Archives de catégorie : De saison

Début avril 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Jusqu’à ces derniers jours, le matin, gelées blanches et la veste qu’on fermait jusqu’en haut, jusqu’à mettre un bonnet pour certains très frileux. Depuis avant-hier, le bulletin météo nous parle d’estival pour qualifier le temps. Les plantes à peine nées souffrent déjà de la chaleur. Pas toutes, heureusement, mais pour les plus fragiles, c’est une épreuve ardue qui les marque, les flétrit, leur donne l’air chiffonné, nous fait penser sécheresse et puis un peu vieillesse, comme si déjà l’automne pointait le bout de son nez comme en une fin d’été. Ce chaud prématuré nous volerait une saison ? Une précipitation des saisons à changer quand on parle par ailleurs de précipitations pour une pluie qui tomberait, qui ici ne tombe pas. Imbroglio de mots à regarder de près quand le temps s’y prêtera, pour l’instant trop à voir et à vivre dehors.
Les brebis sont sorties et c’est un gros changement pour notre environnement. L’herbe pas encore bien haute suffira peu de temps à leur bel appétit de verdures bien fraîches, changement réjouissant quand on pense à l’hiver et au foin servi sec, sans aucun choix possible au niveau du menu : pas question de préférer, au prix de quelques pas, la plante qui convient le mieux à l’envie du moment. Changement d’odeur aussi, leurs excréments d’abord, et leur toison ensuite, pour peu qu’on s’en approche, une odeur grasse et riche, parfois agrémentée de la senteur des herbes qui s’accrochent aux filaments de leur laine. Et puis le son ensuite, entre bêlements et clochettes, on s’inquièterait presque, à l’heure de la sieste, de l’absence de ces bruits.
L’air reste rarement calme, les moutons endormis, couchés à l’ombre des arbres pour fuir la chaleur ou occupés plus loin, nous restent les oiseaux qui marquent leur territoire, appellent et cherchent l’aile sœur en s’entourant, douillets, dans une boule sonore, dans une conversation qui nous est étrangère, mais qui nous charme comme on se laisse porter par les notes, les accents et le flot d’une langue étrangère.
Les arbres et les arbustes, même les plus prudents, commencent doucement à entrouvrir, timides, les rideaux de leurs bourgeons. Le noyer déplie ses ailes qui grandiront ensuite, guidées par les nervures déjà là pour guider la naissance, la sortie, des premiers brins de feuilles rougies par cet effort qui n’y mettront du vert qu’une fois déployées. Chez les poiriers, pommiers et autres arbres fruitiers, les fleurs doucement se transforment, elles ouvrent leurs pétales pour accueillir l’insecte ou déjà presque fruits, prennent, en bien plus petit, la forme qu’elles auront une fois devenues adultes et pourront régaler nos papilles aussi bien qu’elles régalent nos pupilles une attendant ce jour.
Le jour commence à baisser, à se penser sans lumière, on y regarde de plus près et un peu plus longtemps avant de faire confiance à autre chose qu’à nos yeux. On attend les étoiles, les songes qui parlent d’espace, mais le noir ne vient pas, se lève comme le soleil le ferait pour les jours, la pleine lune ronde et pâle qui efface les étoiles, nous fait rêver moins loin, mais il y a tant à faire même en restant tout près, dans le système solaire à observer les ombres qui parlent pour les choses et parfois pour les êtres

Fin mars 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

La fin du mois de mars c’est encore le mois de mars, le mois des giboulées, du temps qui change vite, qui fait les éclaircies aux si jolies lumières et les averses soudaines qui vous laissent le temps de regarder, bien calé à l’abri sous un porche, sous un arbre, sous une avancée de toit, les gouttes se poursuivre, se suivre et s’assembler, indistinctes, dans des flaques éphémères. Ce temps de giboulées sera peut-être encore là quand avril arrivera, alors aller piocher dans les mots des Allemands qui disent April Wetter pour ces météos-là. Mais, quelle que soit la langue pour dire le phénomène, resteront les lumières qui viennent mettre en avant un endroit bien précis, précisément choisi dans tout le paysage qui est là sous nos yeux, juste un rond de lumière sur fond de nuages sombres. Ce petit lieu choisi, y rester attachée, même quand la pluie revient ou lorsque le soleil inonde à nouveau l’en face sans distinction.
Neige, soleil, gris, grand beau, une journée sur un pied et une journée sur l’autre, comme pour la marelle dessinée dans la cour, le cloche pied sur les chiffres et tout en haut, le ciel. Et juste avant le ciel, dans ma marelle à moi, tout en haut de la montagne, toujours le petit lac. Aller y voir pour voir où il en est, le lac, de ses saisons à lui. Sans être beaucoup plus haut, il est un peu plus haut que l’endroit d’où j’écris, encore un peu de neige sur le chemin qui y mène et puis un peu de glace sur sa surface à lui. De la glace pas partout, mais aux endroits à l’ombre, une peau de géométrie, d’étoiles et de triangles, presque aussi rectilignes que des traits de lumière. La lumière qui se pose aussi à la surface et va chercher au fond, tout au fond du petit lac, les couleurs oubliées des feuilles de l’automne.
Les couleurs de l’automne retrouvées sous les glaces, mais le froid reste encore pour masquer les odeurs. Un peu de nostalgie en pensant à octobre, au début de novembre et aux cèpes, aux trompettes, ou encore aux girolles. Et un peu d’impatience en attendant les fleurs qui ne dispensent leurs parfums que contre un peu de chaleur. Les fleurs sous la neige, contraste en jaune et blanc aux branches du forsythia et confusion des blancs entre celui des flocons et le pâle un peu rose des fines fleurs des pruniers. Il neige des pétales, c’est peut-être en hommage au grand jour des nuages, journée internationale des nuages, quand des nuages, pourtant, on en voit tous les jours juste en levant les yeux.
Et puis aussi des jours où on ne voit que du gris, où on voit tout en gris. Moins d’oiseaux à chanter et moins d’oiseaux à voir, mangés par le brouillard dès qu’ils quittent la mangeoire, l’envie de rester en boule sous cette couette de nuages en attendant le clin d’œil d’une lecture qui réchauffe et nous redonne l’envie d’aller voir les cassis qui dévoilent les grappes de leurs futures fleurs et de leurs futurs fruits, des boutons qu’on aimerait pouvoir manger tels quels sans attendre tout le temps qui nous sépare encore des récoltes au soleil, celles qui font les doigts bleus comme les mots pêchés à la plume du stylo

Fin de mi-mars 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Hier il faisait pluie, brume, brouillard, nuages et nuageux. Un temps qui cache, qui occulte, qui dissimule le bout de la route, le bout du champ, l’autre côté de la vallée, l’autre côté du chemin. Il a plu, presque neigé. Une fin étonnante pour une semaine de beau. Avoir oublié l’eau pendant presque six jours et reverser tout d’un coup, sur une seule journée les recommandations pour une semaine entière. Recommandations d’eau pour avoir une forêt, une montagne, des ruisseaux et des plantes, tout ça en bonne santé. Des recommandations qui vivent d’empirique, de souvenirs de sécheresses ou bien d’inondations, de récoltes fantastiques.
Les plantes en ce moment sont toutes frêles et fragiles, on tremble vite pour elles et on est rassurés quand le quota d’eau tombe comme il devrait tomber dans l’idée qu’on s’en fait, sans trop et sans trop peu et avec la douceur qui abreuve, pas la violence qui noie, qui hache et qui emporte. Bourgeons tendres, premières feuilles, nouvelles tiges et des fruits qu’on reconnait à peine comme de futurs fruits, drapés dans les pétales d’une fleur à peine éclose. Étonnant reste toujours l’échelonnement du printemps, du signal du départ pour une plante ou une autre, pour une bête ou une autre. Semaine de commencement, d’attente, d’observation. Certaines plantes n’hésitent pas et exhibent toutes leurs feuilles, leurs fleurs, leurs nouvelles branches quand pour certaines autres, tout reste encore tranquille comme au mois de janvier. Alors juste se pencher sur autre chose que sur ce qui nous semble évident, sur les liens, les relations entre les plantes elles-mêmes, question d’ensoleillement, de besoins différents, de lien aux animaux, aux insectes, aux petites bêtes qui viennent polliniser, squatter, entretenir ou manger tout ce qui sort de terre, tout ce qui sort de bois.
Le bois, l’arbre, voir un arbre coupé, les anneaux concentriques qui disent les années qui disent le temps qu’il faut pour qu’un arbre soit arbre, qu’il faut pour faire du bois qu’on dira matériau comme toute autre ferraille, composite ou plastique. Un arbre c’est du temps, un peu d’eau, de la lumière et quelques éléments qu’on trouve dans le sol, immense être vivant qui commence simplement avec une banale graine. En ce moment elles germent, même au milieu du chemin. D’abord deux feuilles toutes simples qui sont souvent bien loin de la forme de celles qui diront tout de l’espèce une fois dépliées. À ce stade de l’arbre, le tronc est une fine tige quasiment translucide qu’on peut anéantir d’un pincement de doigts. Et dans quelques années, dizaines, centaines d’années, la malingre plantule sera devenue un arbre, un chêne, un hêtre, un frêne ou un pommier. Juste lui laisser le temps et se donner le temps de se faire à son échelle, de bien garder en tête ces graduations de temps qui nous laissent le temps de voir chacun à son tour ouvrir ses fleurs, ses feuilles, une façon aussi d’étaler la saison pour que, comme les insectes, on puisse profiter de toutes les floraisons sans avoir à choisir jusqu’à en oublier, à en laisser passer sans pouvoir leur donner au moins un tout petit peu de l’attention nécessaire à connaître leur monde qui est aussi le nôtre. Ne pas manquer le petit point qui fera la différence, toute la différence, autant dans la nature que dans la littérature qui ne serait rien sans elle, et réciproquement

Début de mi-mars 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Temps d’alternance, une semaine débordante de rebondissements, dans le bleu puis dans le blanc, entre le beau et le froid. Période de transition, ce ne sont pas des pics, plutôt des incursions d’une saison dans une autre, une période tissée des fils d’un temps et de l’autre, une récurrence prévue où toutes les météos nous semblent encore normales. Normal le grand ciel bleu avec la neige dessous, normale aussi la neige avec le gris partout et même normal le vert qui commence à pousser pour recouvrir la terre, le brun des feuilles d’automne toutes trempées de l’hiver.
Sur le brun des feuilles mortes, toujours plus de couleurs, des couleurs différentes ou des couleurs semblables, qui déclinent leurs nuances. Le jaune évidemment, mais aussi du rose tendre, layette chez le prunier avec les fleurs qui tendent, éperdues, leurs longs bras-étamines vers les rares insectes qui sont déjà en vol. En hiver on perd vite l’habitude, le réflexe, de chasser une mouche d’un revers de la main, d’entendre les abeilles passer de fleur en fleur, le bourdon qui bourdonne, le moustique qui agace. Alors, aller sous l’arbre avec ses chatons jaunes qui assure la survie des premières téméraires des abeilles alentours. Au début hésiter et regarder plus haut, chercher l’hélicoptère ou autre fauteur de bruit, mais non ce sont bien elles, affairées, consciencieuses autour des doux chatons du saule toujours précoce tout au fond du jardin. Toujours chez les insectes, aussi quelques gendarmes, des papillons de nuit, mais surtout les fourmis qui ont refait surface sur le pont de leur fourmilière. Leur butte, tout l’hiver semblait vide et sans vie, brindilles enchevêtrées, excroissance incongrue et maintenant pleine de vie, une surface mouvante de petits corps affairés qui se hâtent et se croisent, se pressent, se précipitent pour remettre en état leur maison-forteresse après le long hiver.
Changement du tout au tout dans la vie trépidante de la fourmilière, quand d’autres restent stables et égaux à eux-mêmes comme le cognassier qui depuis le bourgeon jusqu’aux feuilles et aux fruits, reste dans le duveteux, le laineux, le pelucheux. Peut-être sa façon à lui de rester emmitouflé pour les cas trop probables de ces gelées tardives qui font tant de ravages. D’autres que le cognassier tentent de brouiller les pistes avec les premières feuilles au sortir de la graine qui jouent l’anonymat, voire le reniement des feuilles qui viendront habiller l’arbre adulte. Trompeurs cotylédons qui vont parfois jusqu’à se coiffer de ce qui reste de l’enveloppe de leur graine pour qu’on ne les repère pas. Il faut dire qu’au début, ils sont bien vulnérables, ces futurs grands arbres aux troncs durs comme du bois.
Alors, marcher doucement, pour n’écraser personne, ne déranger personne, pas même le souffle d’air qui amène à nos nez l’odeur douce des violettes ou met devant nos yeux la fière silhouette d’une biche, d’un chamois descendu profiter de ces tendres verdures comme on attaque, fébrile, le livre tant attendu d’une autrice admirée

Début mars 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine de beau, de très beau. D’un beau presque inquiétant qui ne quitte plus le bleu. Vers la fin de la semaine, du bleu un peu pâli et rendu plus humain, moins parfait, moins total, par la présence dans l’air de sable venu d’ailleurs qui éloigne le lointain, qui l’effacerait presque, le dissimule, le rend plus mystérieux, moins net, moins évident. Des lointains à reconstruire avec les souvenirs, à regarder longtemps et avec attention pour avoir les détails, les finesses, les motifs, d’habitude accessibles même à qui se contente d’un coup d’œil distrait et sans application. Et parfois se résoudre : on ne verra pas le loin.
Le bleu déjà au ciel, pour mettre le vert aux arbres, ne manque qu’un peu de jaune qui se répand déjà, aux endroits dégagés, au creux de toutes les fleurs. Des pétales ciselés, découpés, allongés, chacun d’eux a son jaune, du pâle à l’orangé, du duveteux au poli, des jaunes jeunes et pleins de vie, pas des jaunes de sécheresse, ternes, cassants et funèbres. Du jaune qui fait soleil même quand nuages et sable cachent l’éblouissant du jaune de notre étoile.
Comme indice du printemps, en plus des premières fleurs, sortent les premières feuilles. Elles se déplient, hirsutes comme d’avoir trop dormi au sein de leur bourgeon, leurs habits tout froissés après ce long sommeil de tous les mois d’hiver. Mais c’est à nous humains, de nous frotter les yeux pour ne pas en manquer de ces naissances de fleurs, de ces déplis de feuilles, applaudir à chacune qui déploie ses capteurs avides de chlorophylle, capables de transformer la lumière en matière. Une matière encore frêle, fragile et vulnérable, mais qui grandit déjà, évolue de jour en jour et qui dans certains cas pourra finir en arbre, en géant de plusieurs mètres faisant ombre, fruits et bois après avoir été fluette tige et deux feuilles qu’on peut anéantir juste en passant trop près.
Plus haut en altitude, la neige est toujours là, cumuls qui se protègent comme la foule se rassure de son immensité, froid protégeant le froid, seule la surface blanche subit le vent, le chaud, parfois aussi la pluie pour se faire étendue de vagues et de houle, de flux et de reflux, de ressac sur une plage. Alors on est touchés par les proximités de textures, de mouvements, de profils, de l’eau et de la neige, des montagnes et de la mer, rappels des différences qui ne sont que du temps et puis quelques degrés.
Le printemps est aussi le retour de la vie sous sa forme animale de façon plus marquée. Marquée dans le sonore avec les oiseaux qu’on entend, qu’on écoute, qui pallient de leurs plumes les feuilles encore absentes sur les hautes branches des arbres. Bientôt le vert sera là et il les cachera, ces prodiges de chant et de légèreté qui fêtent en grands festins le retour des insectes. Manger ou être mangé, question qui reste la base de la vie au dehors. Alors, ouvrir bien grand les yeux et les oreilles tant que les équilibres restent en équilibre et nous donnent à vivre les réveils, les naissances, éclosions et retours en ce début de printemps.

Fin février 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Grande semaine de grand beau. Du bleu, encore du bleu, un bleu éblouissant. Juste quelques nuages pour qu’on puisse se souvenir que les nuages existent et qu’ils nous disent tout bas, au creux de nos regards de penser à d’autres choses qu’à ces choses qu’on voit, des animaux, des cartes, des souvenirs oubliés, penser à des oiseaux quand on voit des nuages.
Avec le bleu, le beau et puis avec le chaud, les plantes se réveillent, les bourgeons s’ouvrent en feuilles, les fleurs pensent pétales et les chatons fleurissent sur les branches de grands arbres. Les chatons de noisetiers ont perdu de leur jaune et leur heure est passée, maintenant c’est le tour des grands saules marsault, encore dit saules des chèvres qui regroupent à leurs pieds, une fois pollinisés, d’adorables peluches, cotonneuses à souhait. Profiter des bourgeons, des feuilles nouvelles nées, pas encore grignotées, pas encore abîmées, pas encore vieillies, ternies, usées, flétries, aux formes encore parfaites, conformes aux jolies planches des ouvrages botaniques. Regarder les bourgeons et puis jeter un œil par-dessus son épaule pour quand même vérifier que le froid n’est pas là, caché en embuscade pour abolir tout ça d’un coup de gel narquois. Le froid on n’y croit plus avec cette semaine qui nous a presque vus sortir les bras des pulls et la tête des bonnets, pourtant le calendrier, les primevères bien serrées contre l’adversité, nous mettent encore en garde même si on sent déjà un goût de confiture en regardant la rhubarbe sortir ses premières feuilles encore toutes plissées, encore toutes brillantes de leur récente naissance.
Les hauts sont encore blancs, mais les bas déjà verts et si on ne fait pas de bruits, pas de mouvements trop brusques, pas de choses trop bizarres, on pourra parfois voir, des groupes de chamois qui descendent se nourrir, se gaver de verdure, toute tendre et délicieuse, pour le plaisir de nos yeux de se sentir parmi eux, presque un peu acceptés, presque une permission de nous émerveiller devant leurs silhouettes.
En profiter aussi pour aller se promener, maintenant qu’on voit plus loin que le bout de ses chaussures derrière les rideaux occultants de la pluie. Revoir les paysages, les sommets enneigés qui contrastent encore clairs sur les forêts du bas, sombres, encore plus sombres maintenant que la neige en équilibre instable sur les aiguilles, les branches et les rameaux a fondu depuis longtemps.
Les journées sont plus longues, la lumière plus présente, les oiseaux plus actifs, emplissant tout l’espace de leurs chants, de leurs appels aussi de leurs rappels : dans le paysage sonore, on est ici chez eux. La chaleur sur la peau dépasse les moments de la simple anecdote, tout ça dit le printemps, même si on sait bien qu’on doit encore attendre pour y être complètement, on a quand même envie de se laisser convaincre par ce titre accrocheur, là sur la couverture

Fin de mi-février 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Semaine coupée en deux, début en noir et blanc et fin plus colorée. Pour bien goûter le contraste, commencer par la pluie, par la neige, par la neige mouillée, par la pluie floconneuse, voir la limite pluie-neige doucement se promener, presque errer de haut en bas et puis de bas en haut sur les pentes forestières de la montagne d’en face, l’autre côté de la vallée. Le bas reste bien sombre et le haut reste bien blanc où la neige s’amoncelle, où elle mange les reliefs et avale les arbres, gâteau de débutant tartiné à l’excès, gâteau gargantuesque. Tableau de carte postale tempéré par endroits par des coulées sinistres, pierres, terre, arbres et chaos quand la montagne déverse ses larmes en avalanches. Spectacle à découvrir une fois la pâtisserie finie parce qu’avant les nuages voilent, occultent et émoussent toute notion de loin, toute vision d’ensemble. Tandis que la pluie tombe, juste baisser les yeux pour que la capuche protège encore un peu la vue et regarder à ses pieds pour éviter les flaques, la boue, les marécages qui se sont installés à la place des chemins, ces rares endroits plats que l’on trouve en montagne.
En cette fin de semaine, retour de la couleur, de l’orangé au rose dans les levers de soleil, en haut le bleu du ciel, le jaune des primevères, des jonquilles qui pensent à ouvrir leurs pétales, couleurs imaginées par anticipation. Le vert des premières feuilles, des brins d’herbe et des mousses qui s’installent en pionnières pour habiller les roches, changer le rythme de leur vie d’habitude compté en des millions d’années, maintenant elles sont le lieu de changements saisonniers, des mousses et des fougères comme point de départ, une vie en tout petit, pleine de rebondissements, des formes et des couleurs, des textures, des pouvoirs. Pouvoir donner la vie à des rochers inertes, assez pour faire pâlir tous les superhéros de nos bandes dessinées.
Autres superhéros que tous ces animaux qui survivent à l’hiver sans le chauffage central et laissent dans la neige les traces de leurs pas au cours de leurs recherches pour trouver à manger. Blaireaux, lièvres, chevreuils ou bien quelques oiseaux, ils laissent leurs empreintes comme des avis de passages pour que les humains sachent que d’autres sont là aussi.
D’autres sont ici aussi, les oiseaux qui commencent leurs chansons de printemps, ils mettent des couleurs dans l’univers sonore, la grive tout en haut du plus grand des sapins, le merle dérangé quand il fouillait les feuilles ou le troglodyte mignon qui chante d’une force en proportion inverse de sa toute petite taille.
Alors nous autres humains, passer toute la semaine à osciller tantôt sur un pied ou sur l’autre, entre enfin le début du printemps qui s’annonce et puis déjà la fin de l’hiver, de la neige, des traces des animaux dans le blanc de la nuit qu’il va falloir traduire en mots et puis en noms pour dire le passage de ceux qui racontaient en apposant leur patte sur le blanc de nos pages

Début de mi-février 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Pluie, pluie et encore pluie. Avec un peu de neige, comme ce matin par exemple et quelques éclaircies. Pas trop froid puisque pluie à la place de la neige, même si on est pas loin de la limite eau-flocon. La neige encore la neige, quand on est assez haut, la neige qui fait voir le haut de la montagne comme une pièce montée, comme un décor construit pour une publicité les jours ou le soleil fait sortir un peu de bleu dans un ciel d’habitude entre blanc sombre et gris clair.
Alors quand les averses font une petite pause ou pour forcer un peu, vêtue d’imperméable et chaussée de hautes bottes, aller voir au dehors ce qui change ou attend encore un peu plus chaud pour changer à son tour.
Guetter une accalmie pour aller prendre l’air, prendre la température, et puis tâter l’ambiance de ce que font les plantes puisque le calendrier autant que le thermomètre nous rapproche du printemps, à pas comptés encore, mais quand même toujours plus. On sait qu’elles vont sortir, les précoces, les pionnières, les premières à fleurir, les premières à verdir.
Guetter les premières pousses c’est revenir en arrière et aller rechercher une carte bien spéciale dans le fond de nos souvenirs, la carte des plantes, des arbres qui sortent les premiers du sommeil de l’hiver. Parfois gratter un peu ou se contorsionner, mais savoir où regarder facilite grandement les trouvailles pimpantes, presque des retrouvailles, avec des feuilles toutes tendres, des feuilles nouvelles nées. Orties et pissenlits, plantain et graminées, et puis les primevères et aussi toutes les autres trop nombreuses à nommer qui nous mettent le sourire au coin des yeux, des lèvres, de les voir revenir et de les voir lancer la fiesta du printemps. Se réjouir aussi de leur fidélité à tous nos rendez-vous de la fin de l’hiver, une façon de retourner dans un endroit connu, retrouver des couleurs, des textures, des brillances, retrouver des amis, au moins des connaissances. Pas encore des odeurs, encore un peu trop froid, mais avec les fleurs, les guetter elles aussi, en approcher le nez et venir aux heures chaudes.
Guetter aussi les arbres, leurs bourgeons et leurs fleurs, sortir de l’inquiétude où nous plonge l’hiver quand un arbre sans feuilles ressemble à s’y méprendre à un arbre sans vie. Se réjouir encore, des heures qu’on sait comptées, de l’absence des feuilles qui nous laisse encore voir les plumes des oiseaux qu’on croirait même entendre siffloter le printemps, l’appeler, le héler et puis en faire déjà presque toute une histoire

Début février 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Pas de pluie ou à peine, pas de neige, pas vraiment, une semaine plutôt sèche, sans précipitation qu’il ait fallu noter. Sans précipitation dans aucun des deux sens principaux de ce mot, sans eau qui tombe du ciel, sous quelque forme que ce soit, sans choses trop rapides, sans vitesse excessive même si on commence à bien sentir partout que la prochaine étape ce sera le printemps et toutes ses explosions.
Alors en attendant, regarder la neige fondre ou bien se transformer, les cristaux devenir grains de sable, de gros sel, de gravier, un peu comme glace pilée, mais en plus régulier. Avec la neige qui fond, partout l’humidité, même sans pluie et sans neige, l’eau tranquillement présente pour toutes les racines qui n’attendent que ça, une eau à volonté, sans précipitation.
Alors en attendant, en profiter encore tant que les feuilles sont absentes pour bien voir les oiseaux qui slaloment dans les branches, fréquentent encore souvent la mangeoire qu’on laisse un peu plus longtemps vide maintenant que le sol, ses graines et toutes ses ressources s’offrent à eux de nouveau. Regarder les oiseaux même si parfois des scènes peuvent paraître cruelles, comme voir cet épervier ou peut-être ce faucon poursuivre un merle qui fuit, nous faire craindre pour la vie de ce bel oiseau noir avec son bec jaune quand l’autre partie de nous se réjouit aussi que l’épervier, le faucon, l’oiseau aux si belles ailes, fuselées et soulignées de fines raies bicolores, puisse aussi se nourrir. Vie et mort emmêlées quand on regarde en même temps, et proie et prédateur.
Alors en attendant de savoir démêler toutes nos contradictions au sujet de la vie, prendre un peu de hauteur en regardant vers le haut, les étoiles et la lune. La lune qui était pleine au début de cette semaine, et continue encore à éclairer la nuit d’autant plus quand le sol, encore couvert de neige, reflète la lumière qu’elle reflète du soleil. Jeu de double miroir qui se joue encore mieux quand les nuages, eux, ne sont pas de la partie. Alors la nuit est claire, les branches nues des arbres en fines ombres chinoises au bas de cette image, les étoiles au-dessus et au petit matin, pour bien se souvenir de la clarté de la nuit, encore un peu de blanc déposé sur le sol, gelée blanche comme une preuve du passage par ici de ce marchand de sable qui passait toutes les nuits quand on était enfant et qu’on oublie trop vite.
Alors en attendant, épier et surveiller, pour ne rien laisser filer de la magie du printemps, se fier à celle des plantes qui savent la saison depuis le fond de la terre et s’ébahir encore ou s’ébahir déjà devant les jeunes pousses des jonquilles à venir. Entre déjà et enfin, contradiction toujours de nous, seulement humains, impatients et frivoles quand on sait pourtant bien que jusqu’au mois d’avril, peut-être jusqu’en mai, il risque de neiger, de geler, de tuer toutes les optimistes qui ont cru bon trop tôt de faire fleurir leurs fleurs et d’ouvrir leurs bourgeons

Fin janvier 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Un peu de neige sur la neige, un peu de beau qui fait fondre et qui ferait presque chaud, un peu de pluie aussi, et qui fait fondre aussi, et puis quelques nuages qui vont jusqu’au brouillard, jusqu’à venir s’installer juste devant les fenêtres, jusqu’à masquer la vue, les montagnes et les arbres. La visibilité qui s’abaissera aussi sous la pluie, sous la neige, on a devant les yeux de l’eau sous toutes ses formes, gouttes plus ou moins grosses, flocons plus ou moins larges, dodus ou bien tout fins. Leur densité aussi influence nos regards, leur suggère de faire la mise au point plus près pour ne pas s’épuiser à essayer vainement de regarder au loin. Et puis le loin revient.
Dessous le bleu du ciel, du blanc renouvelé, plus blanc que celui d’avant déjà un peu usé, râpé, raboté dans son blanc par les poussières qui volent, qui se déplacent dans le vent, descendent des nuages en passant par la pluie. Parfois des taches plus sombres quand la fonte a frappé faisant dans l’ancienne couche comme un coup dans un mur qu’on aurait fraichement peint. Comme un nouveau décor.
Au début de la neige, les branches aussi sont blanches, les sapins recouverts jouent les jeunes premiers sur les cartes postales format panoramique. Et puis vite la neige déposée sur les branches, fond ou tombe en paquets qui laissent en trace en onde sur la neige du dessous comme une photo de goutte d’eau qui tomberait, pour se figer dans toutes ses vaguelettes, dans l’eau juste en dessous. Une histoire de formes, de formes qui aident à voir sans l’aide des couleurs. Pas d’aide des couleurs les nuits de pleine lune, mais une aide de la neige dont on peut presque dire qu’elle éclaire le sol quand elle se contente juste de garder la lumière, de nous la refléter pour nous aider à voir et à nous déplacer, même si l’image créée ressemble moins à ce que l’on voit là d’habitude qu’aux images inversées, celles du film négatif d’une photo argentique du temps du noir et blanc.
On est encore janvier mais l’humain impatient pressentirait déjà les signes dans les jours de ce qu’il voudrait voir, de la saison prochaine. Les journées qui rallongent maintenant visiblement par rapport à nos vies si bizarrement bloquées sur des rythmes qui oublient que l’on est aussi bêtes, comme les autres animaux qui eux hibernent, migrent ou s’adaptent, ne cherchent pas à lutter contre la durée des nuits. Alors on note en haut des listes de bonnes nouvelles, les premières primevères, les fleurs des noisetiers et les premiers brins d’herbe qui nous rappellent que le vert se fait parfois plus tendre, pas toujours aussi dur, piquant et monacal que le vert des feuilles de houx.
D’autres en attendant que les bourgeons qui se pomponnent confirment leurs promesses en ouvrant grandes leurs portes aux fragiles feuilles futures, profitent encore un peu du malheur des sapins, du gel qui fait gonfler et qui écarte les fibres des arbres déjà morts, des troncs si savoureux et faciles à creuser pour les pics de plus haut, ceux qu’on rencontre parfois en allant vérifier que le petit lac du haut est encore tout gelé. Pour les autres oiseaux, notamment les mésanges, pinsons, et chardonnerets, la mangeoire est encore un endroit essentiel, pour eux autant que pour nous qui les voyons venir, se poser un instant et repartir plus loin, un peu comme une idée qu’on essaye d’attraper pour le projet d’écrire