Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Jusqu’à ces derniers jours, le matin, gelées blanches et la veste qu’on fermait jusqu’en haut, jusqu’à mettre un bonnet pour certains très frileux. Depuis avant-hier, le bulletin météo nous parle d’estival pour qualifier le temps. Les plantes à peine nées souffrent déjà de la chaleur. Pas toutes, heureusement, mais pour les plus fragiles, c’est une épreuve ardue qui les marque, les flétrit, leur donne l’air chiffonné, nous fait penser sécheresse et puis un peu vieillesse, comme si déjà l’automne pointait le bout de son nez comme en une fin d’été. Ce chaud prématuré nous volerait une saison ? Une précipitation des saisons à changer quand on parle par ailleurs de précipitations pour une pluie qui tomberait, qui ici ne tombe pas. Imbroglio de mots à regarder de près quand le temps s’y prêtera, pour l’instant trop à voir et à vivre dehors.
Les brebis sont sorties et c’est un gros changement pour notre environnement. L’herbe pas encore bien haute suffira peu de temps à leur bel appétit de verdures bien fraîches, changement réjouissant quand on pense à l’hiver et au foin servi sec, sans aucun choix possible au niveau du menu : pas question de préférer, au prix de quelques pas, la plante qui convient le mieux à l’envie du moment. Changement d’odeur aussi, leurs excréments d’abord, et leur toison ensuite, pour peu qu’on s’en approche, une odeur grasse et riche, parfois agrémentée de la senteur des herbes qui s’accrochent aux filaments de leur laine. Et puis le son ensuite, entre bêlements et clochettes, on s’inquièterait presque, à l’heure de la sieste, de l’absence de ces bruits.
L’air reste rarement calme, les moutons endormis, couchés à l’ombre des arbres pour fuir la chaleur ou occupés plus loin, nous restent les oiseaux qui marquent leur territoire, appellent et cherchent l’aile sœur en s’entourant, douillets, dans une boule sonore, dans une conversation qui nous est étrangère, mais qui nous charme comme on se laisse porter par les notes, les accents et le flot d’une langue étrangère.
Les arbres et les arbustes, même les plus prudents, commencent doucement à entrouvrir, timides, les rideaux de leurs bourgeons. Le noyer déplie ses ailes qui grandiront ensuite, guidées par les nervures déjà là pour guider la naissance, la sortie, des premiers brins de feuilles rougies par cet effort qui n’y mettront du vert qu’une fois déployées. Chez les poiriers, pommiers et autres arbres fruitiers, les fleurs doucement se transforment, elles ouvrent leurs pétales pour accueillir l’insecte ou déjà presque fruits, prennent, en bien plus petit, la forme qu’elles auront une fois devenues adultes et pourront régaler nos papilles aussi bien qu’elles régalent nos pupilles une attendant ce jour.
Le jour commence à baisser, à se penser sans lumière, on y regarde de plus près et un peu plus longtemps avant de faire confiance à autre chose qu’à nos yeux. On attend les étoiles, les songes qui parlent d’espace, mais le noir ne vient pas, se lève comme le soleil le ferait pour les jours, la pleine lune ronde et pâle qui efface les étoiles, nous fait rêver moins loin, mais il y a tant à faire même en restant tout près, dans le système solaire à observer les ombres qui parlent pour les choses et parfois pour les êtres





