Voyage à Guernesey du 14 au 18 avril 2026 avec C. et L. Surtout avec l'idée de se rapprocher un peu de Victor Hugo
Et un autre point de vue sur Guernesey chez Laure Humbel

La bibliothèque de St.Peter Port a un nom composé, suivi de Library, le faux-ami anglais le plus célèbre chez les gens qui aiment lire. Ne pas s’y tromper donc, dans une library, on emprunte et on lit, mais on n’achète pas. On peut aussi lire sur place, flâner dans les rayons, feuilleter des heures durant, même s’asseoir pour lire la presse ou travailler tranquille, sans toucher aucun livre sur aucune étagère. Notre première rencontre avec la Library était presque fortuite. Située sur une petite place sans voitures, terrasses de café, parasols, en plein centre-ville, juste au débouché de la grande rue commerçante, la bibliothèque est très bien située. Voir l’entrée en se promenant, se dire que oui, évidemment il faut aller voir de plus près, s’approcher de la porte dont les montants s’écartent pour nous laisser entrer. Bienvenu. Bâtiment ancien, plus en hauteur qu’en largeur à première vue, plusieurs étages, mais avec ascenseur. Lors de notre première visite, une partie de l’endroit est en travaux. Il en reste largement assez. Le rez-de-chaussée est pour l’accueil. Accueillant d’ailleurs, entrée libre évidemment, pour la lecture et aussi l’écriture, il y a même des jeux, un Fab-Lab, notre interlocutrice nous donne les horaires avec un grand sourire.
Rez-de-chaussée, on ne s’attarde pas, pour aujourd’hui, travaux et pour les autres jours, pas de livres en vue, l’impression que c’est réservé à l’administration. Les étages au-dessus sont bien plus alléchants. Une salle pour les enfants, le fameux Fab-Lab et puis les livres. Les étagères remplies de livres, rayon general fiction, des étagères peintes en bleu, bleue aussi la moquette, les nez de marches dans l’escalier et même les cheveux de la bibliothécaire assise à l’entrée de cette grande pièce. Elle parle fort sous ses cheveux bleus, pas fort, mais normalement, alors qu’il nous semblerait plutôt qu’on parle à voix basse dans ce sanctuaire des livres comme on pourrait le faire dans d’autres sanctuaires, mais l’important est de se faire comprendre, alors laisser chanter l’accent, l’impression que les mots s’arrêtent abruptement, qu’ils tombent au bout de chaque morceau de phrase comme on tomberait dans l’eau une fois au bout de la terre. Un effet île jusque dans le phrasé ? Météo et paysage joueraient sur les accents ou au moins sur la perception de ceux qui les écoutent ?


Pour les yeux et les doigts, juste pour le plaisir, fouiller les étagères y chercher une autrice et puis un autre auteur, un autre nom puis un autre et un autre, découvrir qu’en anglais les travailleurs de la mer deviennent toilers of the sea, trouver the waves de Virginia Woolf, faire la photo clin d’œil pour Christine Jeanney qui a passé tant de temps en compagnie de ce texte.

Une sorte de besoin de se rassurer, de savoir que les livres sont bien là, tous les grands classiques, que c’est une bibliothèque sérieuse, à l’image des austères portraits qui trônent sur les murs dans leurs cadres d’un autre temps, d’un autre millénaire, se rassurer avec des livres qu’on ne lira pas, parce qu’on n’aura pas le temps de les lire, parce qu’en plus en anglais, la lecture est plus lente, passer d’une langue à l’autre avec des mots qui coincent, des mots qu’on ne reconnaît pas, des mots qu’on ne connaît pas. Mais les chercher quand même, ces livres qu’on ne lira pas, en trouver un autre au passage, comme on visite les lieux, comme on fait connaissance. Et puis, une fois rassasiées de titres et de noms d’auteurs, laisser les yeux aller voir un peu plus loin, quitter les couvertures et les dos de bouquins pour regarder le lieu. Tout est dans les tons bleus, endroit lumineux avec des bow-windows, partie centrale à guillotine, elles donnent sur la placette. Dans chacun de ces recoins, une banquette avec des coussins, bleus eux aussi. Des tables pour pouvoir s’installer, tournées vers dehors ou tournées vers les livres suivant l’envie de chacun et pour toutes les façons de pouvoir se concentrer. S’y asseoir un moment dans ces recoins confortables, et se laisser distraire par tous les affichages, pancartes, feuilles scotchées ou autocollants qui indiquent qu’ici, c’est breastfeeding welcome, pouvoir allaiter son enfant sereinement au milieu des livres, parce qu’il n’y a pas d’âge pour la littérature. Ceux qui ne veulent pas lire, mais apprécient l’environnement peuvent demander la enterteenment box, la boîte contenant des puzzles, des jeux, de quoi faire des origamis, des coloriages and more.
Cette grande salle principale est entourée de deux plus petites. Une dédiée aux enfants : un immense arbre en bois au milieu avec des branches jusqu’au plafond, des guirlandes de petites lampes, une peluche d’écureuil et dans les bacs et les étagères, des albums colorés, des coussins, du mobilier adapté à leur taille. La pièce de l’autre côté est réservée à la presse. Classeurs avec les archives, fauteuils confortables et grandes tables pour pourvoir étaler plusieurs journaux en même temps. Dans cette grande salle de lecture, l’histoire de la bibliothèque et des indications sur son fonctionnement. D’abord rêvée dans les années 30 par Thomas Guille et Frederick Allès, alors à New York et émerveillés par une bibliothèque de cette ville, la Guille-Allès Library ne verra le jour que bien plus tard, le 2 janvier 1882 à Guernesey alors que les deux hommes sont de retour sur leur île pour y passer leurs vieux jours. Créée et longtemps maintenue en fonction par des dons, comme en témoignent les panneaux verticaux de remerciements qui courent jusqu’en 1974 avec les noms et les sommes données. Après les difficultés financières et la période compliquée de l’occupation durant la Deuxième Guerre mondiale, la bibliothèque est désormais un service public rénové, agrandi et ouvert à tous, tous les jours sauf le dimanche et deux fois par semaine jusqu’à 20 h 30.


Au dernier étage, autrefois réservé au musée consacré à l’histoire naturelle et à la géologie, se trouve désormais la salle Hayward, galerie qui fait tout le tour de la pièce, plafond dont les poutres rappellent la coque d’un bateau, un côté est réservé aux tables de quatre et l’autre à des alcôves individuelles permettant de travailler plus au calme. Et oui, on y travaille au calme, j’ai testé. De nombreux écoliers ou étudiants viennent s’asseoir ici face à un livre, un cahier ou un écran d’ordinateur, ce que nous ferons également, pour, par exemple, prendre des notes afin de garder les idées intactes au moment de rédiger le texte que vous lisez maintenant et que j’écris presque trois mois après notre passage sur l’île et à la bibliothèque.
En plus des salles, les différents paliers sont utilisés pour présenter une thématique précise (l’autisme lors de notre visite) ou des compléments historiques, comme le célèbre indicateur Cotgreave et toute son histoire, à retrouver en détail sur le site de Laure Humbel.
Pour ma part, une attirance et une tendresse particulière pour les bibliothèques, lieux toujours spéciaux où rêver, apprendre, se divertir, se cultiver, rencontrer d’autres personnes qui, elles aussi, cherchent l’OLOÉ parfait, ces endroits Où Lire, Où Écrire, et toujours un grand merci à Anne Savelli pour l’idée.
Mais vous qui lisez ces mots, connaissez-vous la bibliothèque de l’endroit où vous vivez ?
En vous attendant par ici, plus sur la library de St. Peter Port
