Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

L’automne est une saison à suspens, l’imprévu est la règle et tout change si vite qu’on a du mal à suivre. Ce serait même compliqué pour incarner la semaine de construire un personnage, de formuler quelqu’un dont le caractère, l’allure et le tempérament refléteraient tous les temps de cette semaine passée. Une personne qui aurait un costume fait en lien avec chacun des jours et qu’on reconnaîtrait dès le premier coup d’œil tant le temps de cette semaine a vidé ses tiroirs pour nous trouver chaque jour un temps si différent.
Tout d’abord le brouillard pour pouvoir, dès le lendemain, faire un lever de rideau. Un rideau bien épais qui mange tout alentour et nous envoie jouer dans nos vies intérieures tant l’extérieur est loin. Loin de tout ce qu’on connaît en ces lieux d’habitude et loin dans nos souvenirs qu’on découvre imprécis, fragmentaires et partiaux au moment de savoir si l’arbre est là ou là, s’il lui reste des feuilles et de quelle couleur elles sont. Car la couleur des feuilles c’est bien la grande affaire en cette saison d’automne. Au début on hésite, on croit à une couleur qui ne serait pas en grande forme, un vert un peu pâlit comme un papier vieillit qu’on ne dit pas jauni, pas encore jauni, on le décrira d’abord d’une teinte un peu chaude, une étape sur la route, une nuance de crème fraîche. Ensuite tout s’enchaîne. Le jaune se fait franchement jaune, puis des nuances de rouille, de l’orangé plus clair et ensuite plus foncé jusqu’à devenir brun. Avec du gris parfois jusqu’à toutes ces couleurs de plus en plus explicites : terre de Sienne et terre d’ombre pour rappeler que les feuilles, leur destin c’est l’humus à la fin de l’hiver pour que l’arbre recycle chacun des éléments et en refasse des feuilles.


Après le lever de rideau, acte deux pour la pluie. Un temps humide et gris, un temps comme dans ces films où l’ambiance doit aider à comprendre l’action, qu’on puisse se préparer à la mort du héros. Un temps qu’on appelait de tous nos vœux fervents durant la sécheresse, mais une fois qu’il est là, on rechigne quand même, en humains inconstants, à enfiler les bottes et la veste de pluie plus si étanche que ça pour partir en balade, profiter du brillant, de la lumière des gouttes qui redonnent vie à tout. La pluie qui se mêle au froid pour blanchir les sommets avec les premières neiges. Elles sont là juste en face, pas encore sous nos pieds, mais bien devant nos yeux, elles exhibent leur blanc une fois éloigné l’autre blanc du moment, le doux blanc des nuages.

Acte trois pour le beau qui a sa place aussi dans ces jours de spectacle, du beau avec du vent pour voir voler les feuilles et tomber fruits et graines des arbres qui préparent, une fois leurs feuilles jaunies, l’autre jaune, celui qui illumine le vert des jeunes feuilles qui viendront sur les branches quand l’hiver sera passé. Un jaune préparé par les fleurs du printemps, primevères et jonquilles, forsythias au jardin et puis les pissenlits. Pour les autres couleurs, compter sur les oiseaux, ceux qui restent par ici, rouge-gorge et mésanges qui viennent de temps en temps vérifier, si jamais par hasard il n’y aurait pas quelques nouveautés posées dans la mangeoire.
Enfin pour le final de cette pièce en trois actes avec pour personnages les arbres et les montagnes, attendre la fin du jour et le début de soirée, à l’heure des spectacles pour voir sortir la lune, même si elle aussi s’amuse au suspens, cachée derrière les branches puis derrière les nuages. Ce soir pour s’endormir, ce sera théâtre d’ombres, à chacun d’y retrouver ses dragons aux yeux blancs qui crachent de la lumière, ses princesses aux longues robes qui s’accrochent au sommets, comme dans les livres d’avant, quand on prenait le temps de regarder dehors pour y lire des histoires remplies de ces personnages construits par la nature et qui nous construisent nous
