Archives de catégorie : Blog

Fin octobre 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

L’automne est une saison à suspens, l’imprévu est la règle et tout change si vite qu’on a du mal à suivre. Ce serait même compliqué pour incarner la semaine de construire un personnage, de formuler quelqu’un dont le caractère, l’allure et le tempérament refléteraient tous les temps de cette semaine passée. Une personne qui aurait un costume fait en lien avec chacun des jours et qu’on reconnaîtrait dès le premier coup d’œil tant le temps de cette semaine a vidé ses tiroirs pour nous trouver chaque jour un temps si différent.
Tout d’abord le brouillard pour pouvoir, dès le lendemain, faire un lever de rideau. Un rideau bien épais qui mange tout alentour et nous envoie jouer dans nos vies intérieures tant l’extérieur est loin. Loin de tout ce qu’on connaît en ces lieux d’habitude et loin dans nos souvenirs qu’on découvre imprécis, fragmentaires et partiaux au moment de savoir si l’arbre est là ou là, s’il lui reste des feuilles et de quelle couleur elles sont. Car la couleur des feuilles c’est bien la grande affaire en cette saison d’automne. Au début on hésite, on croit à une couleur qui ne serait pas en grande forme, un vert un peu pâlit comme un papier vieillit qu’on ne dit pas jauni, pas encore jauni, on le décrira d’abord d’une teinte un peu chaude, une étape sur la route, une nuance de crème fraîche. Ensuite tout s’enchaîne. Le jaune se fait franchement jaune, puis des nuances de rouille, de l’orangé plus clair et ensuite plus foncé jusqu’à devenir brun. Avec du gris parfois jusqu’à toutes ces couleurs de plus en plus explicites : terre de Sienne et terre d’ombre pour rappeler que les feuilles, leur destin c’est l’humus à la fin de l’hiver pour que l’arbre recycle chacun des éléments et en refasse des feuilles.


Après le lever de rideau, acte deux pour la pluie. Un temps humide et gris, un temps comme dans ces films où l’ambiance doit aider à comprendre l’action, qu’on puisse se préparer à la mort du héros. Un temps qu’on appelait de tous nos vœux fervents durant la sécheresse, mais une fois qu’il est là, on rechigne quand même, en humains inconstants, à enfiler les bottes et la veste de pluie plus si étanche que ça pour partir en balade, profiter du brillant, de la lumière des gouttes qui redonnent vie à tout. La pluie qui se mêle au froid pour blanchir les sommets avec les premières neiges. Elles sont là juste en face, pas encore sous nos pieds, mais bien devant nos yeux, elles exhibent leur blanc une fois éloigné l’autre blanc du moment, le doux blanc des nuages.


Acte trois pour le beau qui a sa place aussi dans ces jours de spectacle, du beau avec du vent pour voir voler les feuilles et tomber fruits et graines des arbres qui préparent, une fois leurs feuilles jaunies, l’autre jaune, celui qui illumine le vert des jeunes feuilles qui viendront sur les branches quand l’hiver sera passé. Un jaune préparé par les fleurs du printemps, primevères et jonquilles, forsythias au jardin et puis les pissenlits. Pour les autres couleurs, compter sur les oiseaux, ceux qui restent par ici, rouge-gorge et mésanges qui viennent de temps en temps vérifier, si jamais par hasard il n’y aurait pas quelques nouveautés posées dans la mangeoire.
Enfin pour le final de cette pièce en trois actes avec pour personnages les arbres et les montagnes, attendre la fin du jour et le début de soirée, à l’heure des spectacles pour voir sortir la lune, même si elle aussi s’amuse au suspens, cachée derrière les branches puis derrière les nuages. Ce soir pour s’endormir, ce sera théâtre d’ombres, à chacun d’y retrouver ses dragons aux yeux blancs qui crachent de la lumière, ses princesses aux longues robes qui s’accrochent au sommets, comme dans les livres d’avant, quand on prenait le temps de regarder dehors pour y lire des histoires remplies de ces personnages construits par la nature et qui nous construisent nous

Fin de mi-octobre 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Semaine d’hésitations entre souvenirs d’été et franchement automne, sorte de transition, mais qui franchement annonce qu’on s’en va vers le froid avec les premières neiges et les derniers insectes, comme la dernière balade sans emmener le bonnet. Retour de tout un monde dans une simple goutte d’eau quand les feuilles, même mortes, gardent encore quelque temps une différence bien nette entre dessus et dessous, comme un souvenir cher de leur vie antérieure de capteuses de soleil : un côté tout luisant où l’eau s’étale en film et un revers duveteux qui garde les gouttes bien rondes pour qu’on s’en fasse un monde.


L’eau, la clé, la clé de tout quand on y regarde bien. Pour nous une évidence, pour les plantes on le sait et pour les bêtes aussi, mais parfois l’eau n’est pas ce qui vient tout de suite en tête. Par exemple par ici, l’eau est aussi la clé de l’électricité. De barrage en turbine, l’eau, juste de passage, nous donne la lumière et tout ce qu’il me faut pour que je puisse écrire ce texte et puis vous le proposer ici pour la lecture. Petite balade là-haut, au bord de ce faux lac, de sa berge en béton, de son eau bleu turquoise, une eau de glacier liquide. Un bleu presque pas bleu, un bleu venu d’ailleurs qui faisait encore plus jaune les feuilles des érables en deuil de l’été. Profiter de l’altitude pour retrouver aussi des fleurs qu’on ne voit pas quand on habite plus bas. Encore un bleu spécial que celui de la gentiane, tranquille au bord du chemin maintenant que les bêtes ont quitté les alpages.


Un air de partie gratuite pour ce jour de soleil quand le calendrier nous parle de changer d’heure. D’ailleurs l’automne a vite repris d’une main ferme temps et températures. Grand retour des nuages, des nuages assemblés jusqu’à former brouillard, brume et purée de pois, un temps à ne pas voir où se cachent les brebis dans leurs tuniques de laine claires comme des nuages.


La brume et le brouillard, moments toujours troublants pour nous autres humains dépendants, toujours plus, de nos yeux pour tout faire. Perdus dans le brouillard, on perdrait vite le nord comme on perdrait le monde tel qu’il était hier. Des bruits comme étouffés, des odeurs mélangées avec celle de l’humide, la vue qu’on ne voit plus, une envie et au-delà, presque une invitation à lire de ces histoires que l’on dit fantastiques, peut-être à en écrire puisqu’on y est déjà

Début de mi-octobre 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Météo d’automne. Revenir aux manches longues et aux mains dans les poches, à la tasse de café dont on apprécie le chaud au-delà des papilles, la rosée du matin et puis l’humidité. Voir le monde du dehors tout en restant dedans, de l’autre côté de la vitre. Manqueront quelques sons, la plupart des odeurs et le froid de l’humide qui vous prend par la main et aussi par les pieds. Pas encore de bonnet, mais bientôt y penser. Rester derrière la fenêtre, au chaud et au douillet n’empêche nullement de ne pas juste regarder, mais un peu de chercher, y mettre la volonté de ne pas seulement voir, seulement laisser venir, mais aller les chercher les feuilles une par une et chacune leur couleur, leur forme et leur texture, l’oiseau dissimulé, le vent dans les grandes herbes, et cette odeur de menthe que notre nez sent à peine quand notre tête, elle, y est, dans ce parfum de vert frais.


Un dehors décalé, pas tout à fait le même que de l’autre côté de la fenêtre, mais quand même vers le vert, respiration des yeux et aussi de la tête quand le vert en question assure à tout moment notre oxygène de vie. Même juste lever la tête un instant d’autre chose pour voir ce qu’il se passe de l’autre côté de la fenêtre, être dans le même temps, dans le temps du moment, dans le temps des insectes préoccupés d’hiver qui rentrent dans les maisons et ne savent plus sortir comme les mouches et les guêpes qui se cognent aux fenêtres qu’on reconnaît au bruit de leur vol affolé, mais pas le même bruit d’une aile à une autre aile, pour chacun sa méthode, et les punaises aussi, les reconnaître à la trace laissée dans nos oreilles comme le chant d’un oiseau. Être comme une grosse mouche, du même côté de la fenêtre.


La fenêtre juste devant, la voir comme un accès et pas comme un obstacle. Un accès à ces plantes qui repoussent coute que coute, opiniâtres et têtues, les ronces et les orties plus opiniâtres que moi à vouloir les enlever, alors abandonner et les regarder de plus près, les piquants, les épines, les feuilles sur la tige qui vont par deux ou trois. Sortir quand même un peu, même si la lumière déjà sur le départ a déjà avalé la moitié du petit chêne, ne pas passer trop vite et même s’éloigner du coin d’herbes suivant où les insectes volants profitent du dernier tiède, surtout ceux qui arborent des rayures noires et jaunes. Du noir et jaune aussi pour cette salamandre écrasée sur la route, à peine un peu plus loin que les restes d’une grenouille. Écrans que ces chroniques, mais quand on sort en vrai, on ne choisit pas toujours ce qu’on verra ou pas. En allant voir dehors on voit tout ce qui est là, sans choix éditorial, sans fard et sans déo. Alors, accepter ça, et la vie et la mort dans une autre perspective que celle qui est la nôtre, une autre philosophie qui voit la vie plus grande, dans une idée de cycle comme celui des saisons. Alors, reprendre encore cette vieille habitude de regarder par terre au moment des feuilles mortes pour trouver les plus belles et puis les ramasser pour les mettre à sécher dans les pages du carnet : juste quelques pages de plus, peut-être les plus belles de tout ce que contient ce carnet à écrire

Début octobre 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Aux deux extrémités de cette semaine d’octobre, de la pluie, du brouillard, de l’humide, de l’automne. Et puis entre les deux, du trop chaud, du trop sec, de l’incongru en automne qu’on préfère oublier, même s’il faudrait bien y penser sérieusement à ce qui vient demain. Alors ici, juste se dire que le sec, je l’ai déjà trop dit et revenir au plus frais, peut-être simplement avec l’intention ferme de se rafraîchir les idées pour mieux penser la suite ?
De la pluie et du brouillard, on peut aussi dire plat, grisâtre et terne, de ces mots affublés d’un côté négatif, une connotation, une façon de mêler le passé qu’on pensait à ce qu’on vit maintenant, malgré le décalage au moins du côté temps. Mais le positif d’hier ne le sera peut-être plus demain, quand on appréciera la pluie et les averses pour leur valeur en eau.
Peut-être de mon côté, aussi un peu de regret, comme toujours à l’automne et au creux de l’hiver, que nous ne soyons plus capables, nous autres les êtres humains, de suivre les saisons et leurs variations, quand les jours sont plus courts, les journées ne le sont pas et nous tirent sur le dos, sur le sommeil, la fatigue, les ressources intérieures, celles qui sont faites d’envie, de longues heures tranquilles enroulée dans le frais et tout emmitouflée dans le douillet des nuées.


Pour ce qui est des récoltes, grande absence des pommes tout autant pour les poires, restent un peu de châtaignes à griller dans la poêle, mais certaines si petites que les bogues n’osent même pas montrer leur intérieur tant les fruits sont mini et déjà rabougris. Du côté des récoltes, ne plus attendre de neuf, au mieux laisser encore quelques fruits faire plus gros, mais la tendance maintenant est à la chute des feuilles, les gardiens des refuges sont descendus de là-haut, les oiseaux migrateurs partis depuis longtemps, ne restent que les espèces qui passeront l’hiver là. Les dernières sauterelles finissent dans le bec des poules, les glands terminent à terre au moindre coup de vent et s’asseoir sous le chêne ne garantit en rien une sieste tranquille.


Chez tous les végétaux, c’est le temps du repos, ne plus s’occuper des feuilles, de faire la photosynthèse, tous les bourgeons sont prêts et attendent le printemps, reste l’hiver à passer. Déjà la météo annonce la neige là-haut alors survivre au froid va être l’occupation des plantes et des bêtes après tout un été qui fût bien occupé à survivre au trop chaud. Les arbres vont faire les morts, mais ne le seront pas tous, au moins ce n’est pas l’idée, stratégie d’hibernant comme l’ours et la marmotte et de bien d’autres encore. Fonctionnement emprunté par bon nombre d’auteurs, écrivains de saison qui ne portent des fruits, de papier, de colle et d’encre qu’au moment officiel de la rentrée littéraire.

Fin septembre 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine sans eau. Semaine de plus sans eau. On dit juste il fait beau quand la pluie n’est pas là, sans même se rendre compte que le sec et le beau, ne sont pas de même nature. En ce moment il fait sec et chaud pour la saison, les statistiques le disent, celles de la météo, pas juste les statistiques qu’on se raconte en se croisant sur le chemin du bas ou devant un café sur la place du village. Les statistiques du café sont beaucoup moins chiffrées, elles prennent en compte, souvent, bien plus souvent que les chiffres, les souvenirs, anecdotes et autres sensations, voire même des propos tenus par des personnes tout autres que ces humains avec qui on bavarde.


Alors records ou pas, juste se souvenir qu’il y a quelques années on ramassait les noix aux vacances de Toussaint alors qu’on peut déjà, en passant sous le noyer, se barbouiller les doigts avec le fameux brou, même si les bogues elles-mêmes tombent bien vite dans le sec, maudire les écureuils passés là avant nous et casser les coquilles comme on peut en fonction de ce qu’on a dans les poches, de la force des mains ou de la taille du caillou qui en fera de la bouillie ou nous donnera deux coques qui, une fois grignoté l’intérieur de la noix, nous feront deux beaux bateaux capables d’aller voguer sur le calme plan d’eau dans le bassin du lavoir ou qualifiés pour descendre les rapides du ruisseau.


Les coquilles des noix dans le courant du ruisseau, ce n’est pas pour cette année. Le ruisseau est à sec, rempli de pierres, de feuilles, de glands sans avenir et de beaucoup de poussière. Car le chaud et le sec désintègrent, pulvérisent et démembrent tout ce que la pluie et l’eau ont construit patiemment. La terre devient poussière, l’écorce détachée de l’arbre se divise en longues fibres, chevelure de sorcière pour les esprits des bois. Tout est sec et cassant, bref et sans envergure. Le sec peut être beau, mais ne l’est pas toujours, pas tout le temps, pas pour tout et surtout pas pour tous. Les feuilles des arbres qui sèchent prennent ces couleurs d’automne que l’on trouve si belles, couleurs chaudes, flamboyantes, un jaune vif qui rappelle les fleurettes du printemps. La boucle serait bouclée ? Une boucle des saisons, mais en forme de huit avec pour le croisement, le jaune du printemps et celui de l’automne qui feraient couleur commune, l’une sur la pente des jours qui se font de plus en plus longs, l’autre sur la pente des jours qui se font de plus en plus courts comme c’est le cas en ce moment, une branche vers les couleurs qui fleuriront l’été et l’autre vers l’argentique et tous ses noirs et blancs. Jours plus courts que les nuits, s’en remettre aux repères simples, aller fermer aux poules avant le repas du soir et qui se lève le premier, du soleil ou de nous, se dire que la lumière va être moins présente, nous laisser un peu seuls et que cette lumière, il va falloir penser à la chercher ailleurs que dans le grand dehors et s’en remettre aux livres pour chasser nostalgie et puis mélancolie qui se posent en automne sur les épaules des jours comme une couverture sur nos épaules à nous dans la fraicheur du soir. Se fier à la lecture pour que nos dedans palpitent quand les dehors somnolent

Fin de mi-septembre 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Certitude un peu trouble, mais certitude quand même, l’automne va arriver. Alors, encore un peu, profiter de l’air frais et de restes de soleil avant le froid et l’humide. Se comporter en chat et saisir le bon temps. S’asseoir à l’ombre du chêne le temps de savourer les danses reposantes des ombres tranquilles des feuilles entre deux chutes de glands. C’est la saison des graines chez les arbres prévoyants qui se projettent déjà au printemps de l’an prochain. Fruits, graines et pépins, tout le monde se voit déjà tout en haut de longues tiges, bébés arbres prometteurs. Mais en attendant l’heure de germer et de croître, c’est le temps de la chute. Glands, noix, raisins, pommes poires et

les dernières noisettes, croisent les doigts des deux mains pour tomber où il faut, dans un terreau fertile à l’abri des quenottes des écureuils voraces et des oiseaux piqueurs autant que des humains qui ne sont pas en reste pour déguster les fruits, les graines et leurs cerneaux au lieu de les laisser germer comme elles en rêvent. L’intérêt de cette chute, c’est de voir de plus près, de pouvoir observer ce qui, resté sur l’arbre est bien loin de nos yeux. Alors, se rendre compte du facétieux du hêtre aux fruits en casse-tête pour les jeunes géomètres, écorce à quatre côtés et fruits à trois côtés pour une graine presque ronde, pied de nez un peu potache à nos vieilles quadratures de coupeurs d’angles en trois.


D’habitude en automne, je parle de champignons, mais pour cette semaine, mon journal le rappelle et pour les jours qui viennent, la météo confirme, malgré le fond de l’air plus frais, toujours pas d’eau en vue, le sol reste cassant, poussiéreux et trop pâle. Et pour les champignons, emploi du temps oblige, j’y suis allée trop tard ou pas au bon endroit ou bien un peu des deux, alors pas grand-chose à mettre dans le séchoir en pensant à l’avance aux risottos d’hiver. Restent quelques amanites qui ne sont intéressantes, pour nous humains fragiles, que pour leur esthétique. De l’esthétique encore pour tous les champignons dont j’ignore les noms, mais qui poussent sur les arbres, s’accrochant aux écorces comme les huitres aux rochers et nous emmènent en mer, un goût d’iode en bouche, par leurs bords dentelés marque des plus fines huitres. Leurs bords frisottants dignes des dentelles d’antan et autres jabots de mignons nous plongent dans le frivole des chemins qui hésitent vont à droite puis à gauche, mais jamais, ça jamais, n’empruntent la ligne droite contrairement au trop lisse que les humains chérissent, rectiligne et rigide, les poteaux et les murs bien loin du bord des feuilles, des vagues de la mer et de la surface de l’eau qui remet dans nos vues un peu d’ondulations, d’hésitations de peut-être, un peu de réflexion dans trop de directives. Prendre le temps d’admirer le vert et puis la forme de cet éphippigère ou bien apparenté, même lui tirer le portrait sans se douter qu’à peine quelques minutes plus tard, sa courte vie d’insecte se finira tragiquement dans le ventre du chat.

Début de mi-septembre 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Ils regardent loin devant, ils voient déjà le printemps, ils en rêvent, ils y croient, dur comme graine. Quel que soit le suspens que font planer sur eux les histoires des humains, les arbres n’ont pas peur de l’avenir qui s’annonce, ils le préparent, comme ils savent le faire, comme ils le font depuis tous ces temps qu’ils sont arbres, depuis que des arbres comme eux poussent dans cet endroit. Les chênes perdent leurs glands, qui eux perdent leur vert, tournent au brun et puis s’ouvrent. Dedans tout ce qu’il faut pour faire un petit chêne, les souvenirs, les moyens, la matière première et tous les savoir-faire pour faire un arbre immense aux feuilles en méandres. Chez le noisetier c’est même deux saisons en même temps, les feuilles couleurs d’automne et les petits chatons qui ne vont plus attendre que les premiers beaux jours après le froid de l’hiver pour se couvrir de jaune, un beau jaune canari, parfait pour des chatons. Chez le noyer aussi, les noix entrouvrent leurs bogues qui sèchent et se rétractent pour que ce qu’elles ont couvé puisse prendre son envol et devenir un arbre, un noyer grand et fier. Un noyer grand et fier pour les noix que je n’aurais pas ramassées moi-même pour mieux les déguster, ou bien les écureuils ou encore les oiseaux qui nous font concurrence pour dépouiller le noyer de sa progéniture. Sauf dérèglement chez les trop cultivés, la stratégie est simple, produire assez de fruits pour que tout le monde en ait et qu’il en reste un peu pour assurer l’avenir.

Pour ceux qui vivent tranquilles et laissent les jours venir sans trop de préparatifs, c’est profiter encore de la fin de l’été, du début de l’automne, encore un peu de chaud et de gambades dehors avant les mois d’étable pour les laineuses brebis. Chez elle pas de bourgeons, pas de fruits à prévoir, juste se demander, quand même, le jour de la photo, si c’est leur bon profil, si elles sont bien coiffées, si ça ne se voit pas trop cet accroc à leur pull fait hier dans les ronces d’où il faut, quelquefois, aller les extirper à coups de sécateurs. Les brebis sont dociles, c’est comme ça qu’on les veut et qu’on les a voulues, elles n’ont quasiment plus aucune autonomie et dépendent des humains pour presque toute leur vie. Un peu comme les humains ?

Pour les humains d’ici en balade dans les bois, l’automne c’est retrouver les chemins piétinés, compactés et tassés par un été entier de piétons randonneurs. Il va falloir attendre que tombent les feuilles mortes pour retrouver un peu de moelleux sous les pieds. En attendant, penser aux racines là-dessous, rêver le dessous de la terre comme un endroit tranquille quand n’est pas trop présente la pression du dessus. Elle est longue la liste de tous les invités au banquet de l’automne et de tout ce qui tombe pour nourrir les sols, on y trouve des insectes et autres vers de terre, qui échangent des nouvelles sur ce qui se passe dans l’air et puis dans la lumière, où on échange aussi, comme ces champignons installés tous en rond sur le pourtour d’un tronc, table ronde sans épées. L’automne c’est peut-être le moment de revenir aux histoires d’avant, une solution refuge quand on ne sait pas choisir ce qu’il faudra garder de la rentrée littéraire

Début septembre 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Début du mois de septembre, début de la fin de l’année, début des jours trop courts, début des mois en — bre, cette syllabe de fin de mois qui nous rappelle le bruit que l’on fait, nous humains, quand le froid nous saisit et qu’il nous fait rentrer la tête dans les épaules, dans le col de la veste, mettre les mains dans les poches.
Mettre les mains dans les poches, on en est encore loin, mais septembre ce sera une sorte de tournant, tout au moins dans la tête. Penser à prendre un pull quand on doit rentrer tard. Penser à surveiller de plus près la météo et avoir sous la main la veste pour la pluie. Penser à la rentrée du temps des lourds cartables et de l’appel des noms qu’on entendrait au moins pendant toute une année.


Septembre dans mes souvenirs, c’est le mois des marronniers, des arbres aux très grandes feuilles et aux marrons si doux qu’on gardait dans la poche jusqu’à ce qu’ils se fripent, jusqu’à ce qu’ils se fendillent d’être restés trop longtemps près du radiateur quand le manteau devait sécher. Par ici pas de marrons, mais de piquantes châtaignes qui ont encore besoin de temps avant de s’ouvrir.


Cette année en septembre c’est le début des noix et le début des poires qui vont avec les pommes, aux moins pour le pommier de devant le lavoir. Début des grains de raisin, cachés parmi les feuilles, et les dernières pêches pour cette saison-ci, les premières pêches de l’arbre planté il y a peu de temps, qu’on surveille anxieusement de peur qu’elle ne finissent comme les dernières figues que les oiseaux entre eux se disputaient aussi et qui ont donc fini dans le gosier du merle, le plus costaud, le plus criard dans l’arbre devant la fenêtre.


Les oiseaux en ce moment préparent leurs départs ou sont déjà partis quand ils sont migrateurs. Sans valises ni trompettes, un jour ils ne sont plus là, une légèreté d’oiseaux. Au milieu du village à côté de la fontaine, c’est désormais grand calme dans les nids d’hirondelles. Pas d’hirondelles ici, on a surtout le cri de la buse et les appels du pic, en attendant la nuit et les conversations entre chouettes hulottes qui habitent dans le quartier. À noter la visite des orites à longues queues qui se baladent en bande et ont fait une escale du côté du grand chêne.
La dernière canicule semble avoir fait long feu, on espère pouvoir les oublier un temps, mais tous ces derniers temps, les balades en forêt restent toujours basées sur le tempo des pas au milieu des feuilles sèches et penser à l’automne me fait penser aussi à ce bruit qui me manque, celui de l’eau qui coule, qui ruisselle, qui dévale et puis s’en va sagement finir dans la rigole à côté de la route pour suivre son chemin jusqu’au fond de la vallée et de là bien au-delà

Fin août 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Beaucoup de beau, mais aussi un peu de pluie, parfois quelques orages qui emportent trop de terre, trop de pierres et trop de bois, bien trop d’eau d’un seul coup pour un sol aussi sec. Alors jamais contente ? Il y a un peu de ça quand la situation du dehors est toujours aussi préoccupante à pousser tout ce qui vit au fin fond de ses terriers et autres retranchements.
Et pourtant. C’est le retour du vert pour cette fin d’été et ce début d’automne, période de transition et puis d’hésitation, et les plantes, elles, poussent, grandissent, se ramifient. Entre l’humide de l’automne et le chaud de l’été, elles choisissent les deux, ce qui leur va bien au teint, toutes pimpantes et brillantes, elles verdissent les versants, se parent des petits mondes que sont chaque gouttelette et gomment en quelques heures le sable en suspension qui faisait disparaître dans le flou des lointains, toutes les montagnes autour.
Alors oui, ma fourchette autant que moi d’ailleurs, nous espérions beaucoup de ces premières pluies du côté champignons. Après deux petites balades, la fourchette est déçue, pas grand-chose, finalement, à se mettre sous les dents. De mon côté, en revanche, pas vraiment une attente, donc pas de déception, la balade était là, toujours au rendez-vous, le bruit de chacun de mes pas dans le tapis épais des rousses feuilles des hêtres, les oiseaux, les odeurs. Ce serait presque mieux, me dis-je en revenant, d’aller aux champignons et de ne pas en trouver, ça laisse plus de place tout au fond du panier pour des idées nouvelles de choses d’écritures, laisser le temps passer et construire dans sa tête des idées qui s’étoffent comme les ombres s’allongent avec le soir qui tombe. Se dire que le soir qui tombe, tombe de plus en plus tôt et que bientôt c’en sera terminé des balades, le soir après le repas, calendrier des ombres.
Rentrer à la maison des idées plein la tête, mais pas de champignons, aller voir le figuier, y trouver les oiseaux, mais plus une seule figue, regarder le pommier et ses pommes toutes petites et puis si peu nombreuses, alors grommeler un peu, se dire que les relations d’amour à la nature manquent quand même parfois de réciprocité.
Lever les yeux au ciel et y trouver un peu du réconfort rêvé dans ces moments de bascule, éphémères et soudains qui surviennent au lever et au coucher du jour, la lumière qui s’en va, la lumière qui arrive, qui colore les nuages et les font exister comme des mondes fabuleux, comme une obligation, quand on les apprécie, ces filocheux nuages, à toujours mieux chercher dans les mots qui existent, ceux qui n’existent pas, mais devraient exister pour dire tout ce qu’on y voit sans trop se répéter, des ruines qui se délitent et puis se reconstruisent, ces châteaux en Espagne, forteresses rondouillardes en dômes et en coupoles. Alors, cesser de grommeler et se dire qu’à défaut de nourrir nos estomacs, les nuages, de retour, nourriront nos recherches du mot juste comme il faut

Fin de mi-août 2026

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine éloignée des grandes règles du théâtre. Pas d’unité de temps, de la pluie au trop chaud, pas d’unité de lieu, des toits de tôle aux toits de tuiles, pas d’unité d’action, du boulot au repos. Je sais que pour le temps, j’ai joué sur les mots, mais temps et temps sont là et se ressemblent trop pour qu’on les dissocie avec sévérité. Et puis le temps de ce texte est toujours d’une semaine, pas besoin d’y revenir, sorte d’accord tacite.
Pour le temps-météo, grand retour des nuages, de leurs formes, leurs couleurs, leurs mouvements qui fournissent à eux seuls du spectacle pour tous, pour peu qu’on lève la tête, qu’on lève les yeux au ciel en étant sous le ciel. Avec leurs noms en us, on penserait au latin, on les croirait hautains, un peu façon élite qui exige de nous du temps d’apprentissage pour se laisser approcher, alors que les nuages sont bien là pour tout le monde, ils sont bien là pour nous si on regarde leurs us non plus comme du latin, mais plutôt de l’anglais. Des nuages pour tous, des nuages pour nous tous.
Des nuages et de l’eau, la pluie dont ils se chargent et dont ils se déchargent, redonnant avec l’eau, des couleurs à nos plantes qui partaient sur le jaune bien avant l’heure d’automne. Pour certains végétaux, il est quand même trop tard et le jaune pour le sec, et la rouille de saison resteront en stigmates de cet été si sec. Pour d’autres il est bien l’heure de passer aux couleurs, colchiques dans les prés ou bien le brou des noix et le violet des figues qui font notre régal et celui des oiseaux. Les longues hésitations du changement de saison s’accumulent comme les feuilles d’un livre sans reliure, un peu d’automne déjà, encore un peu d’été, plus ici ou plus là, le changement n’est pas brusque, chacun suivra son rythme sans se laisser brusquer, encore moins ralentir par les pratiques des autres parmi les végétaux où les presque végétaux. Les presque végétaux vaut, dans ma tête à moi, pour tous les champignons, les mousses et les lichens que la science seule sait classer comme il faut en réfléchissant fort pour leur faire un tiroir. Pour ce qui est des omelettes, les premières grosses pluies portaient beaucoup d’espoirs de voir des champignons, peut-être simplement parce qu’on les espère, avec toutes les balades, les errances dans les bois qu’ils peuvent justifier, même les jours où, quand même, il faudrait travailler. Attendre la venue d’une plante, d’un fruit, d’une herbe ou bien des champignons, nous remplis d’impatience à quitter une saison pour entrer dans une autre. Besoin de nouveauté, de changement ou besoin de retrouver tout ce qu’on connaissait les années précédentes, tester notre mémoire et puis tester aussi les possibles retrouvailles, retrouver les souvenirs des années du passé comme on se retrouverait dans un livre déjà lu, à la fois familier et toujours étonnant, dont on connaît l’histoire, mais où on va trouver une phrase si belle qu’on a presque un peu honte de ne pas l’avoir pointée aux précédentes lectures