Archives par mot-clé : printemps

Début mars 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine de beau, de très beau. D’un beau presque inquiétant qui ne quitte plus le bleu. Vers la fin de la semaine, du bleu un peu pâli et rendu plus humain, moins parfait, moins total, par la présence dans l’air de sable venu d’ailleurs qui éloigne le lointain, qui l’effacerait presque, le dissimule, le rend plus mystérieux, moins net, moins évident. Des lointains à reconstruire avec les souvenirs, à regarder longtemps et avec attention pour avoir les détails, les finesses, les motifs, d’habitude accessibles même à qui se contente d’un coup d’œil distrait et sans application. Et parfois se résoudre : on ne verra pas le loin.
Le bleu déjà au ciel, pour mettre le vert aux arbres, ne manque qu’un peu de jaune qui se répand déjà, aux endroits dégagés, au creux de toutes les fleurs. Des pétales ciselés, découpés, allongés, chacun d’eux a son jaune, du pâle à l’orangé, du duveteux au poli, des jaunes jeunes et pleins de vie, pas des jaunes de sécheresse, ternes, cassants et funèbres. Du jaune qui fait soleil même quand nuages et sable cachent l’éblouissant du jaune de notre étoile.
Comme indice du printemps, en plus des premières fleurs, sortent les premières feuilles. Elles se déplient, hirsutes comme d’avoir trop dormi au sein de leur bourgeon, leurs habits tout froissés après ce long sommeil de tous les mois d’hiver. Mais c’est à nous humains, de nous frotter les yeux pour ne pas en manquer de ces naissances de fleurs, de ces déplis de feuilles, applaudir à chacune qui déploie ses capteurs avides de chlorophylle, capables de transformer la lumière en matière. Une matière encore frêle, fragile et vulnérable, mais qui grandit déjà, évolue de jour en jour et qui dans certains cas pourra finir en arbre, en géant de plusieurs mètres faisant ombre, fruits et bois après avoir été fluette tige et deux feuilles qu’on peut anéantir juste en passant trop près.
Plus haut en altitude, la neige est toujours là, cumuls qui se protègent comme la foule se rassure de son immensité, froid protégeant le froid, seule la surface blanche subit le vent, le chaud, parfois aussi la pluie pour se faire étendue de vagues et de houle, de flux et de reflux, de ressac sur une plage. Alors on est touchés par les proximités de textures, de mouvements, de profils, de l’eau et de la neige, des montagnes et de la mer, rappels des différences qui ne sont que du temps et puis quelques degrés.
Le printemps est aussi le retour de la vie sous sa forme animale de façon plus marquée. Marquée dans le sonore avec les oiseaux qu’on entend, qu’on écoute, qui pallient de leurs plumes les feuilles encore absentes sur les hautes branches des arbres. Bientôt le vert sera là et il les cachera, ces prodiges de chant et de légèreté qui fêtent en grands festins le retour des insectes. Manger ou être mangé, question qui reste la base de la vie au dehors. Alors, ouvrir bien grand les yeux et les oreilles tant que les équilibres restent en équilibre et nous donnent à vivre les réveils, les naissances, éclosions et retours en ce début de printemps.

Fin février 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Grande semaine de grand beau. Du bleu, encore du bleu, un bleu éblouissant. Juste quelques nuages pour qu’on puisse se souvenir que les nuages existent et qu’ils nous disent tout bas, au creux de nos regards de penser à d’autres choses qu’à ces choses qu’on voit, des animaux, des cartes, des souvenirs oubliés, penser à des oiseaux quand on voit des nuages.
Avec le bleu, le beau et puis avec le chaud, les plantes se réveillent, les bourgeons s’ouvrent en feuilles, les fleurs pensent pétales et les chatons fleurissent sur les branches de grands arbres. Les chatons de noisetiers ont perdu de leur jaune et leur heure est passée, maintenant c’est le tour des grands saules marsault, encore dit saules des chèvres qui regroupent à leurs pieds, une fois pollinisés, d’adorables peluches, cotonneuses à souhait. Profiter des bourgeons, des feuilles nouvelles nées, pas encore grignotées, pas encore abîmées, pas encore vieillies, ternies, usées, flétries, aux formes encore parfaites, conformes aux jolies planches des ouvrages botaniques. Regarder les bourgeons et puis jeter un œil par-dessus son épaule pour quand même vérifier que le froid n’est pas là, caché en embuscade pour abolir tout ça d’un coup de gel narquois. Le froid on n’y croit plus avec cette semaine qui nous a presque vus sortir les bras des pulls et la tête des bonnets, pourtant le calendrier, les primevères bien serrées contre l’adversité, nous mettent encore en garde même si on sent déjà un goût de confiture en regardant la rhubarbe sortir ses premières feuilles encore toutes plissées, encore toutes brillantes de leur récente naissance.
Les hauts sont encore blancs, mais les bas déjà verts et si on ne fait pas de bruits, pas de mouvements trop brusques, pas de choses trop bizarres, on pourra parfois voir, des groupes de chamois qui descendent se nourrir, se gaver de verdure, toute tendre et délicieuse, pour le plaisir de nos yeux de se sentir parmi eux, presque un peu acceptés, presque une permission de nous émerveiller devant leurs silhouettes.
En profiter aussi pour aller se promener, maintenant qu’on voit plus loin que le bout de ses chaussures derrière les rideaux occultants de la pluie. Revoir les paysages, les sommets enneigés qui contrastent encore clairs sur les forêts du bas, sombres, encore plus sombres maintenant que la neige en équilibre instable sur les aiguilles, les branches et les rameaux a fondu depuis longtemps.
Les journées sont plus longues, la lumière plus présente, les oiseaux plus actifs, emplissant tout l’espace de leurs chants, de leurs appels aussi de leurs rappels : dans le paysage sonore, on est ici chez eux. La chaleur sur la peau dépasse les moments de la simple anecdote, tout ça dit le printemps, même si on sait bien qu’on doit encore attendre pour y être complètement, on a quand même envie de se laisser convaincre par ce titre accrocheur, là sur la couverture

Début de mi-février 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Pluie, pluie et encore pluie. Avec un peu de neige, comme ce matin par exemple et quelques éclaircies. Pas trop froid puisque pluie à la place de la neige, même si on est pas loin de la limite eau-flocon. La neige encore la neige, quand on est assez haut, la neige qui fait voir le haut de la montagne comme une pièce montée, comme un décor construit pour une publicité les jours ou le soleil fait sortir un peu de bleu dans un ciel d’habitude entre blanc sombre et gris clair.
Alors quand les averses font une petite pause ou pour forcer un peu, vêtue d’imperméable et chaussée de hautes bottes, aller voir au dehors ce qui change ou attend encore un peu plus chaud pour changer à son tour.
Guetter une accalmie pour aller prendre l’air, prendre la température, et puis tâter l’ambiance de ce que font les plantes puisque le calendrier autant que le thermomètre nous rapproche du printemps, à pas comptés encore, mais quand même toujours plus. On sait qu’elles vont sortir, les précoces, les pionnières, les premières à fleurir, les premières à verdir.
Guetter les premières pousses c’est revenir en arrière et aller rechercher une carte bien spéciale dans le fond de nos souvenirs, la carte des plantes, des arbres qui sortent les premiers du sommeil de l’hiver. Parfois gratter un peu ou se contorsionner, mais savoir où regarder facilite grandement les trouvailles pimpantes, presque des retrouvailles, avec des feuilles toutes tendres, des feuilles nouvelles nées. Orties et pissenlits, plantain et graminées, et puis les primevères et aussi toutes les autres trop nombreuses à nommer qui nous mettent le sourire au coin des yeux, des lèvres, de les voir revenir et de les voir lancer la fiesta du printemps. Se réjouir aussi de leur fidélité à tous nos rendez-vous de la fin de l’hiver, une façon de retourner dans un endroit connu, retrouver des couleurs, des textures, des brillances, retrouver des amis, au moins des connaissances. Pas encore des odeurs, encore un peu trop froid, mais avec les fleurs, les guetter elles aussi, en approcher le nez et venir aux heures chaudes.
Guetter aussi les arbres, leurs bourgeons et leurs fleurs, sortir de l’inquiétude où nous plonge l’hiver quand un arbre sans feuilles ressemble à s’y méprendre à un arbre sans vie. Se réjouir encore, des heures qu’on sait comptées, de l’absence des feuilles qui nous laisse encore voir les plumes des oiseaux qu’on croirait même entendre siffloter le printemps, l’appeler, le héler et puis en faire déjà presque toute une histoire

Début de mi-mars 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Moins de beau cette semaine, mais toujours du nouveau, des animaux, des fleurs, des bourgeons qui s’entr’ouvrent avec la grande question, en premières feuilles ou fleurs. Ça dépend des espèces, des stratégies d’avenir, de ce qui est efficace et fait survivre au mieux. Pas de règle, de doctrine, alors affaire à suivre avec toujours la crainte, la trouille et l’apeurement des perfides gelées, tardives et meurtrières. Suivre la météo, ses changements, ses humeurs, et ses imprévisibles qui nous font tant d’angoisse quand nos assiettes dépendent d’un nuage ou d’un souffle.
Météo cette semaine sans visibilité, tous les matins bouchés, brume se poussant parfois jusqu’à devenir brouillard, pour commencer le jour sans savoir ce qu’il sera, si tout est encore là comme il l’était hier. Commencer la journée en laissant une place à l’imagination, peut-être à la fiction, voire jusqu’à l’utopie, au monde qui serait mieux si ceci ou cela, en faisant une place à la crainte du changement, à l’envie de changement, au besoin de changement, à sa nécessité, impérieuse et urgente, en fonction des articles qu’on lit dans le journal.
La nature, elle, avance, sans se soucier nullement de cette unique espèce parmi des milliards d’autres qui s’octroie dans ce monde beaucoup trop d’importance. Les fleurs s’ouvrent aux couleurs, les insectes se réveillent, les batraciens font œufs, du nouveau, du nouveau qui nous ferait oublier de regarder aussi celles qui sont installées depuis la fin de l’hiver. Un peu comme ces images, ces mots jolis, pimpants qui vont si bien ensemble pour faire une expression à l’avenir contagieux ou ceux que l’on retrouve en haut des pages de recherche et qui marquent notre temps en y perdant de leur sens, leur beauté, leur éclat à force de trop d’emploi. Parfois ils ont leur place et un autre n’irait pas, mais il arrive aussi qu’ils fassent mycélium jusqu’à nous envahir en lecture, en écoute, qu’on les trouve partout, qu’ils deviennent lieux communs, plus seulement mots communs. Là j’avoue, j’appartiens à cette espèce humaine toujours écartelée entre les pôles d’extrêmes, qui pratique l’épuisement pour ses prédilections afin de les conduire au plus près que possible d’une pensée de perfection, poussant parfois l’idée jusqu’aux maniaqueries au-delà des habitudes, tout en les redoutant comme des choses détestables. Alors je le redis, hommage aux primevères pour leur précocité, la douceur de leur jaune, leur opiniâtreté à survivre aux gelées et leur longévité, quand je m’irrite bien vite de trouver dans un texte, parfois même dans les miens de ces mots à la mode qui brillent de tous leurs feux en haut des hit-parades lexicostatistiques.

Début de mars 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Semaine de beau temps, printemps. Le calendrier dit non, le merle du matin qui chante le réveil dirait plutôt, évidemment en hauss,ant les épaules, tu n’as qu’à ouvrir la fenêtre, sors donc tu verras par toi-même. Sortons donc.
Le dehors se remplit de tout ce que l’on voit, de ce qu’on ne voit pas, et puis principalement de tout ce qu’on n’a pas encore vu. Pas si simple de les voir, toutes ces nouveautés, il faut les regarder et parfois les chercher, garder une petite place dans nos têtes encombrées pour que l’image reste de ce que nos yeux ont approché, juste frôlé, effleuré. Comme parler du même livre avec une autre personne qui aura repéré un passage différent, un aspect différent, parfois si différent qu’on relira le livre pour y lire ça aussi qui nous a échappé.
Heureusement pour les fleurs, les couleurs nous aident. Le jaune jaune des jonquilles se verra de plus loin que le jaune clair des primevères, le longue distance jaune vert des hellébores d’hiver, présentes depuis longtemps. Et puis d’autres couleurs, le violet du crocus, le pourpre du lamier et sa gueule grande ouverte, mais aussi les odeurs avec celle des violettes qui s’installent en groupe, plus rarement isolées, ce qui aide à les voir même quand, en se promenant, on penserait à autre chose, à cet état du monde du côté des humains qui laisse peu de place pour les admirations.
Avec le chaud reviennent aussi les animaux qu’on avait oubliés, comme les petits lézards, timides mais curieux avec qui on s’exerce à jouer au plus patient, aussi beaucoup de volants, les mouches et les moucherons et les premières abeilles, impatientes, imprudentes. Quand on regarde plus grand, se repaître des formes de la terre encore nue, des grattements des sous-bois qui sont lits pour un jour, quand aux endroits ouverts les vielles enveloppes des végétaux jaunis, aplatis par la neige laissent encore apparaitre, creux et bosses, bosselettes avant que les herbes nouvelles n’imposent au relief leurs vallonnements à elles suivant leurs tailles à elles et leurs contraintes à elles qui changent les paysages, gommant et creux et bosses pour en inventer d’autres juste le temps d’une été. Texture de perspective qui se laissera faire par les caresses du vent, se penchera sous la pluie ou le trop de soleil, mais remplacera quand même les vagues de la terre par ses vagues à elle en attendant l’hiver qui effacera le tableau

Fin février 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Semaine de temps couvert, nuages, pluie et puis brume avec même un peu de neige, ciel à texture variable, contrastes et valeurs pour faire une œuvre d’art de chaque regard en haut, un tableau d’Angleterre, de Turner, de Constable. Musée à ciel ouvert, musée de cieux couverts.
Pour les couleurs aussi tout se passe là-haut, en attendant les fleurs qui s’apprêtent tranquillement dans le confort contraint de leurs douillets boutons, arc en ciel, crépuscules et levers de soleil sont là pour compléter les palettes un peu ternes des jours simplement gris.
Mais le gris est bienvenu aux environs de la mare pour la tranquillité de tous les nouveau-nés. La nurserie se rempli, petites salamandres avec déjà aux pattes deux minces taches jaunes, en attendant les autres qui viendront avec l’âge et cette mutation des plus définitives pour respirer dans l’air et plus du tout dans l’eau. Oublier un moment, à la faveur des brumes, les vues qui portent loin et reposer les yeux sur les détails du près, ce qui est à nos pieds et qu’on ne voyait plus. Attention aux indices, exercices de devinettes et jeu d’observation, des points jaunes sur les pattes des habitants de la mare aux bourgeons qui s’étirent, qui pensent même à s’ouvrir, si bien qu’on commence presque à voir qui vient en dessous, la couleur de la fleur ou le vert de la feuille.
Voir c’est déjà beaucoup, mais ce serait oublier toutes les autres antennes qui nous aident à connaître le monde autour de nous, à écouter le printemps, les oiseaux qui s’agitent et s’affairent pour le nid, pour trouver l’aile sœur, mais aussi, ce printemps, le humer, le toucher et même le déguster. Nos papilles en salivent, de toutes ces petites herbes, moelleuses et bien tentantes après les mois d’hiver remplis de pâteux raves ou de coriaces tiges qui résistent certes au froid, mais manquent parfois de finesse au moins de diversité, alors est bienvenu le temps des feuilles tendres et des douces verdures, on accepte même l’amer comme pâle contrepartie au retour des salades et des petites herbes : plus de sorties sans avoir en tête cette secrète carte des bons coins pour trouver telle herbette ou telle autre, apprendre à les connaître et à les reconnaître, un hommage à tous ceux et surtout à toutes celles parmi tous nos ancêtres qui n’ont dû leur survie, plus souvent leur santé et celle de leurs proches qu’à ces herbes de printemps.

Début de mi-février 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Le temps qu’il fait, la météo, au-delà de mettre un pull, parapluie ou bonnet, c’est la vie et la mort pour beaucoup du dehors. Eau, neige, glace, vent, chaleur, ombre et lumière, c’est ça qui donne le la, la couleur et l’à venir quand on ouvre la porte le matin au réveil. Tandis que pour le dehors, le temps de la météo est aussi continu que le temps des horloges, le vent, le froid, l’humide ne font jamais de pause le soir au coin du feu. Pas de cabanes pour primevères, alors les enjeux changent, ils se font plus pressants, plus dramatiques aussi quand on a que sa peau, son écorce, sa coquille pour servir de refuge. Et le dilemme est grand, sortir dès qu’il fait beau, rallonger sa saison et ses chances de faire graine ou jouer la prudence pour éviter le gel et la perte des espoirs pour l’année à venir.
Quand on arrive là sans savoir le temps d’avant, pour connaître l’humide, juste regarder les mousses et celles de la famille, les petites si costaudes, des pionnières, des premières sur les troncs, les rochers, sur tout ce qui est gris. Les feuilles le long du corps pour ne pas laisser le sec ou le vent ou le gel emmener toute leur eau, elles deviennent rêches et sèches, mais reprennent leur joufflu dès que la pluie revient. Ou bien l’humidité d’un brouillard lourd et dense qui fait pull en grosse laine avec chaud col roulé.
Pour nous autres humains, quand le brouillard est là, le regard arrêté se pose un peu plus près, sur ce qu’on ne voyait plus ou qu’on ne voyait pas. Bourgeons qui tirent doucement sur la main de leur branche, qui veulent devenir grands, qui veulent se mettre au vert, avoir leurs feuilles à eux, et puis leurs fleurs à eux et puis leurs fruits à eux, qui veulent devenir arbres, comme le chêne centenaire qui les regarde de haut, eux qui se voient déjà là, squatter la canopée, qui nous donnent le sourire par leur bel enthousiasme, leur fraîcheur juste née, leur fierté enfantine, bourgeons de noisetier qui jouent les rois soleil dans un rayon de lumière