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Fin de mi-janvier 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Du beau temps, de la neige, de la pluie, des éclaircies, du froid, du pas si froid, un peu de tout du temps, mais quand même de l’hiver. Alors aussi du gel, du dégel, toute une histoire de l’eau dont l’état évolue, l’eau dans tous ses états, dans toutes ses étapes du fameux cycle de l’eau. Ça commence dans le ciel au milieu des nuages, dont on admire les formes, les textures, les jeux dans la lumière. Ça se poursuit par la neige, flocons dodus et blancs, des flocons d’œufs en neige, ils tombent en silence, comme si chacun d’eux faisait office de gomme pour effacer les bruits. Et puis une fois par terre, soleil, chaleur, et vent. Avec la nuit qui vient le retour du grand froid, les voilà au matin, ces doux flocons duveteux devenus comme des grains de sable, miettes ou sucre en poudre. Œufs en neige, sucre poudre, tout ça ne serait-il pas une histoire de meringue, de douces pâtisseries ? Et si on en passait par le moulu, le broyé, le poudreux sucre glace ?
Pourtant du côté glace dans les états de l’eau, on est loin du poudreux, on serait même plutôt dans le compact, le dense, la dureté sans pitié. Même une pelle résolue n’aura aucun effet pour déblayer le chemin, la glace joue les pierres et se joue des couleurs. Contrairement à la neige, elle va laisser une place à la couleur de base, celle qui est en dessous de là où elle se pose. Mais l’influence pâlit avec son épaisseur et suivant sa texture, elle jouera le grand blanc ou de ces bleus irréels qu’on trouve sur les glaciers. Elle a aussi ses failles, ses fissures, ses soudures, façons carreaux de faïences qui se rieraient du carré et feraient un catalogue de toutes les figures que l’on pourrait tracer le crayon à la main et fantaisie en tête.
Et puis, neige ou bien glace, vient le temps de la fonte quand le chaud s’en revient. Alors fini le solide, les formes et les cristaux, l’eau, elle, est transparente, elle n’a pas de forme à elle et elle l’annonce bien fort en tombant goutte à goutte depuis les stalactites qui se suspendent au toit. Un peu façon tambour, plutôt de métronome, peut-être un côté pic, mais en moins frénétique.
Du côté des oiseaux, le retour du liquide est une bonne nouvelle puisqu’il leur faut bien boire. L’eau courante, heureusement, gèle plus difficilement et un petit cours d’eau fait une grande différence. Pour ce qui est des graines, les mangeoires aident bien, échange oiseaux-humains, un peu de nourriture contre leur douce présence, une façon d’attachement, de familiarité, ouvrir un peu la porte pour qu’ils puissent faire un peu partie de nos connaissances. Les mésanges se bousculent pour quelques graines de plus, ce qui laisse le temps de bien les observer au-delà de les admirer. Mésange bleue et surtout mésange charbonnière, et puis une autre sorte dont on n’a pas le nom, dont on est pas très sûrs, ou mésange nonnette ou mésange boréale, le doute persiste encore. Pour elles ça ne changera rien dans leur vie quotidienne que l’on sache leur nom, elles savent bien qui elles sont. Mais pouvoir les nommer leur donnera une chance d’exister au-delà de l’immédiat présent par la magie du texte

Glace

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

Cette eau frigorifiée, épaissie par le froid, affermie jusqu’au bloc est une affaire d’état. La glace pour son bleu, pour son froid, pour son blanc et puis son translucide, son brillant et son lisse. Si volontiers s’y perdre, s’y laisser endormir par le froid de l’hiver, se laisser attendrir par sa solidité, elle pourtant si fragile, qui se brise et se fond dans nos ébats d’états. Du liquide au solide, du solide au liquide le temps d’un chaud et froid, maladie de ces temps de changements dérangeants. On y perdrait le bleu où se perdent nos yeux, ce goût de grandes vacances en cornet ou godet et juste un peu plus loin, le doux réconfortant des ours du grand nord. Contradiction de nos vues, entre la bonhommie tendre du nounours des petits et le grand prédateur qui se nourrit de viande, de celle des bébés phoques aux yeux tout aussi doux. Lois loin de sentiments, manger ou bien périr, simplicités de ces vies qu’on entend barbouiller de nos affects d’humains quand eux y font survie, sacrifiés en jouets par nos incohérences. Se regarder soi-même dans la glace de nos vies, et se voir tels qu’on est pour mieux s’amouracher de la vie tout entière, pour mieux briser la glace et tomber dans les bras du dehors tout autour, qu’il mange ou soit mangé. Aimer la glace de loin et fondre sous son charme, tout en gardant sagement la distance qui s’impose, au nom des bonnes raisons, ne pas trop l’approcher, éviter l’évidence de câliner trop près, la prendre dans nos bras, aimer jusqu’à tuer. Alors, à contrecœur lui vouer pour toujours une tendresse à distance, un amour platonique, loin des yeux, près du cœur. Réconfort discordant de la savoir bien là, sans se permettre jamais de se rapprocher d’elle, se contenter, transis, d’une brûlure théorique, de l’idée de sa présence. La connaître seulement en images et en mots, il manquera le corps, mais la tête y sera, elle complètera, habile, les couleurs , les reflets, la transparente texture, elle donnera à la glace, sans crainte de déconvenue, de ce bleu des glaciers qui n’a rien à envier au plus mythique des bleus qu’est le bleu des lointains, le bleu d’un peu plus loin dans l’espace et le temps

De l’autre côté de la glace

En passant, petites images glanées au gré d'ici ou là.
Cornillon, Beaufortain, décembre 2023

Transparente, invisible et tangible, vulnérable et éternelle. Ici, la glace est saisonnière. Elle est venue se poser sur les ailes des fougères, installée tranquillement sur la surface d’une flaque, à la faveur d’une pluie, du plus froid, du plus chaud, de la neige transformée. Entre gel et dégel, elle oscille et hésite du liquide au solide. Elle fait des vagues, des plis et des drapés savants en souvenir de la nuit, de son froid qui la fige, qui empêche le mouvement. Une vitre qui protège le dehors du dedans, le dedans du dehors. Qui empêche de toucher, de sentir les odeurs, mais n’empêche pas les yeux de passer la frontière d’aller voir chez les autres, pour un petit coup d’œil, indiscret à souhait. Coup d’œil un peu spécial, le regard est dévié, il ondule et se perd à travers la surface qui refuse le trop plat, le banal, l’insipide. La surface est joueuse, elle se sait éphémère, se moque des conséquences et les fougères se plient aux caprices du génie échappé de la lampe, au passage du miroir, voire à une longue glissade dans un terrier sans fin. Voir les fougères danser, étreindre les longues herbes, taquiner les aiguilles d’une branche de sapin, c’est se permettre enfin un petit pas de côté, se dire que l’on pourrait juste en tendant la main, toucher le bleu du ciel, attraper les nuages, les croquer à pleines dents comme une barbe à papa, s’évader en enfant qui est vraiment pirate et hurler à la lune comme ferait un prisonnier qui ne sort que le jour dans la cour des promenades jusqu’à en oublier que les étoiles existent

Avec Antonin Charbouillot, https://antonincharbouillot.com