Début novembre 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Finies les météos d’automne avec des chaleurs de fin d’été, on est maintenant dans des météos d’automne avec des froids de début d’hiver. Le froid, avec son point de repère, le gel. Gelée blanche, des cristaux qui poussent sur les feuilles comme les feuilles sur les arbres. Du nouveau, du changement, presque du mouvement, de ce mouvement qui attire notre œil en souvenir de l’âge de pierre, cet œil qui nous fait regarder davantage la feuille qui s’envole et tombe en hésitant, que tout le reste des feuilles encore ferme sur les arbres, qui attendent leur tour, le signal venu du tronc qu’il est temps de tomber.


En ce moment nous sommes dans la saison du jaune. Un jaune qui s’étend d’un côté vers le vert, de l’autre vers le rouge. En automne les feuilles parcourent le spectre visible, sans s’occuper du bleu, sûrement parce que le bleu n’a besoin de personne, il a déjà le ciel, la mer et puis la préférence de la plupart des gens qui le classent tout en haut, comme couleur préférée. Alors que pour le jaune, c’est bien plus compliqué. Couleur voyante, tonique et gaie, choisie pour la signalisation sur les chantiers et sur la route, mais pourtant affublée d’une valeur symbolique pas toujours très flatteuse, couleur de la tromperie sous ses si nombreuses formes, couleur des traîtres et des félons du temps des châteaux forts, couleur si douloureuse de l’insigne en étoile de la Deuxième Guerre mondiale, couleur très peu citée comme couleur préférée. Coup d’œil dans le placard ou aux gens dans la rue, qui porte des vêtements jaunes ? Le jaune couleur primaire, une couleur sans mélange, mais qui bien volontiers va s’allier aux voisines. Le dégradé des feuilles est spectacle permanent, alors les ramasser les regarder de près elles qui sont, sur les arbres, souvent inaccessibles.


Au-delà de la couleur, les feuilles ont cette texture qui se voit mieux de près, sur ces feuilles juste tombées, la structure des nervures qu’on pourrait, vue de loin, rapprocher de celle des arêtes de poisson ou de nos propres côtelettes, mais la subtilité vient de la gestion des bords, et de celle des carrefours. Pas de rond-point chez les feuilles, de la nervure centrale, ce sera d’abord à gauche et puis plus loin à droite, ou bien inversement ce qui limite les choix et les risques d’erreurs. La sève et sa chimie, à l’intérieur des arbres, tout comme à l’extérieur, sont porteuse de messages. Elle dit l’état de forme, les besoins et les aides que l’arbre peut apporter à tous ceux qui l’entourent, des molécules en mots, des paroles matérielles, une façon de parler qu’on connaît encore peu, si peu, et bien trop peu puisqu’on en est réduits, nous humains ignorants, à faire avec les arbres de la pâte à papier pour écrire nos histoires, quand leurs histoires à eux qu’on ne sait pas déchiffrer sont, peut-être, bien plus belles que les nôtres

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