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Shetland #08 | Jeudi 2 mai 2024

Lerwick — Bressay — Noss — Lerwick — Fjarå café bar — Mareel cinema — Weisdale — Bousta — Easter Skeld — Sand — Bixter et Twatt — Lerwick

Journée en deux parties, presque trois. Une sorte de sandwich : nature, culture, nature. Avec l’idée, bien sûr, comme dans tous les bons sandwichs, que la relation entre les différentes saveurs ne les oppose pas, mais plutôt les renforce.

Quand on regarde la carte, Lerwick est très bien situé, abrité d’une part par les replis de la côte et d’autre part, par la grande île de Bressay, juste en face, qui protège le port et la ville. Mais pas pour autant une sorte de cul-de-sac qui pourrait se faire piège par certains secteurs de vent : entre l’île et Mainland, toujours une sortie de secours, par le nord ou le sud, l’avantage de se trouver dans une sorte de couloir sinueux. D’autant plus que Bressay n’est pas un petit îlot : un peu plus de 28 km2, 11km de long pour 5 km de large, orientée nord-sud, justement, un point culminant à 226 m et des falaises confortables quand on cherche un abri. Bressay ne fait pas partie de Lerwick, mais elle a sûrement joué un rôle non négligeable dans la naissance de la capitale des Shetland. 

Juste dans son est, la plus petite île de Noss. De l’autre côté de Lerwick par rapport à Bressay, un peu sa symétrique, mais aussi son contraire. Longtemps inhabitée, en 1851 elle compte 20 habitants, et plus aucun habitant permanent depuis 1939. Noss a été classée réserve naturelle en 1955. L’île tient son nom du vieux Norrois nǫs qui signifie nez. Le fait qu’elle s’appelle simplement Noss et non pas Noss Island pourrait signifier qu’elle était autrefois une péninsule rattachée à Bressay et que l’isthme qui l’aurait rattachée à sa voisine aurait été effacé par la mer entre la période Viking et le XVIe siècle. Actuellement, Noss est surtout connue pour sa faune, ses très nombreux oiseaux marins dont beaucoup nichent dans les confortables anfractuosités des falaises de grès, et aussi pour sa ferme d’élevage de poneys Shetland, animal lui aussi emblématique des îles. 

Pour la balade du jour, départ en bateau depuis le port de Lerwick, l’idée est d’aller observer les fous de Bassan au large de Bressay et de Noss. 

Le fou de Bassan est parmi les plus grands oiseaux marins de notre hémisphère et il passe pour être le plus grand d’Europe avec une envergure qui peut aller jusqu’à 1,80m. En vol il est impressionnant et ses si longues ailes blanches sortent souvent du cadre des appareils photo. Son corps est effilé dans toutes les directions, long cou et bec pointu, gris très clair et souligné de traits noirs, des traits qui se prolongent après les commissures pour faire ressortir son œil bleu clair par un maquillage très sombre. À noter pour l’œil du fou, que chez certains oiseaux l’iris est désormais noir et non plus bleu. Ce changement serait lié au fait que ces individus ont su résister à l’épidémie de grippe aviaire qui a gravement touché l’espèce il y a quelques années. Sa queue est cunéiforme, elle peut se refermer en pointe ou s’ouvrir en éventail en fonction des besoins du vol ou du plongeon. Ses ailes également sont effilées des deux côtés, semblables à de fines ailes de planeur, blanches avec les mains noires, elles lui servent à planer ou battent juste ce qu’il faut pour avancer, rejoindre les courants d’air qui lui permettent de suivre les vagues ou de prendre de la hauteur pour repérer les bancs de poissons dont il se nourrit. Pour pêcher, il se transforme en flèche, ses larges pattes aux tarses et aux doigts colorés se replient sous son corps, il tend ses ailes vers l’arrière juste avant de toucher l’eau, une flèche. Pour éviter les dommages dus au choc avec la surface de l’eau, il a des sacs d’air sous la peau au niveau du bec et du portail. Sa vitesse d’impact au moment de changer de milieu peut aller jusqu’à 90 km/h. Une fois sous l’eau, il peut nager pour se saisir de sa proie et l’avaler le plus vite possible pour pouvoir en pêcher un nouveau, de quoi alimenter en énergie son propre corps qui pèse en moyenne 3 kg et une fois l’œuf éclos, pour nourrir son petit qui va passer de 70 g à 4 kg pendant les 90 jours qui l’emmèneront au moment de l’envol. L’envol est un moment délicat pour les fous de Bassan, même adultes, même expérimentés. Toujours très élégants dans les autres circonstances de leur vie, leurs décollages sont souvent interminables, maladroits et laborieux, nécessitant une longue course pataude à la surface de l’eau. Un petit quelque chose de l’albatros de Baudelaire. Sûrement une des raisons qui les amènent à nicher dans les falaises abruptes qui leur permettent de se laisser tomber pour pouvoir s’envoler. Le fou de Bassan reste en mer toute l’année, sauf d’avril à septembre, sa période de nidification. On dit souvent que le fou est fidèle et que les couples se forment pour la vie. Petit bémol à cette explication romantique, il semblerait que ces oiseaux soient davantage fidèles à leur nid qu’à leur partenaire. Mais tant que les deux oiseaux sont fidèles au même nid, la version romantique reste tout à fait valable ! 

Photo ©Sylvie Strangejazzy

Le nid est un endroit important pour les fous, qui d’année en année commencent par le remettre en état en y ajoutant des matériaux, ce qui le fait devenir plus haut et plus personnalisé d’année en année. C’est leur territoire, d’environ un mètre carré qu’ils défendent vigoureusement contre les nombreux voisins malgré le grégarisme des périodes de nidification. Pour le nid, les fous utilisent tous les matériaux disponibles aux alentours, principalement algues, brindilles, mousses, mais aussi plumes, déchets de poisson, carcasses d’autres oiseaux, excréments et malheureusement, toutes sortes de déchets d’origine humaine, notamment en plastique. Restes de gants, de chaussures, de sacs et morceaux de filets et de cordages qui prennent parfois les oiseaux au piège. Beaucoup trop finissent pendus ou ligotés à leur nid, incapables de s’envoler pour aller se nourrir. Triste réalité, la face sombre du côté idyllique de l’endroit.

Après les oiseaux, transition en bateau avant le retour à terre et le repas de midi au Fjarå café bar de Lerwick, voir les oiseaux se nourrir a de quoi ouvrir l’appétit, il fait beau, la terrasse est accueillante, parfait pour profiter d’un fish & chips au soleil. 

Un peu plus loin, le Mareel cinema donne une idée de la vie culturelle des îles. Musique, cinéma, centre de création, salles de répétitions, accueil du public et en particulier des enfants, juste à côté du centre des archives et du musée. Une belle reconversion des anciens docks, garder l’espace et la vue, mais changer de perspective, laisser les gens rêver, inventer, s’évader, proposer autre chose sur ces îles autrefois toutes dédiées au poisson, à la mer, aux bateaux, mais aussi au pétrole, maintenant au tourisme. Une belle possibilité de faire advenir autre chose avec vue sur la baie. 

Suite de la journée en balade. Retour dans la voiture pour aller faire un tour, attraper par la fenêtre, une lumière, le vol d’un oiseau, un paysage parfait avec ce qu’il faut de courbes, de couleurs, de contraste, alors juste aller voir et se laisser surprendre, peut-être par un détail, une toute petite goutte au milieu du ruisseau qui nous fera sourire, arrêter de respirer et ouvrir les yeux grands pour profiter au mieux des présents de ces moments, ces petites choses attrapées par la vitre ouverte de la voiture quand on laisse sa main jouer avec le vent, y piocher des images, des odeurs, des pollens de fleurs, des poussières de cailloux ou bien des sels marins. Aujourd’hui, Weisdale, Bousta et la baie de Saint Magnus, Scarvister, Easter Skeld. Les noms suffiraient presque à la balade, les prononcer tout haut, en faire une mélodie, un refrain, une chanson. Et puis quelques arrêts. Arrêt pour des poneys, blancs tachés de rouilles, de brun, des poils longs et un regard doux, ils profitent comme nous d’un temps bleu et presque sans vent, un temps à contredire tout ce que la météo nous donne comme statistiques pour cette partie du monde.

Et durant la balade, petite pause logistique. Inutile de vérifier les horaires d’ouverture, juste besoin de trouver une des Honesty Box qui proposent souvent tout au bord de la route, un tas de choses à vendre. Pour aujourd’hui, des œufs et un cake. Le principe est tout simple, un endroit abrité, parfois réfrigéré, des denrées disponibles et une boîte dans laquelle on dépose l’argent correspondant au prix de ce qu’on vient de prendre. Pas besoin de quelqu’un présent en permanence, pas d’horaires d’ouverture, client comme commerçant, tout le monde est gagnant tant que chacun respecte le contrat implicite basé sur l’honnêteté. De quoi pouvoir continuer tranquillement la balade jusqu’au coucher du soleil, les courses sont faites. À côté de la Honesty Box de Sand, les ruines de la chapelle Sainte Mary et son cimetière avec des pierres tombales et des croix recouvertes de lichen qui leur donne une couleur blanche, un aspect irréel, un peu fantomatique. Partout autour, des collines couvertes par endroits de pieds d’iris qui ne sont pas encore en fleurs, mais qui laissent imaginer les tapis colorés qu’ils formeront d’ici quelques semaines.

Sur la route en direction de Bixter, de nombreux lochs de chaque côté qui se transforment, changent de couleur et d’aspect avec le jour qui tombe et la lumière plus chaude qui se pose à leurs surfaces, les ombres des moutons s’allongent, ils se promènent, tranquilles, en quasi-liberté pour peu qu’ils restent du bon côté de la clôture ou du muret, tandis que, pour les humains et les véhicules, le passage reste libre grâce à l’astucieux système des cattle grids : un fossé profond recouvert par une grille aux barreaux ronds suffisamment espacés pour que des sabots ne trouvent aucun appui tandis que pour tous ceux qui ont les pieds ou les roues suffisamment grands, ça ne pose aucun problème. Vers Twatt, les pierres des maisons en ruines prennent une teinte dorée qui contraste avec le vert printanier des jeunes pousses d’herbe et donne à l’ensemble un air mélancolique, l’envie de s’arrêter et de voir vivre là des familles, un bricoleur occupé à tailler un nouveau manche pour sa pioche, une chaise avec une vieille dame et son tricot qui trouve à l’extérieur une lumière bien meilleure que dans la pièce qui sert de cuisine et de séjour avec une seule petite fenêtre au milieu du lourd mur de pierres, un gamin qui empile des cailloux pour en faire une tour qui irait jusqu’au ciel, une lectrice perdue dans son bouquin qui serait assise là pour ceux qui la regardent, mais elle, loin dans un autre monde, le monde de son roman. Un peu plus loin, les huitriers pie tiennent compagnie aux moutons au bord de l’eau, la lumière disparait doucement pour laisser la place au plus sombre et bientôt à la nuit. Doucement se faire à l’idée qu’il est l’heure de rentrer, de préparer le repas et d’aller, sous couvert de sommeil, profiter en souvenirs de tout ce qu’on a vu durant cette journée. 

L’albatros 

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !


Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Charles Baudelaire

L’âge des nuages

Nuages ou les yeux dans les cieux, pour préciser qu’ici on parlera de nuages, de ce qu’ils nous envoient, de ce qu’ils nous renvoient. Aussi de temps en temps, un peu d’Alfred Stieglitz, au fil des découvertes, parce que ses photos m’ont poussée jusqu’aux mots à regarder là haut 

Barbe blanche, chevelure pâle, c’est sûrement un nuage déjà d’un certain âge. Savoir l’âge des nuages, question pas vraiment sage pour une réponse rapide, sans interrogations, sans prolongements possibles, probables et même certains. Quel est l’âge des nuages, ont-ils d’ailleurs un âge, est-ce que ça a un sens de poser cette question. Sujet bien délicat pour ces êtres changeants, qui filent et se déforment, se transforment, se scindent et se ressoudent, disparaissent, se gonflent jusqu’à devenir encore bien plus gros que des buffles, juste avant de pâlir, de se désagréger, de ne plus exister, à nos yeux d’êtres humains. Nuages de montagnes au-dessus des sommets, nuages chargés de sel sur les crêtes des vagues, nuages ivres de sables au-dessus des déserts, ils se ressemblent, s’assemblent et sont soit toujours jeunes soit toujours très âgés et juste réarrangés, chargés de tout ce qui, un jour, a croisé leur chemin.
Si l’âge des nuages est chose trop compliquée alors juste revenir à l’image des nuages figée dans un cliché, un arrêt en image, existence éphémère, cycle de vie éclair, car c’est chacun son rythme, loi des saisons d’une herbe, d’une vie animale, de l’existence d’un arbre, d’une forêt, d’une montagne.
Alors, pour le souvenir s’en remettre au cliché, à l’image, la photo, collection de nuages comme des portraits de famille. Des plaques d’Alfred Stieglitz à ce qu’on peut découvrir au milieu des fichiers de nos images numériques découpées droit dans le ciel un de ces jours sans plafond, sans canopée, sans toit. Alors de ces jours-là se faire un peu solitaire, presque un peu étranger au doux ronron des jours qui viennent l’un après l’autre, réguliers, identiques, sans jamais de faux pas, ni de pas de côté, se faire comme l’étranger, celui qui n’a pas d’âge, celui de Charles Baudelaire dans le Spleen de Paris :
Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
Tes amis ?
Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
Ta patrie ?
J’ignore sous quelle latitude elle est située.
La beauté ?
Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
L’or ?
Je le hais comme vous haïssez Dieu.
Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages !

Accent

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

Il existe des accents presque pour tous les goûts. Les accents dans les voix, c’est la géographie qui nous vient aux oreilles. Dans l’endroit où l’on est, dans les bras familiers de la langue maternelle, on n’aura pas d’accent, l’accent ce sera les autres, ceux qui habitent loin, qui s’occupent autrement de leurs assaisonnements. Cet accent de la voix est celui du parlé, il se pose sur les mots quand ils sortent de la page pour faire vibrer l’espace, quand ils deviennent des sons. Les accents de l’écrit, de la typographie, eux, se posent sur les lettres, tant pour changer leur son que pour changer le sens des mots qu’ils ont construits. Mais sans aucune voix haute, tout ça restera là, juste entre soi et soi, juste dans nos têtes à nous, juste au bout de nos doigts qui déposent les accents, au crayon, au clavier, comme il faut sur les lettres pour que le sens y soit comme on voudrait qu’il soit. Car juste un petit accent peut faire tout basculer, de sûr on devient sur et adieu certitude. Ensuite les choses sont simples pour les accents convenus, ceux qui sont comme ils sont, même si je vous l’accorde, la tâche d’écrire tant de mots sans jamais bousculer orthographe et grammaire, est rarement vraiment simple. Mais perdre le tréma d’une action héroïque, ravalerait le héros au rang de batracien qui coasse dans sa marre, on serait dans le couac, plus dans l’admiration. Pour beaucoup d’autres sens, il revient à chacun de venir mettre l’accent là, juste où on veut le mettre, où on veut appuyer, peser de toutes ses forces. Mettre l’accent en photo sur telle partie de l’image, ou juste choisir le cadre, rajouter du contraste, jouer sur les couleurs, sous ou surexposer pour que l’effet soit là, car avec la lumière, il suffit d’une tache pour compliquer la tâche de qui photographie. Dans la cuisine aussi, les épices sont nombreuses pour venir amplifier tel goût ou bien tel autre. Et puis mettre l’accent n’est pas écrabouiller, tout est dans le dosage, la nuance, la mesure pour préserver l’effet, pour que le ô de Baudelaire garde toute sa puissance quand on lit Recueillement. Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille

Le nez

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

Ça commencera par là, par le nez, par le pif. Pas d’écouteurs pour lui, de paupières pour le clore, pas de dents à serrer pour qu’il puisse éviter tout le désagréable, pas de mains dans les poches pour rester entre soi. Le nez attrapera tout, il suffit de l’écouter, même s’il n’a pas les mots. Il a les mots des choses, pas les mots des odeurs comme les yeux, les veinards, ont les mots des couleurs, des formes et des valeurs. Maintenant qu’on est humains et qu’on se tient debout, on l’a bien éloigné de ce qu’il doit sentir, on lui fait la vie dure, on le délaisse un peu, au pays du bitume on l’accuserait même d’être une porte d’entrée pour les toxicités qu’on a déposées là. Pourtant parfois le nez nous dit encore le monde, à sa manière sans mots il nous dit d’aller voir de plus près sous les feuilles, gratter au pied des arbres pour voir les champignons, il nous dit que juste là, on a posé le pied sur une touffe de thym et que la belle feuille verte est celle de l’ail des ours et non pas du muguet. Il nous dira aussi qu’une bête a dormi là, les yeux confirmeront qu’elle a gratté la terre, enlevé toutes les feuilles, les brindilles et les pierres pour retrouver l’humus quand nous autres humains, accumulons les couches, de litières, de matelas, pour nous en isoler, malgré les sons qui disent les liens forts qui unissent, et humus et humain. Quand le jour se fera sombre, ce sera encore le nez qui nous dira le feu, sa fumée, son fumet, que là on trouvera chaleur et compagnie, et la marmite de soupe pour réchauffer l’hiver en attendant l’été et ses fleurs qui feront dire à l’humain que l’on reste, même à celui des villes, que c’est quand même bien que nous ayons gardé cet appendice, ce cap, au milieu de la figure, pour sentir les parfums frais comme des chairs d’enfants, doux comme des hautbois, verts comme des prairies

Lecture en cours : « L’Appel des odeurs », Ryoko Sekiguchi

20231205

"De temps en temps", ça commence par la météo, et ça continue avec ce qui vient en tirant sur le fil

Devenant mitigé. Les chutes de neige de la nuit, au-dessus de 700/900 mètres, s’évacuent en bonne partie par l’Italie en milieu de matinée. Place à un temps changeant à l’arrière : entre éclaircies (franches en plaines) et paquets nuageux (nombreux sur les massifs) donnant de bien rares et faibles giboulées de neige résiduelles en montagne. Elles cessent totalement le soir.
Températures minimales comprises entre +1 et +5 degrés.
Températures maximales comprises entre +5 et +9 degrés.
Isotherme 0° vers 1200 puis 800 mètres.
Vent faible à modéré de Sud-Ouest puis Nord-Ouest.
Prévisions Météo Alpes

Il neige. Il neige en blanc sur blanc, de gros flocons bien denses, épais et sûrs d’eux-mêmes, de leur état solide, du solide floconneux, de la neige à boules de neige. De la neige qu’on compacte à chacun de nos pas, qui grince comme si nous-mêmes étions de lourdes machines, de ces presses hydrauliques à odeur de graisse chaude. À chacun de nos pas, on écrase, on détruit, un moelleux de nuage, on passe du léger que chaque souffle entraîne, où il veut, quand il veut, au dur et au serré, de cet épais qui forme les parois des igloos, qui se transforme en glace, translucide et vivante, capable d’inventer elle-même son propre bleu. On perd le doux flocon et ses branches en étoiles, sa blancheur de papier, et sa manière à lui de dire le haut du bas, le dessous du dessus par le noir et le blanc quand il se pose, oiseau, sur les branches des arbres. Du noir et blanc, beaucoup, de la couleur, encore, un reste de feu d’automne, des feuilles restées fidèles, attachées à leur arbre, un bouleau à tronc blanc, clin d’œil au blanc sur noir pour quelque temps encore, un rappel d’il y a peu, rappel d’avant le blanc, un bout de transition rattrapé par le temps qui nous redit qu’on peut, en y regardant bien, lire la saison qu’il fait dans la couleur des feuilles comme chez Baudelaire on lit que les Chinois voient l’heure dans l’œil des chats, mais qu’on y trouve aussi l’heure de l’éternité

Charles Baudelaire, L’horloge, Le Spleen de Paris

20231125

"De temps en temps", ça commence par la météo, et ça continue avec ce qui vient en tirant sur le fil

Hivernal. Massifs souvent accrochés, avec quelques éclaircies mais aussi de petites giboulées de neige faibles et intermittentes (les accalmies prédominent) dès 300/500 mètres. Les reliefs haut-savoyards sont plus durablement accrochés. En plaine et basses vallées le temps est souvent sec, les éclaircies l’emportent sur les quelques bancs nuageux.
Cumul de neige depuis vendredi soir :


  • en Haute-Savoie : traces à 3 cm vers 700 mètres, 10 à 20 cm au-dessus de 1500 mètres.
  • en Nord-Savoie et Ouest-Savoie+Chartreuse : traces à 2 cm vers 700 mètres, 5 à 10 cm au-dessus de 1500 mètres.
  • ailleurs plus au Sud : traces tout au plus vers 1000 mètres, 1 à 3 cm au-dessus de 1500 mètres.
    Températures minimales comprises entre +1 et +3 degrés.
    Températures maximales comprises entre +4 et +6 degrés.
Isotherme 0° vers 700 mètres.
Vent modéré de Nord, sensible en haute-altitude.

Prévisions Météo Alpes

Des giboulées de neige jusque presque dans la plaine. Hivernal pour de vrai quand le blanc se dépose, saupoudre la terre sombre, les feuilles mortes de l’automne. Premières neiges de l’année pour ceux qui vivent en bas, de quoi se rappeler tous les hivers passés, les regarder tomber, ces morceaux de nuages, tranquilles et décidés qui nous rassurent un peu sur les saisons qui passent. Juste une première marche, ensuite monte l’escalier au grenier des souvenirs et dans nos réflexions de quoi nous occuper tout le reste du jour, comme un brin d’herbe sèche à mâcher pour la route, comme un vers de Baudelaire calé dans le coin de la tête pour la journée qui vient

Incendie de nuages

En passant, petites images glanées au gré d'ici ou là.
Coucher de soleil, Queige, mai 2023

Ce soir-la, c’était coucher de soleil. Un peu comme tous les soirs mais pas vraiment tout comme. La couleur des nuages les faisait incendie, la couleur des branches hautes les faisait charbon noir. Feu de forêt, foyer dans la cime des feuillus, image fugace, éphémère, instantanée. Quelques secondes à peine, tout au plus une minute, le temps de déclencher, de cliquer sur l’écran, le temps d’un coup de fil, juste le temps d’un appel. Entre le bleu du jour et le noir de la nuit, le feu. Flamboyant, flambant, flammes, feu, incendie. De l’abstrait dans le ciel trop réel dans nos têtes. Contraste. Entre fournaise insatiable et douces couleurs tendres, raccourcis de pensée, court-circuit effrayant, l’étincelle de l’image. Au milieu du tranquille, comme un grand froid dans le dos, l’irruption du danger, de la mort, de la peur. Juste à cause d’une rencontre de formes et de couleurs, juste à cause de ce ciel, des innocents nuages teintés de fin du jour qui s’en iraient en flammes emmenés par le vent. Les couleurs toutes seules dans un coucher de soleil amènent d’ordinaire des images innocentes, moins dangereuses, plus bénignes, parfois même romantiques voire un brin désuètes. Un couple assis de dos, une couverture pour deux, et le soleil couchant sur une plage déserte. Luxe, calme et volupté. Là, non. La forme des nuages construit un épisode furieux et dramatique, nous le rend fascinant, on tremble pour le fragile de la beauté des lieux. La force de l’image nous porte vers le feu quand tout nous pousse au doux. Rêve et cauchemar mêlés qui se renvoient la balle bien trop rapidement pour qu’on puisse l’arrêter, pour qu’on en ait envie, fascination du drame. Le charme des Fleurs du mal

20230215

"De temps en temps", ça commence par la météo, et ça continue avec ce qui vient en tirant sur le fil

Printanier. Plein soleil. Pour l’anecdote : de rares grisailles à l’aube en Isère, puis de fins filaments nuageux très élevés en fin de journée sur l’ensemble de la région.
Températures minimales comprises entre -2 et +1 degrés.
Températures maximales comprises entre +14 et +16 degrés.
Isotherme 0° vers 2800 mètres.
Vent faible de Sud.
Prévisions Météo Alpes

Printanier. Ciel bleu, uniforme. Uniformément bleu sans accroche, lisse et propret. L’ennui, celui qui dans un bâillement avalerait de monde. Mais l’anecdote est là, ce sera elle la clé. Aspérité, gratton, détail, petite aiguille perdue dans l’immense botte de foin, celle qu’on recherche, celle qu’on espère, qu’on souhaite vraiment, vraiment fort, pour nous sauver du vide. La mouche placée juste là, au coin des lèvres peintes d’une courtisane d’antan ou le mot étranger, venu d’une autre langue, posé au creux d’un texte pour dire sans insister l’attrait pour ce qui est de cette autre culture. Comme une chose qui dépasse et qui dit le dessous, l’anecdote donnera vie à un deuxième étage du récit trop poli, à une deuxième lecture pour l’autre lecteur en nous, un peu plus averti par ce qu’il a vécu ou bien tout simplement, ce qu’il a lu avant. L’anecdote peut paraître futile et dérisoire mais c’est pourtant bien elle qui viendra nous offrir du récit l’épaisseur, du voyage la couleur et du texte, la dimension manquante

20230118

"De temps en temps", ça commence par la météo, et ça continue avec ce qui vient en tirant sur le fil

Neigeux. Les giboulées de neige matinales concernent, encore une fois, toujours prioritairement la Haute-Savoie et le Nord de la Savoie tandis qu’elles sont bien plus rares ailleurs avec même de courtes trouées sur le Sud-Est de la région. De nouvelles chutes de neige se mettent en places le long des Préalpes en mi-journée. Elles s’y renforcent un peu l’après-midi, ainsi que de Belledonne au Mont-Blanc et débordent sur les autres hauts-massifs internes. Elles cessent en milieu de nuit suivante. Il neige alors jusqu’en plaines mais les quantités sont très faibles.
Quantités attendues en montagne au-dessus de 800/1000 mètres

  • 15 à 25 cm en Haute-Savoie/Nord de la Savoie.
  • 10 à 20 cm en Préalpes et de Belledonne à la Lauzière.
  • 5 à 10 cm en Haute-Maurienne.
    Températures minimales comprises entre -1 et +1 degrés.
    Températures maximales comprises entre +1 et +3 degrés.
    Isotherme 0° vers 900 puis 300 mètres.
    Vent faible à modéré de Nord-Ouest.
    Prévisions Météo Alpes

Neigeux.
Tu réclamais la neige, elle descend, la voici …
Atmosphère ouatée, les flocons en tombant s’emparent de tous les bruits, les retiennent, les absorbent, les avalent, les effacent. La neige mange les clés qui tombent, dévore le bruit des pas, calmerait presque le vent, mais fait craquer les arbres. Légère en apparence, la neige est de flocons paisibles qui se rassemblent et pèsent jusqu’à se faire lourdeur sur les fragiles branches qui plieront sous le poids, réunion planifiée de malfaiteurs duveteux. Pour cacher ses forfaits, ce qui plie sous sa charge et ce qu’elle a cassé, la neige, sûre de son fait, déploiera en douceur un édredon douillet. Manteau blanc qui tordra toutes nos lignes droites et fera de nos angles de douces courbes arrondies, il cachera aussi nos pointes acérées et nous dérobera tout fourbi mal rangé. Adulée par les uns, redoutée par les autres, elle écrit blanc sur sombre une histoire que l’on aime autant pour sa violence que sa fragilité, toutes deux au service d’un charme indiscuté. La neige en quelque mot serait un oxymore, aux uns elle porte la paix, aux autres le souci, parfois les deux ensemble, exquise fleur du mal

20221022

"De temps en temps", ça commence par la météo, et ça continue avec ce qui vient en tirant sur le fil

De temps en temps

20221022

Encore de bonnes pluies. Jusqu’en milieu de journée : toujours un temps très couvert avec de fréquentes pluies, parfois marquées en centre-Isère/Bauges-Beaufortain/Haute-Savoie. Puis ces pluies s’évacuent vers l’Est et deviennent vite très faibles. Le soleil revient vite d’Ouest en Est au fil de l’après-midi et il fait assez beau partout d’ici la fin de journée.
Limite pluie-neige vers 2900 mètres (10-20 cm supplémentaires en Mont-Blanc au-dessus de 3300 mètres, un peu moins en Vanoise).
Températures minimales comprises entre +12 et +14 degrés.
Températures maximales comprises entre +18 et +22 degrés.
Isotherme 0° vers 3200 mètres.
Vent modéré d’Ouest-Sud-Ouest, sensible à haute-altitude.
Prévisions Météo Alpes

Encore de bonnes pluies. Une bonne pluie, une bonne tarte, une bonne raclée. Une bonne journée ? « On appelle bonne, une chose exactement adaptée à son service. » Alors pourquoi pas une bonne pluie pour une bonne journée, une journée en contraste, en trempé puis séché, une journée de changements, de lumière dans les gouttes, de reflets étincelants sur les surfaces ruisselantes. Une journée de détresse pour les nuages qui pleurent sur le monde tel qu’il est, leur eau qui part au loin sans plus nourrir la terre. Peut-être qu’ils pleurent de rire quand la cime des arbres leur chatouille le ventre ? Journée de profonde joie pour le jeune torrent qui reprend enfin vie, chante dans les aigus entre deux cabrioles, en voyant de là-haut qu’il a encore le temps de devenir plus grave avant d’avoir rejoint le fleuve digne et tranquille. Journée bonne ou pourrie, tout pour ne pas rester coincé•e•s, bloqué•e•s et enfermé•e•s entre les n de celui qui nous mine, l’ennui
Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde