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Début octobre 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Aux deux extrémités de cette semaine d’octobre, de la pluie, du brouillard, de l’humide, de l’automne. Et puis entre les deux, du trop chaud, du trop sec, de l’incongru en automne qu’on préfère oublier, même s’il faudrait bien y penser sérieusement à ce qui vient demain. Alors ici, juste se dire que le sec, je l’ai déjà trop dit et revenir au plus frais, peut-être simplement avec l’intention ferme de se rafraîchir les idées pour mieux penser la suite ?
De la pluie et du brouillard, on peut aussi dire plat, grisâtre et terne, de ces mots affublés d’un côté négatif, une connotation, une façon de mêler le passé qu’on pensait à ce qu’on vit maintenant, malgré le décalage au moins du côté temps. Mais le positif d’hier ne le sera peut-être plus demain, quand on appréciera la pluie et les averses pour leur valeur en eau.
Peut-être de mon côté, aussi un peu de regret, comme toujours à l’automne et au creux de l’hiver, que nous ne soyons plus capables, nous autres les êtres humains, de suivre les saisons et leurs variations, quand les jours sont plus courts, les journées ne le sont pas et nous tirent sur le dos, sur le sommeil, la fatigue, les ressources intérieures, celles qui sont faites d’envie, de longues heures tranquilles enroulée dans le frais et tout emmitouflée dans le douillet des nuées.


Pour ce qui est des récoltes, grande absence des pommes tout autant pour les poires, restent un peu de châtaignes à griller dans la poêle, mais certaines si petites que les bogues n’osent même pas montrer leur intérieur tant les fruits sont mini et déjà rabougris. Du côté des récoltes, ne plus attendre de neuf, au mieux laisser encore quelques fruits faire plus gros, mais la tendance maintenant est à la chute des feuilles, les gardiens des refuges sont descendus de là-haut, les oiseaux migrateurs partis depuis longtemps, ne restent que les espèces qui passeront l’hiver là. Les dernières sauterelles finissent dans le bec des poules, les glands terminent à terre au moindre coup de vent et s’asseoir sous le chêne ne garantit en rien une sieste tranquille.


Chez tous les végétaux, c’est le temps du repos, ne plus s’occuper des feuilles, de faire la photosynthèse, tous les bourgeons sont prêts et attendent le printemps, reste l’hiver à passer. Déjà la météo annonce la neige là-haut alors survivre au froid va être l’occupation des plantes et des bêtes après tout un été qui fût bien occupé à survivre au trop chaud. Les arbres vont faire les morts, mais ne le seront pas tous, au moins ce n’est pas l’idée, stratégie d’hibernant comme l’ours et la marmotte et de bien d’autres encore. Fonctionnement emprunté par bon nombre d’auteurs, écrivains de saison qui ne portent des fruits, de papier, de colle et d’encre qu’au moment officiel de la rentrée littéraire.

Fin septembre 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine sans eau. Semaine de plus sans eau. On dit juste il fait beau quand la pluie n’est pas là, sans même se rendre compte que le sec et le beau, ne sont pas de même nature. En ce moment il fait sec et chaud pour la saison, les statistiques le disent, celles de la météo, pas juste les statistiques qu’on se raconte en se croisant sur le chemin du bas ou devant un café sur la place du village. Les statistiques du café sont beaucoup moins chiffrées, elles prennent en compte, souvent, bien plus souvent que les chiffres, les souvenirs, anecdotes et autres sensations, voire même des propos tenus par des personnes tout autres que ces humains avec qui on bavarde.


Alors records ou pas, juste se souvenir qu’il y a quelques années on ramassait les noix aux vacances de Toussaint alors qu’on peut déjà, en passant sous le noyer, se barbouiller les doigts avec le fameux brou, même si les bogues elles-mêmes tombent bien vite dans le sec, maudire les écureuils passés là avant nous et casser les coquilles comme on peut en fonction de ce qu’on a dans les poches, de la force des mains ou de la taille du caillou qui en fera de la bouillie ou nous donnera deux coques qui, une fois grignoté l’intérieur de la noix, nous feront deux beaux bateaux capables d’aller voguer sur le calme plan d’eau dans le bassin du lavoir ou qualifiés pour descendre les rapides du ruisseau.


Les coquilles des noix dans le courant du ruisseau, ce n’est pas pour cette année. Le ruisseau est à sec, rempli de pierres, de feuilles, de glands sans avenir et de beaucoup de poussière. Car le chaud et le sec désintègrent, pulvérisent et démembrent tout ce que la pluie et l’eau ont construit patiemment. La terre devient poussière, l’écorce détachée de l’arbre se divise en longues fibres, chevelure de sorcière pour les esprits des bois. Tout est sec et cassant, bref et sans envergure. Le sec peut être beau, mais ne l’est pas toujours, pas tout le temps, pas pour tout et surtout pas pour tous. Les feuilles des arbres qui sèchent prennent ces couleurs d’automne que l’on trouve si belles, couleurs chaudes, flamboyantes, un jaune vif qui rappelle les fleurettes du printemps. La boucle serait bouclée ? Une boucle des saisons, mais en forme de huit avec pour le croisement, le jaune du printemps et celui de l’automne qui feraient couleur commune, l’une sur la pente des jours qui se font de plus en plus longs, l’autre sur la pente des jours qui se font de plus en plus courts comme c’est le cas en ce moment, une branche vers les couleurs qui fleuriront l’été et l’autre vers l’argentique et tous ses noirs et blancs. Jours plus courts que les nuits, s’en remettre aux repères simples, aller fermer aux poules avant le repas du soir et qui se lève le premier, du soleil ou de nous, se dire que la lumière va être moins présente, nous laisser un peu seuls et que cette lumière, il va falloir penser à la chercher ailleurs que dans le grand dehors et s’en remettre aux livres pour chasser nostalgie et puis mélancolie qui se posent en automne sur les épaules des jours comme une couverture sur nos épaules à nous dans la fraicheur du soir. Se fier à la lecture pour que nos dedans palpitent quand les dehors somnolent

Fin de mi-septembre 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Certitude un peu trouble, mais certitude quand même, l’automne va arriver. Alors, encore un peu, profiter de l’air frais et de restes de soleil avant le froid et l’humide. Se comporter en chat et saisir le bon temps. S’asseoir à l’ombre du chêne le temps de savourer les danses reposantes des ombres tranquilles des feuilles entre deux chutes de glands. C’est la saison des graines chez les arbres prévoyants qui se projettent déjà au printemps de l’an prochain. Fruits, graines et pépins, tout le monde se voit déjà tout en haut de longues tiges, bébés arbres prometteurs. Mais en attendant l’heure de germer et de croître, c’est le temps de la chute. Glands, noix, raisins, pommes poires et

les dernières noisettes, croisent les doigts des deux mains pour tomber où il faut, dans un terreau fertile à l’abri des quenottes des écureuils voraces et des oiseaux piqueurs autant que des humains qui ne sont pas en reste pour déguster les fruits, les graines et leurs cerneaux au lieu de les laisser germer comme elles en rêvent. L’intérêt de cette chute, c’est de voir de plus près, de pouvoir observer ce qui, resté sur l’arbre est bien loin de nos yeux. Alors, se rendre compte du facétieux du hêtre aux fruits en casse-tête pour les jeunes géomètres, écorce à quatre côtés et fruits à trois côtés pour une graine presque ronde, pied de nez un peu potache à nos vieilles quadratures de coupeurs d’angles en trois.


D’habitude en automne, je parle de champignons, mais pour cette semaine, mon journal le rappelle et pour les jours qui viennent, la météo confirme, malgré le fond de l’air plus frais, toujours pas d’eau en vue, le sol reste cassant, poussiéreux et trop pâle. Et pour les champignons, emploi du temps oblige, j’y suis allée trop tard ou pas au bon endroit ou bien un peu des deux, alors pas grand-chose à mettre dans le séchoir en pensant à l’avance aux risottos d’hiver. Restent quelques amanites qui ne sont intéressantes, pour nous humains fragiles, que pour leur esthétique. De l’esthétique encore pour tous les champignons dont j’ignore les noms, mais qui poussent sur les arbres, s’accrochant aux écorces comme les huitres aux rochers et nous emmènent en mer, un goût d’iode en bouche, par leurs bords dentelés marque des plus fines huitres. Leurs bords frisottants dignes des dentelles d’antan et autres jabots de mignons nous plongent dans le frivole des chemins qui hésitent vont à droite puis à gauche, mais jamais, ça jamais, n’empruntent la ligne droite contrairement au trop lisse que les humains chérissent, rectiligne et rigide, les poteaux et les murs bien loin du bord des feuilles, des vagues de la mer et de la surface de l’eau qui remet dans nos vues un peu d’ondulations, d’hésitations de peut-être, un peu de réflexion dans trop de directives. Prendre le temps d’admirer le vert et puis la forme de cet éphippigère ou bien apparenté, même lui tirer le portrait sans se douter qu’à peine quelques minutes plus tard, sa courte vie d’insecte se finira tragiquement dans le ventre du chat.

Fin de mi-août 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine éloignée des grandes règles du théâtre. Pas d’unité de temps, de la pluie au trop chaud, pas d’unité de lieu, des toits de tôle aux toits de tuiles, pas d’unité d’action, du boulot au repos. Je sais que pour le temps, j’ai joué sur les mots, mais temps et temps sont là et se ressemblent trop pour qu’on les dissocie avec sévérité. Et puis le temps de ce texte est toujours d’une semaine, pas besoin d’y revenir, sorte d’accord tacite.
Pour le temps-météo, grand retour des nuages, de leurs formes, leurs couleurs, leurs mouvements qui fournissent à eux seuls du spectacle pour tous, pour peu qu’on lève la tête, qu’on lève les yeux au ciel en étant sous le ciel. Avec leurs noms en us, on penserait au latin, on les croirait hautains, un peu façon élite qui exige de nous du temps d’apprentissage pour se laisser approcher, alors que les nuages sont bien là pour tout le monde, ils sont bien là pour nous si on regarde leurs us non plus comme du latin, mais plutôt de l’anglais. Des nuages pour tous, des nuages pour nous tous.
Des nuages et de l’eau, la pluie dont ils se chargent et dont ils se déchargent, redonnant avec l’eau, des couleurs à nos plantes qui partaient sur le jaune bien avant l’heure d’automne. Pour certains végétaux, il est quand même trop tard et le jaune pour le sec, et la rouille de saison resteront en stigmates de cet été si sec. Pour d’autres il est bien l’heure de passer aux couleurs, colchiques dans les prés ou bien le brou des noix et le violet des figues qui font notre régal et celui des oiseaux. Les longues hésitations du changement de saison s’accumulent comme les feuilles d’un livre sans reliure, un peu d’automne déjà, encore un peu d’été, plus ici ou plus là, le changement n’est pas brusque, chacun suivra son rythme sans se laisser brusquer, encore moins ralentir par les pratiques des autres parmi les végétaux où les presque végétaux. Les presque végétaux vaut, dans ma tête à moi, pour tous les champignons, les mousses et les lichens que la science seule sait classer comme il faut en réfléchissant fort pour leur faire un tiroir. Pour ce qui est des omelettes, les premières grosses pluies portaient beaucoup d’espoirs de voir des champignons, peut-être simplement parce qu’on les espère, avec toutes les balades, les errances dans les bois qu’ils peuvent justifier, même les jours où, quand même, il faudrait travailler. Attendre la venue d’une plante, d’un fruit, d’une herbe ou bien des champignons, nous remplis d’impatience à quitter une saison pour entrer dans une autre. Besoin de nouveauté, de changement ou besoin de retrouver tout ce qu’on connaissait les années précédentes, tester notre mémoire et puis tester aussi les possibles retrouvailles, retrouver les souvenirs des années du passé comme on se retrouverait dans un livre déjà lu, à la fois familier et toujours étonnant, dont on connaît l’histoire, mais où on va trouver une phrase si belle qu’on a presque un peu honte de ne pas l’avoir pointée aux précédentes lectures

Fin octobre 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Semaine en dents de scie entre le beau et l’eau, plutôt de crête en combe, puisqu’on est en montagne, mais plus précisément entre soleil et pluie avec un peu de tout ce qu’on peut mettre entre deux, de nuages, de brouillard, de brume et puis de gris, aussi des éclaircies, des moments de grand mélange avec pluie et soleil qui se marchent sur les pieds. Des matins lumineux, des après-midi sombres ou des journées entières comme sous un couvercle alors que le lendemain sera si rayonnant qu’on ne pourra regarder n’importe où sans cligner.
Comme je me sens un peu plante, la lumière est pour moi quelque chose d’important. Depuis le changement d’heure, on profite bien mieux du lever de soleil, mais la nuit tombe plus vite, elle tombe tellement vite que se pose la question, en regardant les arbres et tous les végétaux, de nos horaires d’êtres humains, de nos activités, les mêmes toute l’année quelle que soit la durée du jour dans nos journées. Parfois il m’arrive même de me mettre à rêver d’une longue retraite d’hiver.
Du côté animaux, le défi de l’automne est celui de la couleur, se cacher dans les feuilles qui passent du jaune au rouge en route vers le rouille, le marron puis le sombre odorant de l’humus. Chapeau bas cette semaine pour une petite chenille, colorée, décorée de longues soies et d’excroissances, d’un beau toupet rouge vif pour mieux faire ressortir ses teintes qui partent du jaune pour aller jusqu’au vert avant de revenir à la couleur soleil. Une chenille éclatante que cette Pudibonde (Calliteara pudibunda) qui donnera naissance à un papillon de nuit, terne, gris et tout velu, camouflage de rigueur. Formes, couleurs et textures sont aussi étonnantes dans le monde des champignons. Grandes oreilles translucides ou filaments oranges ne m’inspirent pas du tout à l’heure de l’omelette, pour ce qui est de manger je m’en tiens à très peu, le très peu que je connais. Mais dans le panier cette fois quelques jolies trompettes, de la mort ou des morts, sombres tubes à la tête en gueule de tromblon, au nom peu rassurant, elles font quand même partie de mes petites préférées. Aller aux champignons c’est se promener en forêt d’une façon différente. Le dos un peu courbé pour rapprocher les yeux du sol où se trouveront, bien cachées sous les feuilles, les merveilles convoitées, le nez ouvert aussi qui sera parfois une aide pour les localiser et enfin la vitesse qu’il faudra oublier tout comme le sentier, une errance sans hâte et remplie d’attention pour la vie sur la terre.
Chercher des champignons ou bien chercher des mots, restent bien dans mon cas des pratiques parallèles qui se nourrissent l’une l’autre, une manière de passage dans ce monde-là tout autour, même si pour les mots une fois la récolte faite, le chemin reste bien long avant de déguster le livre assaisonné, cuit assez, mais pas trop et puis bien présenté dans une jolie assiette

Fin de mi-octobre 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Pour cette avant-dernière semaine du mois d’octobre, grand retour de la pluie, de l’humide, du froid, du soleil bien caché, des nuages, du brouillard, de la visibilité lointaine qui se réduit au proche. L’automne tâtonne encore, lui qui hésite longtemps, passant d’une patte sur l’autre entre été et hiver. Cette semaine c’est l’hiver qui pointe le bout de sa neige sur les sommets d’en face. Dans le fond de la vallée, et dans le bas des versants c’est la pluie qui s’installe pour abreuver enfin une terre bien trop sèche. Les gouttes pendent aux branches comme une goutte au nez, grand retour du clinquant, du brillant des reflets, du pouvoir de l’humide capable de faire entrer tout le ciel et ses nuages dans une simple gouttelette.
Dans la forêt d’en face, le souffle du grand vent a fait tomber trop vite, les feuilles aux belles couleurs, parfois une branche résiste pour jouer du contraste, des dernières étincelles, pour mettre du jaune dans le sombre de ce sous-bois de troncs, résineux en premier, sapins, épicéas qui nous plongent dans un lieu où le pas est léger comme la lumière est lourde de sa parcimonie. À terre juste des aiguilles, pas de tapis de feuilles où le pied trace son sillon avec un bruit plus sourd et moins carillonnant que la semaine dernière au temps de l’encore sec.
Du côté animaux, les rencontres s’espacent. Finis les vols d’insectes et les dernières guêpes, solitaires, égarées de ce côté obscur des carreaux de nos fenêtres voient plus comme une sentence, comme une condamnation que comme une délivrance qu’on les rende à l’air libre. Fini aussi le soir ou bien au petit matin les vols si réguliers des petites chauves-souris qui se sont réfugiées pour les mois froids qui viennent dans le pas jointif du tout des planches du bardage. Du côté des oiseaux, on se dit que maintenant que les feuilles disparaissent, on va enfin mieux voir qui se perche sur les branches, mais beaucoup sont partis chercher le chaud au sud, chassés par l’air plus frais, des envies de voyage, poussée de migration. Pour ceux qui ne volent pas et vivent dans les bois, l’automne est fait d’angoisses, de la peur du chasseur. Alors, se réjouir quand le sabot insouciant laisse une marque bien visible dans la boue d’une flaque : il aura survécu au moins jusqu’à maintenant.
Du côté des humains, qui laissent aussi des traces dans la boue fraiche des flaques, la pluie est peu propice aux longues balades tranquilles, pourtant c’est par ces temps pas toujours agréables que sont les belles rencontres et les belles émotions de solitude paisible, même sur les sentiers balisés pour l’été et les promeneurs en shorts. Dans cette solitude, écouter sur l’abri éphémère d’une grosse veste teinter les gouttes de pluie, se faire perméable aux souffles pour pouvoir attraper les idées qui flottent entre deux eaux autant qu’entre deux airs et vont si bien aux mots dont je les habillerai une fois rentrée au sec

Mi-octobre 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Peut-être un peu plus frais, mais le temps pour cette semaine est resté dans l’ensemble très proche de celui de la semaine précédente, beau, avec quelques nuages, pas de précipitations. Une semaine d’automne aux couleurs de l’automne, couleurs emblématiques, couleurs de cartes postales, des couleurs de feuilles mortes, presque des caricatures. Chaque arbre va s’habiller d’une façon différente suivant ses habitudes et l’endroit où il vit et ce qu’il a vécu. Une sorte d’arc-en-ciel qui aurait oublié toutes les couleurs froides, toutes celles situées dans le vert et au-delà pour ne garder que les chaudes et préparer l’hiver.
Cette semaine était juste le moment de bascule entre le temps où les feuilles changent doucement de couleur, se dépouillent de leur vert, de leur rôle nourricier chargé de chlorophylle pour ne garder des arbres que les branches, que les troncs, en somme que les grandes lignes, la structure et la forme. Comme un dessin d’enfant, des traits au feutre marron plus épais vers le bas qui deviendra le tronc et puis les grosses branches, plus fin pour les suivantes et puis tirer la langue pour les dernières branchettes qui doivent être toutes fines, surtout ne pas appuyer le feutre sur la feuille. Ensuite pour les feuilles, en été c’est tout simple, un gros nuage vert, tout potelé et dodu que l’on peut colorier sans crainte de dépasser parce que les feuilles elles-mêmes dessinent des petits traits en dehors du nuage. En hiver pas de feuilles, mais pour ce qui est de l’automne, c’est un mélange des deux, un nuage jaune-orange, mais un peu déplumé, pas facile du tout.
De plus en plus de feuilles se retrouvent au sol, elles tombent en virevoltant, en dansant, en flânant, indécises, hésitantes sur le chemin à suivre, elles explorent les airs avant de se poser à côté de toutes celles tombées là avant elles. Le sec de cette semaine les a gardées bien sèches, marcher sur les sentiers et parfois sur les routes (les routes peu fréquentées) joue une petite musique entre papier froissé et sablés écrasés avant que les feuilles mortes piétinées ne soient réduites en morceaux de plus en plus petits, jusqu’à n’être plus morceaux, mais seulement poussière qui s’en ira bien loin dès la prochaine pluie. Avec les prochaines pluies s’en iront loin aussi les dernières feuilles des arbres et leurs couleurs d’automne, elles resteront encore un moment sur le sol pour qui baissera les yeux, elles donneront de faux espoirs à ceux qui cherchent là quelques petits champignons, trompés par leurs couleurs, mais pour les têtes en l’air, les branches seront nues jusqu’au prochain printemps. Branches des arbres vivants, nues comme sont nues les branches des arbres morts sur pied. En hiver chez les arbres dont les feuilles sont caduques, la vie est intérieure comme l’est chez les humains la vie qui reste au chaud et à l’abri de la pluie quand les écharpes ressortent les livres à vivre bien au chaud.

Début de mi-octobre 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Semaine de beau temps, avec quelques nuages : alternance hasardeuse, sans régularité de passages nuageux, épais ou diaphanes et de belles éclaircies, voire de journées toutes bleues. Une semaine de pas de pluie, une semaine de de pas d’eau une fois la rosée bue par les plantes avides et le chaud des journées. Sur les arbres tout autour, les feuilles prennent doucement les couleurs de l’automne. Ou les couleurs du sec. Question dont la réponse ne changera pas grand-chose à la couleur des feuilles, mais les rouilles et les feux et les fauves, comme les rouges et les jaunes sont maintenant sur les arbres, qu’ils viennent du temps qui passe ou bien du temps qu’il fait. Sur les feuilles, le vert laisse doucement la place, poussé loin par les ocres et les bruns et les terres. Parfois on voit les verts se regrouper d’abord le long des grosses nervures pour ensuite s’en aller, s’éloigner de la feuille vers l’ailleurs où on ne le verra plus, le vert qui reste caché tout l’hiver sous l’écorce, une fois préparés les bourgeons déjà là pour les printemps prochains.
Certaines n’attendent pas, elles ne préparent rien et profitent de tout ce qui n’est pas encore le gel, orties ou pieds de menthe ne se préoccupent pas de nos calendriers, de lents préparatifs qui se font chez les arbres, elles poussent et font des feuilles toutes jeunes et duveteuses tant qu’elles peuvent le faire. Plantes de carpe diem, vivaces ou annuelles, à rhizomes, ou à graines, chacune sa stratégie, chacune de son côté, elles poussent et laissent pousser pour renaître au printemps ou juste se réveiller, quelle que soit la méthode pourvu qu’on ait le vert.
L’automne vient se poser de façons différentes suivant les espèces d’arbres, suivant l’humidité, la lumière et l’endroit, poussé de-ci de-là par toutes les autres vies qui habitent la forêt. Insectes, champignons, maladies, ou juste un vieux bobo un soir de trop de vent, sur chaque feuille on peut lire une histoire différente. Petits points ou bien plaques, déchirures ou couleurs qui se diffusent lentement sans uniformité, accident de croissance ou accident tout court, feuilles tachetées, ocellées, feuilles d’arbres léopards. À lire ainsi chaque feuille on découvre doucement tout un monde écrit là, une histoire d’arbre monde à lire en feuille à feuille.

Début octobre 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Semaine de beau temps, pas de pluie, quelques nuages, averses parfois le soir, mais du globalement beau. Et frais. L’automne continue à s’installer doucement. Les feuilles des arbres changent de couleur, de texture, elles commencent à tomber. Les arbres se déshabillent et les humains se couvrent, ressortant pulls, bonnets, lourdes vestes et capuches. Les grosses chaussures ici, on ne les quitte jamais, elles sont indispensables pour aller dans les pentes, les pierres, les épines.
Le matin la rosée reste longtemps sur les feuilles, sur les derniers pétales des dernières fleurs, à peine des gouttelettes, presque une poudre d’eau qui fait ressortir leurs joues. Les feuilles des végétaux accueillent chacune l’eau d’une façon différente. Souvent même ça changera d’un côté de la feuille et de l’autre côté : l’eau s’étale, elle laisse un film lisse sur le dessus sinueux de la feuille de chêne, mais bourgeonne au-dessous fait pour rester au sec.
L’automne est cette saison juste entre le trop chaud et puis le bien trop froid, saison où on rencontre bon nombre de batraciens, de grenouilles en crapauds. Aux endroits favorables, retrouvailles régulières avec les salamandres dont la peau délicate ne leur permet des promenades que dans les deux saisons qui évitent les extrêmes. Elles sortent avec prudence, évitent les jours sans eau encore assez nombreux pour laisser bien au sec le petit lac du haut.
Le froid qu’on sent venir avec la neige là-haut nous ramène avec lui une sorte de fatigue, un besoin de repos, vulnérabilité aux toux et aux éternuements, aux maux de-ci, de-là et autres nez qui coulent. Lutter de plus en plus tôt et de plus en plus tard contre le sombre des jours, que ce soit matin ou soir semble contre nature quand on voit tout autour les plantes, les animaux, se préparer doucement pour le repos d’hiver. Restent quelques insectes pour une dernière tournée, comme ces chanceuses abeilles à qui on a laissé de dodues fleurs de lierre qui tournent et vont viennent comme on se régalerait d’un recueil de poèmes

Fin septembre 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Semaine froide et humide. Comme un avertissement, mise en garde ou rappel. Remettre dans nos idées, malgré le beau, le trop chaud de la semaine dernière que l’automne est en route et que du mois de septembre il ne reste plus grand-chose. Équinoxe le 25, la nuit égale au jour, pas seulement une histoire de ligne imaginaire, mais un réel changement dans la vie de toutes les plantes qui vivent de lumière. Changement pour nous aussi maintenant que le soleil ne se lève plus du tout au fond de la vallée, mais seulement une fois passée la première pointe des montagnes d’en face. Pour certains, sur l’ubac, débute la période où ils vivront dans l’ombre et le froid et l’humide qui vont avec cette ombre en attendant le printemps et le voyage retour du soleil et du clair. Se préparer alors à se remmitoufler, à se couvrir de chaud, de pulls, de bonnets et de moufles pour les mains et de livres pour la tête quand les nuages nous disent de revenir au rêve, à l’imagination mêlée aux souvenirs parce que les yeux, la vue, ne sont d’aucun secours les jours de grands brouillards.
De brumes et de brouillards, la semaine fut remplie. Et puis de pluies aussi. Des pluies de toutes sortes, des pluies fines et tenaces, gouttelettes à peine visibles, des gouttelettes en brouillard, silencieuses et furtives qui ressemblent davantage à une poudre qu’à des gouttes. Aussi au fil des pluies, des gouttes un peu plus grosses, qui tombent un peu plus vite, se moquent mieux du vent et jouent sur les capuches une chanson sans refrain qui s’égare dans ses rythmes. Parfois les pluies enragent de tombent de très grosses gouttes allant jusqu’aux grêlons qui battent sur les tôles de nos abris d’humains qu’on se prend même parfois à trouver dérisoires face aux violences du temps.
Mais septembre n’est pas mort, l’automne n’est pas l’hiver et rien n’est linéaire quand on parle du dehors, les saisons se chamaillent toujours un bon moment avant que ne s’efface celle qui était avant pour laisser toute la place à celle qui vient après. Alors s’émerveiller des premières salamandres et des dernières sauterelles, plus lentes et moins agiles qu’elles ne l’étaient l’été, mais qui sont encore là pour faire la transition, tout comme les feuilles des arbres chez qui le changement de couleur est bien loin de l’unisson.
Alors se réjouir de ces hésitations, de ces oscillations d’une saison à une autre, alternances propices aux discrets champignons qui pointent leurs chapeaux, leurs lamelles, plis et tubes pour qui aime observer et accepte d’errer à côté des sentiers avec toujours en tête la possibilité de revenir panier vide. Balade dans la forêt avec une bonne excuse, pour se laisser porter par une douce flânerie au grès des intuitions, des souvenirs de poêlées, des envies du moment. Un peu comme quand on lit se permettre de quitter une ligne trop rectiligne, mettre un livre de côté pour en ouvrir un autre, picorer ci ou là suivant ce qui fait envie pour profiter au mieux de ce qui est écrit, des délices des mots déposés dans la poêle avec une pointe de beurre histoire de fêter les goûteuses découvertes