Archives par mot-clé : neige

Fin janvier 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Un peu de neige sur la neige, un peu de beau qui fait fondre et qui ferait presque chaud, un peu de pluie aussi, et qui fait fondre aussi, et puis quelques nuages qui vont jusqu’au brouillard, jusqu’à venir s’installer juste devant les fenêtres, jusqu’à masquer la vue, les montagnes et les arbres. La visibilité qui s’abaissera aussi sous la pluie, sous la neige, on a devant les yeux de l’eau sous toutes ses formes, gouttes plus ou moins grosses, flocons plus ou moins larges, dodus ou bien tout fins. Leur densité aussi influence nos regards, leur suggère de faire la mise au point plus près pour ne pas s’épuiser à essayer vainement de regarder au loin. Et puis le loin revient.
Dessous le bleu du ciel, du blanc renouvelé, plus blanc que celui d’avant déjà un peu usé, râpé, raboté dans son blanc par les poussières qui volent, qui se déplacent dans le vent, descendent des nuages en passant par la pluie. Parfois des taches plus sombres quand la fonte a frappé faisant dans l’ancienne couche comme un coup dans un mur qu’on aurait fraichement peint. Comme un nouveau décor.
Au début de la neige, les branches aussi sont blanches, les sapins recouverts jouent les jeunes premiers sur les cartes postales format panoramique. Et puis vite la neige déposée sur les branches, fond ou tombe en paquets qui laissent en trace en onde sur la neige du dessous comme une photo de goutte d’eau qui tomberait, pour se figer dans toutes ses vaguelettes, dans l’eau juste en dessous. Une histoire de formes, de formes qui aident à voir sans l’aide des couleurs. Pas d’aide des couleurs les nuits de pleine lune, mais une aide de la neige dont on peut presque dire qu’elle éclaire le sol quand elle se contente juste de garder la lumière, de nous la refléter pour nous aider à voir et à nous déplacer, même si l’image créée ressemble moins à ce que l’on voit là d’habitude qu’aux images inversées, celles du film négatif d’une photo argentique du temps du noir et blanc.
On est encore janvier mais l’humain impatient pressentirait déjà les signes dans les jours de ce qu’il voudrait voir, de la saison prochaine. Les journées qui rallongent maintenant visiblement par rapport à nos vies si bizarrement bloquées sur des rythmes qui oublient que l’on est aussi bêtes, comme les autres animaux qui eux hibernent, migrent ou s’adaptent, ne cherchent pas à lutter contre la durée des nuits. Alors on note en haut des listes de bonnes nouvelles, les premières primevères, les fleurs des noisetiers et les premiers brins d’herbe qui nous rappellent que le vert se fait parfois plus tendre, pas toujours aussi dur, piquant et monacal que le vert des feuilles de houx.
D’autres en attendant que les bourgeons qui se pomponnent confirment leurs promesses en ouvrant grandes leurs portes aux fragiles feuilles futures, profitent encore un peu du malheur des sapins, du gel qui fait gonfler et qui écarte les fibres des arbres déjà morts, des troncs si savoureux et faciles à creuser pour les pics de plus haut, ceux qu’on rencontre parfois en allant vérifier que le petit lac du haut est encore tout gelé. Pour les autres oiseaux, notamment les mésanges, pinsons, et chardonnerets, la mangeoire est encore un endroit essentiel, pour eux autant que pour nous qui les voyons venir, se poser un instant et repartir plus loin, un peu comme une idée qu’on essaye d’attraper pour le projet d’écrire

Fin de mi-janvier 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Du beau temps, de la neige, de la pluie, des éclaircies, du froid, du pas si froid, un peu de tout du temps, mais quand même de l’hiver. Alors aussi du gel, du dégel, toute une histoire de l’eau dont l’état évolue, l’eau dans tous ses états, dans toutes ses étapes du fameux cycle de l’eau. Ça commence dans le ciel au milieu des nuages, dont on admire les formes, les textures, les jeux dans la lumière. Ça se poursuit par la neige, flocons dodus et blancs, des flocons d’œufs en neige, ils tombent en silence, comme si chacun d’eux faisait office de gomme pour effacer les bruits. Et puis une fois par terre, soleil, chaleur, et vent. Avec la nuit qui vient le retour du grand froid, les voilà au matin, ces doux flocons duveteux devenus comme des grains de sable, miettes ou sucre en poudre. Œufs en neige, sucre poudre, tout ça ne serait-il pas une histoire de meringue, de douces pâtisseries ? Et si on en passait par le moulu, le broyé, le poudreux sucre glace ?
Pourtant du côté glace dans les états de l’eau, on est loin du poudreux, on serait même plutôt dans le compact, le dense, la dureté sans pitié. Même une pelle résolue n’aura aucun effet pour déblayer le chemin, la glace joue les pierres et se joue des couleurs. Contrairement à la neige, elle va laisser une place à la couleur de base, celle qui est en dessous de là où elle se pose. Mais l’influence pâlit avec son épaisseur et suivant sa texture, elle jouera le grand blanc ou de ces bleus irréels qu’on trouve sur les glaciers. Elle a aussi ses failles, ses fissures, ses soudures, façons carreaux de faïences qui se rieraient du carré et feraient un catalogue de toutes les figures que l’on pourrait tracer le crayon à la main et fantaisie en tête.
Et puis, neige ou bien glace, vient le temps de la fonte quand le chaud s’en revient. Alors fini le solide, les formes et les cristaux, l’eau, elle, est transparente, elle n’a pas de forme à elle et elle l’annonce bien fort en tombant goutte à goutte depuis les stalactites qui se suspendent au toit. Un peu façon tambour, plutôt de métronome, peut-être un côté pic, mais en moins frénétique.
Du côté des oiseaux, le retour du liquide est une bonne nouvelle puisqu’il leur faut bien boire. L’eau courante, heureusement, gèle plus difficilement et un petit cours d’eau fait une grande différence. Pour ce qui est des graines, les mangeoires aident bien, échange oiseaux-humains, un peu de nourriture contre leur douce présence, une façon d’attachement, de familiarité, ouvrir un peu la porte pour qu’ils puissent faire un peu partie de nos connaissances. Les mésanges se bousculent pour quelques graines de plus, ce qui laisse le temps de bien les observer au-delà de les admirer. Mésange bleue et surtout mésange charbonnière, et puis une autre sorte dont on n’a pas le nom, dont on est pas très sûrs, ou mésange nonnette ou mésange boréale, le doute persiste encore. Pour elles ça ne changera rien dans leur vie quotidienne que l’on sache leur nom, elles savent bien qui elles sont. Mais pouvoir les nommer leur donnera une chance d’exister au-delà de l’immédiat présent par la magie du texte

Mi-janvier 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Pas vraiment du chaud, mais tout au moins du tiède, c’est l’impression donnée par les températures. Quel qu’en soit le ressenti, du trop chaud pour l’hiver, du trop chaud pour la neige. La neige était tombée, elle avait tout recouvert, il y avait presque de quoi passer au-dessus des bottes. Et après une semaine, une bonne partie de la neige à juste fini en eau, une autre partie, surtout dans les endroits de passage qui restent toujours à l’ombre, à été bien tassée, compactée, écrasée. Elle a fini en glace. La neige, la glace et l’eau, c’est presque la même chose, une histoire de degré, une histoire de contexte, de ce qu’il y a autour.
Quand il manque une partie, c’est parfois tout l’ensemble que l’on comprend moins bien, que l’on ne comprend plus. Pour les traces de pattes, c’est bien souvent le cas. On voit là, dans la neige, que quelqu’un est passé, mais sans le reste du marcheur, du coureur, du passant l’énigme reste entière. On peut toujours quand même avoir une petite idée, et aussi, bien souvent, affiner cette idée par élimination. Parmi les animaux, déjà considérer les légers et les lourds, ceux qui ont des sabots, des pattes à coussinets, ou des pattes avec doigts ; à ses traces de semelles, reconnaitre un voisin, un lapin, un oiseau ou les sabots d’un cerf. Admirer ceux qui savent manier l’art du pistage. Savoir l’histoire du lieu et puis reconnaitre aussi qu’on laisse ses propres traces en suivant celles des autres, ce qui fait des mêlages de suivi et suivante. Considérer aussi, qu’on est ici chez eux, traces de pattes à l’appui, parfois on trouve aussi, de multiples autres façons de marquer son territoire sur lequel on est entré sans prêter attention à qui habite là et essaye d’y survivre en économisant chaleur, mouvements, ressources qu’on viendra bouleverser. Alors, en profiter que les traces des passages sont posées là en creux pour se mettre un instant dans une peau d’animal différente de la nôtre, voir le monde de ses yeux, marcher avec ses pattes, sentir de ses narines et peut-être pressentir les besoins, les envies, les codes et les usages qui régissent sa vie. Et prendre en compte aussi, le dérangement qu’induit notre présence à nous quand on aura la chance, une fois à la maison d’aller se mettre au chaud, ce qui ne sera pas le cas pour ceux qui vivent dehors. Juste prendre l’autre en compte et le prendre au sérieux.
Prendre au sérieux aussi, l’éphémère de la neige, et puis lever les yeux pour regarder quand même le spectacle qu’elle nous offre, les reflets, le brillant quand sa surface va fondre et regeler la nuit pour jouer le beau miroir, renvoyer la lumière comme les feux de la rampe. Apprécier tout autant les contrastes qui naissent du fait d’avoir pour un temps à nos pieds, une page parfaitement blanche, où remarquer les ombres des arbres qui s’allongent pour écrire des histoires de branches et de troncs comme on n’en verra plus une fois les feuilles revenues. Goûter à l’éphémère d’une histoire qu’on a vue, mais qu’on ne pourra relire. Un spectacle vivant.

Début de mi-janvier 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine de variations, d’écarts, de grands écarts. Quand le temps change autant, que l’endroit change autant, les seuls mots qui réunissent c’est que tout est différent, contrasté, singulier. Début de semaine avec grand bleu, du grand bleu pour la mer, du grand bleu pour le ciel, pour faire encore ressortir les roses des cailloux de la côte de granit rose. Couleurs des algues aussi, couleurs des champs déjà verts de ces herbes intrépides qui profitent pour pousser de tout ce qui n’est pas gel. Et puis du jaune aussi, le jaune du mimosa et le jaune des genets. Couleurs.
Et puis le jour d’après, pour ne pas oublier, retour au noir et blanc histoire de revenir au début du dessin, croquis au crayon gris, entre le blanc et le sombre pour finir la semaine en revenant aux valeurs qui définissent les formes et nous disent les volumes, retour au noir et blanc.
Noir et blanc à la mer avec des nuages sombres qui filent comme des ombres, repoussés par le vent, attirés par le vent qui fait se lever la mer, lui met l’écume aux vagues et une mousse grisâtre qu’elle laisse sur les plages faute de n’avoir pu y planter ses longs crocs. Les rochers recouverts, redeviennent noirs et froids, inébranlables, stoïques quand la marée descend, ils nous rappellent aussi qu’il reste de l’immobile, que tout n’est pas mouvement quand le vent emmène tout ce qu’il peut emmener, malmène, rudoie, déchire, tout ce qui lui résiste.
Reste de la semaine, juste rester dans le blanc, mais une autre sorte de blanc, retour à la montagne. La montagne et la neige. Ici aussi le contraste joue dans la cour des grands, le blanc tombe et recouvre tout ce qui est convexe, le concave attendra que se lève le vent. Les reliefs restent les mêmes que dans le plein été, mais ils sont adoucis, gommés, voire effacés, la neige arrondit tout, blanchit tout également. La lumière devient dure, elle éblouit, elle brûle, elle fascine et aveugle. Même si le froid est là, ses menaces et ses risques, on reste ensorcelés, subjugués par la neige. Peut-être, dans tout ça, nos envies, nos désirs, notre fièvre pour le blanc, qu’il soit vague ou flocon, peut-être un peu de tout ce qui nous ligote, dans tous les éphémères, dans leur durée si courte, leur passage si rapide, dans tout ça retrouver ce qu’on trouve dans Nagori : la nostalgie de la saison qui vient de nous quitter, de Ryoko Sekiguchi

Fin novembre 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

L’hiver est arrivé. Pas dans le calendrier, mais il a débuté. Neige et puis gelée blanche, le givre pousse sur les herbes dans ces endroits à l’ombre qui regardent les autres se chauffer au soleil.
Quelques hésitations, encore, souvenirs de la transition, du passage de l’automne à la saison des arbres qui jouent les arbres morts, sans feuilles, sans fleurs, sans fruits. La saison également de l’eau qui se transforme, de la pluie qui se fait neige, de l’eau qui se fait glace, du mouvement qui se fige.
Oscillations quand même entre le jour et la nuit, le couvert nuageux et les températures. Nouvelle géographie, celle des endroits à l’ombre qui gardent leur couleur blanche, des endroits au soleil qui quittent leur duvet clair pour une terre détrempée, gorgée d’eau et repue question humidité. Flaques, boue et autres gadoues, on patauge à midi dans ce qui dès ce soir, sera gelé de nouveau, solide, dur et rigide, incapable à ces heures de sombre, de nuit, de noir de conserver l’empreinte de qui est passé là. Dans la boue et la neige, les pattes ou bien les pieds, comme les pneus des voitures ne peuvent pas cacher leur présence en ce lieu, leur passage laisse une trace qu’ils l’aient voulue ou non. Une aubaine pour savoir quels sont les animaux qui fréquentent l’endroit, quel chemin ils empruntent, comment ils se déplacent, où ils aiment aller boire, où l’eau reste liquide.
L’eau aussi de son côté laisse sur son passage des traces, des témoignages de sa présence passée. Des chemins ravinés, des feuilles emmenées, poussées sur le côté, des cailloux déplacés et des herbes arrachées, l’eau qui veut passer là, passera coûte que coûte, la réunion des gouttes fait la force du torrent capable d’emmener tout ce qui le gênerait. Juste question de débit, de nombre dans l’union, de gouttes dans groupe. La neige, eau de réserve laisse le temps aux ruisseaux, à la terre, à la croûte qui fait le plancher des vaches, de pouvoir déguster, sans craindre l’indigestion, les précipitations, le nectar des nuages qui l’abreuve, l’hydrate, la comble. Laisser tomber la neige, les idées, les envies, pour les écrire ensuite à fil de la fonte, distiller, échelonner, répartir, pour que l’histoire soit fluide et se lise sans le danger de tout laisser tomber pour cause de sécheresse ou de crue dévastatrice

Fin de mi-avril 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Semaine à grand contraste, grands écarts, grand écart. Grand beau, pluie et même neige, bleu et blanc en camp de base, avec toujours le vert qui sort gagnant de l’histoire, au moins en tant que couleur.
D’abord c’est le retour des nuages dans le bleu, formes blanches, qui se déforment, se reforment, se dispersent, s’assemblent et s’épaississent, laissent passer la lumière ou lui barrent le passage, allant jusqu’à baisser le rideau de la pluie, nous faisant le moral en gris ou lumineux, mimétisme d’éclairage, mystère et grande question pour ce qu’on ne voit plus : caché ou disparu ?
Dehors ça continue, poussée vertigineuse de tous les végétaux, l’herbe atteint les mollets, on pense à la couper, jardiner c’est choisir, alors bien faire les choix, sans aucun extrémisme, pas si simple que ça. Faire une place à chacun, s’incluant logiquement, animaux parmi d’autres, dans le fameux chacun, sans exagération ni d’un côté ni de l’autre, parce que les mots en ie, théorie, utopie, sont rarement adaptés à pouvoir nous nourrir quand il s’agit d’assiette et de nos besoins de base. Alors arracher là et protéger ici en réfléchissant bien avant d’ôter la vie, utiliser ailleurs ce qu’on ne veut pas là, faire au mieux bien souvent quand rien ne va comme prévu.
Et la neige en avril fait rarement partie des choses qu’on a prévues, même si les saints de glace nous avaient prévenus, et encore cette fois-ci, pas de gel, rien de trop négatif, de ces températures qui tuent sans états d’âme les imprudents précoces. Ici la neige lourde fait plier les jeunes branches et craquer les plus faibles, mais dégâts circonscrits, beaucoup en réchapperont pour mieux se réjouir de cette eau à foison une fois le chaud revenu.
Une fois le chaud revenu, nos oreilles retrouveront, bruits d’insectes, chants d’oiseaux après le calme du blanc. Chez le noir grand corbeau, c’est la saison choisie pour faire de la voltige entre nuage et bleu, formation à plusieurs, le plus souvent à deux, aucune discrétion dans leur vol bruissant d’ailes, un côté m’as-tu-vu, ou plutôt entendu, mais contraste idéal entre l’élégance sombre et le clair des nuages.
Toujours question contraste, maintenant le vert est partout, il nous cache le sous-bois qui lui garde une lumière toujours faible et constante, arbres nus en hiver pour accueillir le peu que dispense le jour et couvert en été pour mieux se protéger de l’excès de lumineux, la forêt en exemple, parfait et éprouvé, pour chasser les excès qui souvent nous nuisent tant.

20231205

"De temps en temps", ça commence par la météo, et ça continue avec ce qui vient en tirant sur le fil

Devenant mitigé. Les chutes de neige de la nuit, au-dessus de 700/900 mètres, s’évacuent en bonne partie par l’Italie en milieu de matinée. Place à un temps changeant à l’arrière : entre éclaircies (franches en plaines) et paquets nuageux (nombreux sur les massifs) donnant de bien rares et faibles giboulées de neige résiduelles en montagne. Elles cessent totalement le soir.
Températures minimales comprises entre +1 et +5 degrés.
Températures maximales comprises entre +5 et +9 degrés.
Isotherme 0° vers 1200 puis 800 mètres.
Vent faible à modéré de Sud-Ouest puis Nord-Ouest.
Prévisions Météo Alpes

Il neige. Il neige en blanc sur blanc, de gros flocons bien denses, épais et sûrs d’eux-mêmes, de leur état solide, du solide floconneux, de la neige à boules de neige. De la neige qu’on compacte à chacun de nos pas, qui grince comme si nous-mêmes étions de lourdes machines, de ces presses hydrauliques à odeur de graisse chaude. À chacun de nos pas, on écrase, on détruit, un moelleux de nuage, on passe du léger que chaque souffle entraîne, où il veut, quand il veut, au dur et au serré, de cet épais qui forme les parois des igloos, qui se transforme en glace, translucide et vivante, capable d’inventer elle-même son propre bleu. On perd le doux flocon et ses branches en étoiles, sa blancheur de papier, et sa manière à lui de dire le haut du bas, le dessous du dessus par le noir et le blanc quand il se pose, oiseau, sur les branches des arbres. Du noir et blanc, beaucoup, de la couleur, encore, un reste de feu d’automne, des feuilles restées fidèles, attachées à leur arbre, un bouleau à tronc blanc, clin d’œil au blanc sur noir pour quelque temps encore, un rappel d’il y a peu, rappel d’avant le blanc, un bout de transition rattrapé par le temps qui nous redit qu’on peut, en y regardant bien, lire la saison qu’il fait dans la couleur des feuilles comme chez Baudelaire on lit que les Chinois voient l’heure dans l’œil des chats, mais qu’on y trouve aussi l’heure de l’éternité

Charles Baudelaire, L’horloge, Le Spleen de Paris

20231125

"De temps en temps", ça commence par la météo, et ça continue avec ce qui vient en tirant sur le fil

Hivernal. Massifs souvent accrochés, avec quelques éclaircies mais aussi de petites giboulées de neige faibles et intermittentes (les accalmies prédominent) dès 300/500 mètres. Les reliefs haut-savoyards sont plus durablement accrochés. En plaine et basses vallées le temps est souvent sec, les éclaircies l’emportent sur les quelques bancs nuageux.
Cumul de neige depuis vendredi soir :


  • en Haute-Savoie : traces à 3 cm vers 700 mètres, 10 à 20 cm au-dessus de 1500 mètres.
  • en Nord-Savoie et Ouest-Savoie+Chartreuse : traces à 2 cm vers 700 mètres, 5 à 10 cm au-dessus de 1500 mètres.
  • ailleurs plus au Sud : traces tout au plus vers 1000 mètres, 1 à 3 cm au-dessus de 1500 mètres.
    Températures minimales comprises entre +1 et +3 degrés.
    Températures maximales comprises entre +4 et +6 degrés.
Isotherme 0° vers 700 mètres.
Vent modéré de Nord, sensible en haute-altitude.

Prévisions Météo Alpes

Des giboulées de neige jusque presque dans la plaine. Hivernal pour de vrai quand le blanc se dépose, saupoudre la terre sombre, les feuilles mortes de l’automne. Premières neiges de l’année pour ceux qui vivent en bas, de quoi se rappeler tous les hivers passés, les regarder tomber, ces morceaux de nuages, tranquilles et décidés qui nous rassurent un peu sur les saisons qui passent. Juste une première marche, ensuite monte l’escalier au grenier des souvenirs et dans nos réflexions de quoi nous occuper tout le reste du jour, comme un brin d’herbe sèche à mâcher pour la route, comme un vers de Baudelaire calé dans le coin de la tête pour la journée qui vient

Neige !

En passant, petites images glanées au gré d'ici ou là.
Queige, Beaufortain, septembre 2023

Neige ! Neige ! On s’exclame, on s’écrie quand on voit du nouveau, et même encore plus, du nouveau qu’on attend. On crie encore plus fort quand on attend longtemps. Crier, Neige ! Comme on a crié, Terre ! En découvrant une île, en arrivant chez ceux qui vivent depuis toujours sur ce morceau de terre et qui rentrent chez eux après la pêche du jour sans jamais crier, Terre ! Crier, Neige !ce jour-là parce qu’elle est nouvelle, blanc posé sur le vert, et non pas blanc sur blanc, on ne criera plus neige quand il faudra encore déneiger le chemin pour sortir de chez soi et qu’on attend déjà depuis un bon moment que revienne le printemps. Pour l’instant c’est nouveau, ce blanc sur les sommets, c’est joli, c’est tout neuf, ça nous change la vue. On la sentait venir la blancheur de l’hiver, aux bêtises des enfants dans la cour de récré, sensibles au temps qu’il fait autant qu’au temps qui passe quand viennent les vacances. Le temps passe et repasse suivant qu’on parle des jours ou des nuages hauts qui déposent le blanc. Un même nom pour deux choses, on pourrait s’y tromper si on parlait trop vite sans donner le contexte. Alors vite on compare les dates des premières neiges dans les années d’avant pour mêler temps et temps. Toutes ces heures pareilles, toutes d’autant de secondes et autant de minutes, mais pas la même taille et pas la même place dans nos souvenirs à nous et dans nos vies à nous. L’étonnement du contraste, l’importance du contexte c’est sûrement pour ça que le temps et le temps portent le même mot, qu’ils vont si bien ensemble, qu’ils ne vont bien qu’ensemble, car quand l’un tourne en rond l’autre déplie son long

20230227

"De temps en temps", ça commence par la météo, et ça continue avec ce qui vient en tirant sur le fil

Mitigé. Alternance tout au long de la journée de passages nuageux élevés mais parfois épais, et de périodes ensoleillées (franches du centre de la Savoie au Sud de la Haute-Savoie). En Dauphiné et frontière italienne les débordements nuageux sont plus étendus et durables (flocons en Haute-Maurienne).
Températures minimales comprises entre -3 et +1 degrés.
Températures maximales comprises entre +8 et +12 degrés.
Isotherme 0° vers 900 mètres.
Vent modéré à localement sensible de Sud-Est.
Prévisions Météo Alpes

Mitigé. La neige, c’était pour hier, maintenant on repasse au sec, juste pour montrer que le temps pourrait, s’il le voulait, nous faire un vrai hiver. Mais là non. Il préfère son style à lui, froid, encore juste un peu, et éclaircies, voire beau. Hier on avait saupoudrage. Un peu de blanc d’hiver sur le sol sombre et sec, une neige éphémère qui va devenir bien vite juste quelques gouttes d’eau, à peine un souvenir. Transition. Confusion, tâtonnement et flottement au changement de saison, une valse hésitation entre les mois tout blancs et puis les mois tout verts. Hier la neige était sucre glace sur la gaufre ou épices dans la sauce, importance du dosage, comme il est d’habitude, de bon ton, de bonne guerre, de tester pour savoir, de goûter pour connaître. Alors tu feras pareil pour l’histoire à venir, pour doser les images, les adverbes et le rythme et pour faire de ton texte un moment de lecture, un peu plus qu’agréable, au-delà des mots à lire, peut-être à réfléchir. Challenge à réussir ou au moins à tenter