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Début de mi-mai 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Début de semaine froid, pluie et humidité, quelques hésitations puis quand même ressortir bonnets, pulls et grosses vestes. Un peu de neige fondue qui tombe goutte à flocon sur le fond sombre des arbres un matin au lever. De la neige fondue, mais de la neige quand même, de quoi donner envie de regarder en face les pentes piquetées de blanc, le sommet recouvert complètement de neige. Une idée d’altitude et de basse température. Un retour en hiver au milieu du printemps, une ambiance toute spéciale, attributs du printemps et de l’hiver en même temps. Et puis prendre la route et changer de vallée, y rencontrer le vent, du mistral en colère qui emmène la chaleur dont on s’est entourés. Pour les yeux, le ciel bleu sans nuages donne une idée de chaleur, mais s’ils se laissent tromper, tout le reste du corps n’en doute pas une seconde : il fait froid et bien froid, et le bleu se range bien parmi les couleurs froides, c’est le bleu de ces glaces qu’on trouve sur les glaciers, le bleu des doigts gelés. Parfois on parlera des fameux saints de glace, Mamert, Pancrace, Yves, et parfois même Urbain, les dates des coups de froid peuvent parfois varier, les noms de saints aussi, mais chez les jardiniers, la légende est tenace et les tomates, sagement, restent à l’intérieur jusqu’à ce que ces saints-là aient été tous rayés sur le calendrier. Et cette année, pas de doute, les saints sont bien de glace !
En quittant la Savoie, se promettre de regarder dehors avec une attention qui serait suffisante pour se rappeler de tout, depuis la taille des herbes, leur couleur, leur souplesse, les nouvelles feuilles des arbres, les animaux aussi, leur présence, ce qu’ils font, comment ils se comportent. Tout retenir en somme pour savoir en revenant ce qui se sera modifié, aura grandi, changé d’état ou changé de couleur. Et dans l’autre vallée se poser tout autant la question du souvenir, de savoir si avant le poirier poussait déjà cette branche vers la terrasse, et se dire que jamais on n’a vu cette montagne-là de cette couleur-là, de ce vert tendre sur les arbres, dans les champs, que quand l’été viendra, celui dont on se souvient, tout sera bien plus jaune et aussi bien plus sec. Trouver que le blanc des roches, des pierres de calcaire a quelque chose à voir avec le blanc de l’hiver et le blanc de la neige alors que dans l’été on trouvera que ces pierres blanches se comportent comme la lune qui réfléchi le soleil, nous renvoie sa lumière, nous rejette sa chaleur jusqu’en pleine figure, que le blanc ébloui. Question de façon de voir, question de perspective comme pour ce Mont Aiguille qui est si imposant regardé de côté quand regardé de face il sera effilé, haut et vertigineux et digne de son nom.
Dans l’autre vallée aussi, voir de plus près les fleurs, les animaux aussi, comme cette chenille qui construit ses cocons, sorte de camps de base, tente de toile d’araignée légère et diaphane dans les branches de l’arbre que le nombre des chenilles et leur voracité finira par détruire, à moins que ne s’en mêle l’appétit des oiseaux pour ces dodues velues aux couleurs attrayantes. Des oiseaux à guetter et puis à écouter, ce rougequeue à front blanc qu’on ne voit pas chez nous et tous ceux qu’on reconnaît comme aussi familiers là-bas que par ici
De retour en Savoie, le froid est toujours là, la météo nous dit que demain sera mieux, qu’il fera un peu plus chaud, que les plantes pourront ouvrir toutes leurs feuilles sans crainte de les voir se rouler sur elles-mêmes, se draper avant l’heure dans ce brun de l’automne par la brûlure du froid. Alors, croire en l’avenir et se fier à nos souvenirs qui nous disent que les plantes arrivent à en revenir, de ces périodes de froid. Peut-être que les souvenirs servent finalement à ça, à croire en l’avenir

Fin octobre 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Semaine en dents de scie entre le beau et l’eau, plutôt de crête en combe, puisqu’on est en montagne, mais plus précisément entre soleil et pluie avec un peu de tout ce qu’on peut mettre entre deux, de nuages, de brouillard, de brume et puis de gris, aussi des éclaircies, des moments de grand mélange avec pluie et soleil qui se marchent sur les pieds. Des matins lumineux, des après-midi sombres ou des journées entières comme sous un couvercle alors que le lendemain sera si rayonnant qu’on ne pourra regarder n’importe où sans cligner.
Comme je me sens un peu plante, la lumière est pour moi quelque chose d’important. Depuis le changement d’heure, on profite bien mieux du lever de soleil, mais la nuit tombe plus vite, elle tombe tellement vite que se pose la question, en regardant les arbres et tous les végétaux, de nos horaires d’êtres humains, de nos activités, les mêmes toute l’année quelle que soit la durée du jour dans nos journées. Parfois il m’arrive même de me mettre à rêver d’une longue retraite d’hiver.
Du côté animaux, le défi de l’automne est celui de la couleur, se cacher dans les feuilles qui passent du jaune au rouge en route vers le rouille, le marron puis le sombre odorant de l’humus. Chapeau bas cette semaine pour une petite chenille, colorée, décorée de longues soies et d’excroissances, d’un beau toupet rouge vif pour mieux faire ressortir ses teintes qui partent du jaune pour aller jusqu’au vert avant de revenir à la couleur soleil. Une chenille éclatante que cette Pudibonde (Calliteara pudibunda) qui donnera naissance à un papillon de nuit, terne, gris et tout velu, camouflage de rigueur. Formes, couleurs et textures sont aussi étonnantes dans le monde des champignons. Grandes oreilles translucides ou filaments oranges ne m’inspirent pas du tout à l’heure de l’omelette, pour ce qui est de manger je m’en tiens à très peu, le très peu que je connais. Mais dans le panier cette fois quelques jolies trompettes, de la mort ou des morts, sombres tubes à la tête en gueule de tromblon, au nom peu rassurant, elles font quand même partie de mes petites préférées. Aller aux champignons c’est se promener en forêt d’une façon différente. Le dos un peu courbé pour rapprocher les yeux du sol où se trouveront, bien cachées sous les feuilles, les merveilles convoitées, le nez ouvert aussi qui sera parfois une aide pour les localiser et enfin la vitesse qu’il faudra oublier tout comme le sentier, une errance sans hâte et remplie d’attention pour la vie sur la terre.
Chercher des champignons ou bien chercher des mots, restent bien dans mon cas des pratiques parallèles qui se nourrissent l’une l’autre, une manière de passage dans ce monde-là tout autour, même si pour les mots une fois la récolte faite, le chemin reste bien long avant de déguster le livre assaisonné, cuit assez, mais pas trop et puis bien présenté dans une jolie assiette