Archives par mot-clé : fleurs

Début de mi-mars 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Temps d’alternance, une semaine débordante de rebondissements, dans le bleu puis dans le blanc, entre le beau et le froid. Période de transition, ce ne sont pas des pics, plutôt des incursions d’une saison dans une autre, une période tissée des fils d’un temps et de l’autre, une récurrence prévue où toutes les météos nous semblent encore normales. Normal le grand ciel bleu avec la neige dessous, normale aussi la neige avec le gris partout et même normal le vert qui commence à pousser pour recouvrir la terre, le brun des feuilles d’automne toutes trempées de l’hiver.
Sur le brun des feuilles mortes, toujours plus de couleurs, des couleurs différentes ou des couleurs semblables, qui déclinent leurs nuances. Le jaune évidemment, mais aussi du rose tendre, layette chez le prunier avec les fleurs qui tendent, éperdues, leurs longs bras-étamines vers les rares insectes qui sont déjà en vol. En hiver on perd vite l’habitude, le réflexe, de chasser une mouche d’un revers de la main, d’entendre les abeilles passer de fleur en fleur, le bourdon qui bourdonne, le moustique qui agace. Alors, aller sous l’arbre avec ses chatons jaunes qui assure la survie des premières téméraires des abeilles alentours. Au début hésiter et regarder plus haut, chercher l’hélicoptère ou autre fauteur de bruit, mais non ce sont bien elles, affairées, consciencieuses autour des doux chatons du saule toujours précoce tout au fond du jardin. Toujours chez les insectes, aussi quelques gendarmes, des papillons de nuit, mais surtout les fourmis qui ont refait surface sur le pont de leur fourmilière. Leur butte, tout l’hiver semblait vide et sans vie, brindilles enchevêtrées, excroissance incongrue et maintenant pleine de vie, une surface mouvante de petits corps affairés qui se hâtent et se croisent, se pressent, se précipitent pour remettre en état leur maison-forteresse après le long hiver.
Changement du tout au tout dans la vie trépidante de la fourmilière, quand d’autres restent stables et égaux à eux-mêmes comme le cognassier qui depuis le bourgeon jusqu’aux feuilles et aux fruits, reste dans le duveteux, le laineux, le pelucheux. Peut-être sa façon à lui de rester emmitouflé pour les cas trop probables de ces gelées tardives qui font tant de ravages. D’autres que le cognassier tentent de brouiller les pistes avec les premières feuilles au sortir de la graine qui jouent l’anonymat, voire le reniement des feuilles qui viendront habiller l’arbre adulte. Trompeurs cotylédons qui vont parfois jusqu’à se coiffer de ce qui reste de l’enveloppe de leur graine pour qu’on ne les repère pas. Il faut dire qu’au début, ils sont bien vulnérables, ces futurs grands arbres aux troncs durs comme du bois.
Alors, marcher doucement, pour n’écraser personne, ne déranger personne, pas même le souffle d’air qui amène à nos nez l’odeur douce des violettes ou met devant nos yeux la fière silhouette d’une biche, d’un chamois descendu profiter de ces tendres verdures comme on attaque, fébrile, le livre tant attendu d’une autrice admirée

Fin février 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Grande semaine de grand beau. Du bleu, encore du bleu, un bleu éblouissant. Juste quelques nuages pour qu’on puisse se souvenir que les nuages existent et qu’ils nous disent tout bas, au creux de nos regards de penser à d’autres choses qu’à ces choses qu’on voit, des animaux, des cartes, des souvenirs oubliés, penser à des oiseaux quand on voit des nuages.
Avec le bleu, le beau et puis avec le chaud, les plantes se réveillent, les bourgeons s’ouvrent en feuilles, les fleurs pensent pétales et les chatons fleurissent sur les branches de grands arbres. Les chatons de noisetiers ont perdu de leur jaune et leur heure est passée, maintenant c’est le tour des grands saules marsault, encore dit saules des chèvres qui regroupent à leurs pieds, une fois pollinisés, d’adorables peluches, cotonneuses à souhait. Profiter des bourgeons, des feuilles nouvelles nées, pas encore grignotées, pas encore abîmées, pas encore vieillies, ternies, usées, flétries, aux formes encore parfaites, conformes aux jolies planches des ouvrages botaniques. Regarder les bourgeons et puis jeter un œil par-dessus son épaule pour quand même vérifier que le froid n’est pas là, caché en embuscade pour abolir tout ça d’un coup de gel narquois. Le froid on n’y croit plus avec cette semaine qui nous a presque vus sortir les bras des pulls et la tête des bonnets, pourtant le calendrier, les primevères bien serrées contre l’adversité, nous mettent encore en garde même si on sent déjà un goût de confiture en regardant la rhubarbe sortir ses premières feuilles encore toutes plissées, encore toutes brillantes de leur récente naissance.
Les hauts sont encore blancs, mais les bas déjà verts et si on ne fait pas de bruits, pas de mouvements trop brusques, pas de choses trop bizarres, on pourra parfois voir, des groupes de chamois qui descendent se nourrir, se gaver de verdure, toute tendre et délicieuse, pour le plaisir de nos yeux de se sentir parmi eux, presque un peu acceptés, presque une permission de nous émerveiller devant leurs silhouettes.
En profiter aussi pour aller se promener, maintenant qu’on voit plus loin que le bout de ses chaussures derrière les rideaux occultants de la pluie. Revoir les paysages, les sommets enneigés qui contrastent encore clairs sur les forêts du bas, sombres, encore plus sombres maintenant que la neige en équilibre instable sur les aiguilles, les branches et les rameaux a fondu depuis longtemps.
Les journées sont plus longues, la lumière plus présente, les oiseaux plus actifs, emplissant tout l’espace de leurs chants, de leurs appels aussi de leurs rappels : dans le paysage sonore, on est ici chez eux. La chaleur sur la peau dépasse les moments de la simple anecdote, tout ça dit le printemps, même si on sait bien qu’on doit encore attendre pour y être complètement, on a quand même envie de se laisser convaincre par ce titre accrocheur, là sur la couverture

Fin de mi-mars 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Pas de monotonie pour habiller la semaine. On commence par la neige, venue refaire ici un petit tour de piste, en grande pompe, du grand show. La veille, juste ce qu’il faut de brume et de brouillard pour faire un écran blanc, pour préparer nos yeux à n’y voir que du feu dans le gommage des couleurs. Revenir à la page blanche pour pouvoir retrouver avec soulagement celles qui ont résisté des fleurs téméraires et déjà installées dans le doux du printemps avant que ne soit passé tout risque de caprice, de retour de l’hiver qu’on aurait délaissé un peu trop rapidement au goût des dents de scie du climat de maintenant.
Alors le lendemain sortir pour vérifier et pour se rassurer sur la vivacité de qui vit au-dehors. Pour la plupart des fleurs, elles en sortent fatiguées, mais quand même pas tuées, la chance du débutant pour ces plantes téméraires ou stratégie de l’audace, qui cette fois a payé, ce sera affaire à suivre dans le bilan de l’année, quand une fois de plus et le jour et la nuit feront partie égale, fêteront l’équinoxe, mais celui de l’automne qui marquera le retour des nuits majestueuses et des couleurs d’automne. En ce moment les couleurs, c’est une grande explosion, le jaune du forsythia, le violet des violettes, le pourpre du lamier pourpre et le blanc un peu rose des fleurs du prunier qui fleurit bien trop tôt depuis plusieurs années pour pouvoir faire des fruits à mettre sur les tartes.
Que ce soit un coup de chaud ou encore un coup de froid, ce sera toujours un coup, une violence, un choc, un marron, une châtaigne et quant à s’en remettre ça dépendra de la forme, de la durée aussi, du coup de froid en question puisque c’est souvent lui qu’on redoute au printemps, sans tenir compte du fait qu’une sortie précoce, guidée par un coup de chaud, sera fatale à l’abeille qui s’épuise dans sa quête des fleurs qui dorment encore et ne peuvent la nourrir. Les insectes et les fleurs, c’est une longue histoire de je t’aime moi non plus avec encore souvent les bonnes idées des uns détournées chez les autres, mais avec à la fin du bien mieux pour chacun, comme chez le lamier pourpre ou chez les orchidées que je guette maintenant que leurs feuilles tachetées se déplient à l’air libre.
Et cette fin de semaine, du beau, un peu voilé, du sable en suspension qui rend le loin moins clair et plus indéfini, alors en profiter pour mettre ce qu’on veut dans le loin pas si loin, même si on ne voit pas bien, on peut toujours rêver.