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Fin septembre 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine sans eau. Semaine de plus sans eau. On dit juste il fait beau quand la pluie n’est pas là, sans même se rendre compte que le sec et le beau, ne sont pas de même nature. En ce moment il fait sec et chaud pour la saison, les statistiques le disent, celles de la météo, pas juste les statistiques qu’on se raconte en se croisant sur le chemin du bas ou devant un café sur la place du village. Les statistiques du café sont beaucoup moins chiffrées, elles prennent en compte, souvent, bien plus souvent que les chiffres, les souvenirs, anecdotes et autres sensations, voire même des propos tenus par des personnes tout autres que ces humains avec qui on bavarde.


Alors records ou pas, juste se souvenir qu’il y a quelques années on ramassait les noix aux vacances de Toussaint alors qu’on peut déjà, en passant sous le noyer, se barbouiller les doigts avec le fameux brou, même si les bogues elles-mêmes tombent bien vite dans le sec, maudire les écureuils passés là avant nous et casser les coquilles comme on peut en fonction de ce qu’on a dans les poches, de la force des mains ou de la taille du caillou qui en fera de la bouillie ou nous donnera deux coques qui, une fois grignoté l’intérieur de la noix, nous feront deux beaux bateaux capables d’aller voguer sur le calme plan d’eau dans le bassin du lavoir ou qualifiés pour descendre les rapides du ruisseau.


Les coquilles des noix dans le courant du ruisseau, ce n’est pas pour cette année. Le ruisseau est à sec, rempli de pierres, de feuilles, de glands sans avenir et de beaucoup de poussière. Car le chaud et le sec désintègrent, pulvérisent et démembrent tout ce que la pluie et l’eau ont construit patiemment. La terre devient poussière, l’écorce détachée de l’arbre se divise en longues fibres, chevelure de sorcière pour les esprits des bois. Tout est sec et cassant, bref et sans envergure. Le sec peut être beau, mais ne l’est pas toujours, pas tout le temps, pas pour tout et surtout pas pour tous. Les feuilles des arbres qui sèchent prennent ces couleurs d’automne que l’on trouve si belles, couleurs chaudes, flamboyantes, un jaune vif qui rappelle les fleurettes du printemps. La boucle serait bouclée ? Une boucle des saisons, mais en forme de huit avec pour le croisement, le jaune du printemps et celui de l’automne qui feraient couleur commune, l’une sur la pente des jours qui se font de plus en plus longs, l’autre sur la pente des jours qui se font de plus en plus courts comme c’est le cas en ce moment, une branche vers les couleurs qui fleuriront l’été et l’autre vers l’argentique et tous ses noirs et blancs. Jours plus courts que les nuits, s’en remettre aux repères simples, aller fermer aux poules avant le repas du soir et qui se lève le premier, du soleil ou de nous, se dire que la lumière va être moins présente, nous laisser un peu seuls et que cette lumière, il va falloir penser à la chercher ailleurs que dans le grand dehors et s’en remettre aux livres pour chasser nostalgie et puis mélancolie qui se posent en automne sur les épaules des jours comme une couverture sur nos épaules à nous dans la fraicheur du soir. Se fier à la lecture pour que nos dedans palpitent quand les dehors somnolent

Fin de mi-juillet

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Commencer par les orages, comme un poing sur la table, comme une façon de siffler la fin de la canicule. De la pluie, beaucoup d’eau, même si encore trop peu pour refaire les réserves, et du vent, beaucoup de vent, beaucoup trop pour des arbres souvent très affaiblis par cette période sans eau. Les longues pluies qui allaient à la suite des orages n’ont duré finalement qu’un temps finalement court au regard de la sécheresse qui a duré des jours, un tout petit pansement sur une trop grande blessure. Et la fin de la semaine, comme si de rien n’était, qui revient à l’été en ayant oublié les semaines précédentes.
La terre devenue poussière, les feuilles devenues friables et les champs déjà jaunes, on les retrouve aussi tout le long des voies du train en allant des montagnes jusqu’à la capitale. Champs jaunes et vaches absentes.
Une fois dans la ville, guetter les animaux, aller chercher les arbres pour voir un peu comment va la nature quand elle n’est plus chez elle. Dans les parcs et jardins, le sol est fait de sable, de gravier de poussière, presque toujours bien blancs qui reflètent la lumière, nous éblouissent sûrement mais évitent quand même le brûlant de l’asphalte. La poussière soulevée par d’innombrables semelles rend l’air presque aussi trouble que les eaux d’un ruisseau juste après un orage et elle vient se poser sur le rebord des feuilles, faisant vieillir les arbres comme vieillissent les humains, leur faisant une chevelure du plus chic poivre et sel, mais avec beaucoup de sel.
Le sel, l’idée de l’eau et de son manque toujours dans un coin de la tête, penser à la mer, son sel à elle aussi, des petits cristaux blancs somme le sable des allées et en venir à l’eau à elle qui reste toujours le point clé des problèmes quand on a déblayé tout ce qui traîne autour dans ce que sa présence ou bien son manque impliquent. À Paris c’est la Seine qui nous rappelle à l’ordre, dans l’ordre des pensées pour mettre l’eau en avant, elle qui sous forme de pluie nettoie les feuilles des arbres, les abreuve, nous abreuve. Nous divertit aussi, comme pour ces pédalos qui s’ébattent sur les flots du doux canal de l’Ourq, entre ses berges policées de pierres ou de béton, mais qui abritent, joyeuses, de grand éclats de rires dans les éclaboussures. Alors pour un moment, faire une pause de sérieux, oublier une minute les feuilles déjà roussies qui tombent sur le sable des plages de Paris Plage et ne garder que ça, l’éclat de rire de l’enfant dans sa bouée orange au milieu de l’eau sombre

Mi-juillet

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Il pleut. La pluie d’un gros orage, du vent qui emmène tout, les éclairs, le tonnerre et cette fameuse odeur de la terre qui revit au moins dans son parfum. Il pleut juste au moment où je voulais écrire un texte sec et cassant. Un texte sec et cassant pour qu’écrire le monde soit au plus proche du monde, à l’image de la terre et de tant de végétaux qui vieillissent avant l’heure, font l’automne en juillet et nous font craindre le pire pour les récoltes à venir jusque dans la survie de bon nombre de grands arbres. Alors, écrire un texte qui soit sec et cassant à l’image du dehors pour que la forme et le fond soient en parfait accord, pour que les mots écrits soient ceux que le dehors aurait pu dire lui-même. Mon exaspération, que d’ordinaire ici je tempère et modère pour éviter de tomber dans un style trop pamphlet, cette exagération de voir tant de gens placer les billets verts avant le vert chlorophylle et ces feuilles dérisoires, ces simples notes de banques avant les feuilles des arbres, cette exaspération, aujourd’hui je lui laisse mon premier paragraphe.
Deuxième paragraphe et reprendre l’habitude de faire ici journal, de décrire le dehors, là juste sous nos yeux, sous nos pieds, sous nos nez et si près de nos oreilles, le dehors qu’on retrouve jusque dans nos assiettes. Chaleur et sécheresse donc, bien peu d’apparitions, plutôt et en grand nombre, de tristes disparitions. Des arbres qui jettent l’éponge, qui passent directement à la saison suivante sans finir celle en cours. Les couleurs de l’automne déjà dans les sous-bois, on serait presque tentés de vouloir s’en réjouir tant l’automne nous donne de superbes peintures. Mais les bébés châtaignes et les feuilles couleur rouille ne vont pas bien ensemble et ces dissonances-là empêchent d’apprécier la douce chaleur des teintes et les tons de réconfort qui conviennent bien mieux aux soirées un peu fraîches qu’aux trop rudes sécheresses. Parmi celles qui résistent sont à noter les ronces et les mûres qui mûrissent et teintent nos doigts de rouge autant de jus de fruits que de notre propre sang quand les doigts impatients se font prendre aux épines. Mais elles sont presque les seules parmi tant d’autres plantes qui ont pour se défendre mis en place un système qui menace notre peau fragile et délicate, à résister au chaud. Les orties quant à elles sèchent et se recroquevillent, comme sûrement plein d’autres, elles regroupent leurs forces, profond dans leurs racines parties se réfugier loin dans le frais du sol quand le sec, en surface, fait poussière de la terre dès qu’elle n’est pas couverte.
Ici d’où je vous écris, les orages ont repris, le courant n’est pas revenu, alors en prévision de la fin de la batterie, j’écourte ma conclusion avant de retourner au papier, au crayon quand il s’agit d’écrire, au livre à l’ancienne pour lire les mots des autres et à l’observation du spectacle des nuages qui prolongent leur tournée au-dessus des sommets

Début juillet 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Sec. Le chaud traîne avec lui un acolyte néfaste à la vie par ici. Pas simplement néfaste à la vie sereine d’ici, mais néfaste à la vie, à la vie elle-même. Les animaux, les plantes qui vivent dans le désert, ont l’habitude d’y vivre, ils s’y sont adaptés et vivent parfaitement bien avec l’absence d’eau. Ici le sec n’est pas dans le mode de vie, pas dans les habitudes. Les arbres et les forêts restent de loin les refuges qui nous rassurent le plus et nous rassurent le mieux. Tant qu’ils résistent encore.
Dans le ciel tout là-haut, parfois quelques nuages, mais ils restent lointains, diaphanes et distants. Presque un peu hautains avec leur altitude et leur éloignement, comme un ami d’avant qui aurait trop changé et ne nous regarderait plus de la même façon. Pourtant ils restent présents, malgré cette sorte d’absence, souvent matin et soir pour poser leurs accents au sommet des montagnes et moduler finement en experts attendus de la mise en musique, le doux chant des alpages. Parce que les névés, là, devant la fenêtre, ont tous laissé la place au vert des petites herbes. Une sorte de printemps à revivre, à revoir en prenant de l’altitude. Les herbes toutefois, ne sont pas là-haut les mêmes, les petites fleurs non plus, mais le sourire des naissances qui parlent d’avenir est à revivre là-bas, bien au-dessus des forêts. Les tout derniers névés qui ne sont plus que flaques, à peine souvenirs de neige, sales et couverts de pierres, de cailloux, de poussières qui accélèrent encore la fonte de ces réserves, de cette eau si précieuse.
La peau est formée d’eau, aux trois quarts de ses lettres, alors croire ce qu’on lit et puis le vérifier en regardant les plantes qui se referment, se replient sur leurs feuilles toutes sèches qui se fripent, se flétrissent, perdent leur innocence et retrouvent les réflexes qui seuls les font survivre, d’éviter le dehors alors que c’est lui seul qui nous fait être au monde. Juillet commence à peine, mais le jaune si présent nous projette déjà vers la fin de l’été, toujours cette impression que le vert se dissocie, que le bleu va pour le ciel et que les plantes gardent le jaune sous l’effet de la chaleur et qu’il faudra attendre et l’automne et l’hiver et le printemps à venir pour qu’il se réunissent, qu’ils se réconcilient, fassent à nouveau du vert de leur bleu et de leur jaune. Pour toutes les autres couleurs, y compris pour le brun de la terre, des écorces, des pelages, le sec va s’emparer de toute intensité, ne laisser que du pâle, de la poussière pour la terre, en faire un sable sans vie qui s’enfuira, nuage, au moindre souffle de vent, nous fera fermer les yeux sur ce qui s’enfuit là.
D’après qui est monté jeter un œil là-haut, le petit lac est sec. C’est son lot en été, mais toujours, malgré tout, me reste une inquiétude pour les anoures si jeunes que j’ai vus naître là-haut il y a si peu de temps, moins de temps qu’autrefois ? Alors noter, noter, observer et noter pour fignoler, un peu, le monde par les mots, sans qu’il devienne trop sec et ne finisse par n’avoir que la peau sur les eaux

Début juillet 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine d’attente. Attendre que la température baisse, attendre que la pluie tombe, attendre que l’été se fasse enfin vivable et que l’on puisse sortir sans se protéger de lui, de sa lumière trop dure, de son soleil trop brulant. À chaque coup d’œil dehors, avoir une pensée, triste autant qu’attristante, pour ceux qui sont coincés, bloqués par leurs racines qui les laissent cloués là, sans espoir de mouvement, sans espoir de changement quand ils regardent, envieux, ceux du règne animal, aller se mettre à l’ombre, aller se mettre sous leur ombre.
Attendre c’est ne rien faire, mais sans l’avoir choisi, ou alors s’occuper, mais jamais complètement, avec toujours en tête qu’il vaudrait mieux faire ça, que ce serait plus urgent ou bien plus rationnel, mais on n’y arrive pas, ou juste on ne peut pas. Alors jamais à fond sur un projet ou l’autre, mais toujours en attente avec un bout de la tête braqué sur le thermomètre ou bien sur les nuages qui apparaitraient presque en mirages célestes dans un désert trop bleu.
Parfois, on reprend espoir, le temps d’un peu de vent, de deux ou trois grosses gouttes aussi vite séchées qu’elles font mine de mouiller et de quelques éclairs entre l’espoir et la crainte de la violence du ciel quand éclairs et tonnerres viennent s’allier pour nous dire que nous sommes bien mignons nous autres les humains, mais que nos constructions n’ont rien d’assez solide et que si le ciel veut, on disparaitra vite de la peau de la terre, en parasites chassés d’un simple revers d’orage.
Du côté végétal, on tient encore un peu, en attente également, arrêter la croissance, observer et attendre, parfois aller jusqu’à laisser les fruits sécher avant qu’ils ne soient mûrs, du vert passer au jaune sans avoir eu la belle, la douce, l’appétissante couleur rouge des framboises. Ce sont encore les ronces qui s’en sortent le mieux. Certes du côté des mûres, pas mieux que les framboises, mais feuilles encore vaillantes et même de nouvelles pousses, des branches qui vont chercher de l’ombre et de l’eau, jetant dans la bataille toutes les forces disponibles quand tous les autres attendent, feuilles recroquevillées, la tête dans les épaules, qu’enfin les fins nuages fassent association pour faire tomber la pluie. Du côté des humains et autres animaux qui peuvent se déplacer, le mot d’ordre pour survivre c’est profiter de l’ombre, celle du soir, du matin, surtout de l’ombre des arbres, de bien loin la meilleure, et même si j’osais dire, sans craindre l’oxymore, malgré le dramatique, l’ombre la plus chaleureuse.