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Début juin 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine riche de tout, riche d’eau, de beau aussi, de beaux nuages, bien sûr, et puis de gris tranquille. La pluie toujours bienvenue quand on garde en mémoire le chaud de la fin mai, quand on a devant les yeux le châtaignier passé aux couleurs de l’automne largement avant l’heure. Chez les autres châtaigniers, c’est le moment des fleurs, des longs chatons jaune pâle, de leur odeur lourde et fauve. Ils font partie des arbres parmi les plus prudents, pour d’autres, déjà les fruits, pour eux à peine les fleurs. Chez les arbres aussi, ce sera chacun son rythme, floraison étalée, une façon de donner une chance à chacun, quelles que soient les humeurs, les furies, les inconstances du temps et de la météo. Bonne stratégie aussi pour faire calendrier, pour mesurer son temps comme les bêtes et les plantes qui subissent le dehors sans avoir jamais le choix de se mettre à l’abri du chaud, du froid, de l’eau. Les racines qui vous ancrent dans un terroir spécial ont bien des avantages, mais pour les déplacements, il va falloir aux arbres de l’imagination ou de ces stratagèmes dont on n’a pas idée, nous qui nous déplaçons sans voir ça comme un luxe, un privilège rare.
Entre les gouttes, regarder grandir les herbes, les toupets de toutes formes s’ouvrir en haut des tiges et voguer dans le vent comme on surfe sur la vague. Pester encore un peu quand après une averse, s’aventurer chez elles, ces graminées taquines est une belle assurance d’avoir le pantalon trempé jusqu’aux genoux. Les herbes gardent les gouttes, elles stockent l’eau sur leurs tiges qui attrapent les pluies, sûrement une bonne méthode pour ensuite s’abreuver au fur et à mesure que les tiges se redressent et laissent glisser les gouttes jusqu’au sol ou attendent, les patientes racines.
Entre les gouttes aussi, admirer les nuages. Dire juste les nuages ne rendra jamais hommage à la diversité de formes et de textures des habitants du ciel, les formes qu’ils dessinent, leur transparence aussi quand ils s’assemblent ou non, allant parfois jusqu’à former une masse si sombre, compacte et serrée qu’on la croirait solide et même maléfique, habitée des éclairs et des bruits du tonnerre, à lancer ça et là pour bien nous rappeler la puissance des orages.
Entre les gouttes, toujours, les groseilles, les cassis et les premières framboises attrapent ce qu’il leur faut, de chaleur, de soleil pour se gonfler de rouge. Un rouge encore bien pâle, mais déjà prometteur, un rouge qui va lancer le départ de la course entre les oiseaux et nous pour savoir qui mangera le plus grand nombre de fruits.
Alterner les ambiances et les températures nous rappelle que le mois de juin n’est pas encore l’été, qu’on attend le solstice pour basculer vraiment dans les mois décisifs pour les fleurs et les fruits, les animaux aussi, eux qui pendant l’hiver n’auront d’autre objectif que d’attendre patiemment, en tentant de survivre, que les beaux jours reviennent. Alors, y repenser et tenter de comprendre, au moins un petit peu, la frénésie brouillonne des insectes volants qui posent partout leurs pattes et troublent nos sommeils de leurs vrombissements.
Se penser en insecte, idée peut-être étrange, mais qui prend tout son sens au moment fatidique de devoir déchiffrer les vilaines pattes de mouche, les notes au crayon, prises sur le papier pour savoir quoi écrire dans ce journal du dehors en ce début de juin