Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine sans pluie avec le chaud qui monte jusqu’à nous inciter à ne chercher que l’ombre et plus grand-chose d’autre. Il fait chaud aujourd’hui. Très chaud. Et hier aussi. Et c’est bien difficile de se souvenir du frais d’il y a une semaine. Vérifier dans les notes, les photos, le journal, avoir du mal à croire, se dire qu’il faudrait relever toutes les températures. Relever les températures, ironie du vocabulaire. Des nombres qui ne diraient pas la peau moite de trop chaud, les frissons de trop froid mais qui aideraient quand même à se remettre dans le bain, dans l’ambiance du moment pour rédiger ce journal de toutes les semaines quand la fin de la période prend le pas sur le début, écrase les souvenirs, les gomme et les estompe. Des impressions. Les agréables ou les désagréables? Les émotions les plus intenses ou bien les plus récentes? Savoir ensuite refaire la même place à chacune quand on parle de journal, de chronique, une sorte de rapport qui remettrait tout le monde, tous les jours de la semaine à la même hauteur, qu’ils soient récents ou pas ?
Le chaud s’est installé, mais juste après le froid et pas mal de pluie, alors pour les plantes, rien encore de trop grave, ce sera sûrement ensuite, une question de durée. Mais pour l’instant le vert reste bien vert et pimpant sans se tourner vers le jaune. La vigne refait ses feuilles après le passage des biches qui avaient tout mangé jusqu’à parfois plus haut que la hauteur de mes yeux. L’osier de son côté a perdu son sommet, il a perdu la tête, grignoté lui aussi, tout comme les pommiers et jusqu’à la rhubarbe qui voit ses feuilles devenir des choses aux formes étranges et personnalisées au bout de chaque tige, des feuilles originales avec beaucoup de creux quand elles n’avaient que des bosses.
Les groseilles et les fraises, tournent doucement au rouge et elles sont même suivies par quelques uns des arbres qui rougissent, eux aussi. Noisetiers et châtaigniers s’empourprent par les feuilles n’ayant pas encore de fruits. Une histoire de chaleur ? Ou par analogie avec nous les humains de l’Europe du Nord habillés des peaux roses claires que la chaleur fait rougir parfois durablement en cas de coup de soleil ?
Pour retrouver du frais, on peut penser au vent. Malheureusement ici, il ne rugit que rarement. Un souffle suffirait, pas besoin de tempête et de perdre vingt degrés, mais le souffle nait souvent au-dessus de la mer et le temps qu’il arrive loin chez nous dans les terres, il aura eu affaire à des villes, des collines, des arbres et des forêts, et enfin les vallées qui l’obligent à aller sur le chemin que l’eau, de quoi ne plus avoir grand chose à raconter quand on a mis des mots aux fenêtres des immeubles, aux branches de tous les arbres et fait conversation avec touts les sommets qu’ils soient petits ou grands, qui étaient sur sa route. Reste le vent des pentes, ces souffles qui descendent, comme des gosses à vélo, les pentes vertigineuses, mais eux restent chez eux et ne sortent que les jours où ils l’ont décidé.
Ne reste plus alors, quand on cherche le frais que d’attendre la nuit, le coucher du soleil et l’extinction des feux. Laisser rentrer l’air frais, le laisser se réchauffer en nous rafraîchissant, aller se promener quand la lumière décline quitte à emmener une lampe juste pour se rassurer alors qu’on se rend compte, quand on lui laisse le temps, que le regard s’habitue, qu’il passe au noir et blanc, abandonne les couleurs qui prennent trop d’énergie et peut nous emmener où nos pieds veulent aller sans craindre un mauvais mur ou un tronc mal placé qui nous arrêterait. Puis au petit matin quand la lumière revient, bien regarder le ciel, son bleu de grosse brute sans le plus fin nuage, de ces nuages si pâles, si subtils, délicats qu’ils manquent cruellement d’épaisseur, de matière, comme un début d’histoire, encore flou et mouvant, pas encore la bonne forme, celle qui fera venir, des torrents, des flots de mots.



