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Fin de mi-septembre 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Certitude un peu trouble, mais certitude quand même, l’automne va arriver. Alors, encore un peu, profiter de l’air frais et de restes de soleil avant le froid et l’humide. Se comporter en chat et saisir le bon temps. S’asseoir à l’ombre du chêne le temps de savourer les danses reposantes des ombres tranquilles des feuilles entre deux chutes de glands. C’est la saison des graines chez les arbres prévoyants qui se projettent déjà au printemps de l’an prochain. Fruits, graines et pépins, tout le monde se voit déjà tout en haut de longues tiges, bébés arbres prometteurs. Mais en attendant l’heure de germer et de croître, c’est le temps de la chute. Glands, noix, raisins, pommes poires et

les dernières noisettes, croisent les doigts des deux mains pour tomber où il faut, dans un terreau fertile à l’abri des quenottes des écureuils voraces et des oiseaux piqueurs autant que des humains qui ne sont pas en reste pour déguster les fruits, les graines et leurs cerneaux au lieu de les laisser germer comme elles en rêvent. L’intérêt de cette chute, c’est de voir de plus près, de pouvoir observer ce qui, resté sur l’arbre est bien loin de nos yeux. Alors, se rendre compte du facétieux du hêtre aux fruits en casse-tête pour les jeunes géomètres, écorce à quatre côtés et fruits à trois côtés pour une graine presque ronde, pied de nez un peu potache à nos vieilles quadratures de coupeurs d’angles en trois.


D’habitude en automne, je parle de champignons, mais pour cette semaine, mon journal le rappelle et pour les jours qui viennent, la météo confirme, malgré le fond de l’air plus frais, toujours pas d’eau en vue, le sol reste cassant, poussiéreux et trop pâle. Et pour les champignons, emploi du temps oblige, j’y suis allée trop tard ou pas au bon endroit ou bien un peu des deux, alors pas grand-chose à mettre dans le séchoir en pensant à l’avance aux risottos d’hiver. Restent quelques amanites qui ne sont intéressantes, pour nous humains fragiles, que pour leur esthétique. De l’esthétique encore pour tous les champignons dont j’ignore les noms, mais qui poussent sur les arbres, s’accrochant aux écorces comme les huitres aux rochers et nous emmènent en mer, un goût d’iode en bouche, par leurs bords dentelés marque des plus fines huitres. Leurs bords frisottants dignes des dentelles d’antan et autres jabots de mignons nous plongent dans le frivole des chemins qui hésitent vont à droite puis à gauche, mais jamais, ça jamais, n’empruntent la ligne droite contrairement au trop lisse que les humains chérissent, rectiligne et rigide, les poteaux et les murs bien loin du bord des feuilles, des vagues de la mer et de la surface de l’eau qui remet dans nos vues un peu d’ondulations, d’hésitations de peut-être, un peu de réflexion dans trop de directives. Prendre le temps d’admirer le vert et puis la forme de cet éphippigère ou bien apparenté, même lui tirer le portrait sans se douter qu’à peine quelques minutes plus tard, sa courte vie d’insecte se finira tragiquement dans le ventre du chat.

Début de mi-mars 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Temps d’alternance, une semaine débordante de rebondissements, dans le bleu puis dans le blanc, entre le beau et le froid. Période de transition, ce ne sont pas des pics, plutôt des incursions d’une saison dans une autre, une période tissée des fils d’un temps et de l’autre, une récurrence prévue où toutes les météos nous semblent encore normales. Normal le grand ciel bleu avec la neige dessous, normale aussi la neige avec le gris partout et même normal le vert qui commence à pousser pour recouvrir la terre, le brun des feuilles d’automne toutes trempées de l’hiver.
Sur le brun des feuilles mortes, toujours plus de couleurs, des couleurs différentes ou des couleurs semblables, qui déclinent leurs nuances. Le jaune évidemment, mais aussi du rose tendre, layette chez le prunier avec les fleurs qui tendent, éperdues, leurs longs bras-étamines vers les rares insectes qui sont déjà en vol. En hiver on perd vite l’habitude, le réflexe, de chasser une mouche d’un revers de la main, d’entendre les abeilles passer de fleur en fleur, le bourdon qui bourdonne, le moustique qui agace. Alors, aller sous l’arbre avec ses chatons jaunes qui assure la survie des premières téméraires des abeilles alentours. Au début hésiter et regarder plus haut, chercher l’hélicoptère ou autre fauteur de bruit, mais non ce sont bien elles, affairées, consciencieuses autour des doux chatons du saule toujours précoce tout au fond du jardin. Toujours chez les insectes, aussi quelques gendarmes, des papillons de nuit, mais surtout les fourmis qui ont refait surface sur le pont de leur fourmilière. Leur butte, tout l’hiver semblait vide et sans vie, brindilles enchevêtrées, excroissance incongrue et maintenant pleine de vie, une surface mouvante de petits corps affairés qui se hâtent et se croisent, se pressent, se précipitent pour remettre en état leur maison-forteresse après le long hiver.
Changement du tout au tout dans la vie trépidante de la fourmilière, quand d’autres restent stables et égaux à eux-mêmes comme le cognassier qui depuis le bourgeon jusqu’aux feuilles et aux fruits, reste dans le duveteux, le laineux, le pelucheux. Peut-être sa façon à lui de rester emmitouflé pour les cas trop probables de ces gelées tardives qui font tant de ravages. D’autres que le cognassier tentent de brouiller les pistes avec les premières feuilles au sortir de la graine qui jouent l’anonymat, voire le reniement des feuilles qui viendront habiller l’arbre adulte. Trompeurs cotylédons qui vont parfois jusqu’à se coiffer de ce qui reste de l’enveloppe de leur graine pour qu’on ne les repère pas. Il faut dire qu’au début, ils sont bien vulnérables, ces futurs grands arbres aux troncs durs comme du bois.
Alors, marcher doucement, pour n’écraser personne, ne déranger personne, pas même le souffle d’air qui amène à nos nez l’odeur douce des violettes ou met devant nos yeux la fière silhouette d’une biche, d’un chamois descendu profiter de ces tendres verdures comme on attaque, fébrile, le livre tant attendu d’une autrice admirée