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Début de mi-avril 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Première partie de la semaine encore à la montagne avant de partir pour quelques jours à Paris. Avant un rafraîchissement net, une semaine plutôt chaude, les bras sortent des pulls, le rouge des coups de soleil lance des avertissements aux peaux encore toutes blanches des mois emmitouflés. Arrivée vrombissante des insectes volants, des guêpes dans la maison qu’on essaye de faire sortir, les fourmis au travail dans la grosse fourmilière qu’on croyait désertée. Tout l’hiver juste une butte de branchettes et de brindilles, de petits morceaux de feuilles, et même quelques orties qui y plantent leurs racines. Mais soudain au printemps, la grande agitation, têtes, abdomens et pattes, les antennes qui se touchent, trajectoires mystérieuses, mais toujours au galop, jamais le pas badin d’une petite balade.
De mon côté à moi, balade bien plus lente, le temps de s’arrêter sur tout ce qui sort de terre, tout ce qui pousse, qui éclot, le regard submergé. Les fougères se déroulent, d’abord la crosse d’évêque avant d’étendre les feuilles, tige à texture étrange, entre écaille et poils courts, pas encore vraiment de vert, ce sera pour l’intérieur que la plante protège encore, son trésor, sa fortune, sa précieuse chlorophylle. Les pissenlits sont, eux, beaucoup moins hésitants, les feuilles découpées comme des dents de lions sont déjà déployées depuis un bon moment, vient le tour des pompons jaunes, colonie, capitule, regroupement de fleurs qui feront la fameuse sphère de ces graines que l’on souffle pour qu’elles s’envolent au vent. Toujours une pensée à cette saison de l’année pour le dico Larousse dont les vielles couvertures incitaient de semer à tout vent la connaissance des mots.
Beaucoup de jaune en ce moment, même des marées de jaune le long de la voie du train avec des champs entiers, sur des surfaces immenses de cette plante, d’elle seulement, de quoi nous éblouir, nous faire plisser les yeux pour y regarder quand même. La lumière du printemps se fait de plus en plus forte, elle n’est plus dispensée par un soleil rasant, mais arrive maintenant d’un soleil qui prend de plus en plus de hauteur. Tombant plus verticale, la lumière est plus dure, elle tapote sur les têtes et elle les caresse moins, alors on baisse les yeux, on les plisse, on les cache derrière des verres fumés. On regarde cette lumière à travers le doux filtre des feuilles nouvelles nées, de leur vert teinté de jaune qui rassure et apaise : les arbres seront encore là pour nous faire une belle ombre qui dansera dans les souffles et gardera la fraîcheur pour l’été à venir. Les feuilles poussent et repoussent nos vues sur le lointain qu’on pouvait deviner à travers les branches nues, mais qui nous sera cachée pendant la belle saison. Alors se concentrer sur ce qui pousse juste là, les premières orchidées, le lamier, les pâquerettes, tout garder en mémoire avant d’aller en ville où la terre ne sera plus qu’encerclée de bitume quand ailleurs on inverse toutes les proportions : beaucoup de terre, peu de goudron. Mais en y regardant bien, en ouvrant les oreilles, on a parfois la chance, autant qu’à la montagne quand les heures se décalent d’avec celle du passage du camion des poubelles, d’entendre le matin, la sérénade du merle

Début de mi-mars 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Temps d’alternance, une semaine débordante de rebondissements, dans le bleu puis dans le blanc, entre le beau et le froid. Période de transition, ce ne sont pas des pics, plutôt des incursions d’une saison dans une autre, une période tissée des fils d’un temps et de l’autre, une récurrence prévue où toutes les météos nous semblent encore normales. Normal le grand ciel bleu avec la neige dessous, normale aussi la neige avec le gris partout et même normal le vert qui commence à pousser pour recouvrir la terre, le brun des feuilles d’automne toutes trempées de l’hiver.
Sur le brun des feuilles mortes, toujours plus de couleurs, des couleurs différentes ou des couleurs semblables, qui déclinent leurs nuances. Le jaune évidemment, mais aussi du rose tendre, layette chez le prunier avec les fleurs qui tendent, éperdues, leurs longs bras-étamines vers les rares insectes qui sont déjà en vol. En hiver on perd vite l’habitude, le réflexe, de chasser une mouche d’un revers de la main, d’entendre les abeilles passer de fleur en fleur, le bourdon qui bourdonne, le moustique qui agace. Alors, aller sous l’arbre avec ses chatons jaunes qui assure la survie des premières téméraires des abeilles alentours. Au début hésiter et regarder plus haut, chercher l’hélicoptère ou autre fauteur de bruit, mais non ce sont bien elles, affairées, consciencieuses autour des doux chatons du saule toujours précoce tout au fond du jardin. Toujours chez les insectes, aussi quelques gendarmes, des papillons de nuit, mais surtout les fourmis qui ont refait surface sur le pont de leur fourmilière. Leur butte, tout l’hiver semblait vide et sans vie, brindilles enchevêtrées, excroissance incongrue et maintenant pleine de vie, une surface mouvante de petits corps affairés qui se hâtent et se croisent, se pressent, se précipitent pour remettre en état leur maison-forteresse après le long hiver.
Changement du tout au tout dans la vie trépidante de la fourmilière, quand d’autres restent stables et égaux à eux-mêmes comme le cognassier qui depuis le bourgeon jusqu’aux feuilles et aux fruits, reste dans le duveteux, le laineux, le pelucheux. Peut-être sa façon à lui de rester emmitouflé pour les cas trop probables de ces gelées tardives qui font tant de ravages. D’autres que le cognassier tentent de brouiller les pistes avec les premières feuilles au sortir de la graine qui jouent l’anonymat, voire le reniement des feuilles qui viendront habiller l’arbre adulte. Trompeurs cotylédons qui vont parfois jusqu’à se coiffer de ce qui reste de l’enveloppe de leur graine pour qu’on ne les repère pas. Il faut dire qu’au début, ils sont bien vulnérables, ces futurs grands arbres aux troncs durs comme du bois.
Alors, marcher doucement, pour n’écraser personne, ne déranger personne, pas même le souffle d’air qui amène à nos nez l’odeur douce des violettes ou met devant nos yeux la fière silhouette d’une biche, d’un chamois descendu profiter de ces tendres verdures comme on attaque, fébrile, le livre tant attendu d’une autrice admirée