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Fin mars 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

La fin du mois de mars c’est encore le mois de mars, le mois des giboulées, du temps qui change vite, qui fait les éclaircies aux si jolies lumières et les averses soudaines qui vous laissent le temps de regarder, bien calé à l’abri sous un porche, sous un arbre, sous une avancée de toit, les gouttes se poursuivre, se suivre et s’assembler, indistinctes, dans des flaques éphémères. Ce temps de giboulées sera peut-être encore là quand avril arrivera, alors aller piocher dans les mots des Allemands qui disent April Wetter pour ces météos-là. Mais, quelle que soit la langue pour dire le phénomène, resteront les lumières qui viennent mettre en avant un endroit bien précis, précisément choisi dans tout le paysage qui est là sous nos yeux, juste un rond de lumière sur fond de nuages sombres. Ce petit lieu choisi, y rester attachée, même quand la pluie revient ou lorsque le soleil inonde à nouveau l’en face sans distinction.
Neige, soleil, gris, grand beau, une journée sur un pied et une journée sur l’autre, comme pour la marelle dessinée dans la cour, le cloche pied sur les chiffres et tout en haut, le ciel. Et juste avant le ciel, dans ma marelle à moi, tout en haut de la montagne, toujours le petit lac. Aller y voir pour voir où il en est, le lac, de ses saisons à lui. Sans être beaucoup plus haut, il est un peu plus haut que l’endroit d’où j’écris, encore un peu de neige sur le chemin qui y mène et puis un peu de glace sur sa surface à lui. De la glace pas partout, mais aux endroits à l’ombre, une peau de géométrie, d’étoiles et de triangles, presque aussi rectilignes que des traits de lumière. La lumière qui se pose aussi à la surface et va chercher au fond, tout au fond du petit lac, les couleurs oubliées des feuilles de l’automne.
Les couleurs de l’automne retrouvées sous les glaces, mais le froid reste encore pour masquer les odeurs. Un peu de nostalgie en pensant à octobre, au début de novembre et aux cèpes, aux trompettes, ou encore aux girolles. Et un peu d’impatience en attendant les fleurs qui ne dispensent leurs parfums que contre un peu de chaleur. Les fleurs sous la neige, contraste en jaune et blanc aux branches du forsythia et confusion des blancs entre celui des flocons et le pâle un peu rose des fines fleurs des pruniers. Il neige des pétales, c’est peut-être en hommage au grand jour des nuages, journée internationale des nuages, quand des nuages, pourtant, on en voit tous les jours juste en levant les yeux.
Et puis aussi des jours où on ne voit que du gris, où on voit tout en gris. Moins d’oiseaux à chanter et moins d’oiseaux à voir, mangés par le brouillard dès qu’ils quittent la mangeoire, l’envie de rester en boule sous cette couette de nuages en attendant le clin d’œil d’une lecture qui réchauffe et nous redonne l’envie d’aller voir les cassis qui dévoilent les grappes de leurs futures fleurs et de leurs futurs fruits, des boutons qu’on aimerait pouvoir manger tels quels sans attendre tout le temps qui nous sépare encore des récoltes au soleil, celles qui font les doigts bleus comme les mots pêchés à la plume du stylo