Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine sans eau. Semaine de plus sans eau. On dit juste il fait beau quand la pluie n’est pas là, sans même se rendre compte que le sec et le beau, ne sont pas de même nature. En ce moment il fait sec et chaud pour la saison, les statistiques le disent, celles de la météo, pas juste les statistiques qu’on se raconte en se croisant sur le chemin du bas ou devant un café sur la place du village. Les statistiques du café sont beaucoup moins chiffrées, elles prennent en compte, souvent, bien plus souvent que les chiffres, les souvenirs, anecdotes et autres sensations, voire même des propos tenus par des personnes tout autres que ces humains avec qui on bavarde.


Alors records ou pas, juste se souvenir qu’il y a quelques années on ramassait les noix aux vacances de Toussaint alors qu’on peut déjà, en passant sous le noyer, se barbouiller les doigts avec le fameux brou, même si les bogues elles-mêmes tombent bien vite dans le sec, maudire les écureuils passés là avant nous et casser les coquilles comme on peut en fonction de ce qu’on a dans les poches, de la force des mains ou de la taille du caillou qui en fera de la bouillie ou nous donnera deux coques qui, une fois grignoté l’intérieur de la noix, nous feront deux beaux bateaux capables d’aller voguer sur le calme plan d’eau dans le bassin du lavoir ou qualifiés pour descendre les rapides du ruisseau.

Les coquilles des noix dans le courant du ruisseau, ce n’est pas pour cette année. Le ruisseau est à sec, rempli de pierres, de feuilles, de glands sans avenir et de beaucoup de poussière. Car le chaud et le sec désintègrent, pulvérisent et démembrent tout ce que la pluie et l’eau ont construit patiemment. La terre devient poussière, l’écorce détachée de l’arbre se divise en longues fibres, chevelure de sorcière pour les esprits des bois. Tout est sec et cassant, bref et sans envergure. Le sec peut être beau, mais ne l’est pas toujours, pas tout le temps, pas pour tout et surtout pas pour tous. Les feuilles des arbres qui sèchent prennent ces couleurs d’automne que l’on trouve si belles, couleurs chaudes, flamboyantes, un jaune vif qui rappelle les fleurettes du printemps. La boucle serait bouclée ? Une boucle des saisons, mais en forme de huit avec pour le croisement, le jaune du printemps et celui de l’automne qui feraient couleur commune, l’une sur la pente des jours qui se font de plus en plus longs, l’autre sur la pente des jours qui se font de plus en plus courts comme c’est le cas en ce moment, une branche vers les couleurs qui fleuriront l’été et l’autre vers l’argentique et tous ses noirs et blancs. Jours plus courts que les nuits, s’en remettre aux repères simples, aller fermer aux poules avant le repas du soir et qui se lève le premier, du soleil ou de nous, se dire que la lumière va être moins présente, nous laisser un peu seuls et que cette lumière, il va falloir penser à la chercher ailleurs que dans le grand dehors et s’en remettre aux livres pour chasser nostalgie et puis mélancolie qui se posent en automne sur les épaules des jours comme une couverture sur nos épaules à nous dans la fraicheur du soir. Se fier à la lecture pour que nos dedans palpitent quand les dehors somnolent
