Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Début de semaine froid, pluie et humidité, quelques hésitations puis quand même ressortir bonnets, pulls et grosses vestes. Un peu de neige fondue qui tombe goutte à flocon sur le fond sombre des arbres un matin au lever. De la neige fondue, mais de la neige quand même, de quoi donner envie de regarder en face les pentes piquetées de blanc, le sommet recouvert complètement de neige. Une idée d’altitude et de basse température. Un retour en hiver au milieu du printemps, une ambiance toute spéciale, attributs du printemps et de l’hiver en même temps. Et puis prendre la route et changer de vallée, y rencontrer le vent, du mistral en colère qui emmène la chaleur dont on s’est entourés. Pour les yeux, le ciel bleu sans nuages donne une idée de chaleur, mais s’ils se laissent tromper, tout le reste du corps n’en doute pas une seconde : il fait froid et bien froid, et le bleu se range bien parmi les couleurs froides, c’est le bleu de ces glaces qu’on trouve sur les glaciers, le bleu des doigts gelés. Parfois on parlera des fameux saints de glace, Mamert, Pancrace, Yves, et parfois même Urbain, les dates des coups de froid peuvent parfois varier, les noms de saints aussi, mais chez les jardiniers, la légende est tenace et les tomates, sagement, restent à l’intérieur jusqu’à ce que ces saints-là aient été tous rayés sur le calendrier. Et cette année, pas de doute, les saints sont bien de glace !
En quittant la Savoie, se promettre de regarder dehors avec une attention qui serait suffisante pour se rappeler de tout, depuis la taille des herbes, leur couleur, leur souplesse, les nouvelles feuilles des arbres, les animaux aussi, leur présence, ce qu’ils font, comment ils se comportent. Tout retenir en somme pour savoir en revenant ce qui se sera modifié, aura grandi, changé d’état ou changé de couleur. Et dans l’autre vallée se poser tout autant la question du souvenir, de savoir si avant le poirier poussait déjà cette branche vers la terrasse, et se dire que jamais on n’a vu cette montagne-là de cette couleur-là, de ce vert tendre sur les arbres, dans les champs, que quand l’été viendra, celui dont on se souvient, tout sera bien plus jaune et aussi bien plus sec. Trouver que le blanc des roches, des pierres de calcaire a quelque chose à voir avec le blanc de l’hiver et le blanc de la neige alors que dans l’été on trouvera que ces pierres blanches se comportent comme la lune qui réfléchi le soleil, nous renvoie sa lumière, nous rejette sa chaleur jusqu’en pleine figure, que le blanc ébloui. Question de façon de voir, question de perspective comme pour ce Mont Aiguille qui est si imposant regardé de côté quand regardé de face il sera effilé, haut et vertigineux et digne de son nom.
Dans l’autre vallée aussi, voir de plus près les fleurs, les animaux aussi, comme cette chenille qui construit ses cocons, sorte de camps de base, tente de toile d’araignée légère et diaphane dans les branches de l’arbre que le nombre des chenilles et leur voracité finira par détruire, à moins que ne s’en mêle l’appétit des oiseaux pour ces dodues velues aux couleurs attrayantes. Des oiseaux à guetter et puis à écouter, ce rougequeue à front blanc qu’on ne voit pas chez nous et tous ceux qu’on reconnaît comme aussi familiers là-bas que par ici
De retour en Savoie, le froid est toujours là, la météo nous dit que demain sera mieux, qu’il fera un peu plus chaud, que les plantes pourront ouvrir toutes leurs feuilles sans crainte de les voir se rouler sur elles-mêmes, se draper avant l’heure dans ce brun de l’automne par la brûlure du froid. Alors, croire en l’avenir et se fier à nos souvenirs qui nous disent que les plantes arrivent à en revenir, de ces périodes de froid. Peut-être que les souvenirs servent finalement à ça, à croire en l’avenir




je t’ai piqué la troisième image, la dent de montagne…pour un premier fulgure? J’ai eu froid au bras droit cette nuit, je sentais bien que le froid venait de l’os, à l’intérieur. J’ai pas fait mes exercices hier, alors je vais les faire là maintenant, et après je me mets à ce fulgure et à cette dent.
Merci pour l’image, et le partage du froid qui fait moins mal.
Alexia
Chouette, j’adore les partages, même si c’est des partages de dents 😉 Longue vie à cette molaire là !
comme toujours ton texte chante à travers le paysage… merci pour cette balade entre froid et espoir d’avenir…
Merci de suivre mes petites balades, c’est toujours mieux les balades à plusieurs 😉
Merci pour le lien ! D’ailleurs, je te rajoute de ce pas dans ma page de liens !
il faudra désormais s’y faire à ce retour d’une saison au cœur d’une autre, à se désoler du retard de nos plantations… mais surtout rien à faire, surtout ne pas céder à l’envie de débarrasser la serre de ses plants tant que la terre ne s’est pas suffisamment réchauffée…
et d’une vallée à l’autre on te suit dans la tentative de fixer les souvenirs pour mieux se souvenir, pour mieux observer sans doute quand on reviendra tous les éléments de ce monde qu’on croit connaître, pour mieux aimer encore…
merci Juliette pour ce très beau texte vraiment maîtrisé et parlant…
Merci de me suivre, oui, ne pas brusquer le choses question plantes et ne pas s’énerver si ça ne se passe pas comme prévu, puisqu’on n’y peut plus rien… Mais quand même : les biches ont mangé toutes les feuilles de la vigne !
Quant au souvenir, les liens passés présents et futur, me rends compte que c’est au centre de beaucoup de choses chez moi. À creuser je pense 😉