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Fin février 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Grande semaine de grand beau. Du bleu, encore du bleu, un bleu éblouissant. Juste quelques nuages pour qu’on puisse se souvenir que les nuages existent et qu’ils nous disent tout bas, au creux de nos regards de penser à d’autres choses qu’à ces choses qu’on voit, des animaux, des cartes, des souvenirs oubliés, penser à des oiseaux quand on voit des nuages.
Avec le bleu, le beau et puis avec le chaud, les plantes se réveillent, les bourgeons s’ouvrent en feuilles, les fleurs pensent pétales et les chatons fleurissent sur les branches de grands arbres. Les chatons de noisetiers ont perdu de leur jaune et leur heure est passée, maintenant c’est le tour des grands saules marsault, encore dit saules des chèvres qui regroupent à leurs pieds, une fois pollinisés, d’adorables peluches, cotonneuses à souhait. Profiter des bourgeons, des feuilles nouvelles nées, pas encore grignotées, pas encore abîmées, pas encore vieillies, ternies, usées, flétries, aux formes encore parfaites, conformes aux jolies planches des ouvrages botaniques. Regarder les bourgeons et puis jeter un œil par-dessus son épaule pour quand même vérifier que le froid n’est pas là, caché en embuscade pour abolir tout ça d’un coup de gel narquois. Le froid on n’y croit plus avec cette semaine qui nous a presque vus sortir les bras des pulls et la tête des bonnets, pourtant le calendrier, les primevères bien serrées contre l’adversité, nous mettent encore en garde même si on sent déjà un goût de confiture en regardant la rhubarbe sortir ses premières feuilles encore toutes plissées, encore toutes brillantes de leur récente naissance.
Les hauts sont encore blancs, mais les bas déjà verts et si on ne fait pas de bruits, pas de mouvements trop brusques, pas de choses trop bizarres, on pourra parfois voir, des groupes de chamois qui descendent se nourrir, se gaver de verdure, toute tendre et délicieuse, pour le plaisir de nos yeux de se sentir parmi eux, presque un peu acceptés, presque une permission de nous émerveiller devant leurs silhouettes.
En profiter aussi pour aller se promener, maintenant qu’on voit plus loin que le bout de ses chaussures derrière les rideaux occultants de la pluie. Revoir les paysages, les sommets enneigés qui contrastent encore clairs sur les forêts du bas, sombres, encore plus sombres maintenant que la neige en équilibre instable sur les aiguilles, les branches et les rameaux a fondu depuis longtemps.
Les journées sont plus longues, la lumière plus présente, les oiseaux plus actifs, emplissant tout l’espace de leurs chants, de leurs appels aussi de leurs rappels : dans le paysage sonore, on est ici chez eux. La chaleur sur la peau dépasse les moments de la simple anecdote, tout ça dit le printemps, même si on sait bien qu’on doit encore attendre pour y être complètement, on a quand même envie de se laisser convaincre par ce titre accrocheur, là sur la couverture

Début de mi-octobre 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Semaine de beau temps, avec quelques nuages : alternance hasardeuse, sans régularité de passages nuageux, épais ou diaphanes et de belles éclaircies, voire de journées toutes bleues. Une semaine de pas de pluie, une semaine de de pas d’eau une fois la rosée bue par les plantes avides et le chaud des journées. Sur les arbres tout autour, les feuilles prennent doucement les couleurs de l’automne. Ou les couleurs du sec. Question dont la réponse ne changera pas grand-chose à la couleur des feuilles, mais les rouilles et les feux et les fauves, comme les rouges et les jaunes sont maintenant sur les arbres, qu’ils viennent du temps qui passe ou bien du temps qu’il fait. Sur les feuilles, le vert laisse doucement la place, poussé loin par les ocres et les bruns et les terres. Parfois on voit les verts se regrouper d’abord le long des grosses nervures pour ensuite s’en aller, s’éloigner de la feuille vers l’ailleurs où on ne le verra plus, le vert qui reste caché tout l’hiver sous l’écorce, une fois préparés les bourgeons déjà là pour les printemps prochains.
Certaines n’attendent pas, elles ne préparent rien et profitent de tout ce qui n’est pas encore le gel, orties ou pieds de menthe ne se préoccupent pas de nos calendriers, de lents préparatifs qui se font chez les arbres, elles poussent et font des feuilles toutes jeunes et duveteuses tant qu’elles peuvent le faire. Plantes de carpe diem, vivaces ou annuelles, à rhizomes, ou à graines, chacune sa stratégie, chacune de son côté, elles poussent et laissent pousser pour renaître au printemps ou juste se réveiller, quelle que soit la méthode pourvu qu’on ait le vert.
L’automne vient se poser de façons différentes suivant les espèces d’arbres, suivant l’humidité, la lumière et l’endroit, poussé de-ci de-là par toutes les autres vies qui habitent la forêt. Insectes, champignons, maladies, ou juste un vieux bobo un soir de trop de vent, sur chaque feuille on peut lire une histoire différente. Petits points ou bien plaques, déchirures ou couleurs qui se diffusent lentement sans uniformité, accident de croissance ou accident tout court, feuilles tachetées, ocellées, feuilles d’arbres léopards. À lire ainsi chaque feuille on découvre doucement tout un monde écrit là, une histoire d’arbre monde à lire en feuille à feuille.

Automne

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

C’est l’automne. Nos nuits sont plus longues que nos jours. Toutes les couleurs chaudes se déposent sur les feuilles jusqu’à les alourdir des chaleurs de l’été, jusqu’à les faire chuter sous le poids de leur vie. Bientôt les arbres seront bois, apprêtés pour l’hiver. Un peu de nostalgie chez l’humain qui s’habille quand la forêt se dénude, en ces temps frais d’octobre quand toutes les teintes chaudes nous annoncent les airs froids. Les couleurs de l’automne sont aussi celles du feu qui viendra réchauffer les mains tendues vers lui, réconfort bienfaisant quand la nuit vient trop vite. Le feu qui s’occupera de ce qu’on met dans la poêle, de châtaignes ou de pommes pour en faire des repas comme on faisait avant. L’automne c’est la saison où on sort le panier, le couteau recourbé et le bâton gratouilleur : on va aux champignons. On mettra une bonne veste et des chaussures solides. Aller aux champignons n’est pas juste une balade, car ils poussent rarement au milieu des chemins, alors il faut fureter, aller s’entortiller dans les arbres tombés et les pentes un peu raides, déraper sur l’humide. Le nez au ras du sol et le dos tout courbé, on se dit que l’évolution, dans le cas des champignons, aurait quand même mieux fait de nous laisser à quatre pattes. Il y a les ombrelles jaunes, chapeaux pâles ou bien sombres, les brillants et les mats ou encore ces trompettes qui ont ma préférence, qu’on reconnait à leur forme et à leur velours sombre. Aller aux champignons c’est s’occuper de l’espace d’une façon différente, loin des chemins ou seulement en guise de repère ou pour faire le retour quand la lumière s’échappe et que le soir s’installe. Même sans regarder l’heure on pensera à rentrer, ce serait notre côté feuille, sensible à la lumière, peut-être la chlorophylle bien cachée dans nos têtes, ou le nitrate d’argent des photos noir et blanc, ou juste les pages du livre qu’il nous tarde de retrouver, car l’automne laisse le temps, avec ses nuits plus longues, pour des lectures plus longues, pour ne pas laisser longtemps nos pensées sans leurs feuilles, indispensables feuilles, que ce soient celles des arbres ou bien celles des livres

La symétrie

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

Une tige végétale, rectiligne, au moins fil, si elle n’est pas toute droite, alors suivre la route, et puis de chaque côté, une feuille, une feuille, une feuille et tout au bout, une feuille. Une feuille symétrique qui se plie sur elle-même comme on prend dans ses bras, nervure contre nervure en laissant au sommet, une artère centrale, une colonne vertébrale, une arête bien spéciale, ou ces muscles si puissants qu’ils font bouger les ailes et soulèvent dans les airs des oiseaux tout entiers. Symétriques les épaules larges et fortes des nageurs qui papillonnent en chœur quand l’insecte délicat arbore un tableau de maître sur chacune de ses ailes, symétrie dès qu’on pose les yeux autour de nous, sur les oreilles du chat, le lac et ses reflets, les deux yeux ronds d’une mouche, ou le prénom d’Hannah qu’il soit dit ou écrit en lettres majuscules. Symétrie dans les airs des insectes aux oiseaux, symétrie dans les eaux, des nageoires des baleines jusqu’aux pinces du crabe. Par rapport à un point, à une droite ou un plan, la symétrie est là pour simplifier le dessin, la moitié d’un visage et l’autre par symétrie, symétrie si présente qu’on pourrait presque croire qu’on peut connaître le monde en visitant seulement un de ses hémisphères et savoir dans une guerre qui a raison ou tort en se fiant seulement à un unique son de cloche. Mais ce serait trop facile. L’humain est symétrique dans sa majorité, mais il n’a qu’un seul cœur placé d’un seul côté, nos deux pieds sont semblables, mais marchent en alternance et le livre grand ouvert n’a pas les mêmes mots écrits sur les deux feuilles qui se posent l’une sur l’autre quand on tourne la page. Il suffit finalement d’un tout petit grain de sable, un glissement si discret qu’on le remarque à peine pour que la symétrie devienne l’asymétrie. Le savoir, donc pouvoir tout autant s’en méfier qu’en profiter pleinement en pensant à l’image de ce fou de Bassan photographié de face, deux yeux, deux demi-crânes, et deux ailes symétriques, oiseau encore plus beau lorsqu’on fait son portrait avec la plume d’un autre calée au coin du bec

Pour le portrait du fou, dont je parle à la fin, c’est chez Nicolas Orillard-Demaire et en bandeau du site

Feuilles

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un 
peu trop vite

Feuille à feuille, mot à mot, les lire et les relire, en suivre les petites lignes jusqu’à la feuille suivante et le long du pétiole qui nous mènera au tronc, au mystère des racines, aux racines du mystère. Feuille de route, feuille volante, feuille simple ou bien feuille double pour les compositions en souvenir de l’école et de ces feuilles blanches qu’il nous fallait noircir comme les feuilles d’un livre quand les vraies feuilles dehors ondulaient dans le vent et chantaient leurs sourires pour nous réconforter à chaque coup d’œil furtif glissé par la fenêtre. Mélanger feuilles et feuilles en un herbier espiègle, entendre par écrit parler des arbres en vert, mélanger feuilles et feuilles pour le bonheur du vert, des feuilles qui vont par quatre chez le trèfle et tant d’autres, que l’on cherche en aiguille dans une meule de foin ou en phrase si belle qu’on en ferait citation tout en ayant, bien sûr, oublié de noter où elle était logée parmi le grand dédale de toutes les pages du livre. Mais ne pas croire, quand même, naïf ou encore vert, que toutes les plantes sont bonnes à se faire cuisiner, que toutes les feuilles de chou ont juré vérité, même si elles trompent rarement lorsqu’elles annoncent du noir, du terrible et des guerres quand les seules mortes qu’on aime ce sont les feuilles mortes qui nous parlent de l’automne, pour leurs couleurs de feu et leurs annonces de fruits. Alors sous les grands arbres, reprendre vie en lisant, rester dur de la feuille quand sonnent les lettres mortes et leurs fantômes pâles, avoir peur des pages blanches comme on a peur du noir dans l’enfance de nos nuits, aller chercher ailleurs d’autres pages plus suaves, ne pas juste lire en boucle des genres qui seraient l’air que la rainette recycle entre bouche et poumons pour nous livrer son chant, mais vivre le feuille à feuille en guise de bouche à bouche pour contempler le monde loin de toute feuille de vigne