Fin juin 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Canicule. La fin des haricots, aurait dit ma grand-mère, ma chère Mémé Léone. Pas de haricots dans le jardin, mais ils auraient fini comme tant d’autres plantes avec cette chaleur. Ici dans plein d’endroits c’est le jaune avant l’heure, comme une grande fatigue qui ralentit l’élan engrangé au printemps. Partout on peut le lire et partout on le dit (on l’oubliera bien vite, tant de mauvaises nouvelles pour nourrir les journaux) le chaud et le trop chaud il va falloir s’y faire. Alors, aider les arbres pas juste pour les arbres, pour cultiver cette ombre qui devient si précieuse. Mais qui n’oubliera pas les belles paroles d’été quand, l’hiver revenu, l’ombre sera encore là, mais qu’elle ne sera plus vue comme indispensable ? Alors, soigner l’autour pour ceux qui sont autour, ne pas couper trop court ces herbes déjà jaunes, couper juste ce qu’il faut pour mettre aux pieds de ceux que l’on veut préserver, tricoter des chaussettes en paillage bien serré pour les arbres et les plantes, pour mieux garder le frais de leurs douillettes racines et de ces petites bêtes dont la vie et elle seule fait aussi vivre la terre.
S’occuper de la terre et puis scruter le ciel, se laisser entraîner dans le jeu des nuages, chérir ceux du matin qui trop vite font trop de place au vorace grand bleu, attendre ceux du soir qui parfois ne viennent pas ou seulement trop loin ou seulement trop fins, leur forme et leur texture et leur couleur un peu, mais surtout leur valeur du si clair au trop noir qui nous fait craindre le pire, un orage trop gonflé du trop de chaud de la journée, et le feu des éclairs, les pluies bien trop violentes aux eaux qui emportent tout. Dans orage il y a rage.
Orage et désespoir qui vont souvent ensemble, une immense fatigue, lassitude infinie, le chaud comme un manteau, encore un autre manteau, quand ils sont déjà trop à couvrir nos épaules. Heureusement, parfois, la pluie est raisonnable, elle hydrate, elle abreuve, elle libère les odeurs, elle efface l’ardoise de la boue craquelée pour que viennent s’y inscrire de toutes nouvelles empreintes de la vie toujours là.
Des inscriptions, des signes, des manifestations, il y en a partout, à nous de venir cueillir ce qui fait fruit et fleur dans nos pensées à nous. Sur la montagne d’en face bientôt plus de névés, à peine quelques points blancs à scruter à la loupe, finies les réserves d’eau à faire fondre pour plus tard. Dans ce calendrier des signes du dehors, se construire des repères qui ne rendent aucun compte aux autres calendriers, ceux qui restent étrangers à la vie du dehors, comme au bord de la mer on compte en heures-marée et pas en heures tout court pour ne pas rester perché tout en haut d’un caillou quand l’eau s’est retirée. Ici comme à la mer, l’eau est de haute importance, pas pour la même chose, pas de la même façon, mais lui rendre sa place sur le devant de la scène nous aidera sûrement, nous autres êtres humains, qui négligeons si bien ce qui nous constitue pour plus de la moitié. Alors, peut-être avoir une pensée pour l’eau quand on sera en extase, les pieds dans le ruisseau

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2 réflexions sur « Fin juin 2026 »

  1. tu me diras comment tu tricotes des chaussettes en paillage pour les arbres, ça pourrait m’être utile !
    oui, soigner l’autour et l’entour, essentiel pour vivre au moins heureux l’espace de quelques moments
    eh oui les orages s’annoncent et puis ils s’en retournent, on les espère et ils nous désespèrent…. et tu sais, la pluie est rarement « raisonnable »…

    j’aime cette façon d’aborder le manque et le désir
    il nous faudrait établir un carnet des signes et des repères pour survivre encore un peu…

    1. Ah la recette des chaussettes en paillage, c’est relativement simple mais demande de la persévérance : mettre au pied de l’arbre, suivant le principe du cercle, ou plutôt de l’anneau, des herbes fauchées ou coupées alentours. La chaussette doit être suffisamment épaisse pour limiter l’évaporation autour des racines , elle doit être composée d’herbes de plusieurs espèces, pas juste une seule sorte d’herbes, pour que chacune puisse apporter son meilleur à l’arbre, et surtout, il faut entretenir cette chaussette avec des herbes nouvelles régulièrement pour repriser la chaussette qui s’use et réveiller les papilles de l’arbre avec des goûts, des odeurs et des saveurs nouvelles. Penser à lui régulièrement, comme on pense à une amie par exemple, même comme on pense à une copine, ce serait déjà pas mal, juste penser aux arbres plus souvent comme à des arbres, pas comme à du bois
      Et pour le reste, un peu pareil, non ?

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