Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

La semaine a commencé par une éclipse solaire, une disparition, mais seulement temporaire. Une disparition un peu longue du soleil, on en aurait rêvé aux jours de canicule, rêve un peu éphémère dont on se serait vite plaints, accablés de froidures. La météo souvent est sujet de discorde, au moins de discussions, trop ceci ou cela, on aimerait toujours avoir ce qu’on n’a pas, de l’eau, oui, mais pas trop, du soleil et de l’eau, du soleil et du sec, oui, mais pas trop longtemps. Les grandes questions surgissent quand tout le monde est d’accord pour décider ensemble qu’un état ou un autre a duré trop longtemps. Comme pour la canicule, aussi pour le déluge, cette unanimité montre un dérèglement, un problème, un sujet sur lequel s’interroger. Un peu comme pour un texte qui chez toutes ses lectrices et chez tous ses lecteurs ferait l’unanimité. Il serait alors temps de se poser des questions. L’humain aurait changé ?
Ici après l’éclipse, le coucher de soleil a fait revenir chacun aux vieilles habitudes et pour le lendemain, encore quelques chaleurs, mais aussi les annonces de retour de la pluie, du plus frais, d’un peu de tiède. Alors finalement oui, éclipse, disparition temporaire.
On ne dit pas éclipse pour changement de saison, la régularité ou peut-être la durée font sortir les saisons du champ fin des éclipses, même si cette année entre sécheresse et automne, on peine à démêler qui a lancé l’idée des couleurs rouille et feu. Un arbre aux feuilles sèches prend les mêmes couleurs qu’un arbre aux feuilles d’automne ? Mais l’hiver nous dira finalement qui est qui puisque les feuilles d’automne finissent par tomber tandis que les feuilles sèches restent fixées à leurs branches, elles ne sont plus concernées par l’usuel des arbres. Alors malgré le doute, se dire que chez le noyer, les nervures des feuilles commencent à jaunir, et que bientôt les noix commenceront à tomber malgré leur petite taille. Même question chez les pommes qui ont mûri avant d’avoir leur taille adulte, leur insouciance a fui avec les fortes chaleurs.
Et en fin de semaine enfin les premières pluies depuis un bon moment, des pluies qui durent longtemps et qui gardent l’humide pendant un certain temps, jusqu’à nous faire penser qu’il faudra d’ici peu aller aux champignons, parce qu’on ne sait jamais.
Quelques autres signes encore qui annoncent le changement, les salamandres grandissent, les dernières dans le bassin ont leurs peintures de grandes, les coups de pinceaux jaunes qui diront qui est qui chez ces petits animaux qui ont sûrement souffert bien plus que certains autres de toutes les canicules.
Alors les jours qui viennent observer les changements, le retour des nuages qui se donnent en spectacle jusqu’au cœur des vallées, pour les vaches en alpages profiter jusqu’au bout du grand air et des herbes, aussi du paysage, si toutefois les vaches ont la capacité d’oublier les poteaux et les câbles et les coupes trop droites faites dans les forêts pour que deux mois de l’année, les skieurs prennent leur place dans ces prairies du haut.
Éclipse du soleil et éclipse des saisons, retours et autres changements, à chaque fois chercher les termes qui conviendront, sûrement une façon de revenir sur des mots qu’on aurait oubliés faute de s’en servir, une façon d’entretenir notre vocabulaire pour qu’il reste aussi riche et aussi fascinant que dans les livres qu’on lit le soir en prenant le frais, privilège estival







je me souviens de mon père qui râlait à propos des touristes qui voulaient toujours du beau temps et lui il voulait de la pluie pour sa terre… oui, en vacances ils se plaignaient d’une pluie inattendue et lui disait qu’il était tombé si peu, quasi rien pour ses légumes…
alors oui tellement d’accord avec toi…
il faut observer longuement pour savoir combien d’eau il faut pour alimenter un territoire et le rendre fertile, et tout comme les saisons écourtées, déformées, tourmentées, tout est si petit cette année, les tomates, les melons, les pommes ! il faudra bien s’en contenter…
je résonne pleinement avec tes observations, et aussi côté batraciens, j’ai vu combien ils ont souffert bien qu’ayant disposé des points d’eau ci et là dans le domaine
à bientôt mon journal de saison pour t’en dire davantage, chère Juliette, et merci pour tes notes sur le monde…
je me souviens et j’accumule encore les remarques météo contradictoires le plus souvent de toutes les personnes qui vivent dehors et/ou qui ont affaire à la terre. Pas simple de dépendre d’une chose sur laquelle on a aucun contrôle… Pas simple mais tellement compréhensible !
Côté batracien, j’avoue que nous avons une affection particulière pour ces bébés salamandres qui naissent chaque année dans le bassin, une tendresse de sage-femme presque 😉
Et pour le reste, toujours un plaisir ces partages de jardin à jardin. À bientôt pour ta suite
Miroitement des mots… en vous lisant on peut voir se refléter votre manière personnelle d’user de l’écriture :
« une façon de revenir sur des mots qu’on aurait oubliés faute de s’en servir, une façon d’entretenir notre vocabulaire pour qu’il reste aussi riche et aussi fascinant que dans les livres qu’on lit le soir en prenant le frais »
Merci pour la lecture et les miroitements. J’ai du mal à penser qu’il soit possible d’écrire sans y mettre de soi, beaucoup de soi, y compris de ses lectures, les deux étant mêlées chez moi, indispensables l’une à l’autre