Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Pas vraiment du chaud, mais tout au moins du tiède, c’est l’impression donnée par les températures. Quel qu’en soit le ressenti, du trop chaud pour l’hiver, du trop chaud pour la neige. La neige était tombée, elle avait tout recouvert, il y avait presque de quoi passer au-dessus des bottes. Et après une semaine, une bonne partie de la neige à juste fini en eau, une autre partie, surtout dans les endroits de passage qui restent toujours à l’ombre, à été bien tassée, compactée, écrasée. Elle a fini en glace. La neige, la glace et l’eau, c’est presque la même chose, une histoire de degré, une histoire de contexte, de ce qu’il y a autour.
Quand il manque une partie, c’est parfois tout l’ensemble que l’on comprend moins bien, que l’on ne comprend plus. Pour les traces de pattes, c’est bien souvent le cas. On voit là, dans la neige, que quelqu’un est passé, mais sans le reste du marcheur, du coureur, du passant l’énigme reste entière. On peut toujours quand même avoir une petite idée, et aussi, bien souvent, affiner cette idée par élimination. Parmi les animaux, déjà considérer les légers et les lourds, ceux qui ont des sabots, des pattes à coussinets, ou des pattes avec doigts ; à ses traces de semelles, reconnaitre un voisin, un lapin, un oiseau ou les sabots d’un cerf. Admirer ceux qui savent manier l’art du pistage. Savoir l’histoire du lieu et puis reconnaitre aussi qu’on laisse ses propres traces en suivant celles des autres, ce qui fait des mêlages de suivi et suivante. Considérer aussi, qu’on est ici chez eux, traces de pattes à l’appui, parfois on trouve aussi, de multiples autres façons de marquer son territoire sur lequel on est entré sans prêter attention à qui habite là et essaye d’y survivre en économisant chaleur, mouvements, ressources qu’on viendra bouleverser. Alors, en profiter que les traces des passages sont posées là en creux pour se mettre un instant dans une peau d’animal différente de la nôtre, voir le monde de ses yeux, marcher avec ses pattes, sentir de ses narines et peut-être pressentir les besoins, les envies, les codes et les usages qui régissent sa vie. Et prendre en compte aussi, le dérangement qu’induit notre présence à nous quand on aura la chance, une fois à la maison d’aller se mettre au chaud, ce qui ne sera pas le cas pour ceux qui vivent dehors. Juste prendre l’autre en compte et le prendre au sérieux.
Prendre au sérieux aussi, l’éphémère de la neige, et puis lever les yeux pour regarder quand même le spectacle qu’elle nous offre, les reflets, le brillant quand sa surface va fondre et regeler la nuit pour jouer le beau miroir, renvoyer la lumière comme les feux de la rampe. Apprécier tout autant les contrastes qui naissent du fait d’avoir pour un temps à nos pieds, une page parfaitement blanche, où remarquer les ombres des arbres qui s’allongent pour écrire des histoires de branches et de troncs comme on n’en verra plus une fois les feuilles revenues. Goûter à l’éphémère d’une histoire qu’on a vue, mais qu’on ne pourra relire. Un spectacle vivant.




