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Fin de mi-février 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Semaine coupée en deux, début en noir et blanc et fin plus colorée. Pour bien goûter le contraste, commencer par la pluie, par la neige, par la neige mouillée, par la pluie floconneuse, voir la limite pluie-neige doucement se promener, presque errer de haut en bas et puis de bas en haut sur les pentes forestières de la montagne d’en face, l’autre côté de la vallée. Le bas reste bien sombre et le haut reste bien blanc où la neige s’amoncelle, où elle mange les reliefs et avale les arbres, gâteau de débutant tartiné à l’excès, gâteau gargantuesque. Tableau de carte postale tempéré par endroits par des coulées sinistres, pierres, terre, arbres et chaos quand la montagne déverse ses larmes en avalanches. Spectacle à découvrir une fois la pâtisserie finie parce qu’avant les nuages voilent, occultent et émoussent toute notion de loin, toute vision d’ensemble. Tandis que la pluie tombe, juste baisser les yeux pour que la capuche protège encore un peu la vue et regarder à ses pieds pour éviter les flaques, la boue, les marécages qui se sont installés à la place des chemins, ces rares endroits plats que l’on trouve en montagne.
En cette fin de semaine, retour de la couleur, de l’orangé au rose dans les levers de soleil, en haut le bleu du ciel, le jaune des primevères, des jonquilles qui pensent à ouvrir leurs pétales, couleurs imaginées par anticipation. Le vert des premières feuilles, des brins d’herbe et des mousses qui s’installent en pionnières pour habiller les roches, changer le rythme de leur vie d’habitude compté en des millions d’années, maintenant elles sont le lieu de changements saisonniers, des mousses et des fougères comme point de départ, une vie en tout petit, pleine de rebondissements, des formes et des couleurs, des textures, des pouvoirs. Pouvoir donner la vie à des rochers inertes, assez pour faire pâlir tous les superhéros de nos bandes dessinées.
Autres superhéros que tous ces animaux qui survivent à l’hiver sans le chauffage central et laissent dans la neige les traces de leurs pas au cours de leurs recherches pour trouver à manger. Blaireaux, lièvres, chevreuils ou bien quelques oiseaux, ils laissent leurs empreintes comme des avis de passages pour que les humains sachent que d’autres sont là aussi.
D’autres sont ici aussi, les oiseaux qui commencent leurs chansons de printemps, ils mettent des couleurs dans l’univers sonore, la grive tout en haut du plus grand des sapins, le merle dérangé quand il fouillait les feuilles ou le troglodyte mignon qui chante d’une force en proportion inverse de sa toute petite taille.
Alors nous autres humains, passer toute la semaine à osciller tantôt sur un pied ou sur l’autre, entre enfin le début du printemps qui s’annonce et puis déjà la fin de l’hiver, de la neige, des traces des animaux dans le blanc de la nuit qu’il va falloir traduire en mots et puis en noms pour dire le passage de ceux qui racontaient en apposant leur patte sur le blanc de nos pages

Mi-janvier 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Pas vraiment du chaud, mais tout au moins du tiède, c’est l’impression donnée par les températures. Quel qu’en soit le ressenti, du trop chaud pour l’hiver, du trop chaud pour la neige. La neige était tombée, elle avait tout recouvert, il y avait presque de quoi passer au-dessus des bottes. Et après une semaine, une bonne partie de la neige à juste fini en eau, une autre partie, surtout dans les endroits de passage qui restent toujours à l’ombre, à été bien tassée, compactée, écrasée. Elle a fini en glace. La neige, la glace et l’eau, c’est presque la même chose, une histoire de degré, une histoire de contexte, de ce qu’il y a autour.
Quand il manque une partie, c’est parfois tout l’ensemble que l’on comprend moins bien, que l’on ne comprend plus. Pour les traces de pattes, c’est bien souvent le cas. On voit là, dans la neige, que quelqu’un est passé, mais sans le reste du marcheur, du coureur, du passant l’énigme reste entière. On peut toujours quand même avoir une petite idée, et aussi, bien souvent, affiner cette idée par élimination. Parmi les animaux, déjà considérer les légers et les lourds, ceux qui ont des sabots, des pattes à coussinets, ou des pattes avec doigts ; à ses traces de semelles, reconnaitre un voisin, un lapin, un oiseau ou les sabots d’un cerf. Admirer ceux qui savent manier l’art du pistage. Savoir l’histoire du lieu et puis reconnaitre aussi qu’on laisse ses propres traces en suivant celles des autres, ce qui fait des mêlages de suivi et suivante. Considérer aussi, qu’on est ici chez eux, traces de pattes à l’appui, parfois on trouve aussi, de multiples autres façons de marquer son territoire sur lequel on est entré sans prêter attention à qui habite là et essaye d’y survivre en économisant chaleur, mouvements, ressources qu’on viendra bouleverser. Alors, en profiter que les traces des passages sont posées là en creux pour se mettre un instant dans une peau d’animal différente de la nôtre, voir le monde de ses yeux, marcher avec ses pattes, sentir de ses narines et peut-être pressentir les besoins, les envies, les codes et les usages qui régissent sa vie. Et prendre en compte aussi, le dérangement qu’induit notre présence à nous quand on aura la chance, une fois à la maison d’aller se mettre au chaud, ce qui ne sera pas le cas pour ceux qui vivent dehors. Juste prendre l’autre en compte et le prendre au sérieux.
Prendre au sérieux aussi, l’éphémère de la neige, et puis lever les yeux pour regarder quand même le spectacle qu’elle nous offre, les reflets, le brillant quand sa surface va fondre et regeler la nuit pour jouer le beau miroir, renvoyer la lumière comme les feux de la rampe. Apprécier tout autant les contrastes qui naissent du fait d’avoir pour un temps à nos pieds, une page parfaitement blanche, où remarquer les ombres des arbres qui s’allongent pour écrire des histoires de branches et de troncs comme on n’en verra plus une fois les feuilles revenues. Goûter à l’éphémère d’une histoire qu’on a vue, mais qu’on ne pourra relire. Un spectacle vivant.