la plupart des arbres, les fleurs sont déjà loin, une histoire de saison qui ne doit rien au temps, celui de la météo, elles se sont faites fruits et nous rendent nerveux à la seule pensée qu’ils finiront séchés avant d’avoir muri. Quelques fleurettes encore, mais peu de frêles, de douces, de pétales veloutés. Peut-être un phénomène un peu particulier autour de par ici où ont été broutées les tendres roses des rosiers. Plus de rose donc ici prés du mur de la maison, mais quand même des couleurs chez les dernières groseilles, les cassis, les framboises, au goût de confiture dès le moment de la cueillette. Pour le reste des couleurs, le vert a pris du bleu, les feuilles des arbres en face sont maintenant épaissies d’une certaine gravité, responsabilité, elles, garantes de l’ombre qui protège les sous-bois, elles modèlent les zones d’ombre dont on a tant besoin. Alors, se retourner vers ce qui nous préoccupe, ce trop chaud décalé alors qu’on est à peine au début de l’été et que l’étymologie nous parle de Canicule comme d’une étoile lointaine, autre nom de Sirius, petit point qui avec d’autre nous dessine dans la nuit une constellation, celle qu’on appelle Grand Chien. Cette étoile Canicule détermine en été le moment officiel pour les fortes chaleurs, elle se lève en même temps que le brûlant soleil entre le 22 juillet et puis le 23 août. Sur la carte du ciel, pas question en juin de cette étoile Canicule, et pourtant en ce moment on ne parle que d’elle. Ironie du langage et de ses rapprochements qui ne font que souligner le décalage du temps que nous vivons en ce moment. Alors revenir aux mots, à l’étoile Canicule et au plus frais de la nuit ou au moins du matin quand il est encore temps, regarder dans la lumière voleter les poussières pour trier l’important de ce qui ne l’est pas
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La moitié du mois de juin. De très longues journées pour des nuits vraiment courtes. Partout la hâte, une sorte d’urgence à faire le plein de lumière, à faire fleur, surtout fruit, à faire grandir les petits, à penser à l’avenir. Un avenir plutôt chaud après un début de semaine tranquille, entre nuages et toutes timides pluies. Et puis du beau, du chaud, du temps à faire les foins. D’abord couper les herbes, les coucher sur le sol. L’odeur est encore verte, elle est fraîche, presque piquante. Ensuite, laisser sécher en remuant savamment pour que chaque brin d’herbe profite du séchage. Remuer savamment et presque artistiquement. Du dehors, on ne voit que le geste, le précis, le minutieux, le méthodique passage du râteau à grandes dents. On voit peu la fatigue, les épaules qui tiraillent et le dos qui durcit. Mais à la fin du jour, le foin est aligné en longues courbes sinueuses, tout prêt à être mangé par la machine à bottes qui dans le champ d’à côté, fait des bottes en pavés, des petites bottes portables pas comme ces grosses bottes rondes que seules les machines arrivent à porter. Le foin au fil des jours change doucement de couleur, il passe du vert cru au jaune un peu pâli. Son odeur change aussi, elle nous raconte le sec, le cassant, le craquant, le doux d’une senteur proche de la lourde torpeur que l’on ne troublerait que pour chasser une mouche. Ailleurs, la sécheresse est dans le craquèlement de la boue qui n’oublie jamais rien, qui garde les empreintes des vélos, des chevreuils et du sec installé. C’est le moment de l’année où on pensera à l’eau comme à une richesse, à l’argent de ses ondes qui va se refléter jusque sur les vieilles poutres du lavoir assaillies par le lierre et les ronces. L’eau est aussi le lieu où vivaient les têtards du petit lac du haut. Mais pour eux l’été venu va sceller le moment de leur nouvelle naissance, ils vont devenir grenouilles, ou peut-être crapauds, disons juste des anoures pour éviter, ici, d’écrire de grosses bêtises en n’ayant comme critère de détermination qu’un corps robuste sans queue, des yeux exorbités et des membres repliés sous le reste du corps. Et trop peu de connaissances. Mais les regarder vivre cette métamorphose reste toujours palpitant, le côté fascinant de l’instant décisif. Pour ce qui est de l’avenir, une pensée pour ce lac qui va, comme tous les étés depuis que je le connais, disparaître complètement. Et pour moi grande question, que va-t-il advenir de tous ses habitants ? Pour observer tout ça quand je ne suis pas là-haut, faire confiance aux grands arbres qui gardent toujours un œil du haut de leurs racines sur qui fait quoi et quand. Reste juste à savoir où ils rangent leurs souvenirs, s’ils les notent sur des feuilles qui tomberont à l’automne ? Alors se regarder, les yeux droits dans les yeux, ou plutôt dans cet œil au milieu de la racine qui traverse le chemin et observe les passants sans jamais se défaire du sérieux infini qui me fera attendre longtemps ce clin d’œil de connivence dont je rêve parfois en tant qu’une des grandes habituées des lieux. Le grand sérieux des arbres rejoint d’ailleurs celui de la petite fourmi. Affairée, travailleuse, et surtout pas prêteuse, perdue sur la balcon, elle file sur les planches en toute indifférence pour son ombre qui la suit, disparaît, la retrouve à chaque fois qu’elle passe de l’ombre à la lumière, sans prendre aucun égard pour ce double qui pourtant ne la quitte pas d’une patte dans les zones au soleil. Pourtant, par ces chaleurs, l’ombre va devenir de plus en plus importante. Le chien l’a bien compris qui s’allonge tranquillement à l’ombre du poirier et laisse aux humains le soin de faire les foins sous un soleil si blanc que les peaux pâles en rougissent
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Une semaine riche de tout, riche d’eau, de beau aussi, de beaux nuages, bien sûr, et puis de gris tranquille. La pluie toujours bienvenue quand on garde en mémoire le chaud de la fin mai, quand on a devant les yeux le châtaignier passé aux couleurs de l’automne largement avant l’heure. Chez les autres châtaigniers, c’est le moment des fleurs, des longs chatons jaune pâle, de leur odeur lourde et fauve. Ils font partie des arbres parmi les plus prudents, pour d’autres, déjà les fruits, pour eux à peine les fleurs. Chez les arbres aussi, ce sera chacun son rythme, floraison étalée, une façon de donner une chance à chacun, quelles que soient les humeurs, les furies, les inconstances du temps et de la météo. Bonne stratégie aussi pour faire calendrier, pour mesurer son temps comme les bêtes et les plantes qui subissent le dehors sans avoir jamais le choix de se mettre à l’abri du chaud, du froid, de l’eau. Les racines qui vous ancrent dans un terroir spécial ont bien des avantages, mais pour les déplacements, il va falloir aux arbres de l’imagination ou de ces stratagèmes dont on n’a pas idée, nous qui nous déplaçons sans voir ça comme un luxe, un privilège rare. Entre les gouttes, regarder grandir les herbes, les toupets de toutes formes s’ouvrir en haut des tiges et voguer dans le vent comme on surfe sur la vague. Pester encore un peu quand après une averse, s’aventurer chez elles, ces graminées taquines est une belle assurance d’avoir le pantalon trempé jusqu’aux genoux. Les herbes gardent les gouttes, elles stockent l’eau sur leurs tiges qui attrapent les pluies, sûrement une bonne méthode pour ensuite s’abreuver au fur et à mesure que les tiges se redressent et laissent glisser les gouttes jusqu’au sol ou attendent, les patientes racines. Entre les gouttes aussi, admirer les nuages. Dire juste les nuages ne rendra jamais hommage à la diversité de formes et de textures des habitants du ciel, les formes qu’ils dessinent, leur transparence aussi quand ils s’assemblent ou non, allant parfois jusqu’à former une masse si sombre, compacte et serrée qu’on la croirait solide et même maléfique, habitée des éclairs et des bruits du tonnerre, à lancer ça et là pour bien nous rappeler la puissance des orages. Entre les gouttes, toujours, les groseilles, les cassis et les premières framboises attrapent ce qu’il leur faut, de chaleur, de soleil pour se gonfler de rouge. Un rouge encore bien pâle, mais déjà prometteur, un rouge qui va lancer le départ de la course entre les oiseaux et nous pour savoir qui mangera le plus grand nombre de fruits. Alterner les ambiances et les températures nous rappelle que le mois de juin n’est pas encore l’été, qu’on attend le solstice pour basculer vraiment dans les mois décisifs pour les fleurs et les fruits, les animaux aussi, eux qui pendant l’hiver n’auront d’autre objectif que d’attendre patiemment, en tentant de survivre, que les beaux jours reviennent. Alors, y repenser et tenter de comprendre, au moins un petit peu, la frénésie brouillonne des insectes volants qui posent partout leurs pattes et troublent nos sommeils de leurs vrombissements. Se penser en insecte, idée peut-être étrange, mais qui prend tout son sens au moment fatidique de devoir déchiffrer les vilaines pattes de mouche, les notes au crayon, prises sur le papier pour savoir quoi écrire dans ce journal du dehors en ce début de juin
Voyage à Guernesey du 14 au 18 avril 2026 avec C. et L. Surtout avec l'idée de se rapprocher un peu de Victor Hugo Et un autre point de vue sur Guernesey chez Laure Humbel
L’Ancresse, Beaucette, Saint-Sampson
Lorsqu’on traverse l’Angleterre en voiture depuis Londres pour aller en Écosse par l’autoroute A1, la direction à prendre indiquée sur les panneaux, c’est simplement The NORTH. Aujourd’hui, pour nous, direction, The NORTH. Mais en bus et en restant sur Guernesey. En bus, première leçon quand on est trois, qu’on discute, qu’on regarde la mer et qu’on ne se méfie pas des habitudes, c’est que même si Guernesey n’est pas complètement l’Angleterre, elle l’est assez pour que les voitures roulent à gauche et non à droite. Après avoir vu le bus 12 passer de l’autre côté de la rue, nous avons traversé et attendu à nouveau que le bus 12 ou le 11 suivant arrive, dans le bon sens. Il faisait beau, on voyait la mer, c’était finalement bien mieux de ce côté, on aurait dû y penser avant. Enfin, rien de grave, lesson learned. Dans le bus, peu de monde, nous trouvons des places assises et l’occasion de regarder le paysage bouger sans que nous ayons à bouger nous-mêmes. La mer, les maisons, les commerces, les entreprises, les petits jardins, les champs, les passants, les gens dans les voitures à côté de nous. Peu d’enfants, ils sont à l’école. Arrivées à l’Ancresse, nous sommes à la campagne. Veaux, vaches et clôtures, quelques détours et coups d’œil sur une carte en ligne plus tard, nous sommes de retour au bord de la mer. Pour arriver à l’eau, le début du chemin passe dans les herbes, les fougères, les ronces, quelques rares arbres, puis on rejoint les rues, ou plutôt les ruettes tranquilles, de quoi ne laisser place qu’à une seule voiture entre deux murs de pierres, ou un talus abrupt, planté là par les racines des herbes, des fleurs, des fougères et des ronces. Parfois, un trou dans le mur donne sur un jardinet propret, une maison basse, murs de pierres passés au blanc, toits d’ardoises, portes colorées et fenêtres à guillotines garnies de petits carreaux. Rarement plus d’un étage, peu de maisons modernes, ou plus précisément, les quartiers plus récents ne se mélangent pas aux maisons de pierres construites épaule contre épaule, en de longues rangées qui suivent la route à quelques pas de côté.
Ruette suivante, des serres, des immenses serres, carreaux cassés, envahies par les herbes, dedans autant que dehors. Retour triste sur le passé glorieux de Guernesey, longtemps célèbre pour ses tomates. L’île était, avant la Deuxième Guerre mondiale été l’occupation, un des premiers producteurs de tomates au Royaume-Uni. Après la guerre, le, temps de reconstruire et Guernesey à repris sa place sur le devant de la scène de la tomate avant que le déclin ne s’amorce dans les années 70. Ces serres n’avaient donc pas officiellement le même statut que des ruines romaines, mais pour nous, elles étaient portant statut de raconteuses d’histoire. Suivre la côte nous mène ensuite jusqu’à Beaucette Marina, avec son entrée serrée entre deux gros rochers, soit, peints en blanc, mais quand même très proches l’un de l’autre ! Prendre le temps, cheveux au vent de regarder vers le large avant de continuer le long de la côte entre sentiers piétons, ruettes tranquilles, champs et maisons proprettes. En arrivant à Saint-Sampson, changement radical d’environnement. Grandes cheminées, cuves immenses, camions, hauts murs, conduites, bateaux en chantier, panneaux d’interdictions, de dangers, les si longs cous des grues. Le ciel est toujours bleu, mais l’ambiance est plus sombre, sérieuse. Les ruines du château du Vale donnent leur nom à la rue, mais c’est l’industrie qui occupe le terrain, fuel, électricité, acier, chantier naval. Et un imposant cargo échoué contre son quai dans la partie du port qui découvre à marée basse. Saint-Sampson dans les travailleurs de la mer, c’est le port des travailleurs, le port de la Durande et ce passé industrieux et dur décrit par Victor Hugo habite encore ici dans les odeurs de métal chaud et d’hydrocarbures qui se mélangent à celle de la marée, portée par les cris des goélands.
Cette partie nord de Guernesey, le Valle, ou Vale ou Clos du Valle, était autrefois une île par intermittence, séparée du reste du sud de Guernesey par le Braye du Valle, submergé à marée haute. La différence entre marée basse et haute est importante dans les îles anglo-normandes, compter environ une dizaine de mètres, en fonction de l’intensité de cette marée. Longtemps les gens du Valle rejoignaient la partie sud à pied uniquement à marée basse, ou en bateau à marée haute. Plus tard, plusieurs ponts furent construits, certains submergés à marée haute, un autre non, qui fût emporté par une tempête, puis reconstruit tandis que les terres de chaque côté de ce long chenal étaient utilisées comme marais salant. En 1803, le nouvellement nommé Major-General John Doyle entreprit de renforcer les défenses de Guernesey et s’alarmât du fait que si les Français débarquaient au nord de l’île, on ne pourrait commencer à les en chasser qu’à la marée basse suivante. Le fait de dépendre de la marée pour savoir s’il devrait combattre les Français en tant que général ou amiral lui causait un embarras considérable. Pour trancher ce dilemme, il opta pour le côté général, mais sa proposition de combler le passage trouva plusieurs oppositions, notamment de la part des exploitants des marais salants, mais aussi des marins qui souhaitaient que le chenal soit au contraire creusé pour passer du côté est au côté ouest de Guernesey plus rapidement, en particulier avec leurs chargements de granit extrait des nombreuses carrières. Les talents d’orateur de Doyle eurent raison de l’opposition et en 1806 débutèrent les travaux sur deux chantiers de barrages, un à Saint-Sampson et un à Grand Havre. Travaux contrariés par les tempêtes, les courants violents et la mer, mais finalement terminés pour aboutir à la configuration actuelle d’une île réunifiée, quelle que soit l’heure de la marée et la transformation du Braye du Valle en verts pâturages. Saint-Sampson, port étendu du fait de ces travaux est actuellement le deuxième port de l’île après Saint-Pierre-Port.
Avant de quitter l’ex-île du nord, petit passage par l’église de Saint-Sampson, l’endroit et son recteur jouent un rôle important dans l’intrigue des Travailleurs de la mer. Petite église de pierres, toute simple, fraîche et solennelle, même au son de la débroussailleuse qui entretenait le cimetière attenant sans déranger trop de monde. De quoi reprendre le bus vers Saint-Pierre-Port en rêvant plus concrètement à Déruchette écoutant, subjuguée, le nouveau recteur de la paroisse. Que Victor Hugo ait pris la vraie église pour modèle ou non.
Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors
Chaleur. On entend même parler, parfois, de canicule. Avant de l’écrire ici, pour ne pas exagérer malgré le ressenti, trouver le vrai bon sens de ce qu’on dit canicule. Ici il a fait chaud. Semaine un peu spéciale, quelques mètres plus bas, entre les murs du village, entre les mots des amis venus parler de l’écrit, de comment il se vit et de tout ce qui s’en suit. Une semaine loin des arbres, ou plus précisément, loin du proche des arbres, les voir seulement de loin, de près parfois aussi, mais seulement de temps en temps. Alors, se contenter de l’abri fait de planche, fait du bois d’anciens arbres, mais un abri sans feuilles. De quoi se rendre compte de la valeur de l’ombre quand c’est l’ombre des arbres, le mouvement de leurs feuilles pour faire œuvre d’éventail, de ventilateur géant, mais chaque feuille dans son sens, chacune sa direction pour dévier le souffle léger. C’est peut-être ça le secret du si frais sous les arbres quand l’ombre d’autre chose n’a pas la même valeur, même si elle reste une ombre. De plus l’ombre des arbres n’est pas une ombre sombre, elle laisse passer le jour et ses rais de lumière, choisis dans le sous-bois les endroits qui auront les honneurs de la lumière, mais en changeant bien vite pour que toutes en profitent sans faire aucune jalouse parmi les plantes plus basses et les arbres en croissance. L’ombre aussi du bruit de l’eau, le frais par les oreilles, pas seulement par la peau, par le repos des yeux qui peuvent s’ouvrir en grand sans devoir se plisser. Le bruit de l’eau quand elle bouge, quand elle produit du son, pas quand elle est stagnante, le bruit de l’eau qui descend, sans jamais s’endormir dans le lit du torrent, qui s’écoule incessante dans le bassin de la fontaine où on plonge sa main sans pour autant cesser ou dévier le flot des mots, des pensées, d’un échange, assis sur le rebord, un pied posé par terre pour la stabilité et l’autre jambe pliée pour qu’on ait pu s’asseoir, perfection de nos deux jambes par leur indépendance. Stabilité tranquille de l’immobilité, le bruit de l’eau rafraîchit. Les hirondelles qui vivent dans les nids sous les toits ont vue sur cette fontaine. Ailes formées en croissants, queue en début de queue de pie quand elles filent comme des flèches, habit sobre noir et blanc avec un peu de gris, mais pas trop de temps quand même pour voir tous les détails tant son plan de vol n’est fait que de tours et détours, un côté vol de mouche de celles qui fuient toujours où on ne s’y attend pas au moment de les chasser, pour le bruit incessant de leur vol infatigable, pour les titillations de leurs pattes sur la peau. Alors, tranquillement installées, à l’ombre du bruit de l’eau, échanger mots, idées, impressions, expériences, lectures et écritures, car comme mes autres textes, ces textes du dehors, de la nature autour, branche dessus, branche dessous, passent quand même un peu par le dedans de nous, par vos yeux, par mes doigts sur les touches du clavier, par l’intérieur des mots et de leur écriture