Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors
La fin du mois de mars c’est encore le mois de mars, le mois des giboulées, du temps qui change vite, qui fait les éclaircies aux si jolies lumières et les averses soudaines qui vous laissent le temps de regarder, bien calé à l’abri sous un porche, sous un arbre, sous une avancée de toit, les gouttes se poursuivre, se suivre et s’assembler, indistinctes, dans des flaques éphémères. Ce temps de giboulées sera peut-être encore là quand avril arrivera, alors aller piocher dans les mots des Allemands qui disent April Wetter pour ces météos-là. Mais, quelle que soit la langue pour dire le phénomène, resteront les lumières qui viennent mettre en avant un endroit bien précis, précisément choisi dans tout le paysage qui est là sous nos yeux, juste un rond de lumière sur fond de nuages sombres. Ce petit lieu choisi, y rester attachée, même quand la pluie revient ou lorsque le soleil inonde à nouveau l’en face sans distinction. Neige, soleil, gris, grand beau, une journée sur un pied et une journée sur l’autre, comme pour la marelle dessinée dans la cour, le cloche pied sur les chiffres et tout en haut, le ciel. Et juste avant le ciel, dans ma marelle à moi, tout en haut de la montagne, toujours le petit lac. Aller y voir pour voir où il en est, le lac, de ses saisons à lui. Sans être beaucoup plus haut, il est un peu plus haut que l’endroit d’où j’écris, encore un peu de neige sur le chemin qui y mène et puis un peu de glace sur sa surface à lui. De la glace pas partout, mais aux endroits à l’ombre, une peau de géométrie, d’étoiles et de triangles, presque aussi rectilignes que des traits de lumière. La lumière qui se pose aussi à la surface et va chercher au fond, tout au fond du petit lac, les couleurs oubliées des feuilles de l’automne. Les couleurs de l’automne retrouvées sous les glaces, mais le froid reste encore pour masquer les odeurs. Un peu de nostalgie en pensant à octobre, au début de novembre et aux cèpes, aux trompettes, ou encore aux girolles. Et un peu d’impatience en attendant les fleurs qui ne dispensent leurs parfums que contre un peu de chaleur. Les fleurs sous la neige, contraste en jaune et blanc aux branches du forsythia et confusion des blancs entre celui des flocons et le pâle un peu rose des fines fleurs des pruniers. Il neige des pétales, c’est peut-être en hommage au grand jour des nuages, journée internationale des nuages, quand des nuages, pourtant, on en voit tous les jours juste en levant les yeux. Et puis aussi des jours où on ne voit que du gris, où on voit tout en gris. Moins d’oiseaux à chanter et moins d’oiseaux à voir, mangés par le brouillard dès qu’ils quittent la mangeoire, l’envie de rester en boule sous cette couette de nuages en attendant le clin d’œil d’une lecture qui réchauffe et nous redonne l’envie d’aller voir les cassis qui dévoilent les grappes de leurs futures fleurs et de leurs futurs fruits, des boutons qu’on aimerait pouvoir manger tels quels sans attendre tout le temps qui nous sépare encore des récoltes au soleil, celles qui font les doigts bleus comme les mots pêchés à la plume du stylo
Lerwick – Toft ferry terminal sur Mainland – Ulsta ferry terminal sur Yell – Gutcher ferry terminal sur Yell – Belmont ferry terminal sur Unst – Belmont, Chez Simone – Château de Muness – Clivocast standing stones – Lund – Baltasound Final Checkout Cafe – Baie de Haroldswick – Baie de Norwick – Saxa Vord – Haroldswick Victoria’s Vintage Tea Rooms – Belmont ferry terminal – Gutcher ferry terminal – Ulsta ferry terminal – Yell – Toft ferry terminal – Lerwick
La première fois sur Unst, c’était le 30 avril pour aller observer les oiseaux dans la réserve naturelle de Hermaness. Aujourd’hui, ce sera pour l’île elle-même, ses vestiges historiques, ses églises, son architecture et sa géologie. Y compris ses installations militaires avec la station radar de Saxa Vord dont le dôme blanc est bien visible depuis Hermaness et les cafés de l’île aussi, évidemment.
Pour commencer, prendre la route du nord vers le terminal de Toft d’où part le ferry pour Yell. Une route déjà connue, parcourue plusieurs fois, le plaisir de reconnaître des visages aux comptoirs, de retrouver des lieux, presque de se sentir chez soi en retrouvant ses repères, les petites choses qui diffèrent, se sentir doucement pouvoir presque faire partie des habitués. Et aussi mieux pouvoir se concentrer sur d’autres choses que sur la découverte, remarquer un détail, une couleur, une odeur, peut-être une petite chose qui nous rendra l’endroit plus cher, plus familier. Un premier bateau, donc, on ne cherche plus les toilettes, on choisit la place près de la fenêtre pour mieux voir le départ ou pour avoir du calme, ou pour voir l’arrivée longtemps avant d’y être, profiter du voyage comme tous les initiés, abonnés au passage. Traversée de Yell sans regarder la carte, en se repérant à la forme de la côte, la présence d’une maison, la couleur d’une cabane, d’une porte. Et les panneaux aussi, si précieux le premier jour, que l’on voit maintenant comme de simples repères au même titre que la boîte aux lettres rouges coiffée de sa couronne. Pas d’arbres aux Shetland, enfin vraiment très peu et seulement dans des endroits protégés, donc pas de bosquets remarquables, mais des reliefs variés, petites buttes, longues plaines, vallées et lochs, de quoi se repérer sans aucune difficulté, d’autant plus si on a déjà fait le trajet à peine quelques jours auparavant.
Aujourd’hui, pas d’oiseaux qui nous attendent, pas de rendez-vous fixé, donc le temps de s’arrêter sur tout ce qui nous arrête. Comme sur le port de Belmont, à l’arrivée du ferry, quelques maisons face à la mer, et la terrasse du petit café « chez Simone ». Café, pas dans le sens où on l’entend d’habitude. Il y a bien du café, ce qui justifie le nom et l’arrêt. Ouvert à tous les vents, pas de vitres, pas de porte, mais du café et autres boissons chaudes ou froides, des gobelets en carton, on se sert et on paie. Pour le reste, compter sur l’envie de retrouver un peu de réconfort et de convivialité, un peu d’humanité à un prochain passage ou bien juste l’envie de voir fleurir plus souvent ce genre d’initiatives pour regarder la mer avec les mains et le nez dans les odeurs familières du café, la confiance en l’être humain.
Prochaine étape, Muness castle. Prendre la route A968, la grande route, la seule qui sort de Belmont et rapidement, obliquer à droite vers Uyeasound. Port de pêche, baie bien abritée de quasiment tous les vents, y compris ceux de sud avec l’île de Uyea, en forme de canard qui ferme la baie comme un couvercle. Un endroit idéal pour construire un château, pas trop près de la mer, mais pas trop loin quand même, juste un peu à l’écart. Encore de vieilles pierres et une très longue histoire. Des retrouvailles aussi, avec des noms connus, déjà entendus ailleurs : Bruce. Unst est l’île habitée la plus au nord des Shetland, donc une potentielle porte d’entrée pour les envahisseurs de tous horizons. Muness Castle est une maison-tour, une habitation fortifiée. Construit en 1598 pour Laurence Bruce of Cultmalindie, demi-frère de Robert Stewart, premier comte des Orcades. Le château est ensuite passé d’héritier en héritier sur quelques générations avant d’être attaqué et incendié en 1627 par des pirates-corsaires venus de Dunkerque, voleurs et pilleurs plus ou moins officialisés par le contexte d’escarmouches et de batailles principalement navales qui ont eu lieu entre la France et l’Angleterre durant la guerre de Trente Ans. Il semble que le château n’ait, par la suite, jamais été totalement réparé. Sans toiture, il est vendu par la famille Bruce en 1718. Actuellement, le château est protégé au titre des monuments historiques, les murs épais du bâtiment rectangulaire et les tourelles rondes au nord et au sud sont encore en bon état, les meurtrières sont encore bien visibles dans les murs au-dessus de l’entrée principal et des vues aériennes semblent mettre en évidence la présence possible d’un jardin au sud-ouest du château. Beau temps aujourd’hui, par l’une des ouvertures intactes, on a vue sur la lessive qui sèche au vent sur le fil de la maison voisine. Rappel bienvenu des réalités de la vie quotidienne, même si pour ce château, on imagine une vie rude et davantage tournée vers la guerre que vers les réceptions et les plaisirs de la vie de château. Mais les petites ouvertures, les murs épais et les tourelles ont permis de garder presque intact ce bâtiment vieux de plus de 400 ans. Pas sûre que le béton, même armé, puisse en dire autant dans quatre siècles.
Pas très loin du château, Clivocast et un très grand pas de plus dans le passé avec des pierres dressées à l’endroit où fût tué le fils du Viking Harald Harfager vers l’an 900. Un peu plus tard dans l’histoire, au hameau de Lund, les ruines d’une église médiévale de style celtique du douzième siècle et son cimetière, Saint Olaf’s Church. Ici aussi, pierres verticales pour rappeler le souvenir des disparus. Des monuments à la mémoire des défunts également à l’intérieur de l’église, avec des monuments commémoratifs pour la famille Mowat (ou Mouat) et une dalle de pierre hanséatique de 1573 marquant la tombe de Segebad Detkin, un riche marchand de Brême. Toute l’histoire complexe et les influences multiples qu’ont subies les Shetland se trouvent réunies dans cette église et son histoire. À commencer par le saint à qui l’église est dédiée, Olaf, prénom norvégien, ainsi que les nombreuses croix celtiques. Le serpent sculpté sur le linteau de la fenêtre sud pourrait provenir d’une sculpture picte, ici réutilisée, jusqu’au monument édifié pour le marchand de Brême qui atteste de l’importance du commerce avec l’Europe du Nord et du poids, y compris spirituel de cette activité sur la société shetlandaise de l’époque. Il semble d’ailleurs que le site de Saint Olaf’s Church fasse encore partie des sites que les historiens et les archéologues estiment comme prometteurs pour des découvertes futures.
Sur la route, s’arrêter sur des curiosités, comme cette dépendance près d’une maison ordinaire près de Baltasound. Les murs sont tapissés de publicités, de flyers, d’affiches. Et la porte est un cercueil, pareillement décoré. Aucune indication qui puisse donner des informations sur cette déco étonnante, peut-être juste le côté excentrique que l’on prête facilement aux Britanniques.
Pause plus classique ensuite, avec un cappuccino au Final Check Out Cafe de Baltasound, sorte de commerce tous services comme il en existe souvent dans les lieux un peu éloignés : épicerie, distributeur de billets, garage, pompe à essence et café ainsi que de quoi se restaurer, et des toilettes publiques. L’accès extérieur du café se confond presque avec celui du garage, mais à l’intérieur, tout est fait pour répondre aux besoins des habitants comme des gens de passage.
Passage rapide dans les ruines de la Old Unst Kirk datant de 1764. Édifice rectangulaire qui fait penser à une halle, murs épais en grés et enceinte extérieure couronnée de cailloux verticaux comme pour les murets délimitant les champs qui empêchent les moutons et autres poneys d’aller se promener là où leur envie les mènerait. Un peu plus loin, une autre église en ruine, Hillside Free Church, datant de 1843 et reliée à un ancien presbytère, édifice assez bas dont les murs sont encore en bon état malgré son absence de toit, les deux frontons intacts, l’un portant encore la niche pour une cloche. Le long de la Beach Road vers Clibberwich, retour à un patrimoine naturel et vivant avec des phoques qui se chauffent au soleil sur les rochers au ras de l’eau, des poneys dans un champ. Les statistiques météo ne nous avaient pas préparés à tant de temps sec et de ciel bleu, mais depuis le début du séjour, nous comptons plus de jours ensoleillés qu’il n’y en a d’habitude en cette période. Et nous ne sommes pas les seuls à en profiter, avec un peu d’imagination, on pourrait presque entendre ces phoques ronronner…
Pour aller sur la plage de Norwick, tourner à droite à l’arrêt de bus. Derrière, un canoé attend qu’on le ramène dans l’eau et un tas de filets de pêche mêle ses mailles avec les herbes folles du bord de la route. Sur la plage, le soleil se reflète sur le sable blanc, sur les murs blancs passés à la chaux de la maison traditionnelle shetlandaise au bout de la route, alors baisser les yeux, les laisser se poser sur les cailloux qui racontent l’histoire géologique de ces îles. Amas de roches portées par les marées, rochers de granit issus de la collision entre les deux plaques continentales, l’histoire de ces îles est celle d’un affrontement, de plaques qui se poussent, de la zone de contact qui s’élève, de volcans, de lave, d’éruption, de terre qui tremble de forces qu’on admire, qu’on craint et qu’on vénère, qu’on essaye de comprendre sans rien pouvoir y faire. Juste maintenant que le calme est relatif depuis quelques millénaires, admettre que, depuis toujours, ces îles sont une terre de rencontre. Rencontre un peu plus loin, encore, de l’eau venue de la terre, d’un ruisseau brun de tourbe, couleur brune du whisky qui va aller rejoindre le froid bleu de la mer, caché pour aujourd’hui sous une lame de métal, légère et argentée qui reflète le soleil.
Pour l’étape suivante, prendre un peu de hauteur et lever les yeux du sol pour admirer tout le reste, les paysages, le ciel. Il nous faut une colline ! Le point culminant de Unst est Saxa Vord, 285 m d’altitude. Une particularité qui n’a pas échappé aux autorités militaires qui y ont installé une station de radars dès 1941 avec un premier site à Skaw, doublé durant la deuxième guerre mondiale d’un autre radar à Saxa Vord. Le premier site est rapidement fermé, en 1947 au profit du deuxième, utilisé pleinement durant toute la guerre froide, notamment pour sa proximité avec la Russie. Le site tombe ensuite en désuétude pour être fermé en 2006, mais repris dès 2017 pour observer de nouveau la Russie, entre autres, même si sur place, le plus grand ennemi du radar lui-même reste le vent avec des installations qui se sont envolées lors d’une pointe mesurée à 285 km/h en janvier 1956. La colline détient le record britannique non officiel de vitesse du vent, qui a été enregistré à 317 km/h en 1992, juste avant que l’équipement de mesure ne s’envole. Pas d’arbre sur cette colline, donc, c’est un atout pour observer le ciel et l’espace sans être gêné par des obstacles terrestres (à part le dôme du radar et les quelques installations terrestres adjacentes, quand même). Une association a installé sur place un parcours avec des panneaux donnant des informations sur le système solaire et l’espace en général, ainsi que, sur la colline de Saxa Vord, un banc spécialement placé et équipé pour permettre l’observation des aurores boréales en écoutant un choix de musique. L’endroit, si désert en apparence soit-il, attire de nombreux projets : une distillerie y est implantée qui produit du gin (Shetland Reel Gin) et réalise des assemblages de whisky venus de la grande île d’Écosse. Un projet de complexe touristique et une basse de lancement pour satellites apparaissent également dans la liste des résultats lorsqu’on fait des recherches sur l’endroit. De nombreuses idées différentes qui font parfois douter de l’authenticité des panneaux d’interdiction de circulation qui menacent les extraterrestres contrevenants à être déportés sur Mars par la police de l’espace…
Histoire de se remettre de tout ça, un cappuccino s’imposait et si possible avec une jolie vue puisque le soleil est toujours bien présent. Victoria’s Vintage Tea Rooms à Haroldswick est l’endroit parfait. Cappuccino délicieux et décor vintage, comme le nom l’indique, avec profusion de bibelots et de napperons en dentelle, mais un accueil aussi chaleureux que la déco est kitsch, donc un bon moment, une pause tranquille avant de reprendre la route dans l’autre sens, enchaîner les ferries et rentrer à Lerwick.
Nous arrivons à l’heure où la lumière s’incline avant de se coucher, idéale pour aller prendre quelques photos en ville, puis soirée tranquille, demain matin nous nous levons tôt !
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Hier il faisait pluie, brume, brouillard, nuages et nuageux. Un temps qui cache, qui occulte, qui dissimule le bout de la route, le bout du champ, l’autre côté de la vallée, l’autre côté du chemin. Il a plu, presque neigé. Une fin étonnante pour une semaine de beau. Avoir oublié l’eau pendant presque six jours et reverser tout d’un coup, sur une seule journée les recommandations pour une semaine entière. Recommandations d’eau pour avoir une forêt, une montagne, des ruisseaux et des plantes, tout ça en bonne santé. Des recommandations qui vivent d’empirique, de souvenirs de sécheresses ou bien d’inondations, de récoltes fantastiques. Les plantes en ce moment sont toutes frêles et fragiles, on tremble vite pour elles et on est rassurés quand le quota d’eau tombe comme il devrait tomber dans l’idée qu’on s’en fait, sans trop et sans trop peu et avec la douceur qui abreuve, pas la violence qui noie, qui hache et qui emporte. Bourgeons tendres, premières feuilles, nouvelles tiges et des fruits qu’on reconnait à peine comme de futurs fruits, drapés dans les pétales d’une fleur à peine éclose. Étonnant reste toujours l’échelonnement du printemps, du signal du départ pour une plante ou une autre, pour une bête ou une autre. Semaine de commencement, d’attente, d’observation. Certaines plantes n’hésitent pas et exhibent toutes leurs feuilles, leurs fleurs, leurs nouvelles branches quand pour certaines autres, tout reste encore tranquille comme au mois de janvier. Alors juste se pencher sur autre chose que sur ce qui nous semble évident, sur les liens, les relations entre les plantes elles-mêmes, question d’ensoleillement, de besoins différents, de lien aux animaux, aux insectes, aux petites bêtes qui viennent polliniser, squatter, entretenir ou manger tout ce qui sort de terre, tout ce qui sort de bois. Le bois, l’arbre, voir un arbre coupé, les anneaux concentriques qui disent les années qui disent le temps qu’il faut pour qu’un arbre soit arbre, qu’il faut pour faire du bois qu’on dira matériau comme toute autre ferraille, composite ou plastique. Un arbre c’est du temps, un peu d’eau, de la lumière et quelques éléments qu’on trouve dans le sol, immense être vivant qui commence simplement avec une banale graine. En ce moment elles germent, même au milieu du chemin. D’abord deux feuilles toutes simples qui sont souvent bien loin de la forme de celles qui diront tout de l’espèce une fois dépliées. À ce stade de l’arbre, le tronc est une fine tige quasiment translucide qu’on peut anéantir d’un pincement de doigts. Et dans quelques années, dizaines, centaines d’années, la malingre plantule sera devenue un arbre, un chêne, un hêtre, un frêne ou un pommier. Juste lui laisser le temps et se donner le temps de se faire à son échelle, de bien garder en tête ces graduations de temps qui nous laissent le temps de voir chacun à son tour ouvrir ses fleurs, ses feuilles, une façon aussi d’étaler la saison pour que, comme les insectes, on puisse profiter de toutes les floraisons sans avoir à choisir jusqu’à en oublier, à en laisser passer sans pouvoir leur donner au moins un tout petit peu de l’attention nécessaire à connaître leur monde qui est aussi le nôtre. Ne pas manquer le petit point qui fera la différence, toute la différence, autant dans la nature que dans la littérature qui ne serait rien sans elle, et réciproquement
Quand on parle du Liban, certains mots s’entendent plus fort que d’autres, comme guerre, par exemple. Dans le livre de Gracia Bejjani, on entend guerre et on entend Liban mais on entend plein d’autres mots, des mots vus par le regard des femmes, par leurs paroles, par leurs vies de tous les jours, par leur cuisine, par leurs vestes chez le coiffeur, par leurs rencontres du matin autour d’un café et d’une cigarette, par leurs corps, celui d’une petite fille, celui des femmes, le corps qui découvre la sexualité, ses délices autant que ses violences, celui de celle qui est battue par son mari, corps de femmes qui se soumettent, corps de femmes qui résistent, corps qui parlent, qui nous parlent, qui parlent pour toute l’humanité avec une grande humanité. Et tout ça grâce à l’écriture de Gracia Bejjani, la même langue si belle que l’on retrouve dans les vidéo poèmes sur sa chaîne YouTube Un livre indispensable et un très bel objet, beau travail de l’éditeur Accro Editions
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Temps d’alternance, une semaine débordante de rebondissements, dans le bleu puis dans le blanc, entre le beau et le froid. Période de transition, ce ne sont pas des pics, plutôt des incursions d’une saison dans une autre, une période tissée des fils d’un temps et de l’autre, une récurrence prévue où toutes les météos nous semblent encore normales. Normal le grand ciel bleu avec la neige dessous, normale aussi la neige avec le gris partout et même normal le vert qui commence à pousser pour recouvrir la terre, le brun des feuilles d’automne toutes trempées de l’hiver. Sur le brun des feuilles mortes, toujours plus de couleurs, des couleurs différentes ou des couleurs semblables, qui déclinent leurs nuances. Le jaune évidemment, mais aussi du rose tendre, layette chez le prunier avec les fleurs qui tendent, éperdues, leurs longs bras-étamines vers les rares insectes qui sont déjà en vol. En hiver on perd vite l’habitude, le réflexe, de chasser une mouche d’un revers de la main, d’entendre les abeilles passer de fleur en fleur, le bourdon qui bourdonne, le moustique qui agace. Alors, aller sous l’arbre avec ses chatons jaunes qui assure la survie des premières téméraires des abeilles alentours. Au début hésiter et regarder plus haut, chercher l’hélicoptère ou autre fauteur de bruit, mais non ce sont bien elles, affairées, consciencieuses autour des doux chatons du saule toujours précoce tout au fond du jardin. Toujours chez les insectes, aussi quelques gendarmes, des papillons de nuit, mais surtout les fourmis qui ont refait surface sur le pont de leur fourmilière. Leur butte, tout l’hiver semblait vide et sans vie, brindilles enchevêtrées, excroissance incongrue et maintenant pleine de vie, une surface mouvante de petits corps affairés qui se hâtent et se croisent, se pressent, se précipitent pour remettre en état leur maison-forteresse après le long hiver. Changement du tout au tout dans la vie trépidante de la fourmilière, quand d’autres restent stables et égaux à eux-mêmes comme le cognassier qui depuis le bourgeon jusqu’aux feuilles et aux fruits, reste dans le duveteux, le laineux, le pelucheux. Peut-être sa façon à lui de rester emmitouflé pour les cas trop probables de ces gelées tardives qui font tant de ravages. D’autres que le cognassier tentent de brouiller les pistes avec les premières feuilles au sortir de la graine qui jouent l’anonymat, voire le reniement des feuilles qui viendront habiller l’arbre adulte. Trompeurs cotylédons qui vont parfois jusqu’à se coiffer de ce qui reste de l’enveloppe de leur graine pour qu’on ne les repère pas. Il faut dire qu’au début, ils sont bien vulnérables, ces futurs grands arbres aux troncs durs comme du bois. Alors, marcher doucement, pour n’écraser personne, ne déranger personne, pas même le souffle d’air qui amène à nos nez l’odeur douce des violettes ou met devant nos yeux la fière silhouette d’une biche, d’un chamois descendu profiter de ces tendres verdures comme on attaque, fébrile, le livre tant attendu d’une autrice admirée
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Une semaine de beau, de très beau. D’un beau presque inquiétant qui ne quitte plus le bleu. Vers la fin de la semaine, du bleu un peu pâli et rendu plus humain, moins parfait, moins total, par la présence dans l’air de sable venu d’ailleurs qui éloigne le lointain, qui l’effacerait presque, le dissimule, le rend plus mystérieux, moins net, moins évident. Des lointains à reconstruire avec les souvenirs, à regarder longtemps et avec attention pour avoir les détails, les finesses, les motifs, d’habitude accessibles même à qui se contente d’un coup d’œil distrait et sans application. Et parfois se résoudre : on ne verra pas le loin. Le bleu déjà au ciel, pour mettre le vert aux arbres, ne manque qu’un peu de jaune qui se répand déjà, aux endroits dégagés, au creux de toutes les fleurs. Des pétales ciselés, découpés, allongés, chacun d’eux a son jaune, du pâle à l’orangé, du duveteux au poli, des jaunes jeunes et pleins de vie, pas des jaunes de sécheresse, ternes, cassants et funèbres. Du jaune qui fait soleil même quand nuages et sable cachent l’éblouissant du jaune de notre étoile. Comme indice du printemps, en plus des premières fleurs, sortent les premières feuilles. Elles se déplient, hirsutes comme d’avoir trop dormi au sein de leur bourgeon, leurs habits tout froissés après ce long sommeil de tous les mois d’hiver. Mais c’est à nous humains, de nous frotter les yeux pour ne pas en manquer de ces naissances de fleurs, de ces déplis de feuilles, applaudir à chacune qui déploie ses capteurs avides de chlorophylle, capables de transformer la lumière en matière. Une matière encore frêle, fragile et vulnérable, mais qui grandit déjà, évolue de jour en jour et qui dans certains cas pourra finir en arbre, en géant de plusieurs mètres faisant ombre, fruits et bois après avoir été fluette tige et deux feuilles qu’on peut anéantir juste en passant trop près. Plus haut en altitude, la neige est toujours là, cumuls qui se protègent comme la foule se rassure de son immensité, froid protégeant le froid, seule la surface blanche subit le vent, le chaud, parfois aussi la pluie pour se faire étendue de vagues et de houle, de flux et de reflux, de ressac sur une plage. Alors on est touchés par les proximités de textures, de mouvements, de profils, de l’eau et de la neige, des montagnes et de la mer, rappels des différences qui ne sont que du temps et puis quelques degrés. Le printemps est aussi le retour de la vie sous sa forme animale de façon plus marquée. Marquée dans le sonore avec les oiseaux qu’on entend, qu’on écoute, qui pallient de leurs plumes les feuilles encore absentes sur les hautes branches des arbres. Bientôt le vert sera là et il les cachera, ces prodiges de chant et de légèreté qui fêtent en grands festins le retour des insectes. Manger ou être mangé, question qui reste la base de la vie au dehors. Alors, ouvrir bien grand les yeux et les oreilles tant que les équilibres restent en équilibre et nous donnent à vivre les réveils, les naissances, éclosions et retours en ce début de printemps.
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Grande semaine de grand beau. Du bleu, encore du bleu, un bleu éblouissant. Juste quelques nuages pour qu’on puisse se souvenir que les nuages existent et qu’ils nous disent tout bas, au creux de nos regards de penser à d’autres choses qu’à ces choses qu’on voit, des animaux, des cartes, des souvenirs oubliés, penser à des oiseaux quand on voit des nuages. Avec le bleu, le beau et puis avec le chaud, les plantes se réveillent, les bourgeons s’ouvrent en feuilles, les fleurs pensent pétales et les chatons fleurissent sur les branches de grands arbres. Les chatons de noisetiers ont perdu de leur jaune et leur heure est passée, maintenant c’est le tour des grands saules marsault, encore dit saules des chèvres qui regroupent à leurs pieds, une fois pollinisés, d’adorables peluches, cotonneuses à souhait. Profiter des bourgeons, des feuilles nouvelles nées, pas encore grignotées, pas encore abîmées, pas encore vieillies, ternies, usées, flétries, aux formes encore parfaites, conformes aux jolies planches des ouvrages botaniques. Regarder les bourgeons et puis jeter un œil par-dessus son épaule pour quand même vérifier que le froid n’est pas là, caché en embuscade pour abolir tout ça d’un coup de gel narquois. Le froid on n’y croit plus avec cette semaine qui nous a presque vus sortir les bras des pulls et la tête des bonnets, pourtant le calendrier, les primevères bien serrées contre l’adversité, nous mettent encore en garde même si on sent déjà un goût de confiture en regardant la rhubarbe sortir ses premières feuilles encore toutes plissées, encore toutes brillantes de leur récente naissance. Les hauts sont encore blancs, mais les bas déjà verts et si on ne fait pas de bruits, pas de mouvements trop brusques, pas de choses trop bizarres, on pourra parfois voir, des groupes de chamois qui descendent se nourrir, se gaver de verdure, toute tendre et délicieuse, pour le plaisir de nos yeux de se sentir parmi eux, presque un peu acceptés, presque une permission de nous émerveiller devant leurs silhouettes. En profiter aussi pour aller se promener, maintenant qu’on voit plus loin que le bout de ses chaussures derrière les rideaux occultants de la pluie. Revoir les paysages, les sommets enneigés qui contrastent encore clairs sur les forêts du bas, sombres, encore plus sombres maintenant que la neige en équilibre instable sur les aiguilles, les branches et les rameaux a fondu depuis longtemps. Les journées sont plus longues, la lumière plus présente, les oiseaux plus actifs, emplissant tout l’espace de leurs chants, de leurs appels aussi de leurs rappels : dans le paysage sonore, on est ici chez eux. La chaleur sur la peau dépasse les moments de la simple anecdote, tout ça dit le printemps, même si on sait bien qu’on doit encore attendre pour y être complètement, on a quand même envie de se laisser convaincre par ce titre accrocheur, là sur la couverture
Texte écrit dans l'atelier du Tiers Livre de François Bon. C'est ouvert à tous, alors à vous aussi : pour écrire, lire, chercher, apprendre, essayer, découvrir, échanger... , c'est ici
Maintenant, ouvrir les fenêtres, tout ouvrir en très grand, sans crainte que ça s’envole, tu aimerais que ça s’envole, que ça vole, que ça s’enfuie, que ça se jette tout seul, qu’on fasse le tri pour toi, que le hasard s’en mêle et que tu n’y puisses rien. Tu ne veux rien leur laisser, mais tu ne peux rien garder, enfin pas rien garder, tout te semble important puis tu hésites un peu, pas de place sur le bateau, tu t’énerves sur tout ce que tu as déjà gardé de tes autres vies d’avant, et puis ça te submerge, trop de choses, des bidules, des machins, des objets à toucher, du tangible qui encombre tes mains, tes yeux, ta tête. Beaucoup trop. Tout te semble dérisoire et tu veux tout jeter. Et quelqu’un passe la tête et tu te calmes un peu. Tu voudrais tout garder, ou au moins le plus possible. Toi qui pestes d’habitude toujours contre les normes, cette fois tu t’énerves contre les formats des livres, des carnets, des cahiers, des pochettes en carton, les formats des papiers pour les tirages photos et les formats des cadres, les formats des cartons jamais de la bonne taille et contre la poussière qui fait tout terne et gris, qui te fait éternuer, qui te fais les mains sales quand il faudrait ouvrir les cartons, les carnets pour voir ce qu’ils contiennent. Les cartons du dessous qui ont gardé la marque du carton du dessus en couleurs encore vives, tout ce qui était visible, exposé au soleil, au moins à la lumière, a vieilli, est passé. La lumière est passée de l’autre côté du papier en emmenant les couleurs, leur brillant, leur vivant. Tranches de livres jaunies, et tirages jaunis, tirages de tes débuts quand tout devait aller vite et que tu rinçais peu et clairement pas assez dans le vieux labo photo avec la lumière rouge qui sentait la chimie et surtout le vinaigre et puis le renfermé, et aussi la sueur lors des séances d’été. Aujourd’hui tu t’agaces avec toute cette paperasse, avec toute cette poussière, toutes ces traces du temps et du passé, ces couleurs loin derrière, ternes, délavées, pâlies, fades, et défraîchies. Tout ce qui reste pimpant c’est le rectangle de mur que recouvraient tes cadres, quelques morceaux de bois, frais comme des planches toutes neuves, à l’endroit où avant l’image était pendue. La lumière est passée de l’autre côté du papier, a quitté la photo, s’est posée sur le mur, sur les planches, sur le bois. La lumière a juste changé de côté, a traversé le papier sans que tu t’en aperçoives. Tu es restée longtemps, bien trop longtemps ici, où tu voulais rester jusqu’au bout de ta vie
Codicille : La "tu" de ce texte s'appelle Mow, personnage qui m'accompagne depuis un moment et qui verra peut-être, sûrement, un jour, ses aventures écrites et sous forme de livre. Pour l'instant, elle doit quitter son île bretonne et pense retourner où elle est née, aux Shetland, en bateau. Y arrivera-t-elle ? Ou plutôt, vais-je arriver à vous conter son histoire ? Par petits bouts d'ateliers, Mow se construit dans ma tête et dans mes mots : elle a déjà un fichier à son nom sur mon ordinateur
Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors
Semaine coupée en deux, début en noir et blanc et fin plus colorée. Pour bien goûter le contraste, commencer par la pluie, par la neige, par la neige mouillée, par la pluie floconneuse, voir la limite pluie-neige doucement se promener, presque errer de haut en bas et puis de bas en haut sur les pentes forestières de la montagne d’en face, l’autre côté de la vallée. Le bas reste bien sombre et le haut reste bien blanc où la neige s’amoncelle, où elle mange les reliefs et avale les arbres, gâteau de débutant tartiné à l’excès, gâteau gargantuesque. Tableau de carte postale tempéré par endroits par des coulées sinistres, pierres, terre, arbres et chaos quand la montagne déverse ses larmes en avalanches. Spectacle à découvrir une fois la pâtisserie finie parce qu’avant les nuages voilent, occultent et émoussent toute notion de loin, toute vision d’ensemble. Tandis que la pluie tombe, juste baisser les yeux pour que la capuche protège encore un peu la vue et regarder à ses pieds pour éviter les flaques, la boue, les marécages qui se sont installés à la place des chemins, ces rares endroits plats que l’on trouve en montagne. En cette fin de semaine, retour de la couleur, de l’orangé au rose dans les levers de soleil, en haut le bleu du ciel, le jaune des primevères, des jonquilles qui pensent à ouvrir leurs pétales, couleurs imaginées par anticipation. Le vert des premières feuilles, des brins d’herbe et des mousses qui s’installent en pionnières pour habiller les roches, changer le rythme de leur vie d’habitude compté en des millions d’années, maintenant elles sont le lieu de changements saisonniers, des mousses et des fougères comme point de départ, une vie en tout petit, pleine de rebondissements, des formes et des couleurs, des textures, des pouvoirs. Pouvoir donner la vie à des rochers inertes, assez pour faire pâlir tous les superhéros de nos bandes dessinées. Autres superhéros que tous ces animaux qui survivent à l’hiver sans le chauffage central et laissent dans la neige les traces de leurs pas au cours de leurs recherches pour trouver à manger. Blaireaux, lièvres, chevreuils ou bien quelques oiseaux, ils laissent leurs empreintes comme des avis de passages pour que les humains sachent que d’autres sont là aussi. D’autres sont ici aussi, les oiseaux qui commencent leurs chansons de printemps, ils mettent des couleurs dans l’univers sonore, la grive tout en haut du plus grand des sapins, le merle dérangé quand il fouillait les feuilles ou le troglodyte mignon qui chante d’une force en proportion inverse de sa toute petite taille. Alors nous autres humains, passer toute la semaine à osciller tantôt sur un pied ou sur l’autre, entre enfin le début du printemps qui s’annonce et puis déjà la fin de l’hiver, de la neige, des traces des animaux dans le blanc de la nuit qu’il va falloir traduire en mots et puis en noms pour dire le passage de ceux qui racontaient en apposant leur patte sur le blanc de nos pages
Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors
Pluie, pluie et encore pluie. Avec un peu de neige, comme ce matin par exemple et quelques éclaircies. Pas trop froid puisque pluie à la place de la neige, même si on est pas loin de la limite eau-flocon. La neige encore la neige, quand on est assez haut, la neige qui fait voir le haut de la montagne comme une pièce montée, comme un décor construit pour une publicité les jours ou le soleil fait sortir un peu de bleu dans un ciel d’habitude entre blanc sombre et gris clair. Alors quand les averses font une petite pause ou pour forcer un peu, vêtue d’imperméable et chaussée de hautes bottes, aller voir au dehors ce qui change ou attend encore un peu plus chaud pour changer à son tour. Guetter une accalmie pour aller prendre l’air, prendre la température, et puis tâter l’ambiance de ce que font les plantes puisque le calendrier autant que le thermomètre nous rapproche du printemps, à pas comptés encore, mais quand même toujours plus. On sait qu’elles vont sortir, les précoces, les pionnières, les premières à fleurir, les premières à verdir. Guetter les premières pousses c’est revenir en arrière et aller rechercher une carte bien spéciale dans le fond de nos souvenirs, la carte des plantes, des arbres qui sortent les premiers du sommeil de l’hiver. Parfois gratter un peu ou se contorsionner, mais savoir où regarder facilite grandement les trouvailles pimpantes, presque des retrouvailles, avec des feuilles toutes tendres, des feuilles nouvelles nées. Orties et pissenlits, plantain et graminées, et puis les primevères et aussi toutes les autres trop nombreuses à nommer qui nous mettent le sourire au coin des yeux, des lèvres, de les voir revenir et de les voir lancer la fiesta du printemps. Se réjouir aussi de leur fidélité à tous nos rendez-vous de la fin de l’hiver, une façon de retourner dans un endroit connu, retrouver des couleurs, des textures, des brillances, retrouver des amis, au moins des connaissances. Pas encore des odeurs, encore un peu trop froid, mais avec les fleurs, les guetter elles aussi, en approcher le nez et venir aux heures chaudes. Guetter aussi les arbres, leurs bourgeons et leurs fleurs, sortir de l’inquiétude où nous plonge l’hiver quand un arbre sans feuilles ressemble à s’y méprendre à un arbre sans vie. Se réjouir encore, des heures qu’on sait comptées, de l’absence des feuilles qui nous laisse encore voir les plumes des oiseaux qu’on croirait même entendre siffloter le printemps, l’appeler, le héler et puis en faire déjà presque toute une histoire