Fin août 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Beaucoup de beau, mais aussi un peu de pluie, parfois quelques orages qui emportent trop de terre, trop de pierres et trop de bois, bien trop d’eau d’un seul coup pour un sol aussi sec. Alors jamais contente ? Il y a un peu de ça quand la situation du dehors est toujours aussi préoccupante à pousser tout ce qui vit au fin fond de ses terriers et autres retranchements.
Et pourtant. C’est le retour du vert pour cette fin d’été et ce début d’automne, période de transition et puis d’hésitation, et les plantes, elles, poussent, grandissent, se ramifient. Entre l’humide de l’automne et le chaud de l’été, elles choisissent les deux, ce qui leur va bien au teint, toutes pimpantes et brillantes, elles verdissent les versants, se parent des petits mondes que sont chaque gouttelette et gomment en quelques heures le sable en suspension qui faisait disparaître dans le flou des lointains, toutes les montagnes autour.
Alors oui, ma fourchette autant que moi d’ailleurs, nous espérions beaucoup de ces premières pluies du côté champignons. Après deux petites balades, la fourchette est déçue, pas grand-chose, finalement, à se mettre sous les dents. De mon côté, en revanche, pas vraiment une attente, donc pas de déception, la balade était là, toujours au rendez-vous, le bruit de chacun de mes pas dans le tapis épais des rousses feuilles des hêtres, les oiseaux, les odeurs. Ce serait presque mieux, me dis-je en revenant, d’aller aux champignons et de ne pas en trouver, ça laisse plus de place tout au fond du panier pour des idées nouvelles de choses d’écritures, laisser le temps passer et construire dans sa tête des idées qui s’étoffent comme les ombres s’allongent avec le soir qui tombe. Se dire que le soir qui tombe, tombe de plus en plus tôt et que bientôt c’en sera terminé des balades, le soir après le repas, calendrier des ombres.
Rentrer à la maison des idées plein la tête, mais pas de champignons, aller voir le figuier, y trouver les oiseaux, mais plus une seule figue, regarder le pommier et ses pommes toutes petites et puis si peu nombreuses, alors grommeler un peu, se dire que les relations d’amour à la nature manquent quand même parfois de réciprocité.
Lever les yeux au ciel et y trouver un peu du réconfort rêvé dans ces moments de bascule, éphémères et soudains qui surviennent au lever et au coucher du jour, la lumière qui s’en va, la lumière qui arrive, qui colore les nuages et les font exister comme des mondes fabuleux, comme une obligation, quand on les apprécie, ces filocheux nuages, à toujours mieux chercher dans les mots qui existent, ceux qui n’existent pas, mais devraient exister pour dire tout ce qu’on y voit sans trop se répéter, des ruines qui se délitent et puis se reconstruisent, ces châteaux en Espagne, forteresses rondouillardes en dômes et en coupoles. Alors, cesser de grommeler et se dire qu’à défaut de nourrir nos estomacs, les nuages, de retour, nourriront nos recherches du mot juste comme il faut

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