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Début de mi-janvier 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine de variations, d’écarts, de grands écarts. Quand le temps change autant, que l’endroit change autant, les seuls mots qui réunissent c’est que tout est différent, contrasté, singulier. Début de semaine avec grand bleu, du grand bleu pour la mer, du grand bleu pour le ciel, pour faire encore ressortir les roses des cailloux de la côte de granit rose. Couleurs des algues aussi, couleurs des champs déjà verts de ces herbes intrépides qui profitent pour pousser de tout ce qui n’est pas gel. Et puis du jaune aussi, le jaune du mimosa et le jaune des genets. Couleurs.
Et puis le jour d’après, pour ne pas oublier, retour au noir et blanc histoire de revenir au début du dessin, croquis au crayon gris, entre le blanc et le sombre pour finir la semaine en revenant aux valeurs qui définissent les formes et nous disent les volumes, retour au noir et blanc.
Noir et blanc à la mer avec des nuages sombres qui filent comme des ombres, repoussés par le vent, attirés par le vent qui fait se lever la mer, lui met l’écume aux vagues et une mousse grisâtre qu’elle laisse sur les plages faute de n’avoir pu y planter ses longs crocs. Les rochers recouverts, redeviennent noirs et froids, inébranlables, stoïques quand la marée descend, ils nous rappellent aussi qu’il reste de l’immobile, que tout n’est pas mouvement quand le vent emmène tout ce qu’il peut emmener, malmène, rudoie, déchire, tout ce qui lui résiste.
Reste de la semaine, juste rester dans le blanc, mais une autre sorte de blanc, retour à la montagne. La montagne et la neige. Ici aussi le contraste joue dans la cour des grands, le blanc tombe et recouvre tout ce qui est convexe, le concave attendra que se lève le vent. Les reliefs restent les mêmes que dans le plein été, mais ils sont adoucis, gommés, voire effacés, la neige arrondit tout, blanchit tout également. La lumière devient dure, elle éblouit, elle brûle, elle fascine et aveugle. Même si le froid est là, ses menaces et ses risques, on reste ensorcelés, subjugués par la neige. Peut-être, dans tout ça, nos envies, nos désirs, notre fièvre pour le blanc, qu’il soit vague ou flocon, peut-être un peu de tout ce qui nous ligote, dans tous les éphémères, dans leur durée si courte, leur passage si rapide, dans tout ça retrouver ce qu’on trouve dans Nagori : la nostalgie de la saison qui vient de nous quitter, de Ryoko Sekiguchi

Le nez

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

Ça commencera par là, par le nez, par le pif. Pas d’écouteurs pour lui, de paupières pour le clore, pas de dents à serrer pour qu’il puisse éviter tout le désagréable, pas de mains dans les poches pour rester entre soi. Le nez attrapera tout, il suffit de l’écouter, même s’il n’a pas les mots. Il a les mots des choses, pas les mots des odeurs comme les yeux, les veinards, ont les mots des couleurs, des formes et des valeurs. Maintenant qu’on est humains et qu’on se tient debout, on l’a bien éloigné de ce qu’il doit sentir, on lui fait la vie dure, on le délaisse un peu, au pays du bitume on l’accuserait même d’être une porte d’entrée pour les toxicités qu’on a déposées là. Pourtant parfois le nez nous dit encore le monde, à sa manière sans mots il nous dit d’aller voir de plus près sous les feuilles, gratter au pied des arbres pour voir les champignons, il nous dit que juste là, on a posé le pied sur une touffe de thym et que la belle feuille verte est celle de l’ail des ours et non pas du muguet. Il nous dira aussi qu’une bête a dormi là, les yeux confirmeront qu’elle a gratté la terre, enlevé toutes les feuilles, les brindilles et les pierres pour retrouver l’humus quand nous autres humains, accumulons les couches, de litières, de matelas, pour nous en isoler, malgré les sons qui disent les liens forts qui unissent, et humus et humain. Quand le jour se fera sombre, ce sera encore le nez qui nous dira le feu, sa fumée, son fumet, que là on trouvera chaleur et compagnie, et la marmite de soupe pour réchauffer l’hiver en attendant l’été et ses fleurs qui feront dire à l’humain que l’on reste, même à celui des villes, que c’est quand même bien que nous ayons gardé cet appendice, ce cap, au milieu de la figure, pour sentir les parfums frais comme des chairs d’enfants, doux comme des hautbois, verts comme des prairies

Lecture en cours : « L’Appel des odeurs », Ryoko Sekiguchi