Shetland#10 | Samedi 4 mai 2024

Lerwick – Noss avec Shetland Seabird Tour – Peerie Shop Cafe – Lerwick à pied – Weisdale – Bixter – Twatt – Voe – Urafirth – Tangwick – Hillswick – Lerwick

Carnet du voyage aux Shetland de S et N, avril-mai 2024

Départ tôt ce matin, très tôt. Lever 4 h 30 pour le départ à 5 h 30 du bateau de Shetland Seabird Tour pour profiter du lever de soleil avant de retrouver les oiseaux de mer, surtout les fous de Bassan, autour de Noss et Bressay. Des couleurs, puis des plumes noires et blanches avec une capuche jaune pâle, discrète touche de couleur sur la tête de ces majestueux oiseaux. Le lever de soleil sur la mer a quelque chose de spécial, dégagé de cette envie, lorsque l’on est sur la terre, de voir derrière ce qui gêne, construction, colline, arbres ou montagne, ou tout autre obstacle, naturel ou humain. En mer, on peut en profiter jusqu’au bout de l’horizon. Ensuite les nuages, qui aujourd’hui sont là juste pour se faire peindre, ciel pommelé impatient de donner du relief à la fresque fiévreuse du commencement du jour. Des flammes, ne garder que les colorations, sans ajouter la forme qu’on laissera aux nuages ou aux reflets dans l’eau, dans le sillage du bateau suivant la direction. Peut-être aussi pour nous autres humains, une valeur spéciale donnée à ces spectacles par le simple fait qu’on les sait éphémères, autant qu’ils sont uniques. Les couleurs d’abord vives, éclatantes, flamboyantes, vont doucement pâlir et en quelques instants prendre une teinte désuète. On parle de vieux rose, mais il faudrait encore ajouter cette valeur « temps qui passe » sur toutes les autres couleurs qui aident le soleil à prendre de la hauteur, à s’élever doucement au-dessus de l’horizon, à éclairer la terre. Bientôt le ciel vire au bleu, au beau temps qui nous gâte depuis le début du séjour, le lever de soleil nous laisse des souvenirs, aussi quelques photos, un peu de rose aux joues et puis quelques degrés de ce sourire béat qu’on a quand on contemple et quand on s’émerveille.

Suite de l’émerveillement avec les fous de Bassan. La lumière du matin n’écrase encore personne, elle porte les oiseaux, rend hommage à leurs plumes et à tous les détails qui resteraient dans l’ombre avec un éclairage plus dur qui ne viendrait que du haut. Sur les falaises humides, la lumière joue aussi, elle profite de l’humide laissé par le frais de la nuit pour jouer sur les pierres des jeux d’irisations, de reflets, de scintillements. Avec les oiseaux, bien davantage encore qu’avec les couleurs du lever de soleil, il faut être à l’affut, d’une attitude en vol, d’une tête qui se penche, un vol en escadrille qui semble désordonné, mais ne mène jamais à aucune collision. Et surtout du piqué de l’oiseau qui part en pêche qui se transforme en flèche. Toute l’opération se fait en instant, repérer le poisson, tendre le cou vers lui et tout le corps qui suit, les pattes escamotées, les ailes qui se plient pour mieux se rapprocher, pour finalement coller complètement au corps. Le bec en pointe de flèche et le corps empennage. Et l’oiseau disparaît sous la surface de l’eau. On ne pense pas au poisson qui y perdra la vie, mais juste à cet oiseau, à sa pêche fructueuse, et on se réjouira de le voir prendre des forces pour pouvoir replonger et nous émerveiller, encore de nombreuses fois, du spectacle qu’il nous offre dans cette douce lumière.

Retour à terre, reprendre nous aussi des forces après avoir vu les fous engloutir tant de poissons ! 8 h 30. Il est encore l’heure du breakfast au Peerie shop café situé sur l’esplanade. Le Peerie shop est un bâtiment traditionnel en pierres, construction allongée avec sa porte principale qui donne sur le port, la mer. Cadeaux et souvenirs. Sur le côté, l’entrée du café avec une petite terrasse nichée entre deux autres bâtiments : sûrement une bonne solution pour s’abriter du vent. À la carte, le breakfast traditionnel, œufs et tout ce qui va avec. On peut bien sûr commander autre chose, les gâteaux sont tentants, tout comme les viennoiseries, mais l’alimentation fait aussi partie de la découverte d’un endroit et le breakfast, quand même, c’est le breakfast, Legendary… comme le dit la carte de l’établissement !

Une fois restaurés, profiter du ciel toujours bleu pour une petite promenade en ville. La rue principale, l’Esplanade qui longe le port se prolonge en un chemin pour piétons avec vue sur la mer, Twageos Road. Des bancs pour admirer le large et la grande île de Bressay, le dos chauffé par les hauts murs en pierres au sommet toujours crénelé de cailloux verticaux, des jeux pour enfants, un gazon parfaitement britannique, l’endroit est tranquille, ce serait le lieu idéal pour venir lire un des romans de la célèbre Ann Cleeves dont les livres ont été adaptés en série par la télé britannique : « Shetland », qui se décline de saison en saison depuis 2013. La maison dans laquelle habite un des personnages principaux a les pieds dans l’eau, une porte verte et un toit d’ardoise avec une toute petite lucarne tout en haut. Elle n’offre que son épaule au large. De chaque côté de la maison, des cheminées en pignons et devant, protégé de la mer par un mur, une courette, de quoi tirer un petit canot au sec, juste devant la porte. The Lodberrie. Visite incontournable pour les fans !

Twageos Road continue d’abord entre les maisons puis au milieu des pelouses jusqu’au bout de la pointe, the Knab. Aujourd’hui balade tranquille, l’endroit a longtemps servi de carrière et la plupart des maisons de Lerwick sont construites avec des pierres extraites de cet endroit. C’était et c’est toujours un poste d’observation privilégié et stratégique pour voir arriver les navires du sud avant qu’ils ne se présentent dans le passage pas si large entre Bressay et Mainland. Pas si large, surtout par gros temps, ou visibilité faible, ou les deux. Ce que rappellent les panneaux explicatifs qui signalent les naufrages ayant eu lieu sur les falaises en contrebas de la plateforme entourée de murets. Un peu plus haut, le cimetière de Lerwick, et à côté, le golf.

Photo © Sylvie Strangejazzy

À la fin de la balade, le ciel commence à se couvrir, le bleu se teinte de gris. Encore rien de dramatique, retour tranquille vers le centre de Lerwick, mais pour la suite de l’après-midi, ce sera plutôt une promenade en voiture. En route donc vers le nord, avec un peu d’ouest. Weisdale est un endroit spécial pour les îles Shetland. C’est là que se trouvent Kergord Woods et la pépinière dont cette forêt est issue. Aux Shetland, il n’y a aucun arbre, quasiment aucun arbre et ici, une forêt. Certes, une forêt pas très grande, il faudrait plutôt dire un bois, peut-être, mais un ensemble d’arbres adultes de différentes essences, des plantes de sous-bois, des ronces, des champignons, des fougères. Tracé entre les arbres, un chemin de promenade, des ruines qui attendent les envies de pique-nique, une balançoire, pendue à une branche. Une forêt, un monde de forêt. Comme les forêts dont étaient couvertes ces îles lorsqu’elles ont été peuplées. Et puis, bois de construction, bois de chauffage, défrichement pour faire des pâturages et des champs à cultiver, la forêt a disparu et n’a eu aucune chance de se régénérer, les moindres rejetons broutés par les moutons et l’absence de graines en l’absence d’arbres adultes. La boucle était bouclée, la fin des arbres scellée et les paysages de toute l’île, largement ressemblants aux paysages côtiers, y compris dans l’intérieur des terres, même si cet intérieur des terres est rarement éloigné de la mer de plus d’une poignée de kilomètres. Kergord Woods, au-delà de son originalité pour les paysages shetlandais, du passage sous les arbres qui fait ralentir les voitures bien plus que n’importe quel dos d’âne, est actuellement l’objet d’une attention rapprochée des scientifiques comme des conservateurs du patrimoine des îles.

Plus d’infos sur ce lieu bien spécial ici : https://www.shetland.org/blog/a-woodland-walk

Suite de la balade justement au milieu de ces fameux paysages côtiers, de leur immense diversité bien qu’ils fassent tous partie d’une seule catégorie. Forme de la rencontre entre la terre et l’eau quand le trait de côte sur la carte relève davantage du gribouillis minutieux occupé à remplir toute la feuille que de la division géométrique, rectiligne ou même courbe. Les prairies encore jaunes, la mer en bleu marine, la lumière du soleil qui se déplace de plus en plus vers l’ouest en se penchant doucement sur la scène qu’il éclaire, tout en tentant, de plus en plus difficilement, de se frayer un chemin entre les nuages qui se rassemblent de plus en plus nombreux et de plus en plus denses. Les ambiances se font plus dramatiques avec des arrière-plans bien sombres qui font encore davantage ressortir les stacks, ces piliers de roches plantés au large de la côte et qu’on imagine surgir face à un bateau qui chercheraient un havre perdu dans le brouillard ou bien dans la tempête. Peut-être une incitation à relire, après les romans d’Ann Cleeves, Les travailleurs de la mer, de Victor Hugo. Pour l’instant, apprécier la lumière qui se pose sur les herbes, les plantes, presque les algues tant l’eau est là présente, partout, dans les flaques, dans le sol qui fait semblant d’être stable pour mieux vous engloutir et vous empêcher de partir sur la pointe des pieds. Partir, pour l’instant n’est pas une bonne idée, tout est magnifiquement dramatique sous cette lumière, les nuages qui s’assemblent, se rassemblent puis s’écartent juste assez pour que quelques rayons passent et posent sur l’endroit un coup de projecteur qui ressemble souvent à un coup de baguette magique pour le lieu qui devient l’étoile du moment.

Bixter, Twatt, Voe, Wethersta, Brae, Islesburgh, Haggrister, Urafirth, Tangwick, Stenness, Hillswick, Urafirth, et l’arrivée du brouillard vers 19 h. Le brouillard permet aussi de faire de belles photos, de raconter une histoire toute différente d’endroits pourtant connus, vus avant, autrement. La lumière, l’ambiance, l’heure du jour, la saison et bien plus simplement la façon de le voir changeront complètement le regard que l’on prête à un lieu. 

Mais pour aujourd’hui, la journée a été longue, il est temps de se diriger à nouveau vers Lerwick. Repas au N° 88 dans Commercial Street, le restaurant de notre premier soir sur l’île. Le site met l’accent sur les produits locaux, rester bien sur les îles, avec, maintenant qu’on est plus proches de la fin du voyage que du début, que la fébrilité de la découverte a fait place à une certaine sérénité, presque une familiarité avec cet archipel, se laisser gagner, au fil des plats, par quelque chose qui ressemblerait presque à une sorte de mélancolie, mélangée avec un besoin d’intensité, d’amasser les souvenirs, de ne rien laisser passer, un besoin encore plus fort maintenant qu’il ne nous reste plus qu’un jour avant de reprendre l’avion. Alors pour le dîner, savourer jusqu’au bout du dessert et rentrer tranquillement pour être en forme demain. 

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