Archives par mot-clé : eau

Début juillet 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Sec. Le chaud traîne avec lui un acolyte néfaste à la vie par ici. Pas simplement néfaste à la vie sereine d’ici, mais néfaste à la vie, à la vie elle-même. Les animaux, les plantes qui vivent dans le désert, ont l’habitude d’y vivre, ils s’y sont adaptés et vivent parfaitement bien avec l’absence d’eau. Ici le sec n’est pas dans le mode de vie, pas dans les habitudes. Les arbres et les forêts restent de loin les refuges qui nous rassurent le plus et nous rassurent le mieux. Tant qu’ils résistent encore.
Dans le ciel tout là-haut, parfois quelques nuages, mais ils restent lointains, diaphanes et distants. Presque un peu hautains avec leur altitude et leur éloignement, comme un ami d’avant qui aurait trop changé et ne nous regarderait plus de la même façon. Pourtant ils restent présents, malgré cette sorte d’absence, souvent matin et soir pour poser leurs accents au sommet des montagnes et moduler finement en experts attendus de la mise en musique, le doux chant des alpages. Parce que les névés, là, devant la fenêtre, ont tous laissé la place au vert des petites herbes. Une sorte de printemps à revivre, à revoir en prenant de l’altitude. Les herbes toutefois, ne sont pas là-haut les mêmes, les petites fleurs non plus, mais le sourire des naissances qui parlent d’avenir est à revivre là-bas, bien au-dessus des forêts. Les tout derniers névés qui ne sont plus que flaques, à peine souvenirs de neige, sales et couverts de pierres, de cailloux, de poussières qui accélèrent encore la fonte de ces réserves, de cette eau si précieuse.
La peau est formée d’eau, aux trois quarts de ses lettres, alors croire ce qu’on lit et puis le vérifier en regardant les plantes qui se referment, se replient sur leurs feuilles toutes sèches qui se fripent, se flétrissent, perdent leur innocence et retrouvent les réflexes qui seuls les font survivre, d’éviter le dehors alors que c’est lui seul qui nous fait être au monde. Juillet commence à peine, mais le jaune si présent nous projette déjà vers la fin de l’été, toujours cette impression que le vert se dissocie, que le bleu va pour le ciel et que les plantes gardent le jaune sous l’effet de la chaleur et qu’il faudra attendre et l’automne et l’hiver et le printemps à venir pour qu’il se réunissent, qu’ils se réconcilient, fassent à nouveau du vert de leur bleu et de leur jaune. Pour toutes les autres couleurs, y compris pour le brun de la terre, des écorces, des pelages, le sec va s’emparer de toute intensité, ne laisser que du pâle, de la poussière pour la terre, en faire un sable sans vie qui s’enfuira, nuage, au moindre souffle de vent, nous fera fermer les yeux sur ce qui s’enfuit là.
D’après qui est monté jeter un œil là-haut, le petit lac est sec. C’est son lot en été, mais toujours, malgré tout, me reste une inquiétude pour les anoures si jeunes que j’ai vus naître là-haut il y a si peu de temps, moins de temps qu’autrefois ? Alors noter, noter, observer et noter pour fignoler, un peu, le monde par les mots, sans qu’il devienne trop sec et ne finisse par n’avoir que la peau sur les eaux

Fin juin 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Canicule. La fin des haricots, aurait dit ma grand-mère, ma chère Mémé Léone. Pas de haricots dans le jardin, mais ils auraient fini comme tant d’autres plantes avec cette chaleur. Ici dans plein d’endroits c’est le jaune avant l’heure, comme une grande fatigue qui ralentit l’élan engrangé au printemps. Partout on peut le lire et partout on le dit (on l’oubliera bien vite, tant de mauvaises nouvelles pour nourrir les journaux) le chaud et le trop chaud il va falloir s’y faire. Alors, aider les arbres pas juste pour les arbres, pour cultiver cette ombre qui devient si précieuse. Mais qui n’oubliera pas les belles paroles d’été quand, l’hiver revenu, l’ombre sera encore là, mais qu’elle ne sera plus vue comme indispensable ? Alors, soigner l’autour pour ceux qui sont autour, ne pas couper trop court ces herbes déjà jaunes, couper juste ce qu’il faut pour mettre aux pieds de ceux que l’on veut préserver, tricoter des chaussettes en paillage bien serré pour les arbres et les plantes, pour mieux garder le frais de leurs douillettes racines et de ces petites bêtes dont la vie et elle seule fait aussi vivre la terre.
S’occuper de la terre et puis scruter le ciel, se laisser entraîner dans le jeu des nuages, chérir ceux du matin qui trop vite font trop de place au vorace grand bleu, attendre ceux du soir qui parfois ne viennent pas ou seulement trop loin ou seulement trop fins, leur forme et leur texture et leur couleur un peu, mais surtout leur valeur du si clair au trop noir qui nous fait craindre le pire, un orage trop gonflé du trop de chaud de la journée, et le feu des éclairs, les pluies bien trop violentes aux eaux qui emportent tout. Dans orage il y a rage.
Orage et désespoir qui vont souvent ensemble, une immense fatigue, lassitude infinie, le chaud comme un manteau, encore un autre manteau, quand ils sont déjà trop à couvrir nos épaules. Heureusement, parfois, la pluie est raisonnable, elle hydrate, elle abreuve, elle libère les odeurs, elle efface l’ardoise de la boue craquelée pour que viennent s’y inscrire de toutes nouvelles empreintes de la vie toujours là.
Des inscriptions, des signes, des manifestations, il y en a partout, à nous de venir cueillir ce qui fait fruit et fleur dans nos pensées à nous. Sur la montagne d’en face bientôt plus de névés, à peine quelques points blancs à scruter à la loupe, finies les réserves d’eau à faire fondre pour plus tard. Dans ce calendrier des signes du dehors, se construire des repères qui ne rendent aucun compte aux autres calendriers, ceux qui restent étrangers à la vie du dehors, comme au bord de la mer on compte en heures-marée et pas en heures tout court pour ne pas rester perché tout en haut d’un caillou quand l’eau s’est retirée. Ici comme à la mer, l’eau est de haute importance, pas pour la même chose, pas de la même façon, mais lui rendre sa place sur le devant de la scène nous aidera sûrement, nous autres êtres humains, qui négligeons si bien ce qui nous constitue pour plus de la moitié. Alors, peut-être avoir une pensée pour l’eau quand on sera en extase, les pieds dans le ruisseau

Début de mi-juin 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

La moitié du mois de juin. De très longues journées pour des nuits vraiment courtes. Partout la hâte, une sorte d’urgence à faire le plein de lumière, à faire fleur, surtout fruit, à faire grandir les petits, à penser à l’avenir. Un avenir plutôt chaud après un début de semaine tranquille, entre nuages et toutes timides pluies. Et puis du beau, du chaud, du temps à faire les foins. D’abord couper les herbes, les coucher sur le sol. L’odeur est encore verte, elle est fraîche, presque piquante. Ensuite, laisser sécher en remuant savamment pour que chaque brin d’herbe profite du séchage. Remuer savamment et presque artistiquement. Du dehors, on ne voit que le geste, le précis, le minutieux, le méthodique passage du râteau à grandes dents. On voit peu la fatigue, les épaules qui tiraillent et le dos qui durcit. Mais à la fin du jour, le foin est aligné en longues courbes sinueuses, tout prêt à être mangé par la machine à bottes qui dans le champ d’à côté, fait des bottes en pavés, des petites bottes portables pas comme ces grosses bottes rondes que seules les machines arrivent à porter. Le foin au fil des jours change doucement de couleur, il passe du vert cru au jaune un peu pâli. Son odeur change aussi, elle nous raconte le sec, le cassant, le craquant, le doux d’une senteur proche de la lourde torpeur que l’on ne troublerait que pour chasser une mouche.
Ailleurs, la sécheresse est dans le craquèlement de la boue qui n’oublie jamais rien, qui garde les empreintes des vélos, des chevreuils et du sec installé. C’est le moment de l’année où on pensera à l’eau comme à une richesse, à l’argent de ses ondes qui va se refléter jusque sur les vieilles poutres du lavoir assaillies par le lierre et les ronces. L’eau est aussi le lieu où vivaient les têtards du petit lac du haut. Mais pour eux l’été venu va sceller le moment de leur nouvelle naissance, ils vont devenir grenouilles, ou peut-être crapauds, disons juste des anoures pour éviter, ici, d’écrire de grosses bêtises en n’ayant comme critère de détermination qu’un corps robuste sans queue, des yeux exorbités et des membres repliés sous le reste du corps. Et trop peu de connaissances. Mais les regarder vivre cette métamorphose reste toujours palpitant, le côté fascinant de l’instant décisif. Pour ce qui est de l’avenir, une pensée pour ce lac qui va, comme tous les étés depuis que je le connais, disparaître complètement. Et pour moi grande question, que va-t-il advenir de tous ses habitants ?
Pour observer tout ça quand je ne suis pas là-haut, faire confiance aux grands arbres qui gardent toujours un œil du haut de leurs racines sur qui fait quoi et quand. Reste juste à savoir où ils rangent leurs souvenirs, s’ils les notent sur des feuilles qui tomberont à l’automne ? Alors se regarder, les yeux droits dans les yeux, ou plutôt dans cet œil au milieu de la racine qui traverse le chemin et observe les passants sans jamais se défaire du sérieux infini qui me fera attendre longtemps ce clin d’œil de connivence dont je rêve parfois en tant qu’une des grandes habituées des lieux.
Le grand sérieux des arbres rejoint d’ailleurs celui de la petite fourmi. Affairée, travailleuse, et surtout pas prêteuse, perdue sur la balcon, elle file sur les planches en toute indifférence pour son ombre qui la suit, disparaît, la retrouve à chaque fois qu’elle passe de l’ombre à la lumière, sans prendre aucun égard pour ce double qui pourtant ne la quitte pas d’une patte dans les zones au soleil. Pourtant, par ces chaleurs, l’ombre va devenir de plus en plus importante. Le chien l’a bien compris qui s’allonge tranquillement à l’ombre du poirier et laisse aux humains le soin de faire les foins sous un soleil si blanc que les peaux pâles en rougissent

Fin de mi-janvier 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Du beau temps, de la neige, de la pluie, des éclaircies, du froid, du pas si froid, un peu de tout du temps, mais quand même de l’hiver. Alors aussi du gel, du dégel, toute une histoire de l’eau dont l’état évolue, l’eau dans tous ses états, dans toutes ses étapes du fameux cycle de l’eau. Ça commence dans le ciel au milieu des nuages, dont on admire les formes, les textures, les jeux dans la lumière. Ça se poursuit par la neige, flocons dodus et blancs, des flocons d’œufs en neige, ils tombent en silence, comme si chacun d’eux faisait office de gomme pour effacer les bruits. Et puis une fois par terre, soleil, chaleur, et vent. Avec la nuit qui vient le retour du grand froid, les voilà au matin, ces doux flocons duveteux devenus comme des grains de sable, miettes ou sucre en poudre. Œufs en neige, sucre poudre, tout ça ne serait-il pas une histoire de meringue, de douces pâtisseries ? Et si on en passait par le moulu, le broyé, le poudreux sucre glace ?
Pourtant du côté glace dans les états de l’eau, on est loin du poudreux, on serait même plutôt dans le compact, le dense, la dureté sans pitié. Même une pelle résolue n’aura aucun effet pour déblayer le chemin, la glace joue les pierres et se joue des couleurs. Contrairement à la neige, elle va laisser une place à la couleur de base, celle qui est en dessous de là où elle se pose. Mais l’influence pâlit avec son épaisseur et suivant sa texture, elle jouera le grand blanc ou de ces bleus irréels qu’on trouve sur les glaciers. Elle a aussi ses failles, ses fissures, ses soudures, façons carreaux de faïences qui se rieraient du carré et feraient un catalogue de toutes les figures que l’on pourrait tracer le crayon à la main et fantaisie en tête.
Et puis, neige ou bien glace, vient le temps de la fonte quand le chaud s’en revient. Alors fini le solide, les formes et les cristaux, l’eau, elle, est transparente, elle n’a pas de forme à elle et elle l’annonce bien fort en tombant goutte à goutte depuis les stalactites qui se suspendent au toit. Un peu façon tambour, plutôt de métronome, peut-être un côté pic, mais en moins frénétique.
Du côté des oiseaux, le retour du liquide est une bonne nouvelle puisqu’il leur faut bien boire. L’eau courante, heureusement, gèle plus difficilement et un petit cours d’eau fait une grande différence. Pour ce qui est des graines, les mangeoires aident bien, échange oiseaux-humains, un peu de nourriture contre leur douce présence, une façon d’attachement, de familiarité, ouvrir un peu la porte pour qu’ils puissent faire un peu partie de nos connaissances. Les mésanges se bousculent pour quelques graines de plus, ce qui laisse le temps de bien les observer au-delà de les admirer. Mésange bleue et surtout mésange charbonnière, et puis une autre sorte dont on n’a pas le nom, dont on est pas très sûrs, ou mésange nonnette ou mésange boréale, le doute persiste encore. Pour elles ça ne changera rien dans leur vie quotidienne que l’on sache leur nom, elles savent bien qui elles sont. Mais pouvoir les nommer leur donnera une chance d’exister au-delà de l’immédiat présent par la magie du texte

Fin novembre 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

L’hiver est arrivé. Pas dans le calendrier, mais il a débuté. Neige et puis gelée blanche, le givre pousse sur les herbes dans ces endroits à l’ombre qui regardent les autres se chauffer au soleil.
Quelques hésitations, encore, souvenirs de la transition, du passage de l’automne à la saison des arbres qui jouent les arbres morts, sans feuilles, sans fleurs, sans fruits. La saison également de l’eau qui se transforme, de la pluie qui se fait neige, de l’eau qui se fait glace, du mouvement qui se fige.
Oscillations quand même entre le jour et la nuit, le couvert nuageux et les températures. Nouvelle géographie, celle des endroits à l’ombre qui gardent leur couleur blanche, des endroits au soleil qui quittent leur duvet clair pour une terre détrempée, gorgée d’eau et repue question humidité. Flaques, boue et autres gadoues, on patauge à midi dans ce qui dès ce soir, sera gelé de nouveau, solide, dur et rigide, incapable à ces heures de sombre, de nuit, de noir de conserver l’empreinte de qui est passé là. Dans la boue et la neige, les pattes ou bien les pieds, comme les pneus des voitures ne peuvent pas cacher leur présence en ce lieu, leur passage laisse une trace qu’ils l’aient voulue ou non. Une aubaine pour savoir quels sont les animaux qui fréquentent l’endroit, quel chemin ils empruntent, comment ils se déplacent, où ils aiment aller boire, où l’eau reste liquide.
L’eau aussi de son côté laisse sur son passage des traces, des témoignages de sa présence passée. Des chemins ravinés, des feuilles emmenées, poussées sur le côté, des cailloux déplacés et des herbes arrachées, l’eau qui veut passer là, passera coûte que coûte, la réunion des gouttes fait la force du torrent capable d’emmener tout ce qui le gênerait. Juste question de débit, de nombre dans l’union, de gouttes dans groupe. La neige, eau de réserve laisse le temps aux ruisseaux, à la terre, à la croûte qui fait le plancher des vaches, de pouvoir déguster, sans craindre l’indigestion, les précipitations, le nectar des nuages qui l’abreuve, l’hydrate, la comble. Laisser tomber la neige, les idées, les envies, pour les écrire ensuite à fil de la fonte, distiller, échelonner, répartir, pour que l’histoire soit fluide et se lise sans le danger de tout laisser tomber pour cause de sécheresse ou de crue dévastatrice

Début octobre 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Semaine de beau temps, pas de pluie, quelques nuages, averses parfois le soir, mais du globalement beau. Et frais. L’automne continue à s’installer doucement. Les feuilles des arbres changent de couleur, de texture, elles commencent à tomber. Les arbres se déshabillent et les humains se couvrent, ressortant pulls, bonnets, lourdes vestes et capuches. Les grosses chaussures ici, on ne les quitte jamais, elles sont indispensables pour aller dans les pentes, les pierres, les épines.
Le matin la rosée reste longtemps sur les feuilles, sur les derniers pétales des dernières fleurs, à peine des gouttelettes, presque une poudre d’eau qui fait ressortir leurs joues. Les feuilles des végétaux accueillent chacune l’eau d’une façon différente. Souvent même ça changera d’un côté de la feuille et de l’autre côté : l’eau s’étale, elle laisse un film lisse sur le dessus sinueux de la feuille de chêne, mais bourgeonne au-dessous fait pour rester au sec.
L’automne est cette saison juste entre le trop chaud et puis le bien trop froid, saison où on rencontre bon nombre de batraciens, de grenouilles en crapauds. Aux endroits favorables, retrouvailles régulières avec les salamandres dont la peau délicate ne leur permet des promenades que dans les deux saisons qui évitent les extrêmes. Elles sortent avec prudence, évitent les jours sans eau encore assez nombreux pour laisser bien au sec le petit lac du haut.
Le froid qu’on sent venir avec la neige là-haut nous ramène avec lui une sorte de fatigue, un besoin de repos, vulnérabilité aux toux et aux éternuements, aux maux de-ci, de-là et autres nez qui coulent. Lutter de plus en plus tôt et de plus en plus tard contre le sombre des jours, que ce soit matin ou soir semble contre nature quand on voit tout autour les plantes, les animaux, se préparer doucement pour le repos d’hiver. Restent quelques insectes pour une dernière tournée, comme ces chanceuses abeilles à qui on a laissé de dodues fleurs de lierre qui tournent et vont viennent comme on se régalerait d’un recueil de poèmes

Fin avril 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Le paysage visuel en face de la fenêtre est fait d’arbres et de leurs feuilles qui sont encore toutes jeunes, de ce vert du printemps tout rempli de lumière, feuilles pas encore adultes, qui ne prennent pas toute la place et laissent voir quelques-uns des traits sombres des branches. Derrière je ne vois pas mais je sais la vallée, la rivière tout en bas et la route qu’on entend même si les feuilles qui poussent cacheront un peu ce bruit. Sur le versant d’en face il y a quelques maisons, mais surtout la forêt, feuillus et conifères, puis plus que conifères et plus haut la montagne vit encore en hiver, juste la neige et les pierres, juste le noir et le blanc.
Le paysage sonore en face de la fenêtre est tout rempli d’oiseaux, rien que leur nom à dire est déjà mélodie, grive musicienne, troglodyte mignon, pinson des arbres, fauvette à tête noire, merle noir, pouillot véloce, grand corbeau dont on entend le vol encore plus que les cris. Cris, chants, messages, images pour les oreilles que tous ces sons d’oiseaux, peut-être un contresens au sujet du message, mais je ne garde que le chant et tant pis pour le sens, comme ne garder d’un texte dans un autre alphabet, rien que la mise en page et la typographie.
Du côté météo, semaine d’alternances, du clair, du sombre, du gris, du sec et de l’humide, avec des épisodes par anticipation, un temps comme au mois d’août, du chaud tout le matin et des nuages qui montent pour se rassembler le soir et nous organiser une pluie voire un orage pour la fin de journée. Bonheur des éclaircies quand l’œil reposé par les éclairages doux d’un soleil diffus, retrouve lumières et ombres, ces doubles en noir et plats des choses qui s’interposent en face de la lumière comme les lettres pour les sons, les mots et puis les phrases. Choses qui se ressemblent sans avoir rien de commun, mimétisme, copiage, ou bien inspiration, comme ces bourgeons de sapin qui se font hérissons, les chatons de noisetiers, de noyer ou de saules sosies de chenilles velues ou bien les orchidées si proches des insectes qu’ils se laissent prendre au piège de la contrefaçon, nous laissant entrevoir tout ce qui est commun entre les végétaux et leurs doubles animaux.
Végétaux, animaux, tous se retrouvent d’ailleurs dans l’incapacité de faire leur vie sans eau. Alors oui, besoin d’eau, pour les humains aussi, animaux parmi d’autres. Alors regrets amers quand on savait une source en bordure du replat, qu’on passe et qu’on repasse sans pouvoir la retrouver sorte de manque de respect, de considération au moins, pour ceux des gens d’avant qui avaient bâti là, construit grange et murets pour vivre avec la terre où maintenant les arbres sont les maîtres des lieux, recouvrant de feuilles mortes les vestiges de leur vie. Émotion des vieux murs qui ont capitulé et se laissent redevenir un simple tas de pierres, émotion des vieux murs en pensant à ces gens qui ont vécu ici, choisi chacune des pierres, posée et reposée à un tout autre endroit où elle allait bien mieux. Ensemble aménagé, utilisé un temps et puis ils sont partis, ils ont laissé la place, place qu’aucun être humain n’a souhaité reprendre. Connaissance de l’eau perdue et oubliée qu’il faudrait retrouver en se fiant aux bêtes dont les traces de passages disent qu’elles savent encore et que leurs petits sauront où venir s’abreuver en cas de soif ou de besoin de la fraîcheur de l’humide.

Eau

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

Une goutte comme un o ce serait quand même trop simple, alors l’eau a trois lettres pour faire le seul son o. Pour qu’on reconnaisse enfin, sa si grande valeur, son importance première. Cette eau qui est en nous, qu’on aime autour de nous, condition nécessaire et souvent suffisante. On aime le bruit de l’eau, goutte à goutte sur la mousse là-haut dans la montagne, torrent qui batifole, sautille entre les pierres et se joue des branches d’arbre qui tombent dans son lit, les embarque, joueuse, dans une folle sarabande. On aime tremper ses pieds dans l’eau fraîche du ruisseau après une belle balade, juste y tremper la main comme on enfile un gant quand le froid nous saisi et saisit une à une chacune de nos phalanges, chaque jointure une à une pour les habiller de bulles comme d’autant de brillants. On aime aussi les vagues, s’y plonger en entier, y faire le papillon ou au moins essayer, bien loin des nages subtiles et tellement efficaces des animaux marins. On aime humer l’eau, la goûter, juste la boire quand elle n’a pas d’odeur, un subtil goût de frais loin du nauséabond ou même de l’eau de javel. L’eau, la plupart du temps laisse passer nos regards en les déviant à peine, mais parfois elle se fige en une surface rebelle qui va tout renvoyer, y compris la lumière et renvoyer l’image telle qu’elle l’aura reçue, à une symétrie près. Magie de sa surface qui accepte, dans un plouf, qui lui tombe dans les bras, sauf bien sûr ce qui flotte, le léger ou le creux, nos radeaux, nos bateaux. C’est bien ça son problème, elle est trop accueillante. Malgré tout ce qu’on lui jette que ce soit bon ou non pour sa santé à elle, elle nous prend sur son dos, il suffit simplement de quelques lettres en plus, pour qu’à partir de l’eau on construise un bateau. Pour déclarer nos flammes, à l’eau, même la plus simple, sans qu’elle soit de jouvence ou claire comme de l’eau de roche, il nous faudrait des meauts et pas seulement des mots, pour dire qu’encore pendant longtemps, disons une bonne poignée de longues éternités, on souhaite vivement qu’elle continue toujours à juste couler de source sous tous les ponts du monde

20231024

"De temps en temps", ça commence par la météo, et ça continue avec ce qui vient en tirant sur le fil

Agité. Les fortes pluies de la nuit en Nord-Isère gagnent nos plaines et Préalpes dès le début de journée, puis elles se décalent vers l’Est au fil de la matinée et faiblissent un peu en mi-journée en touchant la Haute-Tarentaise tandis que le soleil revient déjà proche de l’Ain. En après-midi la perturbation évacue nos hauts-massifs, et les éclaircies tendent à se généraliser avec tout au plus de petites averses résiduelles.
Limite pluie-neige vers 2700 puis 2300/2400 mètres voire 2000/2100 mètres sous les plus fortes intensités. On attend, d’Est en Ouest, 15 à 30 cm de neige au-dessus de 3000 mètres et 5 à 15 cm vers 2600 mètres.
Températures minimales comprises entre +9 et +12 degrés.
Températures maximales comprises entre +14 et +17 degrés.
Isotherme 0° vers 3000 puis 2600 mètres.
Vent encoure soutenu de Sud-Ouest en début de journée puis de plus en plus faible.
Prévisions Météo Alpes

Fortes pluies. Grosses gouttes joufflues, arrondies, rebondies, qui roulent, s’enroulent et se déroulent, se retrouvent en rigoles, en ruisselets, en ruisseaux comme on roulerait un r. Avantage net au rond, bien loin devant le long quand il s’agit de flot. Toujours le rond qui roule, qui s’échappe et s’enfuit, qui prend la clé des champs, qui se cache et se niche, qui se divise encore pour se multiplier, mais tout en restant rond, c’est bien là son secret. De grosses gouttes en petites gouttes, gouttelettes ou même vapeur, elles peuvent se réunir pour fusionner en eau, processus réversible quand vient l’heure des embruns et autres éclaboussures ou poussières de gouttelettes, pour les voir repartir et dévaler les pentes, sans répit vers de la mer, la mer qui est ronde, en écho à nos rondes et à nos jeux d’enfants qui nous roulent, nous enroulent dans le ressac des vagues de cette mer qui, toujours, sera notre maîtresse

Canal Saint-Martin

En passant, petites images glanées au gré d'ici ou là.
Écluse du canal Saint-Martin, Paris, juin 2023

Écluse, écluser, éclusons. Un bassin, deux portes, amont et aval. Faire entrer l’eau d’un côté, la laisser ressortir de l’autre, fermer ici et ouvrir là pour que les bateaux puissent monter ou descendre la rivière sans avoir à monter ou descendre le courant. Prendre de l’altitude ou au contraire en perdre, par la seule force de l’eau et de l’ingéniosité d’ingénieux du passé. Rivière domptée enfermée, corsetée. Elle coule dans un lit qu’elle ne s’est pas choisi, même si elle coule encore, elle coule canalisée. Couler domptée est-ce toujours couler ou juste s’écouler ? Spectatrice de son cours sans pouvoir être actrice. Restent quelques oiseaux à voler tout autour. On ne les entend pas au milieu des voitures mais on les voit voler, où on ne peut pas marcher, où on ne peut pas nager parce que c’est dessiné sur la berge en béton et barré d’un trait rouge. Interdit de ceci, interdit de cela, de ces écluses de ville ne garder que de l’eau, se concentrer sur l’eau et sur le bruit de l’eau, sur les reflets de l’eau, sur tout ce que l’eau nous dit, oublier sa couleur, oublier son odeur. Se laisser transporter, partir en goutte à goutte, repartir de la source, de sa transparence pure qui se faufile sous la mousse, espiègle et opiniâtre, de ses bonds de chamois sur des pierres de torrents, de ses siestes lascives au milieu des fines herbes et des sabots de vaches, voir comme apprentissage de ce qu’elle ne veut pas, ce passage par la ville, ses voitures, ses immeubles, ses gens indifférents qui la regardent en cage comme dans un zoo, ronger ses portes d’écluse et sa mélancolie. Heureusement à la fin dans la vie de toute goutte viendra la grande mer, ses vagues et ses grands fonds, et ses lieux de légende beaux d’être inaccessibles, le maelström de Poe , les roches Douvres de Hugo ou bien l’île au trésor de R. L. Stevenson. À force d’écluser les rêves des passants, les eaux un temps soumises du canal Saint-Martin feront sûrement un jour des graines d’océan