Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Ils regardent loin devant, ils voient déjà le printemps, ils en rêvent, ils y croient, dur comme graine. Quel que soit le suspens que font planer sur eux les histoires des humains, les arbres n’ont pas peur de l’avenir qui s’annonce, ils le préparent, comme ils savent le faire, comme ils le font depuis tous ces temps qu’ils sont arbres, depuis que des arbres comme eux poussent dans cet endroit. Les chênes perdent leurs glands, qui eux perdent leur vert, tournent au brun et puis s’ouvrent. Dedans tout ce qu’il faut pour faire un petit chêne, les souvenirs, les moyens, la matière première et tous les savoir-faire pour faire un arbre immense aux feuilles en méandres. Chez le noisetier c’est même deux saisons en même temps, les feuilles couleurs d’automne et les petits chatons qui ne vont plus attendre que les premiers beaux jours après le froid de l’hiver pour se couvrir de jaune, un beau jaune canari, parfait pour des chatons. Chez le noyer aussi, les noix entrouvrent leurs bogues qui sèchent et se rétractent pour que ce qu’elles ont couvé puisse prendre son envol et devenir un arbre, un noyer grand et fier. Un noyer grand et fier pour les noix que je n’aurais pas ramassées moi-même pour mieux les déguster, ou bien les écureuils ou encore les oiseaux qui nous font concurrence pour dépouiller le noyer de sa progéniture. Sauf dérèglement chez les trop cultivés, la stratégie est simple, produire assez de fruits pour que tout le monde en ait et qu’il en reste un peu pour assurer l’avenir.


Pour ceux qui vivent tranquilles et laissent les jours venir sans trop de préparatifs, c’est profiter encore de la fin de l’été, du début de l’automne, encore un peu de chaud et de gambades dehors avant les mois d’étable pour les laineuses brebis. Chez elle pas de bourgeons, pas de fruits à prévoir, juste se demander, quand même, le jour de la photo, si c’est leur bon profil, si elles sont bien coiffées, si ça ne se voit pas trop cet accroc à leur pull fait hier dans les ronces d’où il faut, quelquefois, aller les extirper à coups de sécateurs. Les brebis sont dociles, c’est comme ça qu’on les veut et qu’on les a voulues, elles n’ont quasiment plus aucune autonomie et dépendent des humains pour presque toute leur vie. Un peu comme les humains ?


Pour les humains d’ici en balade dans les bois, l’automne c’est retrouver les chemins piétinés, compactés et tassés par un été entier de piétons randonneurs. Il va falloir attendre que tombent les feuilles mortes pour retrouver un peu de moelleux sous les pieds. En attendant, penser aux racines là-dessous, rêver le dessous de la terre comme un endroit tranquille quand n’est pas trop présente la pression du dessus. Elle est longue la liste de tous les invités au banquet de l’automne et de tout ce qui tombe pour nourrir les sols, on y trouve des insectes et autres vers de terre, qui échangent des nouvelles sur ce qui se passe dans l’air et puis dans la lumière, où on échange aussi, comme ces champignons installés tous en rond sur le pourtour d’un tronc, table ronde sans épées. L’automne c’est peut-être le moment de revenir aux histoires d’avant, une solution refuge quand on ne sait pas choisir ce qu’il faudra garder de la rentrée littéraire
