Archives par mot-clé : ombre

Début de mi-juin 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

La moitié du mois de juin. De très longues journées pour des nuits vraiment courtes. Partout la hâte, une sorte d’urgence à faire le plein de lumière, à faire fleur, surtout fruit, à faire grandir les petits, à penser à l’avenir. Un avenir plutôt chaud après un début de semaine tranquille, entre nuages et toutes timides pluies. Et puis du beau, du chaud, du temps à faire les foins. D’abord couper les herbes, les coucher sur le sol. L’odeur est encore verte, elle est fraîche, presque piquante. Ensuite, laisser sécher en remuant savamment pour que chaque brin d’herbe profite du séchage. Remuer savamment et presque artistiquement. Du dehors, on ne voit que le geste, le précis, le minutieux, le méthodique passage du râteau à grandes dents. On voit peu la fatigue, les épaules qui tiraillent et le dos qui durcit. Mais à la fin du jour, le foin est aligné en longues courbes sinueuses, tout prêt à être mangé par la machine à bottes qui dans le champ d’à côté, fait des bottes en pavés, des petites bottes portables pas comme ces grosses bottes rondes que seules les machines arrivent à porter. Le foin au fil des jours change doucement de couleur, il passe du vert cru au jaune un peu pâli. Son odeur change aussi, elle nous raconte le sec, le cassant, le craquant, le doux d’une senteur proche de la lourde torpeur que l’on ne troublerait que pour chasser une mouche.
Ailleurs, la sécheresse est dans le craquèlement de la boue qui n’oublie jamais rien, qui garde les empreintes des vélos, des chevreuils et du sec installé. C’est le moment de l’année où on pensera à l’eau comme à une richesse, à l’argent de ses ondes qui va se refléter jusque sur les vieilles poutres du lavoir assaillies par le lierre et les ronces. L’eau est aussi le lieu où vivaient les têtards du petit lac du haut. Mais pour eux l’été venu va sceller le moment de leur nouvelle naissance, ils vont devenir grenouilles, ou peut-être crapauds, disons juste des anoures pour éviter, ici, d’écrire de grosses bêtises en n’ayant comme critère de détermination qu’un corps robuste sans queue, des yeux exorbités et des membres repliés sous le reste du corps. Et trop peu de connaissances. Mais les regarder vivre cette métamorphose reste toujours palpitant, le côté fascinant de l’instant décisif. Pour ce qui est de l’avenir, une pensée pour ce lac qui va, comme tous les étés depuis que je le connais, disparaître complètement. Et pour moi grande question, que va-t-il advenir de tous ses habitants ?
Pour observer tout ça quand je ne suis pas là-haut, faire confiance aux grands arbres qui gardent toujours un œil du haut de leurs racines sur qui fait quoi et quand. Reste juste à savoir où ils rangent leurs souvenirs, s’ils les notent sur des feuilles qui tomberont à l’automne ? Alors se regarder, les yeux droits dans les yeux, ou plutôt dans cet œil au milieu de la racine qui traverse le chemin et observe les passants sans jamais se défaire du sérieux infini qui me fera attendre longtemps ce clin d’œil de connivence dont je rêve parfois en tant qu’une des grandes habituées des lieux.
Le grand sérieux des arbres rejoint d’ailleurs celui de la petite fourmi. Affairée, travailleuse, et surtout pas prêteuse, perdue sur la balcon, elle file sur les planches en toute indifférence pour son ombre qui la suit, disparaît, la retrouve à chaque fois qu’elle passe de l’ombre à la lumière, sans prendre aucun égard pour ce double qui pourtant ne la quitte pas d’une patte dans les zones au soleil. Pourtant, par ces chaleurs, l’ombre va devenir de plus en plus importante. Le chien l’a bien compris qui s’allonge tranquillement à l’ombre du poirier et laisse aux humains le soin de faire les foins sous un soleil si blanc que les peaux pâles en rougissent

Fin mai 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Chaleur. On entend même parler, parfois, de canicule. Avant de l’écrire ici, pour ne pas exagérer malgré le ressenti, trouver le vrai bon sens de ce qu’on dit canicule. Ici il a fait chaud. Semaine un peu spéciale, quelques mètres plus bas, entre les murs du village, entre les mots des amis venus parler de l’écrit, de comment il se vit et de tout ce qui s’en suit. Une semaine loin des arbres, ou plus précisément, loin du proche des arbres, les voir seulement de loin, de près parfois aussi, mais seulement de temps en temps. Alors, se contenter de l’abri fait de planche, fait du bois d’anciens arbres, mais un abri sans feuilles. De quoi se rendre compte de la valeur de l’ombre quand c’est l’ombre des arbres, le mouvement de leurs feuilles pour faire œuvre d’éventail, de ventilateur géant, mais chaque feuille dans son sens, chacune sa direction pour dévier le souffle léger. C’est peut-être ça le secret du si frais sous les arbres quand l’ombre d’autre chose n’a pas la même valeur, même si elle reste une ombre. De plus l’ombre des arbres n’est pas une ombre sombre, elle laisse passer le jour et ses rais de lumière, choisis dans le sous-bois les endroits qui auront les honneurs de la lumière, mais en changeant bien vite pour que toutes en profitent sans faire aucune jalouse parmi les plantes plus basses et les arbres en croissance.
L’ombre aussi du bruit de l’eau, le frais par les oreilles, pas seulement par la peau, par le repos des yeux qui peuvent s’ouvrir en grand sans devoir se plisser. Le bruit de l’eau quand elle bouge, quand elle produit du son, pas quand elle est stagnante, le bruit de l’eau qui descend, sans jamais s’endormir dans le lit du torrent, qui s’écoule incessante dans le bassin de la fontaine où on plonge sa main sans pour autant cesser ou dévier le flot des mots, des pensées, d’un échange, assis sur le rebord, un pied posé par terre pour la stabilité et l’autre jambe pliée pour qu’on ait pu s’asseoir, perfection de nos deux jambes par leur indépendance. Stabilité tranquille de l’immobilité, le bruit de l’eau rafraîchit.
Les hirondelles qui vivent dans les nids sous les toits ont vue sur cette fontaine. Ailes formées en croissants, queue en début de queue de pie quand elles filent comme des flèches, habit sobre noir et blanc avec un peu de gris, mais pas trop de temps quand même pour voir tous les détails tant son plan de vol n’est fait que de tours et détours, un côté vol de mouche de celles qui fuient toujours où on ne s’y attend pas au moment de les chasser, pour le bruit incessant de leur vol infatigable, pour les titillations de leurs pattes sur la peau.
Alors, tranquillement installées, à l’ombre du bruit de l’eau, échanger mots, idées, impressions, expériences, lectures et écritures, car comme mes autres textes, ces textes du dehors, de la nature autour, branche dessus, branche dessous, passent quand même un peu par le dedans de nous, par vos yeux, par mes doigts sur les touches du clavier, par l’intérieur des mots et de leur écriture

Fin avril 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Des passages de nuages et puis beaucoup de beau, aussi un peu de plus frais bienvenus pour le sol qui commençait, par endroits, de ces endroits à nu plus sensibles que les autres, à ouvrir des craquelures. Alors oui, quelques gouttes, pas des trombes d’eau quand même, une semaine sans entraves au moment des balades, pas besoin de planifier selon les prévisions, mettre une veste a suffi. Mais pas non plus le beau de l’eau, le brillant, les reflets, le scintillement des arbres en habits éclatants, moirés d’humidité. Pour les couleurs des arbres, profiter de la saison qui nous permet, même à une grande distance, de savoir qui est qui dans ceux qui perdent leurs feuilles et ceux qui les conservent tout au long de l’année, y compris en hiver. Et une fois vus de loin, les arbres en habits de contraste, apprécier le damier composé entre les sombres et les clairs, une partie d’échecs sans vainqueur ni vaincu et qui verra bientôt, une fois l’été venu, tous les participants se parer de plus sombre pour faire obstacle au sec. Encore un air de jeune dans ces feuilles vert tendre, même si pour la forme, elles sont déjà adultes sur la plupart des arbres. C’est le moment de grignoter des bourgeons de sapin quand on est en forêt. Du côté des fougères, il est temps de s’étirer, de déplier les ailes quand on est fougère aigle. D’abord grandir, grandir et tout en haut de la tige, dérouler les spirales qui se dérouleront elles-mêmes pour offrir tout leur vert à l’énergie solaire. C’est le moment où les feuilles, en petits poings rageurs, bombent le torse en clamant, à nous deux la lumière !
Combat pour la lumière, pour avoir plus de ciel que n’en auront les autres, mais dans le fair-play quand même, végétaux gentlemen qui gardent leurs distances, là-haut dans les hauteurs, un espace pour chacun, ne pas gêner les autres qui sont à même hauteur, respect de l’adversaire de même catégorie. Alors on pourra voir dans une ligne de ciel bleu, les formes que l’on veut, mais si on parle de ciel, ce qui semble le plus logique, c’est d’y voir un oiseau.
Voir des choses dans les choses, le jeu revient enfin pour ce qui est des feuilles entre la lumière et nous. Le réseau de leurs nervures comme une carte de leur monde qui ressemble fort parfois à une carte du nôtre, rues qui se croisent, se décroisent, suivent docilement les bords et se fient aux grandes artères. Dessins aussi les ombres d’une feuille sur une autre. Dentelures et vaguelettes, bordures en tous genres et formes fantastiques on ne s’en lasse pas comme on ne se lasserait pas du crayon sur la feuille, toujours les mêmes outils, jamais le même dessin. Alors passionnément, se laisser emporter par l’art des ombres sur feuilles comme un art d’évidence, pour ceux qui aiment voir et regarder de près. Se contenter pour le beau des emmêlements de l’eau, des herbes au bord du champ, actrices placées là sur le devant de la scène par l’ombre derrière elles qui les font ressortir, elles qui sont d’habitude reléguées dans les marges, mises sur le côté. Une semaine d’art nature, prendre le temps de regarder

Début juillet 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine d’attente. Attendre que la température baisse, attendre que la pluie tombe, attendre que l’été se fasse enfin vivable et que l’on puisse sortir sans se protéger de lui, de sa lumière trop dure, de son soleil trop brulant. À chaque coup d’œil dehors, avoir une pensée, triste autant qu’attristante, pour ceux qui sont coincés, bloqués par leurs racines qui les laissent cloués là, sans espoir de mouvement, sans espoir de changement quand ils regardent, envieux, ceux du règne animal, aller se mettre à l’ombre, aller se mettre sous leur ombre.
Attendre c’est ne rien faire, mais sans l’avoir choisi, ou alors s’occuper, mais jamais complètement, avec toujours en tête qu’il vaudrait mieux faire ça, que ce serait plus urgent ou bien plus rationnel, mais on n’y arrive pas, ou juste on ne peut pas. Alors jamais à fond sur un projet ou l’autre, mais toujours en attente avec un bout de la tête braqué sur le thermomètre ou bien sur les nuages qui apparaitraient presque en mirages célestes dans un désert trop bleu.
Parfois, on reprend espoir, le temps d’un peu de vent, de deux ou trois grosses gouttes aussi vite séchées qu’elles font mine de mouiller et de quelques éclairs entre l’espoir et la crainte de la violence du ciel quand éclairs et tonnerres viennent s’allier pour nous dire que nous sommes bien mignons nous autres les humains, mais que nos constructions n’ont rien d’assez solide et que si le ciel veut, on disparaitra vite de la peau de la terre, en parasites chassés d’un simple revers d’orage.
Du côté végétal, on tient encore un peu, en attente également, arrêter la croissance, observer et attendre, parfois aller jusqu’à laisser les fruits sécher avant qu’ils ne soient mûrs, du vert passer au jaune sans avoir eu la belle, la douce, l’appétissante couleur rouge des framboises. Ce sont encore les ronces qui s’en sortent le mieux. Certes du côté des mûres, pas mieux que les framboises, mais feuilles encore vaillantes et même de nouvelles pousses, des branches qui vont chercher de l’ombre et de l’eau, jetant dans la bataille toutes les forces disponibles quand tous les autres attendent, feuilles recroquevillées, la tête dans les épaules, qu’enfin les fins nuages fassent association pour faire tomber la pluie. Du côté des humains et autres animaux qui peuvent se déplacer, le mot d’ordre pour survivre c’est profiter de l’ombre, celle du soir, du matin, surtout de l’ombre des arbres, de bien loin la meilleure, et même si j’osais dire, sans craindre l’oxymore, malgré le dramatique, l’ombre la plus chaleureuse.

Fin mai 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine entre soupe et salade composée. De la pluie, souvent le soir et puis du pas trop chaud dans les tout premiers jours pour finir en beau temps, en temps chaud même trop chaud de ces chaleurs lourdes qui nous annoncent l’été. Peut-être aussi un peu le manque d’habitude, l’étrange pour les bras qui sortent des manches des pulls et récoltent au passage les piqures et les griffes de qui passe trop prés des ongles des rosiers, des piquants des orties ou des grands appétits des insectes délivrés de la trêve hivernale.
Insectes un peu partout, petits, insignifiants si on n’y regarde de près, si on ne regarde pas, si on n’observe pas ces êtres attentivement. Forme, position des pattes, contours, couleurs, rayures, taches, ou motifs complexes, ailes, antennes, il faudrait observer et garder bien en tête chacun de ces détails, comme si on désirait ensuite les dessiner ou les faire dessiner par une main plus experte, mais qui aurait besoin de nos informations. Alors on pourrait dire que cet individu, oui, on le connait bien, tout au moins du dehors, sans savoir ce qu’il mange, comment il se déplace, où il vit, ce qu’il aime, qui sont ses prédateurs. Encore un monde de plus que l’on ne connait pas, ou pas bien, pas assez, alors que bien souvent notre monde et le leur se côtoient, se mélangent, dépendent l’un de l’autre. On saurait le trouver dans le grand guide en couleur de l’entomologiste curieux et débutant, et c’est un premier pas.
Du côté végétal, toujours de nouvelles fleurs, bien souvent chez les arbres qui font fleurs après feuilles quand d’autres font l’inverse. En ce moment sureau, châtaignier ou tilleul nous font lever la tête, nez happé par l’odeur. Chez les arbres les couleurs restent souvent plus sobres, blanc, crème, un peu rosée, tandis que près du sol, les yeux vont de choc en choc parmi les couleurs vives, roses, jaune, bleu et violet, couleurs pour attirer, notre œil d’être humain, mais surtout les capteurs des insectes experts qui viennent polliniser, se nourrir et faire vivre tout un monde plus grand qu’eux, mais qui n’est rien sans eux. Alors on peut penser que des fruits viendront peut-être, que les petites choses accrochées à leurs branches, encore vertes, minuscules et austères, feront un jour les joies de nos papilles gourmandes, de nos soifs désaltérées par les subtils nectars.
Et puis le jour allant, les ombres s’allongent doucement, ces ombres qu’on recherchait pour le frais et le doux d’une lumière moins dure, pour les étranges motifs des graminées en plumes, en pinceaux ou en brosses qui dessinent sur le sol des dentelles émouvantes, ces ombres quand vient le soir ne sont plus que souvenirs. Les ombres se font sombres, les yeux n’y peuvent plus rien et laissent revenir les peurs de qui ne sait pas les bruits, les craquements, les grincements, les jappements et les cris. Alors quand on ignore, on imagine le pire, passant par les souvenirs de contes d’épouvante, dramatiques, angoissants et piégeurs de rêveries. Toutes ces histoires anciennes qui nous font bêtement classer dans le mauvais la petite chauve-souris qui vole au ras du toit ou la chouette hulotte qui appelle dans le noir l’âme sœur qui lui répond et nous permet encore, une fois le soleil couché et l’orage calmé, de profiter du concert offert par les oiseaux.

Attention, une chauve-souris se cache dans la photo…

Mi-mai 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Retour aux habitudes pour ce qui est du lieu, de l’endroit d’où j’écris mes étonnements de la semaine. Retour aussi aux plantes qu’on sait retrouver là, celles dont on surveille la croissance, le dépli avec l’impatience de la gourmandise, en tremblant dès qu’arrivent le moindre changement de temps et de température, le moindre souffle de vent qui soufflerait trop fort, un insecte qui pourrait endommager l’avenir, compromettre la récolte, mettre le ver dans le fruit. Vie d’angoisse que celle de qui guette, surveille et attend en tremblant tout ce qui se passe sur l’arbre, bourgeons, fleurs enfin fruits, de tout petit à moyen avant d’être adultes, parfois gros, enfin mûrs. Des poires cette année ?
Retour aux habitudes aussi par le contraste, juste quelques jours d’absence et on regarde l’endroit sous un jour différent. Étant toujours sur place, on suit trop les changements pour les voir comme changements, à peine évolution, petits ajustements, progression attendue qui ne fera pas surprise. Comme les feuilles des arbres qui poussent, qui grandissent, s’épaississent, qui construisent le sombre qui nous donnera l’ombre pour survivre à l’été, ses chaleurs, ses lumières, trop fortes pour nos yeux. Mais œuvre du changement ou encore du contraste, le sous-bois fait maintenant l’effet d’un autre monde, de mystères, de secrets, un monde différent, car d’une autre lumière, univers où la vue ne sera plus maîtresse.
C’est au pays des plantes que la vue est précieuse, pour se laisser attirer du coin d’un œil distrait par une couleur qui tranche sur le vert tout autour, se laisser captiver comme serait alléché un insecte dont la vie est liée au pollen autant que celle des fleurs, et plus des plantes à fleurs. Alors, y regarder, mais y regarder de près et compter les pétales, en observer le cœur, parfois tourner la tête, y voir des symétries, des formes, des mécanismes. Et des airs de famille. Familles aux noms latins qui rassemblent la rose, le pommier et la fraise, ou encore les pois chiches, les genêts, la réglisse ou bien le palissandre, pour nous dire de ne pas se laisser égarer par quelques différences et qu’un air de famille ne s’efface pas d’un souffle.
Au chapitre du souffle, on arrive vite au vent, comme souffle incontournable. Léger, il est discret et laissera bien souvent nos oreilles au repos, mais nos yeux le suivront par les mouvements des feuilles, des épis qui font vagues chez les frêles graminées, si bien qu’on oubliera jusqu’à la fin de l’été que derrière le rideau, l’écran des feuilles des arbres se cache un paysage qu’on aura oublié, captivés par la danse des feuilles dans le vent, chorégraphies changeantes en fonction des espèces, de la forme des feuilles, leur accroche sur les branches ou le long d’une tige. Elles se laissent bercer et par leurs doux mouvements, elles nous appellent, nous happent, nous envoûtent, nous captivent. Les feuilles nous ensorcellent.
Une fois ensorcelés, il nous faut pourtant peu pour quitter le spectacle, nous autres, humains volages, il suffit bien souvent de la présence d’un insecte qui agace de ses pattes posées sur notre peau ou du bruit de ses ailes qui piétine l’attention que l’on avait placée dans le mouvement des feuilles. Alors on y revient, mais l’instant est passé, comme on a beau revenir à la branche opportune où l’on a vu l’oiseau, où on l’a observé, où on a eu le temps de bien le reconnaître, de lui donner un nom. Après la distraction, l’oiseau s’est envolé, comme souvent l’idée de ce qu’on voulait écrire pour terminer un texte d’une façon magistrale…

Fin avril 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Le paysage visuel en face de la fenêtre est fait d’arbres et de leurs feuilles qui sont encore toutes jeunes, de ce vert du printemps tout rempli de lumière, feuilles pas encore adultes, qui ne prennent pas toute la place et laissent voir quelques-uns des traits sombres des branches. Derrière je ne vois pas mais je sais la vallée, la rivière tout en bas et la route qu’on entend même si les feuilles qui poussent cacheront un peu ce bruit. Sur le versant d’en face il y a quelques maisons, mais surtout la forêt, feuillus et conifères, puis plus que conifères et plus haut la montagne vit encore en hiver, juste la neige et les pierres, juste le noir et le blanc.
Le paysage sonore en face de la fenêtre est tout rempli d’oiseaux, rien que leur nom à dire est déjà mélodie, grive musicienne, troglodyte mignon, pinson des arbres, fauvette à tête noire, merle noir, pouillot véloce, grand corbeau dont on entend le vol encore plus que les cris. Cris, chants, messages, images pour les oreilles que tous ces sons d’oiseaux, peut-être un contresens au sujet du message, mais je ne garde que le chant et tant pis pour le sens, comme ne garder d’un texte dans un autre alphabet, rien que la mise en page et la typographie.
Du côté météo, semaine d’alternances, du clair, du sombre, du gris, du sec et de l’humide, avec des épisodes par anticipation, un temps comme au mois d’août, du chaud tout le matin et des nuages qui montent pour se rassembler le soir et nous organiser une pluie voire un orage pour la fin de journée. Bonheur des éclaircies quand l’œil reposé par les éclairages doux d’un soleil diffus, retrouve lumières et ombres, ces doubles en noir et plats des choses qui s’interposent en face de la lumière comme les lettres pour les sons, les mots et puis les phrases. Choses qui se ressemblent sans avoir rien de commun, mimétisme, copiage, ou bien inspiration, comme ces bourgeons de sapin qui se font hérissons, les chatons de noisetiers, de noyer ou de saules sosies de chenilles velues ou bien les orchidées si proches des insectes qu’ils se laissent prendre au piège de la contrefaçon, nous laissant entrevoir tout ce qui est commun entre les végétaux et leurs doubles animaux.
Végétaux, animaux, tous se retrouvent d’ailleurs dans l’incapacité de faire leur vie sans eau. Alors oui, besoin d’eau, pour les humains aussi, animaux parmi d’autres. Alors regrets amers quand on savait une source en bordure du replat, qu’on passe et qu’on repasse sans pouvoir la retrouver sorte de manque de respect, de considération au moins, pour ceux des gens d’avant qui avaient bâti là, construit grange et murets pour vivre avec la terre où maintenant les arbres sont les maîtres des lieux, recouvrant de feuilles mortes les vestiges de leur vie. Émotion des vieux murs qui ont capitulé et se laissent redevenir un simple tas de pierres, émotion des vieux murs en pensant à ces gens qui ont vécu ici, choisi chacune des pierres, posée et reposée à un tout autre endroit où elle allait bien mieux. Ensemble aménagé, utilisé un temps et puis ils sont partis, ils ont laissé la place, place qu’aucun être humain n’a souhaité reprendre. Connaissance de l’eau perdue et oubliée qu’il faudrait retrouver en se fiant aux bêtes dont les traces de passages disent qu’elles savent encore et que leurs petits sauront où venir s’abreuver en cas de soif ou de besoin de la fraîcheur de l’humide.