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Shetland #12 & 13 | Lundi 6 mai et mardi 7 mai 2024

Lerwick – Sumburgh Airport – Lerwick, The Dowry, Commercial Street – Sumburgh Airport – Edimburg – Amsterdam – Paris CDG

Carnet du voyage aux Shetland de S et N, avril-mai 2024

La fin du voyage.

On sait que le moment viendra, qu’on n’y échappera pas, que les bonnes choses ont une fin, ma grand-mère vous l’aurait dit. Mais quand même, on aimerait bien rêver, avoir encore le temps de retourner là-bas, de revoir cet endroit, d’essayer ce resto, et le coucher de soleil, et ce lieu sous la pluie ou un jour de tempête, discuter plus longuement avec cette personne qu’on aimerait tant revoir, et connaître cette amie dont elle nous a parlé, perdre ses doigts dans la laine si douillette des moutons, discuter plus longuement, loin du superficiel, comprendre mieux ces îles et tous ceux qui y vivent, en plus des paysages dans toutes les saisons et puis voir les oiseaux s’élancer hors du nid, pêcher le premier poisson, les regarder grandir. Sans vraiment y penser, on a toujours en tête cette date du départ, de la fin du voyage, vérifier sur la liste qu’on n’a rien oublié de ce qu’on s’était fixé comme un indispensable ou bien se faire à l’idée qu’on n’aura pas vu ça, avoir envie de revenir, et peut-être même aller jusqu’à se faire une liste pour la prochaine fois. 

Alors, quand les bagages sont faits, que la porte est fermée de cet appartement qui a fait camp de base pendant autant de jours, quand on a fait le plein de la voiture louée, on arrive au bout de l’île dans cet aéroport devant le grand panneau qui annonce les départs. Et on lit CANCELED. Se sentir démuni•e, un peu bête, même si malgré le brouillard tout le long de la route, la visibilité, vraiment catastrophique, on y pensait encore, au retour à la maison. Une journée de plus sur l’île, mais qui aurait pu être quasiment n’importe où, devant un guichet quelconque, n’importe quelle salle d’attente. Attente, discussions, tractations, négociations, appels, messages, prévenir, essayer de trouver autre chose, une autre solution, même avec un détour, un délai, changer les plans, en refaire, les défaire, les refaire autrement. Et puis, se résoudre, se soumettre, accepter. Parce qu’on n’a pas le choix. Et voir comme une chance de pouvoir quand même reprendre le même appartement, celui qui était rangé déjà dans les souvenirs, au moins dans le passé, le remettre au présent, même un peu au futur, au moins jusqu’à demain. Faire la route dans l’autre sens, de Sumburgh à Lerwick. Se dire que finalement, on s’en doutait un peu en voyant le brouillard tout au long de la route et puis par la fenêtre dès le moment du réveil, que les clés du logement qu’on avait oublié de déposer comme prévu, celles qu’on avait pensé déposer à l’aéroport, finalement, on a bien fait de les oublier. Un signe ? Croire un moment aux signes. Et rentrer à Lerwick. Et tenter d’apprivoiser ce contretemps qui nous prend tout notre temps et nous brouille bizarrement ce qu’on aurait pu voir comme une chance inouïe, bonus inespéré : une journée de plus sur l’île.

Nos têtes sont ainsi faites, changer de perspective n’est pas toujours si simple. Se réconforter en testant le menu de ce restaurant-café qu’on n’avait pas testé, the Dowry, dans cette Commercial Street qui nous est familière à force d’arpentages. Retrouver des îliens qui ne savent rien de nos déboires quand on ne sait rien des leurs, ou de leur journée tranquille qui se passe comme prévu, peut-être comme d’habitude. Alors, imaginer, en piochant un détail chez les uns et les autres, et puis aussi sourire voire même franchement rire de ceux qui sont autour pour se changer les idées, pour faire contre mauvaise fortune bon cœur, pour conjurer le sort, pour voir le bon côté des choses. Les expressions pour dire ce genre de situation, leur nombre, leur variété, nous accueille dans un monde où on n’est pas les seuls. Peut-être une façon de se mettre du baume au cœur, de nous remonter le moral, de nous remettre d’aplomb, de nous redonner des forces, de nous consoler de nos peines, cette pléthore d’expressions !

Photo © Sylvie Strangejazzy

Le lendemain matin a un goût de déjà-vu. Mais cette fois, pour conjurer le sort, ne pas oublier les clés de l’appartement. Refaire la route pour Sumburgh, avec en tête l’idée, au moins la conviction que c’est la dernière fois, se dire que le brouillard est parti, qu’on voit loin et qu’il n’y a plus aucune raison de devoir changer les plans qu’il a fallu refaire, tricoter autrement, entre correspondances et billets à changer, annuler et refaire. Finalement aujourd’hui, le départ, le vrai, nouveau trajet pour Paris, via Édimbourg et Amsterdam. Des escales pas prévues, dont on ne verra rien, ou à peine de haut si on a cette chance d’être près du hublot. 

Annonces, attente, bagages à enregistrer, attente, vérification des papiers, attente, s’installer dans l’avion, attente, et enfin décollage. Attendre l’atterrissage. Attendre.

La fin du voyage pour S et N. 

Et pour moi, le début de l’histoire de cette rédaction de carnet de voyage pour un voyage que je n’ai pas fait. Alors oui, il m’a manqué plein de choses, les odeurs, les sons, les goûts, les émotions qui naissent de se sentir entourée par les bruits, les voies, les images, le froid, le chaud, l’humide, la fatigue, la surprise. Il me manque tout ça et sûrement plein d’autres choses qui m’ont tellement manqué que je les manque ici, au moment de les citer. Mais j’y ai gagné le temps. Déjà durant le voyage, un temps un peu à part dans mon temps quotidien bien loin de ces îles lointaines, une partie de mes pensées était un peu liées aux pas de S et N qui m’ont fait partager par photos, par messages, petits mots et anecdotes, une partie du voyage et c’était une grande chance. Grand merci à vous deux.

Le temps aussi de voyager en documentation. Voyage en internet, voyage en parallèle, avec des excroissances de chaque côté de la ligne, des détours, des ajouts, une sorte de voyage en extensions. Possibilités de recherches aux ramifications qui seraient presque infinies, depuis les journaux en ligne, les réseaux, les #, les mots-clés et les liens, les pages Wikipédia, les articles en tous genres et les publications, et même jusqu’aux bouquins, aux livres, numériques ou pas. Voyage en cartes. (J’aime beaucoup les cartes.) Le numérique pour les cartes permet ce genre de voyage, en cartes géographiques, en images, en 3D, zoomer sur un détail, zoomer sur un endroit, découvrir des broutilles qui feraient naître des romans, pouvoir tirer sur le fil presque jusqu’à s’y perdre, au moins, sans aucun doute, jusqu’à y perdre son temps même si le terme perdre n’est pas approprié puisqu’on peut y gagner de quoi nourrir un carnet. Un voyage différent, mais qui vient compléter le voyage fait en vrai, lui qui m’a bien aidée à ne pas m’éparpiller, même si, je l’admets, la tentation est grande de sauter de lien en lien pour s’égarer presque plus que l’on pourrait se perdre les deux pieds dans la tourbe au milieu des Shetland.

J’ai fait un beau voyage.

« Qu’importe si j’ai pris ce train, puisque je l’ai fait prendre à des milliers de gens » Blaise Cendrars, auteur de La prose du Transsibérien

Début de mi-mars 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Moins de beau cette semaine, mais toujours du nouveau, des animaux, des fleurs, des bourgeons qui s’entr’ouvrent avec la grande question, en premières feuilles ou fleurs. Ça dépend des espèces, des stratégies d’avenir, de ce qui est efficace et fait survivre au mieux. Pas de règle, de doctrine, alors affaire à suivre avec toujours la crainte, la trouille et l’apeurement des perfides gelées, tardives et meurtrières. Suivre la météo, ses changements, ses humeurs, et ses imprévisibles qui nous font tant d’angoisse quand nos assiettes dépendent d’un nuage ou d’un souffle.
Météo cette semaine sans visibilité, tous les matins bouchés, brume se poussant parfois jusqu’à devenir brouillard, pour commencer le jour sans savoir ce qu’il sera, si tout est encore là comme il l’était hier. Commencer la journée en laissant une place à l’imagination, peut-être à la fiction, voire jusqu’à l’utopie, au monde qui serait mieux si ceci ou cela, en faisant une place à la crainte du changement, à l’envie de changement, au besoin de changement, à sa nécessité, impérieuse et urgente, en fonction des articles qu’on lit dans le journal.
La nature, elle, avance, sans se soucier nullement de cette unique espèce parmi des milliards d’autres qui s’octroie dans ce monde beaucoup trop d’importance. Les fleurs s’ouvrent aux couleurs, les insectes se réveillent, les batraciens font œufs, du nouveau, du nouveau qui nous ferait oublier de regarder aussi celles qui sont installées depuis la fin de l’hiver. Un peu comme ces images, ces mots jolis, pimpants qui vont si bien ensemble pour faire une expression à l’avenir contagieux ou ceux que l’on retrouve en haut des pages de recherche et qui marquent notre temps en y perdant de leur sens, leur beauté, leur éclat à force de trop d’emploi. Parfois ils ont leur place et un autre n’irait pas, mais il arrive aussi qu’ils fassent mycélium jusqu’à nous envahir en lecture, en écoute, qu’on les trouve partout, qu’ils deviennent lieux communs, plus seulement mots communs. Là j’avoue, j’appartiens à cette espèce humaine toujours écartelée entre les pôles d’extrêmes, qui pratique l’épuisement pour ses prédilections afin de les conduire au plus près que possible d’une pensée de perfection, poussant parfois l’idée jusqu’aux maniaqueries au-delà des habitudes, tout en les redoutant comme des choses détestables. Alors je le redis, hommage aux primevères pour leur précocité, la douceur de leur jaune, leur opiniâtreté à survivre aux gelées et leur longévité, quand je m’irrite bien vite de trouver dans un texte, parfois même dans les miens de ces mots à la mode qui brillent de tous leurs feux en haut des hit-parades lexicostatistiques.

Début février 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Début février, l’hiver berce, endort, nous fait glisser doucement dans une torpeur tranquille, une sorte d’hibernation. Et on se laisse prendre, surprendre, par des signes qui nous disent de profiter de l’hiver, de la nudité des arbres, des sculptures blanches du givre, du noir et blanc tout cru des sapins sur la neige, des sommets sur le ciel, des nuages endormis dans le creux des vallées engoncées dans l’amer de leurs pulls de fumées, avant que le printemps ne nous affole de couleurs, de cris et puis d’odeurs. On a encore le temps de savourer le soleil levé plus tard que nous, sa course qui ne cherche pas à atteindre les hauteurs, indiscret bienvenu qui rentre par la fenêtre pour faire vivre les parquets, leur redonner un temps des teintes de jeunes branches.
Pourtant on voit déjà que le froid se replie, même s’il n’hésite pas à encore bien marquer sa présence par ici, on glisse doucement vers des journées plus chaudes. Le jour dure plus longtemps, surtout l’après-midi et tout le monde l’a noté. Tombées au gras du sol les graines doucement s’entrouvrent, nourries de feuilles mortes et de l’humidité qui fait les bruns plus sombres, les ferait presque noirs. Noirs, blancs, pour faire vivre les contrastes, les gelées blanches du matin et le givre sur les arbres, comme un manteau de fourrure, cocon ou chrysalide, et les cristaux de glaces, leçons de symétrie déposées dans les flaques. Alors une sorte d’urgence à profiter de ce qui va changer, disparaitre, se transformer. Les arbres pensent à leurs feuilles, à leurs fruits, à leurs fleurs, tirant sur leurs bourgeons. Déjà les noisetiers teintent de jaune leurs chatons, couleur des primevères qui elles aussi renaissent pour mettre un peu de couleurs en bordure des chemins. Bourgeons encore fermés, branches encore dénudées, sans les feuilles, sans les fleurs, pouvoir encore un peu voir à travers ce qui va devenir un rideau, un mur, un empêchement qui cachera les oiseaux pour leur bonheur à eux, notre malheur à nous. Pour l’instant, regarder les mésanges avides, pressées à la mangeoire, qui prennent juste une graine et filent, toujours inquiètes malgré leur effronterie, leur agressivité envers un plus petit, un plus influençable ou juste un plus peureux. Et les jours de brouillard, les regarder filer, s’enfoncer dans le blanc, coton dense et vorace qui va les avaler bien avant que nos yeux ne puissent plus les suivre.

Mon œil !

Pour ne pas oublier tout ce qu’on oublie toujours, toujours un peu trop vite

Mon œil ! Tout, pour comprendre l’idée, est dans l’exclamation, dans le trait et le point, et dans le geste aussi, l’index sous la paupière qui dévoile un peu de blanc de notre œil pas si bête pour signifier à l’autre qu’on ne croit pas un mot de ce qui est énoncé, des promesses de carton qu’on voudrait nous faire prendre pour des lanternes vraies, de quoi nous éclairer, alors que finalement, en y regardant bien, on a tout de suite vu, on a tout de suite su, qu’il n’y aura plus qu’ombre dans la lumière promise et que ceux qui y croient se mettent le doigt dans l’œil. Que nos yeux soient de biche ou de braise ou de lynx dans tout ce qu’ils perçoivent viendra se faire un choix. De ce qui est devant nous, nos têtes reçoivent l’image, c’est à elles que revient la tâche délicate, compliquée, décisive, de choisir dans l’image ce qu’on en retiendra, la chose, la couleur, la forme ou le détail qui nous tapera dans l’œil. À nos entendements revient aussi le devoir de ne pas se laisser faire, ne pas croire qu’il n’y a rien, là, derrière le brouillard, que ce qui éblouit n’est souvent que renvoi d’une lumière lointaine, que les couleurs, parfois, ne sont pas celles qu’on voit, que le flou vient de nous et non pas des objets. Ne pas se laisser croire qu’un arbre seul sur la crête est le seul alentour, que derrière la petite butte il n’y a que du blanc tandis que sur la carte et dans nos souvenirs, le relief est tout autre, de pics et de sommets, de cols et de vallées, encore couverts de neige quand leur pente le permet, bien loin des myrtilliers et des rhododendrons aux couleurs chatoyantes et aux courbes avenantes. Saisissant tout ce qu’ils peuvent pour peu qu’on ne les ferme pas, nos yeux nourrissent nos têtes, tout comme nos papilles, nos oreilles, notre nez et le bout de nos doigts. Mais ils ne sont pas seuls, ces sens qui font le lien entre soi et le monde, et voir ce qu’on ne voit pas ça se fait grâce aux mots, qui sont et resteront pour tous ceux qui s’en servent loin des aveuglements et des facilités de qui se contenterait d’un simple petit coup d’œil, la prunelle de leurs yeux

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"De temps en temps", ça commence par la météo, et ça continue avec ce qui vient en tirant sur le fil

Changeant. Matinée sèche mais souvent nuageuse avec de brèves éclaircies. Sur les plaines de l’Ouest de la région les périodes ensoleillées sont plus franches. Sur les hauts-massifs les nuages de l’après-midi sont plus étendus et menaçants produisant de fréquentes averses, plus éparses en Préalpes, voire des précipitations plus durables et régulières en Haute-Maurienne.
Limite pluie-neige vers 2000/2200 mètres, avec généralement 2 à 5 cm de neige plus haut en Mont-Blanc et massifs savoyards voire 10-15 cm en Haute-Maurienne.
Températures minimales comprises entre +7 et +10 degrés.
Températures maximales comprises entre +17 et +19 degrés.
Isotherme 0° vers 1900 puis 2300 mètres.
Vent faible à modéré de Nord-Est.
Prévisions Météo Alpes

Averses, nuages, périodes ensoleillées. Des éclaircies donc, et des temps moins clinquants quand la lumière diffuse, espiègle et joueuse, cachant sa source vive sous les nuages complices. Dans ces moments couverts, il fera encore jour mais il n’y aura plus d’ombre, juste des masses plus sombres dans l’épais des nuages. Parfois dans leur descente ils viendront jusqu’à nous, entre brume et brouillard, juste un peu de buée cherchant à se poser, à déposer son voile. Elle nous rappelera l’eau qui vit dans les airs, qui fait l’humidité, le poisseux, la rosée, le moite et le mouillé. Posée sur les lentilles de l’appareil photo ou bien sur les reliefs juste devant nos yeux, elle fera le monde flou, elle fera naître des doutes sur la nature autour qui peut-être un moment est allée voir ailleurs que sous nos yeux blasés de la vue quotidienne. Et puis tout doucement, les gouttes se regroupent, elles passent de gouttelettes à gouttes toujours plus pleines pour finir en filets et puis se faufiler jusque dans les ruisseaux ou profiter du chaud pour se refaire vapeur et rejoindre les hauts. Parfois sur ces chemins se trouve un végétal ou bien un animal pour profiter de l’aubaine et se désaltérer, boire ou bien se laver de la poussière des jours qui vient avec le temps altérer les couleurs, les voiler, les couvrir et les dissimuler comme le fait le brouillard pour les montagnes au loin