Tous les articles par Juliette Derimay

Fin de mi-juillet 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Orages et averses d’été, de ces pluies qu’on attend pour rafraichir le soir et parce qu’elles sont logiques dans le cycle des jours et puis celui de l’eau. Traits, points, toujours clairs et brillants sur le fond sombre des arbres, le langage des coulées, des mots à déchiffrer dans une autre écriture, celle des petites gouttes rondes et puis des gouttes longues, le morse de la pluie. Une autre façon de dire, de parler des nuages, elles disent d’où elles viennent, disent la terre où elles tombent et ce qu’elles y feront, juste flaque ou ruisseau jusqu’à rejoindre la mer, un futur d’aventures.
Les arbres et autres plantes à quelques exceptions près sont maintenant plus tranquilles, le temps n’est plus aux fleurs, aux feuilles à construire, juste à consolider tout ce que le printemps à fait naitre de nouveau, elles sont plutôt croissance que fleurs ou bien naissance. Presque le temps de lézarder dans le beau temps d’été. Les fruits sont bien en place, les papilles se préparent au fur et à mesure que grossissent les pommes.
Il reste quand même des plantes pour grandir coûte que coûte sans prendre aucun repos, qui renaissent de plus belle quand une débroussailleuse les réduits à néant au niveau des racines, les fougères et les ronces sont de ces sortes de plantes pourvu que l’eau soit là, au moins l’humidité. Les mousses bien sûr aussi, qui se replient pour le chaud et se déploient en grand quand l’eau est de nouveau là.
Question adaptation, les plantes savent faire pourvu qu’on les laisse faire, les animaux aussi, chacun son petit royaume, son moment de la journée, quand il s’agit de voir la journée de 24 heures, avec la nuit aussi. Alors que nous humains sommes bien moins adaptés à vivre dans le noir surtout que maintenant, pleine lune ou noir complet, on allume la lumière pour que nos yeux puissent rester notre atout principal pour connaitre le monde qui est autour de nous. Alors, en profiter pour quand même ça et là, lever les yeux au ciel et éteindre les lampes pour pouvoir profiter des étoiles, de la lune et puis de toutes les ombres qui font beaucoup moins peur quand on fait un effort pour mieux faire connaissance.

Début de mi-juillet 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Début de semaine un peu comme on reprend son souffle après une longue apnée, comme on reprendrait vie. Après la canicule, enfin un peu de pluie, une pluie tranquille et douce, pas un orage violent, une vraie pluie qui mouille, même s’il faudrait quand même un peu plus que ça pour hydrater la terre souvent devenue poussière quand elle était à nu, sans aucune protection, sans couvert végétal, sans un habit de feuilles. Et avec la pluie, reviennent les douces fraicheurs. On n’est pas en hiver et fraicheur en juillet se range dans l’agréable. Le retour sur la peau des poils qui partent en guerre pour garder la chaleur, de nos cuirs qui se parent des petites montagnes de la chair de poule. Les soirées encore longues sont des moments précieux, des bouts de jour en plus, une deuxième journée plus tranquille et douillette quand celle du temps normal est déjà derrière nous. Aller se balader jusqu’à ne plus rien voir que des nuances de gris ou lire en jetant un œil, et parfois même les deux, sur le soleil qui se couche sans toutefois oublier de laisser s’attarder quelques-uns de ses rubans, volants et falbalas au milieu des nuages qui se pâment en rosissant. Alors on rentre quand même pour aller se coucher, mais la fenêtre ouverte fait de nous des indiscrets chez les chouettes hulottes qui échangent, se chamaillent et s’appellent comme si elles étaient seules.
Vers le milieu de la semaine, les nuages s’écartent, laissent la place de nouveau au ciel bleu, au soleil. Retour du soleil donc, mais un soleil décent, un soleil raisonnable qui réchauffe sans cuire. Profiter du moment pour aller en forêt sur les chemins en pente puisque les feuilles mouillées glissent certes sous la chaussure, mais moins que les feuilles très sèches qui sont plus insidieuses et glissent l’une sur l’autre pour vous faire redescendre bien plus vite que prévu.
Au cours de la balade, penser à faire une pause, sous les arbres on est bien, lumière tamisée et puis théâtre d’ombres. À défaut de bord de mer on a les bords des feuilles, on peut même, luxe du choix, élire sa météo et la forme des vagues. Calme plat chez le noyer, vaguelettes chez le hêtre, houle tranquille chez le chêne et déferlantes terribles si on se rapproche assez des bords de la longue feuille du digne châtaignier. Les feuilles ont toutes maintenant leur vert soutenu d’été, elles se sont renforcées, gainées dans de longues fibres, elles ont atteint, cette fois, leur pleine maturité. Chez les arbres on n’est plus dans le temps des naissances, on est dans la croissance, l’entretien attentif des fleurs devenues fruits, attendre patiemment que ces fruits deviennent gros, dodus, joufflus, ventrus pour que les frugivores attentifs à l’avenir puissent les déguster et jeter les noyaux, disperser les pépins pour que d’autres arbres poussent.

Église Saint-Sulpice

OLOÉ, une belle invention de l'autrice Anne Savelli, le petit nom qu'elle donne aux espaces élastiques Où Lire Où Écrire. Elle explique ça ici bien mieux que je ne le ferais.
Et chez les Enlivreurs, dans cette catégorie, longue liste en construction de quelques OLOÉs qui me font écrire ailleurs

Première motivation pour entrer dans l’église : le frais. 36 degrés annoncés et sûrement plus chaud si on ajoute le ressenti. À l’intérieur l’air est plus frais et la lumière moins dure. S’asseoir. Attendre un peu avant de commencer à écrire, attendre que soit séchée la sueur sur les mains, sur les bras et partout, attendre de pouvoir toucher le moindre papier sans qu’il reste collé à la main qui l’écrit. Regarder tout autour, une sorte d’état des lieux du nouvel OLOE.
Dès l’entrée, de l’ombre, presque du sombre après l’éblouissant dehors. Tout de suite sur la droite, une première niche et un immense tableau, un célèbre Delacroix. Alors les guides viennent là, dire l’histoire du tableau juste devant le tableau. Des voix, du passage, trouver un autre endroit, plus calme sur les côtés. Autre attraction touristique de l’église, le gnomon, instrument d’astronomie installé là pour mesurer la position du soleil et déterminer avec précision la date de l’équinoxe de mars dont dépend celle de Pâques. Un petit peu de science parmi tant de croyance, ça me rassure, ça m’apaise pour écrire. Autre élément rassurant quand il s’agit d’écrire en ce qui me concerne, l’attitude des gens. Prière, recueillement ou simplement respect pour le silence des autres, pas de courses ni de cris, même les enfants sont pris par le solennel des lieux à condition quand même que ça ne dure pas trop longtemps. Le calme chez certains va même jusqu’au sommeil, une dame appuyée sur un pilier de pierre ou bien un SDF qui ronfle paisiblement, allongé sur trois chaises, ses sacs autour de lui ou encore ce prêtre appuyé de tout son dos sur le dossier de la chaise dans le confessionnal qui attend le pêcheur en faisant défiler d’un pouce un peu distrait les posts sur l’écran de son téléphone portable.
Contraste du mouvement dans toutes les allées entre la vie qui va, les gens qui se déplacent et l’immobilité des scènes sur les tableaux, immenses, impressionnants, qui décorent toutes les niches, souvent plongées dans l’ombre à part les quelques lampes qui éclairent les œuvres. Aussi le gris qui domine pour les dalles du sol et les pierres des piliers, la lumière pâle et crue qui tombe des vitraux blancs sans le faste des couleurs qu’on pourrait voir ailleurs.
Après ce tour d’horizon, on se dit qu’on serait très bien là pour écrire. Écrire. Vient la question du quoi, parce qu’écrire oui, mais quoi, avancer tel projet ou bien encore tel autre, commencer du nouveau ? Une question qui reste, tout au moins dans mon cas, sœur jumelle de l’ambiance de l’endroit où je suis. Bien sûr quelques touristes ou juste des gens fourbus en quête de fraîcheur et d’autres, menés là par ce en quoi ils croient. Ces derniers, les croyants, prient ou allument des cierges, se recueillent. Une dame pleure, doucement, en silence, agenouillée, dos droit, devant une statue. Ceux qui marchent essayent presque d’étouffer jusqu’au bruit de leurs pas, les conversations se font à voix basse, voire de bouche à oreille. Les couples quant à eux se tiennent par la main, mais gardent une distance claire pour séparer leurs corps, ici on est nettement du côté de l’esprit. Alors, écrire plutôt des choses pas trop légères pour coller à l’ambiance.
Le carnet est sorti, sac en guise d’écritoire, crayon gris qui ne coule pas, rapport à la chaleur, c’est parti on y va. Il était une fois.
Et quelques lignes plus loin, l’orgue se met à souffler. Soufflerie solennelle qu’on a vue à l’entrée juste en levant la tête, tubulure imposante, majestueuse, grandiose. On pense aux Te Deum, aux messes empesées et puis on n’en croit pas, pas du tout ses oreilles. Cet air on le connait, le crayon en arrêt, chaise paillée devenue un siège du futur, on a bien reconnu, c’est la guerre des étoiles. Le 21 juin, c’est fête de la musique. Et là finie l’ambiance, adieu le recueillement, réfléchir sur les mots. Le contraste est trop fort et puis tout le travail de mise en condition qui s’écroule en une fois. Alors, poser le crayon, abandonner l’idée d’écrire une ligne de plus, juste profiter du frais en attendant sagement que les vaisseaux de l’Empire viennent contrattaquer au-dessus de l’autel

Début juillet 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine d’attente. Attendre que la température baisse, attendre que la pluie tombe, attendre que l’été se fasse enfin vivable et que l’on puisse sortir sans se protéger de lui, de sa lumière trop dure, de son soleil trop brulant. À chaque coup d’œil dehors, avoir une pensée, triste autant qu’attristante, pour ceux qui sont coincés, bloqués par leurs racines qui les laissent cloués là, sans espoir de mouvement, sans espoir de changement quand ils regardent, envieux, ceux du règne animal, aller se mettre à l’ombre, aller se mettre sous leur ombre.
Attendre c’est ne rien faire, mais sans l’avoir choisi, ou alors s’occuper, mais jamais complètement, avec toujours en tête qu’il vaudrait mieux faire ça, que ce serait plus urgent ou bien plus rationnel, mais on n’y arrive pas, ou juste on ne peut pas. Alors jamais à fond sur un projet ou l’autre, mais toujours en attente avec un bout de la tête braqué sur le thermomètre ou bien sur les nuages qui apparaitraient presque en mirages célestes dans un désert trop bleu.
Parfois, on reprend espoir, le temps d’un peu de vent, de deux ou trois grosses gouttes aussi vite séchées qu’elles font mine de mouiller et de quelques éclairs entre l’espoir et la crainte de la violence du ciel quand éclairs et tonnerres viennent s’allier pour nous dire que nous sommes bien mignons nous autres les humains, mais que nos constructions n’ont rien d’assez solide et que si le ciel veut, on disparaitra vite de la peau de la terre, en parasites chassés d’un simple revers d’orage.
Du côté végétal, on tient encore un peu, en attente également, arrêter la croissance, observer et attendre, parfois aller jusqu’à laisser les fruits sécher avant qu’ils ne soient mûrs, du vert passer au jaune sans avoir eu la belle, la douce, l’appétissante couleur rouge des framboises. Ce sont encore les ronces qui s’en sortent le mieux. Certes du côté des mûres, pas mieux que les framboises, mais feuilles encore vaillantes et même de nouvelles pousses, des branches qui vont chercher de l’ombre et de l’eau, jetant dans la bataille toutes les forces disponibles quand tous les autres attendent, feuilles recroquevillées, la tête dans les épaules, qu’enfin les fins nuages fassent association pour faire tomber la pluie. Du côté des humains et autres animaux qui peuvent se déplacer, le mot d’ordre pour survivre c’est profiter de l’ombre, celle du soir, du matin, surtout de l’ombre des arbres, de bien loin la meilleure, et même si j’osais dire, sans craindre l’oxymore, malgré le dramatique, l’ombre la plus chaleureuse.

Arbre

Texte publié en juin 2025 dans la revue les villes en voix, l'œil du cyclone, en très bonne compagnie

Tout tourne autour de lui et il reste immobile. Il est l’œil du cyclone qui se lève le matin et se calme la nuit. Autour de lui le soleil, de l’est jusqu’à l’ouest, les promeneurs, ceux qui courent, les enfants en vélo, autour le bruit des chaises que l’on traîne pour être loin ou être juste à côté pour se parler plus bas, tout au creux de l’oreille, chants des oiseaux parfois, les cris et les appels, mots plus sereins aussi, ou bien remplis de fiel et de ressentiment, des phrases prises au hasard dans une conversation, ou la pluie sur les feuilles, ou le calme de la nuit.
C’est la nuit qu’il respire, cajolé par le sombre, bercé par le silence d’une solitude sereine, la nuit qu’il se rend compte qu’ils sont toute une rangée, tous des yeux du cyclone, tous avec le même âge, avec la même coiffure, avec les mêmes chaussures trop petites et trop serrées. Il est l’œil du cyclone comme tous les autres arbres, là, à côté de lui. Tout tourne autour de lui comme tout tourne autour d’eux sans vraiment se rendre compte que c’est lui le pilier qui soutient tout ce qui tourne, qu’il est l’œil du cyclone.

Fin juin 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Tempête de ciel bleu comme disent les photographes. De retour après quelques jours loin d’ici, ce qui me frappe, c’est le jaune. Canicule, chaleurs excessives, stress hydrique, le vert que j’ai quitté semble s’être dissocié, en bas le jaune des herbes sèches, en haut le bleu trop bleu du ciel sans un nuage. Changement de référence on passe en ce mois de juin du bleu comme couleur froide au bleu de carte postale façon vacances et plage dés le début de la saison.
Les arbres résistent encore, ils dispensent une douce ombre pour qui peut se déplacer. Mais pour les végétaux pas question de bouger. Alors, rouler ses feuilles, les vider de leur eau jusqu’à les faire jaunir pour préserver la tige, la racine, la matrice pour espérer renaître à la prochaine vraie pluie. Parce qu’il faut l’avouer quelques gouttes sont tombées, mais juste pour l’anecdote, pas une vraie pluie qui mouille, tout au moins par ici. D’ailleurs de gros orages sur une terre si sèche ne sont pas à souhaiter, ils emportent et arrachent qui ne tenait qu’à peine à un fil de racine entre fissure et poussière, jetant dans les rivières déjà bien surchargées, le bébé, l’eau du bain, la plante et puis sa terre.
Alors, attendre. Cette fois pas l’embellie, mais bien le gris de la pluie et de bons gros nuages qui cacheraient le soleil.
Certaines plantes continuent le cycle commencé, on ramasse les groseilles, les cassis, les framboises qui profitent du chaud pour mûrir sans attendre d’avoir vraiment atteint le diamètre optimal. Ce qui n’empêche pas de rêver confiture, de se faire les doigts bleus et de ne plus avoir faim au moment de manger pour cause de grappillage. Du côté des oiseaux on en profite aussi de ces baies bien visibles, un peu de concurrence alors en planter plus, à l’automne c’est boutures.
En attendant l’automne profiter des moments de lumière moins forte, avant autant qu’après la présence du soleil pour aller picorer toute la délicatesse d’un pétale de lys, l’odeur et le chiffonné d’un chaton de châtaignier ou juste tremper la main dans le frais du ruisseau. Et puis quand la chaleur devient vraiment trop forte l’idéal serait bien d’aller se mettre à l’ombre sous les branches d’un grand arbre en compagnie d’un livre, pourquoi pas d’un Balzac, de la comédie humaine alors que nos horaires d’êtres humains dits modernes ignorent superbement les rythmes de chacun et ceux du temps qu’il fait

Fin de mi-juin 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Une semaine à Paris, une ville, une grande ville, très grande, mais qui se laisse parcourir à pied, quand le temps ne presse pas trop et qu’elle donne l’impression d’être encore bien plus grande, un ensemble de petits mondes, avec juste quelques artères qui relient chaque morceau avec chacun des autres. Et parmi ces morceaux, les jardins et les squares, les petits groupes et les longues lignes d’arbres qui rendent les lieux vivables même par grosses chaleurs. On se demande bien comment ils peuvent survivre, ces arbres, avec le peu de terre qu’on imagine toute mince entre le goudron des rues et le métro des sous-sols.
Des arbres bien alignés, parfois de tout jeunes arbres au milieu des anciens, on imagine alors un ancêtre décédé qui a laissé sa place. Certains de ces tout jeunes ont du mal à survivre, les feuilles déjà cassantes, le vert virant au jaune. Températures trop chaudes, pas beaucoup d’animaux, grenouilles au bord de l’eau dans un étang tranquille du côté de Saclay, mais surtout des oiseaux dans les allées des parcs. Des pigeons historiques, les toutes nouvelles perruches, pas beaucoup de moineaux et puis quelques corbeaux, bec ouvert et à l’ombre, qui souffrent comme tout le monde, mais qui limitent leurs pas et encore plus leur vol et savent parfaitement que l’enfant qui les poursuit ne pourra pas franchir, la grille qui les protège désormais du marmot.
Et puis quand même parfois lever les yeux au ciel pour y voir des nuages, des tout fins et très hauts, mais des nuages quand même, un peu de blanc dans le bleu quand on préfère aller vite se réfugier à l’ombre loin de la lumière, et surtout de la chaleur qui la suit comme son ombre.

Début de mi-juin 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Semaine coupée en deux, pour ce qui est du lieu, des ambiances, des décors : coupé en deux pour tout. Contraste montagne et ville, quelque jours de chacune et pas de transition, juste quelques heures de train, pas le temps de voir passer les changements par la fenêtre pour les yeux qui ne suivent plus, pour l’air qu’on aspire, les odeurs et les bruits. Entre montagne et ville, c’est presque un Nouveau Monde tant le changement est grand.
Alors avant de partir, bien regarder partout, volonté résolue de garder en mémoire, de ne rien oublier, de stocker et ranger dans l’efficacité. Alors viennent les questions, quoi garder et comment, aider un peu les yeux en prenant quelques notes, même une ou deux photos et puis devant la tâche, se concentrer quand même, oublier l’exhaustif pour faire plus que pointu sur un point bien précis. Leçon d’anti-précis donnée par l’atmosphère toute chargée de fumées, de sables venus d’ailleurs qui voilent, brouillent et rendent flous, grignotent les détails, les couleurs, les textures, nous parlent des distances qui se franchissent quand même quand on est particule chargée de ci ou de ça.
Alors, regarder près pour mieux se souvenir. Juste en face de la fenêtre, vit un grand châtaignier, ses fleurs sont déjà grandes, elles ont leur forme adulte, ne leur manque maintenant que l’éclatant du jaune, le parfum, le pimpant. Et puis se demander devant les grosses chaleurs que la météo annonce et les souvenirs trop vagues, si c’est le châtaignier qui sera le dernier des arbres des environs à se couvrir de fleurs. La réponse viendra seulement avec le temps, patience obligatoire, patience à réapprendre pour nous autres trop gâtés de réponses immédiates.
Pour le châtaignier et le reste, garder le vert comme repère, comme unité de mesure du murissement des fleurs, comme unité de mesure du vivable de la ville, une couleur comme un lien entre deux mondes distincts, la petite chose en commun qui évite qu’on ne souffre trop du mal du pays.
Première balade en ville par les monts et buttes, Butte Bergeyre, Buttes Chaumont, découverte d’un monde qui monte et qui descend, au son de voix amies, dialogues entre textes et pierres, les beaux mots tissés fins des humains entre eux deux, un monde d’escaliers et de cage d’escalier pour la géométrie et des marches et des rampes comme perspective de ciel. Des arbres aux bords des rues qui regardent passer les autos, les passants, dispensant gracieusement, tout en délicatesse dans les ombres de leurs feuilles, un peu de frais et d’ombre les jours de bien trop chaud. Pour le frais voir aussi du côté de la Seine, mouettes et goélands et même cormoran, mais aussi des canetons et des gens qui regardent les vagues des bateaux venir se cogner contre les berges emmurées. Ils regardent, ils observent, on pourrait aussi dire des rêveurs qui ne font rien, mais ce serait s’y tromper. Observer est un art, un art à consommer sans jamais se modérer.

Sens

Nuages ou les yeux dans les cieux, pour préciser qu’ici on parlera de nuages, de ce qu’ils nous envoient, de ce qu’ils nous renvoient. Aussi de temps en temps, un peu d’Alfred Stieglitz, au fil des découvertes, parce que ses photos m’ont poussée jusqu’aux mots à regarder là haut 

Lorsque sens a le sens de signification, on peut voir les nuages comme dans le « Paroles d’artiste » où parle Alfred Stieglitz :

Un homme (regardant un Equivalent) : Est-ce là une photographie d’eau ?
Stieglitz : Quelle différence cela fait-il de savoir de quoi c’est une photo ?
L’homme : Mais est-ce une photographie d’eau ?
Stieglitz : Je vous dis que cela n’a pas d’importance.
L’homme : Bon, alors c’est une photographie du ciel ?
Stieglitz : Il se trouve que c’est une image du ciel. Mais je ne saisis pas en quoi cela a la moindre importance.

Le sens d’une photo, une photo de nuage comme les images qui font les deux séries semblables, Songs et Equivalent chez Alfred Stieglitz, n’a pas toujours le sens que certains lui voudraient. Ni le sens, ni même le sens. Ni signification ni orientation, peut-être que les nuages n’ont, eux, aucun de ces deux sens. C’est un grand avantage, pas de sens, pas de contresens, pas de bon ni de mauvais sens. Là-haut dans les nuages, certains trouveront du sens pour dire la météo, pour prévoir les orages, le sec ou bien la pluie, mais d’autres verront des choses complètement différentes, voire pas de choses du tout, juste des émotions, des souvenirs, des pensées, des peurs ou des envies, des sourires pourquoi pas.
Pour un autre sens de sens, celui qui oriente, quand on regarde les nuages, on saura quand même bien où est le haut, le bas et la gauche et la droite ou bien l’est et l’ouest. Mais quand sur une image on ne voit rien de la terre, ni des arbres, ni de rien, c’est bien plus compliqué de choisir le bon sens. Un quart de tour à droite, demi-tour, symétrie, rien ne viendra ensuite dire que c’est le mauvais sens.
Quant à nos sens à nous, les cinq sens dont on parle quand on pense sensations, au pays des nuages posés sur une image comme c’est le cas ici, seule la vue nous aidera, pas de froid sur la peau, de vent dans les cheveux, d’humide qui enveloppe ou de souffle dans les arbres, sentir que le vent tourne, ne pas se sentir à l’aise quand ça n’en sent pas la rose. Devant une photo, les cinq sens bien souvent, donnent pouvoir à la vue.
Peut-être juste pas de sens pour les photos de nuages, chacun choisit le sens qu’il voudra bien choisir, on peut même voir la mer dans ce genre de photos, puisque comme dit Stieglitz, cela n’a pas la moindre des importances.

Début juin 2025

Journal hebdomadaire de la nature autour, promenade, branche dessus, branche dessous, avec le grand dehors

Orages, éclaircies et instabilité, plus de pluie que de chaud, plus d’eau que de soleil. C’est la fête pour beaucoup, amphibiens en premiers qui toujours redouteront d’avoir les pieds sur terre, mais aussi pour les autres, escargots et limaces, donc fête mitigée du côté jardinier. Toujours un peu la course quand deux espèces convoitent des ressources identiques. Partage, diversion ou bien assassinat, pas toujours aussi simple qu’on aimerait que ça soit d’être parfaitement fair-play autour de nos laitues.
Côté vie des petits, avec la chaleur, les insectes sont là. À feuilleter les guides, à regarder dehors avec curiosité, on découvre des vies, des formes étonnantes, des couleurs magnifiques, silhouettes fantastiques. Alors pour qui écrit on sent vite que ces formes peuvent servir de passage, de portes ou de fenêtres vers un autre univers, un monde fantastique. Pinces, mâchoires, carapaces, une échelle inversée nous ferait vite basculer dans un monde de hantises tant sont diversifiés les contours, les couleurs, attributs et outils donnés par la nature à ces petites bêtes dont on ne rêve pas souvent qu’elles deviennent trop grandes et viennent chatouiller nos peurs et nos angoisses dans ces nuits chaudes d’été et de fenêtres ouvertes, ouvertes à ces effrois qui nous démangent parfois. Des cauchemars à gratter comme des boutons de moustiques.
Alors, vouloir l’orage, ses vents qui éparpillent de leurs rafales brusques, pluies, averses de grêle, déluges et cataractes qui ramènent la violence bien au-dessus de nos têtes. Alors voir le dehors, mais depuis le dedans, voire derrière une vitre qui nous mets à l’abri, mais aussi qui nous prive des odeurs et des sons, qui sépare nos deux mondes, nous fait voir le dehors comme sur une sorte d’image dans le cadre de la fenêtre, un paysage photo qu’on pourrait découper et regarder plus tard dans un temps différent de celui que l’on vit. Mais toujours bien attendre, quand le ciel y consent, le rire de l’éclaircie qui peindra de lumière les nuages oubliés.
Malgré la météo, pas toujours favorable, les fleurs fleurissent quand même, elles savent que les insectes attendent patiemment, guettent les éclaircies et qu’ils seront présents. Elles savent. Ou elles répondent seulement à la pression du temps, la tension du bourgeon, du bouton, ou de l’œil, pas trop de choix dans tout ça, même si la pluie n’aide pas, les fleurs vont éclore. Les roses sont sorties, elles se faneront plus vite, sans sécher, vite pourrir. Profiter sans tarder de leur couleur, de leur odeur, de leur disposition, la finesse des pétales, comme sur les toits en tuile, mais en rond cette fois pour protéger son cœur, le garder à l’abri de l’eau qui diluerait son pouvoir de faire de futures roses.
Roses aussi les groseilles, qui commencent à rougir, quasiment à rugir, encore pour un moment caché dessous les feuilles, ce sera bientôt leur heure de sortir au grand jour, de prendre la première place. Alors que juste en face sur le versant ubac, le vert fait l’escalade des pentes encore blanches et les derniers névés s’inclinent un à un devant ce vert qui monte.