Texte publié en août 2026 dans la revue les villes en voix, les veillées, en très bonne compagnie

C’est l’été. Il fait chaud, trop chaud, bien trop chaud. Quand on rencontre les gens on parle de canicule, quand on regarde les journaux, on voit la canicule, quand on écrit des lettres, on écrit canicule. Alors le soir on lit, au frais sur le balcon, on lit même dans le noir quand on lit sur écran, lettres pâles sur fond gris pour que le clair de l’écran ne vienne pas chasser le sombre du dehors. La nuit arrive doucement avec la fin du jour, elle cache le jaune des herbes déjà sèches, le rouille des feuilles flétries alors qu’elles viennent tout juste de se déplier. Le sombre du jour qui se couche va gommer les couleurs, d’abord les faire pâlir puis les faire basculer dans le monde des souvenirs. De même pour la forêt, qui perd sa profondeur, les formes des arbres ne sont plus que des découpes de papier, des ombres sans épaisseur qui créent des silhouettes sur le plus clair du ciel. Et entre deux sapins, une clarté apparaît, une clarté qui se hausse jusqu’à l’éblouissement, jusqu’au blanc qui nous fait détourner le regard. Alors on ne lit plus, l’écran s’éteint tout seul et la lune se lève. D’abord juste une lueur, comme une ville éclairée de trop de lampadaires, puis tel un béret blanc au sommet de la montagne, qui grossit, s’arrondit, jusqu’à s’en détacher et monter comme une goutte qui sortirait de l’eau. La lune est là, la lune luit, on ne pense plus à lire autre chose que la nuit.