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Fin de mi-avril 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Encore une de ces semaines avec deux lieux distincts, même trois lieux si on compte le trajet et la pause citadine au milieu. Commencer par Chausey, archipel de la Manche, pas trop loin de Saint-Malo, à peine plus d’une heure de bateau et on est dans un monde qui n’est plus vraiment le nôtre. Ici rien ne se fait sans penser la marée. Sorte de magicienne, elle fera apparaître, mais aussi disparaître, des îles et des îlots, des rochers, des passages, des plages et des vasières. Oublier la marée serait se condamner à ne visiter qu’une île et un seul paysage quand on pourrait en voir des dizaines, des centaines. S’asseoir sur un caillou ou sur une dune de sable voire même sur le banc d’une des rares maisonnettes, et regarder la mer qui fait naître des îles ou en fait disparaître, loin là-bas l’horizon et peut-être l’ailleurs, à nos pieds les bulots tous autour de leur mare, un couple d’huitriers-pie en costume yin et yang, les rochers et les algues, leurs lascives caresses, tout là-haut les nuages et puis quelques oiseaux, le jet d’eau d’un couteau, la bossette d’une praire pour savoir où gratter pour avoir à manger et de quoi partager avec d’autres habitants. Conversations du soir quand le calme est revenu, le soleil apaisé, la navette repartie vers les ports de la côte. Alors, tout simplement avec tout ce qu’on a vu en une seule marée, avoir de quoi refaire toute la philosophie.
Et puis devoir partir même si promesse est faite en crachant sur l’estran qu’on reviendra par ici, et si possible très vite, pas possible autrement.
De la mer à la montagne, pause par la capitale, et un peu l’impression que la notion de temps est liée à celle de lieu. Ici on n’a pas le temps, on se presse, on s’empresse sans tenir aucun compte de la nature qui, ici, n’est que décoration, faire-valoir, anecdote.
Retour à la montagne et se mettre à comparer ce qui est devant la fenêtre avec ce qui reste rangé dans les souvenirs de l’avant du voyage. La neige a bien fondu sur la montagne d’en face, les herbes ont tant grandi qu’on ne les reconnaît plus, les graminées en tous genres ont maintenant leurs plumeaux, pas juste les longues feuilles qui disaient leur jeune âge. Des feuilles sur tous les arbres, parfois encore petites, parfois déjà adultes. Ne serait la couleur encore jeune et toute douce des arbres qui viennent juste de se vêtir pour l’été, on pourrait déjà croire que le printemps est loin et chercher les zones d’ombres pour reposer les yeux éblouis de trop de lumière. Les chemins se tachent de blanc, de coups de projecteur pour venir mettre en valeur tel endroit où tel autre, la lumière doit choisir où elle vient se poser, où elle peut s’immiscer entre le rideau des feuilles. Finis les temps tranquilles, de l’hiver et du froid où le soleil pouvait se poser n’importe où sur le chemin entier. Retour aux habitudes, à l’écoute des oiseaux qu’on reconnaît tout de suite, habitudes des pieds qui savent où se poser, qui savent le solide de la roche, de la terre après avoir glissé, pataugé, dérapé sur le fuyant du sable qui mange jusqu’aux empreintes si l’eau le laisse faire. Sur le versant d’en face, les arbres au feuillage neuf, taches claires et lumineuses nous feraient presque penser qu’elles sont issues de trous dans l’ombre des nuages où se poserait le soleil, comme sur le sentier couvert par le sous-bois.