Voyage à Guernesey du 14 au 18 avril 2026 avec C. et L. Surtout avec l'idée de se rapprocher un peu de Victor Hugo
Et un autre point de vue sur Guernesey chez Laure Humbel
Saint-Martin, Jerbourg, Manoir de Sausmarez

Après the North, the South, logique. Notre temps pas si long que ça sur place ne nous a pas permis d’aller également du côté de The West, et pour The East, il est dilué dans les autres chroniques, St. Peter-Port comme Saint-Sampson, Beaucette et Jerbourg étant situés sur la côte est de l’île, la côte d’où on voit Herm et Sark. Seul l’ouest nous manquera vraiment. Une autre bonne raison de revenir à Guernsey, s’il en fallait une.
Le sud, direction géographique, au-delà de l’aiguille de la boussole, dépend de l’endroit considéré : le sud de quoi ? Mais les automatismes dans ma tête attachés à cette direction parlent de chaleur, de vacances, de pays où le temps dure longtemps, comme dans la chanson. Et aujourd’hui, ces habitudes semblent avoir raison. Beau temps, le soleil et la mer. Dès l’arrêt de bus, des touristes comme nous, une atmosphère de promenade et de découverte, de balade. Autres langues, autres habillements, autre air préoccupé, voire occupé qui diffère de celui des guernesiais affairés. Surtout, les touristes comme nous ont un plan à la main, le plan des lignes de bus tandis que les habitués n’ont pas besoin de plan, ils savent où ils vont. Pour nous, après consultation du fameux plan des bus, ce sera le 81, ou le 91 qui fait le tour de l’île. Monter dans le bus, s’enquérir de cette histoire de travaux et de trajet modifié, se dire que, rien de grave, il fait beau, on finira à pied et trouver une place assise pour pouvoir regarder par la fenêtre. Début du trajet au bord de la mer puisque le terminus est situé près du port, puis on s’éloigne rapidement dans les terres. Hameaux, quelques entreprises, mais surtout beaucoup de vert, arbres, maisons tranquilles avec jardinet, une campagne paisible, comme un air de villégiature, sûrement l’effet du ciel bleu et du fait que nous sommes, nous, en vacances. Coup d’œil aussi sur la carte pour se rassurer et pour descendre au bon arrêt à Saint-Martin. Une fois descendues du bus, s’orienter et continuer, vers le sud. Pour combattre, malgré les maisons tranquilles, l’idée qu’il n’y aurait ici que des gens en vacances, regarder de plus près les vêtements de travail, les enseignes, et les noms sur les grosses camionnettes, et aussi les panneaux déclarants route barrée. Alors suivre la carte pour trouver le sentier, fait, lui, assurément pour les gens en promenade. Au détour d’une maison balisée de nains de jardin, prendre le petit chemin qui descend vers la mer. En cas de doute, de question, demander à une passante qui promène son chien et qui connaît le coin aussi bien que le toutou qui a ses habitudes derrière une touffe de fleurs bleues.

Après une petite marche à l’ombre des grands arbres et dans le frais du vert, retrouver, pour la suite, la vue sur toute la mer par-dessus les fougères, les ronces et autres plantes n’ayant pas trop à craindre du vent et du sel. Le vrai sentier côtier comporte, d’après la dame qui promenait son chien, un très grand nombre de marches, un nombre vraiment grand, des escaliers visibles depuis la carte, de quoi justifier une variante plus douce pour les genoux fatigués. Et même par la variante, c’est vallonné, le bord de mer, mais on finit par arriver tout au bout de la pointe, la pointe sud de l’île, Jerbourg. Faire une longue pause et regarder la mer, les oiseaux et les vagues, et puis aussi le phare. Le phare de Jerbourg Point ou St. Martin’s Point est une petite tour carré, construite au bout d’une sorte de presqu’ile, un long doigt de cailloux en contrebas de la falaise d’où nous le regardons. Rien de très impressionnant, ce phare, d’autant plus qu’on le surplombe. Pas beaucoup d’informations sur son histoire, même pour sa date de construction, je n’ai trouvé qu’un décevant « unknown ». La lumière est à 15 m de hauteur, feu à secteur rouge et blanc, trois flashs toutes les 10 secondes, sa portée est de 14 milles nautiques et en cas de brume, sa corne retentit pour trois coups toutes les 30 secondes. Il est entretenu par les autorités du port de Guernesey, référencé sous le code A1574. Pas de date. Pourtant, construire un phare est toujours une affaire de dangers, souvent de naufrage, d’accident, de drame. Le phare de Jerbourg signale le sud de Guernesey, l’entrée sud du chenal du Little Russel, des cailloux tels que Grande Grune, Fourquie de Jerbourg, Longue Pierre ou encore Gabrielle Rock. Sans parler du courant qui hérisse les vaguelettes de la mer et donne la chair de poule. Aujourd’hui, rien de dramatique, il fait beau, la mer est calme, en haut de la falaise, un très grand parking, un hôtel aux tarifs non négligeables, un kiosque à sandwichs et glaces encore fermé en ce mois d’avril mais qui doit faire de belles affaires en été. D’ici on voit Sarq, Herm et on pense distinguer Jersey, les bancs sont accueillants et confortables, nous sommes seules, autant de raisons de prendre le temps d’admirer le paysage et d’imaginer la violente férocité de l’endroit un jour de tempête hivernale.
Notre projet jusqu’ici était de faire ensuite le tour de l’île en bus, en 91. Mais finalement, travaux, erreur sur l’arrêt de notre part, erreur de trajet de la part du bus, nous nous manquons et nous rentrerons finalement à Saint-Pierre Port directement, contraintes par l’horaire du ferry qui ne nous permet pas d’attendre la venue du bus suivant à un autre arrêt. Mais ce sera l’occasion de voir de plus près les jardins du manoir de Sausmarez. Peu de temps, pas de visite du manoir lui-même. Dans cet ensemble de bâtiments, la maison d’une des plus vieilles familles de l’île a beaucoup à raconter. On parle, ou plutôt on écrit à propos de la famille Sausmarez à Guernesey depuis 1117. Pou lire une mention du manoir construit sur la paroisse de Saint-Martin, attendre environ 150 à 200 ans de plus. L’histoire de la famille et du lieu est ensuite pleine de rebondissements, entre héritage discutable (des Anglais !), vente, rachat, reconstructions et extensions, liens divers, notamment avec les naissants États-Unis d’Amérique puisque c’est un membre de cette famille, gouverneur d’une grande partie de la côte est qui changea le nom de New Amsterdam pour celui de New York. Sans oublier les marchands de laine, et les armateurs, un peu pirates aussi, pardon, corsaires puis marins de la Royal Navy. De quoi nourrir également un riche répertoire d’histoires de fantômes, de celui de la nurse qui s’occupa des 28 enfants d’un des membres de la famille au neveu qui faisait visiter le château à ses conquêtes féminines de son vivant humain et continuerait actuellement de son vivant de fantôme. Histoire plus tragique également avec l’occupation allemande de la Deuxième Guerre mondiale. Le manoir n’aurait finalement pas été réquisitionné pour servir d’hôpital et/ou de caserne, car son précédent propriétaire avait refusé d’y faire installer l’électricité. En 2026, la famille de Sausmarez est toujours bien présente à Guernesey, un nom retrouvé dans le journal et les pages spéciales sur les élections en cours lors de notre passage dans la salle de lecture dédiée à la presse de la Guille-Allès Library de St. Peter Port. Mais cette bibliothèque, c’est pour une autre histoire, une histoire à part entière !

